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18 décembre 2014 4 18 /12 /décembre /2014 06:47

Pour les ignorants, la cravate est le symbole du bien habiller. Vous pouvez ressembler à l’as de pique, pour peu que vous ayez noué une cravate, on louera votre classe !

Le prestige attaché à ce ruban de tissu est extraordinaire. Il faut dire que son histoire est longue : Villarosa et Mosconi la font remonter au IIIe siècle avant Jésus-Christ… en Chine ! La cravate a suscité des fantasmes contradictoires. Son sexe, à l'instar de celui des anges, reste un mystère. Pour beaucoup, elle symbolise le phallus ; d’autres jurent que « le nœud triangulaire, avec le petit pli qui le souligne avec délicatesse, fait référence à l’attribut sexuel de la femme, comme s’il voulait signifier : C’est à ça que je pense continuellement. » (Eloge de la cravate, présenté par Giovanni Nuvoletti, Gentleman éditeur). Paradoxale cravate dont le noeud serait la partie la plus féminine ! Son  ambiguïté de genre aidera peut-être à son renouveau. En attendant, elle est délaissée par les hommes... et par les femmes à femmes ! 

Appréhender le port de la cravate comme il conviendrait de le faire, c’est-à-dire de façon neutre, s'avère difficile. Qui s'y efforce s’aperçoit pourtant que l’air habillé ne lui est pas imputable. Un homme non cravaté mais vêtu d’un costume sombre et d’une chemise blanche m’apparaîtra toujours plus habillé qu’un autre portant une veste de tweed, un pantalon de velours et une cravate en laine. Les matières et les couleurs jouent les premiers rôles. A côté, la cravate n’est qu’une figurante.


philippe-noiret-elegant.jpg

 

Cela dit, ne confondons pas avoir un air habillé et être bien habillé. L’homme élégant, même vêtu de l’habit le plus formel, n’aura jamais l’air habillé. Arriver dans tous les cas à un parfait naturel nécessite un savoir-faire consommé. Même le plus élégant n’est pas à l’abri d’un échec, mais, dans ce cas, il n’en tiendra pas pour responsable le port de la cravate. Y renoncer ne saurait être pour lui la solution. Il cherchera la cause de son ratage ailleurs – dans un mauvais rapport entre les couleurs, les motifs et les matières.

Essayons donc de juger la cravate sur ce qu’elle est : la touche finale d’un habit. Tatiana Tolstoï a eu ce joli mot (De l’Elégance masculine, Acropole) : « Un costume sans cravate évoque un visage d’aveugle. » Clair, profond, voilé… que sais-je ? Cherchons, alors, à donner à chacune de nos tenues le regard qui lui convient ! 

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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 06:20

Notre société protéiforme est un constant défi pour le langage. Pour décrire notre réel chaotique, des notions traditionnelles ne sont plus opérantes. Ou le sont beaucoup moins. Craignons toutefois qu’à force de les tourner dans tous les sens, les mots ne finissent par perdre la tête. Et nous avec eux.

Prenez l’anticonformisme. Que peut bien vouloir dire « être anticonformiste » aujourd’hui ? Un de mes commentateurs à qui je posais la question m’a répondu que « le terme coulait entre les doigts ». Il ajoutait : « Quand l’anticonformisme est une réaction primaire à un épouvantail, ce n’est finalement que du conformisme. Et le plus conformiste des conformismes est celui de l’anticonformisme. »

Un Chouan d’aujourd’hui mérite-t-il le qualificatif d’anticonformiste ? A première vue, on peut penser que oui : de fait, il se situe dans la marge. Il détonne. Pensez donc, il porte des cravates, des casquettes, des chapeaux et des gants, des vestes de tweed et des pantalons de velours ou de flanelle, des costumes, des richelieus ou des derbys… A rebours des tendances actuelles, ses tenues ont quelque chose de fermé et de rentré. Il ne passe tout de même pas pour un excentrique – sauf à utiliser le mot dans son sens étymologique : qui se situe dans la marge est forcément « hors du centre » !

Le Chouan a son épouvantail : l’homme actuel, nippé plutôt que vêtu. Un épouvantail… à faire réellement peur aux oiseaux !

