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20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 07:39

 

guy-marchand-voiture-veste-blanche.JPGGuy Marchand et Adelina.


Cherchant des noms d’acteurs élégants, Philippe Noiret remarque dans ses mémoires : « Il y a bien Guy Marchand, qui est à la ville un homme très élégant, un peu dans le style des années trente (1). »

Le vêtement, c’est visible, intéresse Guy Marchand. Un passage de son livre, Le Guignol des Buttes-Chaumont, en témoigne avec humour (2) :


"C’était une époque où la fréquentation des grands élégants comme Philippe Noiret m’avait un moment fait sombrer dans un dandysme presque pathologique où la question de l’existence de Dieu passait bien après le choix de la couleur de mes cravates. (…)

J’avais trouvé un livre, Le Chic anglais, une espèce de bible qui contenait tous les secrets de l’élégance masculine britannique. Secrets que beaucoup ignoraient. Deux races y étaient décrites, les Troggies et les Charlies, ceux qui croient être élégants et font rire, et ceux qui croient être initiés. Jamais un blazer avec un pantalon gris – d’après la bible, ça faisait vendeur d’un grand magasin -, toujours avec un pantalon blanc de marin ou une culotte de joueur de polo. Le blazer se met en vrac dans un sac de sport et on le sort après le match pour être présenté à la reine. C’est pas beau ça, pour un petit gars de Belleville comme moi ? Jamais ô grand jamais un costume prince de galles ou une veste de tweed pour aller à une course à Longchamp ou à Deauville, mais toujours un costume bleu marine avec un chapeau de paille ou autre, mais plutôt marron. Jamais un costume marron, en revanche, « Brown is sheet » : rien de plus vulgaire pour un gentleman, l’horreur absolue. Un gentleman ne porte pas non plus de lunettes de soleil, un gentleman cligne des yeux. La cravate peut être tachée, les manchettes de chemises légèrement usées, mais les chaussures doivent être parfaitement propres et cirées. Toujours prendre une largeur de moins et une pointure de plus pour ne pas avoir des pieds de petit bourgeois. Le pli du pantalon, on s’en fout car il signe l’empilement de la confection. Un pantalon, ça se repasse une fois tous les six mois chez son tailleur et il peut tirebouchonner sans complexes. Les costumes rayés gris ou bleu marine doivent avoir des rayures très larges, exactement comme les costumes de gangsters des années trente. Plus les rayures diminuent, plus le poste de celui qui les porte est subalterne dans la banque, pour finir comme les lignes de comptes des employés les plus modestes. Quant au Barbour – la fameuse veste de chasse -, il y avait plusieurs pages pour décrire celui d’un homme s’étant noyé dans le lac du Loch Ness et qui, retrouvé par son petit-fils trente ans plus tard, avait la patine nécessaire pour être convenable.

Lorsque les Anglais se montrent aussi futiles, je leur pardonne Mers el-Kébir et Jeanne d’Arc. Et quand j’apprends que le dandy Brummell mettait un costume différent chaque jour selon la couleur des feuilles dans le jardin, pour moi ça frise le génie et le désespoir, comme un pied de nez à l’ennui et à la mort.

Inutile de vous dire que j’ai brillé dans la société avec ma bible seulement pour rigoler car ma vulgarité naturelle me ramène toujours aux chaussures bicolores façon souteneur et aux cravates de hareng que portent les vrais hommes à Pigalle.

Un jour, je suis invité chez Hermès, là-haut au dernier étage, faubourg Saint-Honoré, là où il y a quelques rangs de vigne sur le toit, et je fais mon exposé sur l’élégance devant une assistance assez stupéfaite. Mais des scrupules me poussent à dévoiler mes sources et à révéler par là même que je suis un affreux mystificateur. A un moment ou à un autre, chez moi, le vernis craque et le zonard apparaît avec tout l’exotisme du dix-neuvième arrondissement. Je leur ai donc indiqué ma bible et je pense que les stylistes de la maison en ont tenu compte pour leur collection. (…)

Un jour, j’ai tout vendu aux Puces de Saint-Ouen ; c’était annoncé dans le journal et tout est parti en une demi-heure. J’étais du même coup guéri de maniaco-dépression à tendance fétichiste."


Une page d’anthologie ! Mon souci de l’exactitude m’oblige toutefois à préciser que Guy Marchand prête à James Darwen des propos qu’il n’a jamais tenus. Ces extrapolations, loin de me gêner, me semblent plutôt témoigner de la sympathie d’un lecteur pour un auteur – le premier s’étant à ce point approprié la pensée du second qu’il peut, sans trahison, parler à sa place.

Revenons au jugement de Philippe Noiret. Il comprend deux propositions que les photos qui vont suivre confirment en tous points.

L’élégance de Guy Marchand à la ville – j’ajoute : et à la campagne. Guy Marchand est ici saisi dans « la vraie vie », vêtu, d’ailleurs, de façon beaucoup plus intéressante que sur les clichés extraits de ses films.