Cela dit, si vous demandez à un Chouan des villes ou à un Chouan des champs s’il est anticonformiste, il écarquillera les yeux. Une telle question n’a pour lui aucun sens : son but n’est pas de s’habiller contre quelqu’un, mais d’appliquer des règles qui ont longtemps eu cours et dont il regrette l’abandon. Ses raisons, esthétiques et morales, sont puisées à la source de la tradition.

Parmi toutes les règles qu’il a faites siennes, il en est une, toutefois, qui complique sa vie sociale : son souci du respect humain. Ainsi doit-il composer avec deux exigences contradictoires : être fidèle à une vêture dont l’anachronisme peut attirer l’œil ; ne pas se faire remarquer. La marge de manœuvre de ce marginal est étroite !

Qui plus est, un Chouan ne serait pas un Chouan s’il ne cherchait à personnaliser ses tenues – sans quoi l’on n’est jamais qu’un suiveur… habile peut-être ; suiveur tout de même. Le suiveur fait de la règle une lecture militaire. Elle est une fin. Pour un Chouan, elle n’est qu’un moyen. L’ingéniosité et le tact sont ses guides dans sa quête de la trouvaille (léger décalage, jeu d’un accessoire ou d’un contraste…) qui satisfera son goût et comblera son esprit.

Non, le Chouan n’est pas un anticonformiste. Anticonformisme : ce mot aux extrémités systématiquement douteuses n’est pas loin de lui faire horreur. Amputé de ses excroissances, il lui reste encore radicalement antipathique ! Non-conformiste lui sied à peine mieux. Non conforme lui va davantage : le Chouan tel que je l’ai décrit n’est jamais conforme. Conforme, le Chouan ne l’est pas aujourd’hui, mais il ne l’aurait pas été hier, quand prévalaient les normes auxquelles pourtant il se réfère.

J’ai dit que le Chouan composait. C’est exact à double titre : il compose ses tenues et compose avec les autres. Cela fait sans jamais abdiquer sa singularité.

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4 décembre 2014 4 04 /12 /décembre /2014 06:23

Beaucoup d’entre vous ont sûrement déjà acheté et lu ModeMen de Julien Scavini. Je n’ai que trop attendu pour en dire quelques mots.

 

julien-scavini-modemen-copie-1.jpg

 

Pour rendre son propos plus vivant, Julien Scavini a imaginé un jeune homme, Antoine, qui, entrant dans la vie active, comprend qu’il est temps pour lui d’acquérir les rudiments de l’élégance masculine.

Le choix de ce personnage est révélateur du lectorat visé : Antoine est jeune et il est étudiant « en droit ou en finance, en management ou en histoire de l’art ». Le procédé (soufflé par l’éditeur ?) aurait pu être pesant si Julien Scavini n’avait eu la bonne idée de renvoyer souvent Antoine à ses chères études !

Le plan de l’ouvrage est lui aussi révélateur. Il n’a rien de révolutionnaire, et c’est très bien ainsi. Les têtes de chapitres reprennent les catégories traditionnelles, mais l’ordre dans lequel ces catégories sont traitées, qui suit les priorités d’Antoine, témoigne de notre temps. Ainsi, la chemise et le pull viennent en première et deuxième position, et il faut attendre la page 103 pour entendre parler du costume et la page 145 pour que vienne le tour du manteau. A titre de comparaison, De l’Elégance masculine de Tatiana Tolstoï en 1987 ouvrait sur ces deux thèmes.

Certains s’étonneront que la surchemise et le polo prennent place dans le chapitre sur le pull… dans lequel – tristesse du Chouan ! – le «  pull breton » dit « marin » (… ne me dites pas que c’est l’inverse !) n’est pas mentionné.

Quand il rapporte les pratiques vestimentaires de nos contemporains, Julien Scavini fait preuve de beaucoup de tolérance. Ce parti pris quasi maffesolien (j’observe, je constate sans juger ni regretter) donne des notations du genre : « Antoine peut choisir (…) sans autre préoccupation que son goût… C’est selon le goût de chacun… Inutile d’en faire une règle absolue… C’est une question de mode ». Détail significatif : vous ne trouverez pas dans ce guide l’équivalent des « Erreurs répugnantes » de Tatiana Tolstoï ou des « Nadirs de l’horreur » de James Darwen. Le jean, les sneakers et les runners sont évoqués ; le tee shirt a droit à deux pages.