Une élégance dans le style des années trente. Fedora brun, casquette hatteras, cheveux plaqués gominés, pattes longues, bandana autour du cou, costume gris rayé porté avec des chaussures jaunes… L’inspiration puise à plusieurs sources. On pense à la panoplie des truands et des détectives dans les films noirs, français et américains ; à celle des « marlous » – influence revendiquée avec humour par Guy Marchand lui-même ; on pense, enfin, à la panoplie du latin lover, dans le genre d’un Rudolph Valentino ou, chez nous, d’un Tino Rossi. Au total, une élégance année trente à la fois raffinée… et canaille !


guy-marchand-bien-sauf-cravate-denouee.jpgguy-marchand-portrait-a-liege.jpgguy-marchand-de-dos.jpg
Photo-de-groupe--defi.jpg
guy-marchand-cuir-campagne.JPGguy-marchand-casquette-gatszby.JPGguy-marchan-bandana-blouson.jpg(Cliquez pour agrandir)

 

La « touche » Guy Marchand (« touche » lui convient mieux, je trouve, que « style ») peut se définir d’un mot : la désinvolture. D’aucuns, dans l’air du temps, parleraient de « sprezattura ». Veste de costume portée quasi systématiquement ouverte – même à l’extérieur ; cravate toujours dénouée ; chapeau posé comme le déconseillerait tout bon chapelier : un peu trop enfoncé, un peu trop basculé sur l’avant ; tenues savamment désassorties et comme choisies à la hâte, dans le jaillissement de l’inspiration ; à-peu-près concertés, que seul permet un sérieux savoir-faire. Maîtres mots : spontanéité, fantaisie, confort. Ni James Darwen ni Guy Marchand ne me démentiraient si j’ajoutais ce principe aux leurs : ne jamais porter une tenue ayant l’air d’avoir été soigneusement préparée la veille !

Guy Marchand habite ses tenues – je veux dire qu’elles lui ressemblent. Cela coïncide du reste fort bien avec sa conviction (que partageait Noiret) que, pour entrer dans un personnage, le choix du costume s’avère primordial. Regardez comme je m’habille et vous saurez qui je suis. Les fringues disent le bonhomme.

Une réserve tout de même : pourquoi cette cravate éternellement dénouée ? La désinvolture imprègne assez la mise pour n’avoir pas besoin de ce gimmick un peu facile. Et puis, avec une cravate dénouée, le plus beau col de chemise s'écroule lamentablement.

Les élégants sont rarement bien dans leur corps. S’ils l’étaient, ils ne déploieraient pas tant d’art pour être bien dans leurs vêtements. On envie ce qu’on n’a pas : Philippe Noiret soupirait après « cette élégance suprême des hommes qui maîtrisent leur corps à la perfection ». Je parierais que Guy Marchand a plus d’une fois rêvé de ressembler à l’un de ces dandies hiératiques, ultra racés et raffinés, tel le comte de Montesquiou peint par Boldini. Lui, respire la force virile. Joueur de polo, il pourrait – ou aurait pu – incarner avec beaucoup de vraisemblance l’homme selon Ralph Lauren ou La Martina. On l’imagine volontiers parcourant à cheval les milliers d’hectares d’une hacienda. Mais quand les hommes athlétiques se piquent d’élégance, le résultat est souvent raté. Ils en font trop, sont maladroits, agressifs… Il faut toute la distance ironique d’un Steve Mac Queen dans L’Affaire Thomas Crown ou la désinvolture étudiée d’un Guy Marchand pour – si je puis dire – sauver la mise.

Cette désinvolture, qui fut d’abord son masque, lui colle aujourd’hui à la peau. Le temps a fait son œuvre. Le regard s’est teinté de mélancolie. L’œil droit, écarquillé, s’étonne encore quand l’œil gauche, sous la fronce du sourcil, semble dire « A quoi bon ? » Touche finale – et émouvante – à la « touche » de l’ancien « petit gars de Belleville » (3).

__________________________________________________________________________________

1 - Philippe Noiret, Mémoire cavalière, Robert Laffont.
2 - Guy Marchand, Le Guignol des Buttes-Chaumont, Michel Lafon.

3 - Tous les portraits de Guy Marchand - sauf le dernier - sont signés Adelina Marchand et extraits de son blog "Une bible au Ritz". Merci à elle de m'avoir autorisé à les reproduire.

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19 juin 2010 6 19 /06 /juin /2010 11:24

En guise de clin d’œil.

Le roi aime la fringue (voir, si vous êtes pressé, à partir de la 10° minute). Mais, depuis sa glorieuse "sortie" de jeudi, le roi est nu !

« Quel que soit l’argent que l’on dépense, cela ne suffit pas pour faire de soi un gentleman », Jérémy Hackett (Monsieur, n° 48).

 

Et puis, cette photo de Titi et Riri habillés par Crémieux lors de l’Euro 2008. Parce qu’on ne s’en lasse pas.

 thierry-henri-riberri.jpg

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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 07:16

Certaines professions ont longtemps joui d’une réputation d’élégance : les banquiers, les commissaires-priseurs, les avocats, les architectes, les professeurs de médecine… Cette réputation souffrait, à coup sûr, de multiples exceptions. Elle était cependant assez fondée pour avoir traversé des générations : une abondante littérature en témoigne. Des caractéristiques vestimentaires ont même été attachées à certains de ces métiers : le nœud papillon pour les avocats, les professeurs de médecine et les architectes ; une certaine rayure de costume pour les banquiers.

Vous l’avez sans doute remarqué : je parle au passé. Car, dans ces professions aussi, les codes ont changé. Connaissez-vous beaucoup d’architectes adeptes du nœud papillon et beaucoup de banquiers habillés en banquier ? Quant aux avocats… J’aime beaucoup regarder Faites entrer l’accusé, l’émission que Christophe Hondelatte consacre aux grandes affaires criminelles. Mais si je la regardais dans l’espoir de trouver des idées de tenues élégantes chez les avocats interrogés, je serais bien déçu !

Les exceptions ont changé de camp : ce sont les médecins, les banquiers, les architectes bien habillés qui, maintenant, étonnent. Et, pour ainsi dire, détonnent. La dernière fois que j’ai vu un banquier vêtu d’un costume rayé bien coupé, c’était, au moment de l’affaire Kerviel, Daniel Bouton, alors directeur de la Société Générale. Cela ne suffisait d’ailleurs pas à le rendre élégant. Quels esculapes médiatiques actuels sont bien habillés ?... Et quels avocats ? Naguère on aurait cité Paul Lombard ou Robert Badinter. Mais c’était naguère… Le premier est né en 1927 et l’autre en 1928… Aujourd’hui ? On peut penser à Karim Achoui, qui, visiblement, prête attention à sa mise :

 

achoui-karim.jpg

 

Cela dit, son élégance est aussi douteuse que ses fréquentations : trop concertée et trop mode pour être convaincante. Des costumes de prix, assurément, mais pas sur mesure : la griffe plutôt que le style.

Précisons que Karim Achoui, condamné en décembre 2008 à sept ans de réclusion dans la fameuse affaire Ferrara, n’a plus le droit d’exercer sa profession.

A propos, il serait intéressant d’étudier les conséquences vestimentaires  qu’ont pu entraîner en France et ailleurs les accointances de certains avocats avec les voyous : voir les costumes de truand portés par les avocats marrons dans les films noirs des années trente et quarante. Chez les uns et chez les autres, le même goût de l’ostentatoire et de l’exagération. Mais chez les beaux mecs aussi l’élégance n’est plus ce qu’elle était : le blouson de cuir sombre a remplacé le manteau de cachemire beige clair ; plus de costume croisé aux trop larges rayures, mais un banal pull et un vulgaire jean… Ce serait plutôt du côté de certains rappeurs – parfois eux-mêmes gangsters - qu’il faudrait chercher les dignes héritiers des princes de la Haute d’autrefois.

De nombreux commissaires-priseurs, en revanche, perpétuent une respectable tradition d’élégance. Faillir à cette tradition relèverait en quelque sorte de la faute professionnelle. Les commissaires–priseurs fréquentent quotidiennement le passé et la beauté. Un tel voisinage favorise l’élégance, qui est avant tout une affaire de culture et de goût.

Voici, en guise de conclusion, quelques illustrations parlantes.

 

Architectes.

Hier :

le-corbusier.jpgLe Corbusier

 

Aujourd'hui :

jean-nouvel-portrait.jpgJean Nouvel

 

Avocats.

Hier :

badinter.jpg  Maître Badinter

 

Aujourd'hui :

dupont-moretti.jpgMaître Dupont- Moretti

 

Pour le plaisir des yeux, deux représentations de la figure de l’avocat dans des films des années cinquante :


jean-gabin-encas-de-malheur.jpgJean Gabin (et,accessoirement, Brigitte Bardot), dans "En cas de malheur"

                

louis-calhern-copie-1.jpgLouis Calhern (et, accessoirement, Marylin Monroe) dans "Quand la ville dort"

 

Commissaires-priseurs.


francois-de-ricqles-copie-1.jpgFrançois de Ricqlès, vice-président de Christie's 

 

michael-broadbent.jpgMichael Broadbent, Christie's

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Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
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8 juin 2010 2 08 /06 /juin /2010 07:09

Nos forums préférés abondent en demandes du genre : « Qui, chez les personnalités actuelles, pouvons-nous prendre pour modèles ? » Normal qu’on cherche des exemples. Désespérant qu’on n’en trouve pas. Les noms qui reviennent ne suscitent guère l’enthousiasme ; chez nos acteurs : Stéphane Freiss, Lambert Wilson ; chez les journalistes : Michel Denisot, Laurent Delahousse, Nikos Aliagas (journaliste ou bateleur ?), Harry Roselmack. Dans un tel désert, la moindre trace de style ressemble à une oasis. Mais c’est un mirage. Aucune des personnalités précitées ne mérite, à mon sens, l’épithète d’élégant. Tout juste peut-on concéder à Lambert Wilson d’avoir une certaine allure et à Michel Denisot, à Laurent Delahousse et à Harry Roselmack de savoir éliminer le plus mauvais de la production vestimentaire actuelle.