A cette largeur d’esprit, plusieurs explications sont possibles. Julien Scavini est d’un naturel accommodant. N’oublions pas que c’est un commerçant habitué à composer avec les désirs de sa clientèle. On ne peut s’empêcher de penser qu’un autre commerçant – son éditeur – a eu son mot à dire.

Ces concessions à l’air du temps sont d’ailleurs à relativiser. Le point de vue adopté est d’abord celui d’un tenant du classicisme. « L’élégance classique, nous dit la première page, est un ensemble de règles de bon sens pour vous simplifier la vie au jour le jour. »

Les habitués de Stiff Collar  seront ravis de retrouver dans ce guide les points forts du blog. Pas de photos mais des illustrations signées de l’auteur. Je regrette toutefois que la qualité de l’impression ne les mette pas mieux en valeur. Les teintes sombres passent mal et pour tenter de distinguer les « unis »  des  « faux unis » (page 109), il m’a fallu me munir d’une loupe ! Un format plus grand eût été plus heureux. La présentation générale de l’ouvrage sent d’ailleurs très fort la maquette faite sur ordinateur ; ce petit côté « cheap » ne rend pas hommage au travail approfondi de Julien. Car ModeMen n’est pas un guide paresseux ! Les connaissances techniques du tailleur et les informations d’ordre historique du passionné foisonnent. Le blogueur (… illustrateur, tailleur, blogueur, Julien est tout cela à la fois !) n’a pas jugé utile de citer ses confrères ; qu’on permette à l’un d’entre eux de le regretter.

Précis, documenté, correctement rédigé, ModeMen est le meilleur guide sur l’élégance masculine de ces dernières années. Les néophytes comme Antoine y trouveront largement leur compte. Les Chouans exigeants aussi.

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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 06:17

« Ceux qui n’ont pas d’amour habitent les cafés », affirmait Aragon. S’il dit vrai (« le poète a toujours raison » !), je suis une exception. Mes proches m’entourent de beaucoup d’affection et, pourtant, j’aime fréquenter les cafés, qui sont de merveilleuses fenêtres ouvertes sur la vie. S’asseoir et regarder. Mais regarder vraiment. Cette intensité du regard, je l’ai apprise en lisant Baudelaire. Les poèmes aussi sont des fenêtres ouvertes sur la vie. Dans un poème justement intitulé « Les Fenêtres », Baudelaire nous dit qu’il « aperçoi(t) une femme mûre, ridée déjà, pauvre, toujours penchée sur quelque chose, et qui ne sort jamais. » Et il ajoute : « Avec son visage, avec son vêtement, avec son geste, avec presque rien, je refais l’histoire de cette femme ». Toute puissance de l’imagination, que Baudelaire qualifiait de « reine des facultés » ! Mon imagination atteint – hélas ! – plus rapidement ses limites. Cette reine, chez moi, n’a pas un pouvoir absolu. Le vêtement d’un inconnu ne me suffit pas à refaire sa vie, à inventer sa légende. Mais il peut, en revanche, me laisser entrevoir un décor, certains traits de personnalité… ce qui n’est pas si mal. Voilà à quoi mon imagination et moi pouvons jouer quand je m’attarde à une terrasse de café.

Un autre jeu qui me plaît beaucoup consiste à replacer certains passants dans leur époque. A voir, certains ont l’air d’être nés trop tard. Avec sa belle barbe blanche, celui-ci a l'air tout droit sorti d’un tableau de Velasquez tandis que cet autre, au visage fin et pâle, à la crinière brune, évoque la jeunesse romantique.