Je consacrerai bientôt un petit article au cas Aliagas – parfait exemple… de ce qu’il ne faut pas faire !

Triste époque ! Nos aînés avaient plus de chance. Farid Chenoune, évoquant les années trente : « (Des) dizaines de millions de spectateurs (…) regardent les acteurs, les jugent, les admirent, comparent, s’identifient, prennent exemple » (Des Modes et des hommes). Et de citer Ronald Colman, Leslie Howard, Herbert Marshall, Charles Boyer, Gary Cooper, Fred Astaire, Cary Grant


Gary-Cooper-2.jpgGary Cooper


Remontons seulement deux ou trois décennies en arrière. Plusieurs figures, chez nous, se montraient dignes de confiance ; chez les journalistes : Philippe Labro – influence Ivy League très marquée -, Jean-Claude Narcy – forte imprégnation  « grantienne » -,  Daniel Bilalian – élégance sobre, classique ; chez nos acteurs, un nom dominait, celui de Philippe Noiret. Certains moquaient pourtant son style gentleman farmer à la française. Le recul du temps accuse l’injustice de leurs critiques.


Jean-claude-narcy.jpgJean-Claude Narcy


article_bilalian.jpgDaniel Bilalian

 

philippe-noiret-elegant.jpg(Une tenue parfaite !) 


D’aucuns me jugeront passéiste et nostalgique. J’essaie d’être honnête et lucide. Ceux qui ont traversé les années soixante-dix étaient encore moins gâtés que nous. Preuve qu’un tri s’impose. Quel acteur de cette époque est resté dans les mémoires pour son élégance ?... Alain Delon portait de magnifiques costumes de beau mec dans Borsalino mais l’action du film se déroule dans les années trente ! Qu’on le veuille ou non, ces années-là marquent l’acmé de l’élégance classique ! Quelle star de cette époque aurait osé se présenter dans une tenue semblable à celle que porte ici Tom Cruise ?


tom-cruise.jpg(Cliquez pour agrandir)


 Mais ne succombons pas au pessimisme ! Des signes sont encourageants. Nos moyens modernes nous donnent accès à une réserve inépuisable et gratuite de portraits d’élégants de toutes les époques : inspirons-nous d’eux ! Le sur mesure refait surface et la demi-mesure a progressé. La mode impose moins ses diktats que naguère et les codes sociaux ont bougé. Des espaces de liberté sont ainsi ouverts : investissons-les ! Mais, avant tout, restons humbles. Apprenons les règles. Imitons, respectons, transmettons. Acquérons peu à peu la culture qui affine le goût et légitime le jugement. 

En un mot, soyons des apprentis modèles !

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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 07:09

J’ai regardé dimanche soir sur France 5 « Daniel Cordier, la Résistance comme un roman ». Ce documentaire sera rediffusé sur la même chaîne le vendredi 4 juin à 23 heures 30. Je vous en recommande le visionnage.

Daniel Cordier est un esthète. Cela se sent. Cela se voit. Cela s’entend. Certaines de ses tenues méritent notre attention : accords audacieux et réussis de couleurs ; mélanges intéressants de motifs ; belles matières. Par contraste, les tenues de l’intervieweur (le philosophe et écrivain Régis Debray) n’en paraissent que plus laides. Voir, notamment, un anorak à capuche porté avec une casquette bleu marine.

On peut avoir été un vrai résistant (Daniel Cordier fut le secrétaire de Jean Moulin) et, à quatre-vingt dix ans, prêter encore grande attention à son apparence. Ce constat – rafraîchissant - amoindrit mon scrupule de vous recommander pour des affaires de chiffons une émission à l’intérêt historique manifeste.

Quelques images de Daniel Cordier glanées sur l'internet :


daniel-cordier.jpg

daniel-cordier-deux.jpg

 

daniel-cordier-trois.jpg

 

daniel-cordier-quatre.jpg

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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 07:38

 

pantalon-scavini-elements-poses.jpg

Illustration : Julien Scavini.

 

Sur l’origine de cette invention, les sources divergent. N’entrons pas dans le débat. Rappelons seulement qu’on en attribue généralement la paternité au prince de Galles, le futur Edouard VII : on ne prête qu’aux riches. Cette photo nous le montre, devenu roi, arborant un revers apparemment retourné à la main ou travaillé en sorte qu’il donne cette impression :

 

prince-de-galles-revers-fin.jpgSource : Des modes et des hommes, Farid Chenoune, Flammarion
 

 

Son premier pantalon à revers, chacun s’en souvient. Grâce à lui, on s’est senti plus adulte et l’on s’est juré, avec l’enthousiasme du néophyte, qu’on ne porterait plus jamais un pantalon sans revers.

Les années ont passé et la réflexion s’est affinée. Mon expérience me fait dire ceci :

Le revers finit bien un pantalon à pinces. Un accord harmonieux s’établit entre les plis en haut et le revers en bas.

Le revers n’est réussi que s’il est consistant. Les tissus épais (velours, tweed…) permettent d’obtenir l’effet recherché. Et que s’il est cousu lâche. Un petit rappel technique s’impose : ne confondons pas revers et repli. Le revers désigne une bande de tissu assemblée au bord du bas d’un pantalon et donnant l’illusion d’un repli. Souvent, les revers ne sont en réalité que de simples replis, moins longs et donc moins coûteux à fabriquer.

Le revers ne doit être remarqué ni pour sa petitesse ni pour sa grandeur. La tradition tailleur l’a fixé à 4 cm. Un homme très grand se permettra, si l’envie lui prend (mais pourquoi lui prendrait-elle ?), un revers plus haut. N’en déplaise à certains tailleurs à la mode, le revers trop grand fait couturière de quartier – comme, d’ailleurs, son contraire, le revers trop petit.

Le revers ne va pas aux hommes petits car il casse, à l’œil, la longueur des jambes. Très recommandé, en revanche, aux hommes longilignes.

Le revers sied mieux aux hommes d’un certain âge. J’ai vu l’autre jour un homme jeune en costume bleu marine dont le pantalon était lesté d’un revers. Eh bien ! ce seul détail lestait aussi son propriétaire de quelques années !

Le revers ne doit jamais accompagner une tenue habillée. C’est pourquoi certains rigoristes en proscrivent l’usage sur le costume croisé, plus habillé que le costume droit.

Le revers est un incroyable nid à poussière ! Ainsi donne-t-il l’occasion à chaque fois qu’on le brosse de méditer sur le destin des choses. Et ce n’est pas son moindre mérite. 

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27 mai 2010 4 27 /05 /mai /2010 07:55


CB-copie-1.jpg  

Aïe !

Et encore, Christophe Barbier nous a-t-il épargné, avec ça, son écharpe rouge (cf. Le système Bruant, ou l'écharpe qui se monte du col) !

 

Christophe-barbier2.jpg

 

Aïe ! Aïe !

L'écharpe est revenue. Cravate blanche sur chemise blanche : on croyait la combinaison disparue en même temps que Pierre Laval ! Un ensemble très "thé dansant" - façon chevalier servant de rombières surpoudrées et surbijoutées.

 

Christophe-barbier3.jpg

 

Aïe ! Aïe ! Aïe (1) !

Le stripease a commencé... Christophe Barbier a laissé tomber l'écharpe et la cravate. On devrait s'en réjouir. Mais que signifie cette chemise (quel col ! Mon Dieu ! quel col !) boutonnée jusqu'en haut ? S'en inspirer si l'on veut paraître coincé, ancien premier de classe ou Deschiens.

Cet homme est un cas. Sa culture ne fait aucun doute et ses velléités de coquetterie sont perceptibles. D’où vient, alors, que nous vivions chacune de ses apparitions médiatiques (et elles sont nombreuses) comme une provocation ? Je crois avoir trouvé la réponse – simple et définitive : Christophe Barbier n’a aucun goût.

Cette absence, ce vide, ce néant… rend folles ses prétentions. Nous le préfèrerions ignorant : alors, nous l’ignorerions !

Et puis son intempérance… Il s'habille comme il parle et comme il écrit. Trop de mots et trop d’images (homme de l’image, oui, et dans tous les sens (2)!); trop de recherche de l'effet; trop de cravates à fleurs et de fleurs de rhétorique...

Ses péchés réitérés contre le goût nous offensent. Lui pardonner ? S’il s’amende… En attendant, non.

___________________________________________________________________________________

1 .Ces trois portraits ornent, dans l'ordre, les éditoriaux signés Barbier des n° 3064, 3065 et 3066 de L'Express.
2. Il abuse de la métaphore comme d’autres de la bouteille. Extrait de son portrait de Pal Sarkozy, père de notre président : " Il y a du Gatsby en lui, un Gatsby de la Mitteleuropa qui plonge dans son verre des glaçons de quelques archaïsmes nobiliaires hongrois, afin de diluer un peu l’alcool fort des audaces de son éternelle jeunesse." (L'Express, n° 3064)

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21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 08:24

Les commentaires qui ont suivi mon article L'introuvable style français m’ont conduit à citer une nouvelle fois la marque Arnys. J’ai écrit : « Si je devais citer une marque illustrant un possible (?) style français, ce serait Arnys. »


arnys-couverture-def.jpg

Arnys est une marque soucieuse de sa propre histoire. La boutique, ouverte en 1933 par Léon et Albert Grimbert, fils du tailleur Jankel Grimbert, est dirigée depuis 1966 par les représentants de la troisième génération, Jean et Michel Grimbert. La « forestière », étendard « casual » de la marque, a été créée en 1947 : peu de vêtements nés en France peuvent se prévaloir d’une telle longévité.

Arnys, c’est aussi – et surtout – un style qui s’inspire de notre histoire. La connaissance de l’histoire du costume qu’ont acquise les frères Grimbert (Michel a suivi des études d’histoire) les protège des tentations des modes saisonnières. Elle crédibilise leurs tentatives : l’épaule naturelle, « stable et mobile » (dixit François Nourissier), la boutonnière passepoilée, l’utilisation des couleurs, le faste des matières… renouent avec le costume français du XVIII° siècle – avant que l’anglomanie ne mette un terme à notre suprématie ou, pour citer Balzac, avant que « le drap » ne l’emporte sur « la soie ». On est loin, on le voit, des astuces imaginées à chaque nouvelle saison par nos stylistes et par certains de nos tailleurs dans le but de faire parler d’eux.