Pour se livrer à ce jeu, point besoin de fréquenter les cafés. D'autres fenêtres ouvertes sur la vie peuvent très bien faire l’affaire... je veux parler du cinéma et de la télévision. Fenêtres – ou plutôt, dans ce dernier cas, « étrange lucarne » ! Les exemples de personnalités aux physiques surannés ne manquent pas. Prenez Jean Dujardin. Pourquoi croyez-vous qu’il ait crevé l’écran dans The Artist ? Grâce à son talent de comédien, bien sûr, mais aussi grâce à son physique très typé années 30 ; un physique à la Douglas Fairbanks – l'éclatant sourire compris.


jean-dujardin.jpgJean Dujardin et Bérénice Béjo, The Artist


douglas-fairbanks.jpgDouglas Fairbanks

 

A ses côtés, Bérénice Béjo était moins convaincante : visage trop « moderne » ! Une Elsa Zylberstein, avec quelques années de moins, aurait été parfaite. Lambert Wilson ? Années 40 ! Un (ex) jeune premier à la Pierre Richard-Willm !


lambert-wilson.jpgLambert Wilson


pierre-richard-willm.jpgPierre Richard-Willm

 

François Hollande ? Années 60. Un physique à jouer un comptable ou un chauffeur de taxi, une petite casquette vissée sur la tête, dans quelque navet sauvé par les dialogues d’Audiard.

A l’inverse, il existe des physiques en avance sur leur temps. Pour cette raison, Jean-Paul Belmondo dénotait dans les films des années 50. Et cette jeune fille insolite que j’ai croisée hier au café a peut-être le visage qui sera à la mode dans une prochaine décennie. En attendant, personne, sauf moi, ne la regardait. Dans les années 30, Romain Duris aurait été jugé insignifiant, et même, à cause de son visage prognathe, franchement laid.


romain duris ok
Romain Duris

 

Son tort ? Etre né 80 ans trop tôt ! La faveur dont jouit ce comédien ne tient pas qu’à ses qualités professionnelles, mais au fait qu’il incarne au mieux la séduction masculine actuelle. Ainsi, Claude François avait le physique des années 70. Aujourd’hui, ce même physique le desservirait.

Nous n’avons pas toujours le physique de notre temps. Mais le temps ne nous attend pas pour se charger de notre physique. Les miroirs qui ornent les murs de mon café préféré sont là pour me le rappeler. Pour ne pas sentir « l’horrible fardeau du temps », Baudelaire – j’y reviens (on y revient toujours) - conseillait de « (s’)enivrer sans trêve ». Existe-t-il meilleur endroit qu’un café pour mettre en pratique ce précieux conseil ? Baudelaire ajoute que lorsque l’ivresse vient à diminuer, il faut demander « au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge (…) quelle heure il est ; et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge répondront : " il est l’heure de s’enivrer ! " »

… Quand je les interroge, les miroirs de mon café préféré ne me font pas une autre réponse.

 

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19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 06:14

Notre époquequi du haut de sa supériorité technologique toise les époques précédentes, donne naissance à des objets éphémères et laids. Le rêve d’éternité des hommes s’est concrétisé dans de nombreux domaines. L’architecture en fait partie. Face aux assauts du temps, elle a longtemps dressé d’orgueilleux édifices qui cherchaient à égaler la permanence des grandes œuvres de la nature. Il est à craindre que les bâtiments d’aujourd’hui, même signés des plus grands noms, connaissent une postérité moins glorieuse : malfaçons, problèmes techniques, vieillissement prématuré des matériaux nécessitent de rapides et onéreux travaux de rénovation. Le Centre Pompidou, par exemple, a dû subir l'année de ses vingt ans une restauration profonde et coûteuse. La beauté s’est effacée au profit de la prouesse technique. La Tour Eiffel, symbole viril d'une modernité triomphante, a donné le la. Il est de bon ton de se moquer des artistes qui pétitionnèrent contre son érection. Je ne suis pas certain, pourtant, qu’ils aient eu tort : à force de la voir, nous nous sommes habitués à sa présence. A force d’habitude, nous sommes devenus indifférents – et notre indifférence a fini par être prise pour un consentement. Pourtant, si nous nous obligions à la regarder d’un œil neuf, ne fustigerions-nous pas, comme le fit en son temps Paul-Jean Toulet, la « laideur sans espérance » de ce « chandelier toujours sans chandelle » ?