Les noms des vêtements s’enracinent, chez Arnys, dans notre patrimoine – géographie provinciale : « Honfleur », « Pont-Aven » ; parisienne : « Saint-Germain » ; culture littéraire : « Heurtebise », « Sorel » ; cinématographique : « Boeldieu », « Dalio », « Berry »… La veste « Tonkin » a été ainsi appelée en référence à un film de Jacques Becker, Goupi mains rouges. Elle est une interprétation de la veste que portaient les ouvriers à la fin du XIX° siècle et au début du siècle suivant. La « forestière » s’inspire des vestes des gardes-chasse solognots, telles qu’on peut en voir dans « La Règle du jeu » de Jean Renoir. Le béret – oui ! notre célèbre béret national ! - a fait l’objet d’une adaptation originale :


arnys-beret.jpg"Gascogne", béret, catalogue 2001

 

Cette dimension culturelle et historique confère aux vêtements Arnys une sorte de légitimité et – j’oserais dire – un supplément d’âme. On comprend mieux, dès lors, que la boutique de la rue de Sèvres ait été fréquentée par une clientèle éclairée et choisie d’artistes (Gide, Sartre, Vian, Picasso, Botero…) et d’hommes politiques (François Mitterrand, François Fillon…)


arnys-le-flore.jpg

Paris, "Le Flore", Arnys... Un certain art de vivre. Monsieur, n° 24.


Qualité des matières et des finitions ; tact dans le choix des motifs et des couleurs : la « touche française » se reconnaît aussi au respect scrupuleux de ces critères. Le vrai luxe français puise par tradition aux plus nobles sources : ses châles en pashmina, Arnys les fait spécialement tisser à Srinagar.

Ce n’est pas en copiant les autres que nous aurons quelque chance d’attirer à nous une clientèle internationale. C’est en étant nous-mêmes – résolument nous-mêmes. Cette politique exigeante, qui bannit toute concession, est celle d’Arnys – et elle est payante : son succès au Japon en témoigne avec éclat.

Le propre d’un style, c’est d’être reconnaissable. Les vêtements de la ligne « casual » (c’est moi qui l’appelle ainsi) s’identifient au premier coup d’œil grâce, notamment, aux manches portées repliées, à la mousquetaire. Le cran tailleur et les poches taillées en biais signent les vestes. Ajoutons, bien sûr, la fameuse épaule mobile et l’ouverture généreuse sur le devant de la veste de costume qui, découvrant un pantalon à taille toujours haute, « donne de la jambe », comme disent les tailleurs.

L’assortiment des formes et des couleurs nécessite, de la part du client, un minimum de savoir-faire. Les représentants médiatiques de la ligne « casual » en sont malheureusement souvent dépourvu (Serge Moati, Jean-Louis Petitrenaud, Jean-Claude Carrière…) On aimerait des porte-drapeau plus inspirés ! Il faut savoir encore éviter le côté « costumé » que peuvent donner à celui qui les adopte ces tenues très typées. A l’exemple d’autres enseignes, Arnys fait poser pour ses catalogues des mannequins éloignés des canons habituels. Très bien – l’élégance n’étant certainement pas l’apanage des Apollon ! Encore doit-on s’assurer que, sur eux, les vêtements tombent bien : un vêtement qui posera mal sur les épaules ou qui aura trop d’ampleur donnera une ligne vague et molle.


arnys-photo-pub-ratee-copie-1.jpgNon !


Arnys-manteau-Berry.jpgOui !


Dans le fond, les meilleurs ambassadeurs d’Arnys, ce sont peut-être les frères Grimbert eux-mêmes : leur style délibérément et savamment suranné me plaît. Il a plu aussi au Sartorialist :


arnys-portrait-grimbert-michem.jpgMichel Grimbert, by The Sartorialist


Arnys-jean-grimbert-copie-1.jpgJean Grimbert. Photo Andreas Licht.

 

Alors Arnys, un style français ? Les Grimbert parlent, au moins à propos de la « forestière », de « style parisien ». Admettons, puisque nous avons appris de Balzac que l’élégance française ne se trouvait qu’à Paris. La ligne « casual » - la plus inventive – témoigne d’une recherche et d’une cohérence sans équivalent chez nos autres fabricants. Le surplomb historique justifie pleinement la devise de la maison : « Extraire l’éternel du passager ». Cela dit, une marque – aussi intéressante soit-elle – ne saurait  à elle seule faire le style d’une nation.

Je ne suis jamais entré au 14 de la rue de Sèvres. Je le ferai peut-être un jour : je rôde autour de cette envie – et, pour l’instant, cela suffit à mon bonheur.

On trouvait, naguère, des produits Arnys au beau pays du Chouan, chez Scottish shop à Quiberon, boutique sise place Hoche.

Hoche ? A ce nom, le sang du chouan se glace ! Mais c’est une autre histoire

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Publié par Le Chouan - dans Marques
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15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 07:51

" Le temps, le temps, le temps et rien d’autre…"
Charles Aznavour


Parlant de son mari, la duchesse de Windsor a dit : « Je fus frappé de constater que l’homme que l’on disait être le plus élégant de son époque n’achetait que très rarement un nouveau costume. » Katie Holmes (styliste sélectionnée par Sotheby’s pour les photos du catalogue de la vente The Duke and Duchess of Windsor, The private collections, en 1998) explique : « L’ensemble de la garde-robe du duc frappe par son côté « porté », usagé (1). » Tatiana Tolstoï rapporte : « Guy Schoeller (éditeur aujourd’hui décédé), venant chercher les paires de chaussures qu’il avait commandées chez son bottier, insiste pour saluer les personnes qui travaillent dans l’atelier : « Vos chaussures sont de si bonne qualité qu’elle vont me durer vingt ans, dit-il, j’ai déjà soixante ans, celles-ci sont les dernières que je vous aie commandées (2). » Bruce Boyer confie : « Mon vêtement favori est une veste en tweed que j’ai depuis une douzaine d’années ; une douzaine d’années encore et elle sera parfaite (3). »

 

garde-robe-windsor-copie-2.jpg Monsieur, n° 14

 

De telles histoires enchantent l’homme élégant.

Il n’aime pas le vieux pour le vieux, l’ancien pour l’ancien. Il aime ce cachet que le temps seul donne aux choses. L’achat d’une paire de beaux souliers le rendra heureux, mais sa joie sera obscurcie à l’idée du temps qu’il faudra pour qu’ils acquièrent une belle patine naturelle ; car il hait le faux vieux, genre jean pré-usé… De même pour un bracelet de montre. De même, en fait, pour tous ses vêtements.


barbour-livre-rouge-copie-1.jpgL'Eternel masculin, Bernard Roetzel, Könemann

 

D’où lui vient ce goût ? Il ne se pose pas la question. Jeune, il aimait déjà chiner. Il a beaucoup appris en fréquentant les friperies. Il a porté les chemises sur mesure en tissu Boussac de son grand-père. Il a fait retailler  les costumes en Sportex des années cinquante de son père. Il a rénové de vieilles chaussures anglaises ayant appartenu à l’un ou à l’autre. Il a maîtrisé peu à peu l’art de mélanger le neuf et le vieux. Jamais plus d’un élément tout neuf dans une tenue. Jamais, non plus, que du vieux. Il s’est émerveillé – il s’émerveille encore – du voisinage d’une cravate de soie aux tons francs et d’une veste de tweed élimée. Il n’a pas l’âme d’un collectionneur : ses vêtements, il les porte. Il n’a pas le goût du nombre, mais celui du rare et du beau. Il aime ce qui dure. Il quête la qualité. Epuisante quête dans une société qui a sacré l’éphémère : on achète et on jette ; on pousse à la consommation un peu comme on pousse au crime. Les tailleurs eux-mêmes sont entrés dans la danse pour qui la solidité n’est plus une qualité principale : « Faites-vous plaisir », et peu importe que le tissu soit fragile  comme une aube d’été.

L’homme élégant ne jette rien. Un beau vêtement ne perd jamais rien à attendre. La patine est un hommage que le temps rend aux œuvres humaines qui le méritent. Quoi de plus beau qu’un vêtement de qualité que marque l’usure ? Quoi de plus émouvant aussi, puisque sa fin se profile, échéance à laquelle son propriétaire ne peut légèrement se résoudre ?

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1 - Monsieur, n° 14.
2 - Tatiana Tolstoï, De l’élégance masculine, Acropole.

3
- The Sartorialist.

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9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 08:15

(Ce billet est une sorte de prolongement à celui de Stiff Collar consacré au même sujet.)

Le mot style est d’un usage pratique. On l’emploie souvent – et moi le premier – pour désigner des réalités qu’il ne recouvre pas toujours.

« Style » vient du latin « stilus », « poinçon servant à écrire ». Par cette origine, le mot est lié à l’écriture et à une notion de « marque ». Deux définitions lui sont généralement données. Tantôt - et traditionnellement -, il désigne un ensemble de moyens et de règles mis en jeu dans la production d’une œuvre ; tantôt, il signale une propriété particulière, singulière, personnelle. Cette seconde définition prévaut depuis une centaine d’années, au point qu’elle est devenue la définition courante. Selon qu’on s’attache à l’une ou à l’autre définition, la « marque » - distinctive du style – ne sera pas qualifiée de la même manière : on pourra la qualifier de « collective » dans le premier cas et d’ « individuelle » dans l’autre.

La définition traditionnelle est indissociable d’une idée de classement – classement selon les niveaux (bas, moyen, élevé), les manières (fleuri, attique, simple, etc.) Etymologiquement liée à l’acte d’écrire, la notion de style est néanmoins transposable aux autres arts : l’architecture distingue quatre ou cinq ordres (cf. Stiff Collar), la peinture différents genres (histoire, paysage, portrait, nature morte…), etc.

Si nous appliquons cette notion au domaine du vêtement, nous pouvons arriver à ce classement : quelques styles nationaux, façonnés par le génie propre à certaines nations (styles anglais, italien, autrichien, Ivy League…) et intégrant, dans une alchimie mystérieuse, des influences variées (climat, coutumes, morphologie des habitants…) ; style classique, traversant plus ou moins les précédents, et auquel depuis une centaine d’années les autres styles – ou prétendus tels – se mesurent. Dans ce sens (collectif), la réussite d’une pratique est intrinsèquement liée à sa conformité à des codes préétablis.

Une conception aussi limitée du style ne saurait nous satisfaire. Si elle a pu s’imposer en des temps où la soumission à l’idéologie dominante allait de soi, elle apparaît intenable dans une société contemporaine influencée, d’une part, par l’esthétique baudelairienne plus que séculaire de la surprise et, d’autre part, par les revendications contradictoires de l’individualisme libertaire issu de mai 68.

C’est ainsi que la seconde acception du mot style – qui fait de celui-ci l’expression d’une voix singulière – l’a définitivement emporté. L’autorité des systèmes n’ayant plus cours, il convient de neutraliser quiconque s’en revendique ou, pis, rêve de la rétablir. Une épithète à la charge puissamment négative suffit à l’affaire : traitez l’importun de « réactionnaire » et vous lui ferez connaître ce qu’il en coûte d’aller à contresens de la modernité : il ne s’en relèvera pas.

Le style individuel marqué par la modernité se nourrit de transgressions et d’inversions. Le beau est laid, le laid est beau. « Tout est art » (Duchamp). Le couturier peut s’autoproclamer artiste et le styliste créateur. L’efflorescence des individualismes amollit le surmoi. Le ça déborde. Le vêtement met en scène le dévoilement de l’intime. Autrefois, on le chargeait de cacher « la misère », aujourd’hui, il sert plutôt de faire-valoir à la nudité. 

Le mot « look », entré dans nos usages au début des années 80, a été chargé de désigner de nouvelles pratiques vestimentaires. Son origine anglo-saxonne impressionne favorablement les esprits déculturés. Par son sens, il traduit fidèlement ce que certains comportements inédits ont de superficiel et de passager : quoi de plus volatil qu’un regard ? Quoi de moins profond qu’une apparence ? Un look n’est pas une expression de soi – il parle en son nom propre. Ainsi a-t-on pu logiquement glisser de l’être à la chose vestimentaire et de la chose vestimentaire à des choses d’un autre ordre : on parlera également du look d’une veste et de celui d’une voiture…

A force de servir, le ressort de la surprise s’est peu à peu détendu. Les inévitables surenchères – démultipliées par l’influence conjointe des individualismes – ont fini par le casser. D’abord ébranlé, choqué, le public s’est lassé. La modernité a été prise à son propre piège. Elle est devenue une mode. Nos révolutions de styles – ou de looks – vivent ce que vivent les roses : l’espace d’un matin.

Je l’ai dit : réduire le style à un système préétabli de règles n’est plus tenable. L’histoire de l’art nous montre qu’il a évolué grâce à des pratiques individuelles qui, sans aller obligatoirement jusqu’à la négation des règles, ont, pour le moins, pris des libertés dans la manière de les appliquer. L’histoire du vêtement a suivi une évolution comparable. De fortes personnalités (par exemple, les dandies au XIX° siècle) ont su imposer des façons singulières qui ont inspiré des imitateurs. Ce faisant, ces puissantes individualités ont créé à leur tour des styles. Selon cette logique, Bruce Boyer était parfaitement fondé à intituler un de ses ouvrages Le Style Fred Astaire.


fred-astaire-le-style.jpg 

Pour me satisfaire, un style individuel doit remplir plusieurs critères. Un style doit être respectueux du style : va pour les fantaisies pourvu qu’elles révèlent un jeu de références aisément interprétables par l’œil d’un connaisseur. Un style doit être l’expression d’une nécessité. Max Jacob, familier de ces notions (lire, notamment, la préface du Cornet à dés), écrit : « Les artistes sont ceux qui, malgré les règles suivies dès l’enfance, trouvent une expression vivante. » Roland Barthes ne dit pas autre chose dans Le Degré zéro de l’écriture quand – distinguant « l’écriture » (la codification collective des manières de dire) et « le style » (le fait individuel) – il compare ce dernier à « une espèce de poussée florale ». Cette nécessité est gage d’authenticité. « Il faut être quelqu’un pour paraître quelqu’un », affirmait un peu naïvement Beethoven. Les faiseurs de looks paraissent sans être et d’autres sont qui ne paraissent pas. Celui qui a trouvé son style paraît ce qu’il est et est ce qu’il paraît. Un style impose une unité. Vestimentaire, il doit se ressembler quels que soient le temps, le lieu ou les circonstances. Dans son expression la plus réussie, un style irrigue tous les aspects de l’existence. Alors, il est, au plein sens, un style de vie. A chacun de chercher le sien – la marque (stilus !) qui sera sa signature. La quête est ardue et la victoire incertaine. Un défi taillé à nos mesures ! 

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