Le domaine du vêtement est, lui aussi, touché. Les habits étaient autrefois conçus pour durer longtemps. Dans L’Avare, Harpagon porte les siens depuis au moins cinquante ans. Certes, c’était Harpagon ! Tout de même, il y a encore quelques décennies, on retaillait, reprisait, rapiéçait, retournait le tissu. Le costume du père passait au fils. Le temps déposait sa patine qui donnait aux choses bien nées un supplément d’âme. Aujourd’hui, on achète et on jette. Voudrait-on conserver, sauvegarder, faire durer qu’on ne le pourrait pas : les vêtements ne sont plus faits pour recevoir de tels soins et hommages. Qu’importe, d’ailleurs! Les esprits sont préparés à cet éphémère perpétuel. Ils ont même fini par le rechercher. Je me souviens d’un ami qui, m’entendant vanter la solidité de mes souliers, me disait qu’il ne me comprenait pas et qu’il préférait, lui, acheter des souliers de moindre qualité – pour avoir le plaisir de régulièrement en changer. La mode ne promeut pas les beaux habits – elle signerait alors son arrêt de mort : on ne se résout pas le cœur léger à jeter la beauté à la poubelle -, mais des habits originaux et nouveaux.

Comme l’affirmait l’élégant T.S Eliot, « l’histoire n’est plus qu’une chronique d’inventions humaines qui ont fait leur temps et ont été mises au panier ; le monde est devenu la propriété exclusive des vivants, de laquelle les morts sont rejetés. »


t-s-eliot-def.jpg T.S. Eliot

 

Un petit tour de rue suffit à nous désespérer : partout, des formes aberrantes, des tonalités grisâtres, des matières synthétiques hideuses - quoique hautement technologiques : tissu aquaphobes, respirants, que sais-je encore… Nous vivons, dit-on, dans une société de l’image. Le spectacle de la rue me convaincrait plutôt du contraire. Si les hommes se souciaient un peu plus de leur image, nos villes ne seraient pas aussi tristes. Quant aux modèles des créateurs, ils ne descendent guère des podiums : de même que les bâtiments de nos architectes novateurs sont rarement agréables à vivre (« L'architecte est celui qui a vocation par son art d'édifier quelque chose de nécessaire et de permanent. / Non pas pour être regardé seulement ou compris, mais pour que l'on vive dedans » disait Claudel), de même les vêtements de nos créateurs sont presque toujours importables.

L’individualisme ambiant accélère le mouvement vers le bas. Chacun s’octroie le droit de faire comme il l’entend. Fi des principes et des usages fixés par l’art et la tradition ! Que chaque Français se prenne pour le sélectionneur de l’équipe de France de football ne prête pas à conséquence ; il en va autrement quand il joue les maîtres d’œuvre, les décorateurs, les arbitres des élégances… Combien ai-je vu de pavillons passables défigurés par d’horribles vérandas, de façades coquettes perdre tout leur charme à cause du remplacement de fenêtres à petits carreaux par des fenêtres simples, d’intérieurs anciens massacrés au nom du sacro-saint gain d’espace ; combien de physiques corrects enlaidis par des vêtements mal coupés, de tenues gâtées par des assortiments hasardeux de couleurs !...

Pour espérer s’améliorer, il faut apprendre – regarder dans le rétroviseur -, faire preuve de modestie.

Dire cela, c’est prendre le risque d’être taxé de « nostalgisme »La nostalgie, tant célébrée par les poètes, est démodée. Se dire nostalgique, c’est attirer sur soi les moqueries ; c’est passer pour le ronchon de service ; c’est se condamner à la solitude. Notre incontestable suprématie technologique nous abuse, que nous étendons un peu vite à tous les domaines. En matière d’esthétique, le progrès – s’il existe – n’est pas linéaire. Par exemple, qui oserait nier que le style vestimentaire des années 30 soit supérieur à celui des années 70… ou à celui des années que nous vivons ? Si Fred Astaire revenait aujourd’hui, il serait l’homme le plus élégant du monde !


fred-astaire-gris.jpg 

 

Je suis nostalgique, pas passéiste. Je m’informe, je compare, je trie.

Nos vies en société sont comme nos vies personnelles : elles alternent les bons et les moins bons moments. Pourquoi le moment que je vis serait-il nécessairement plus beau que d’autres que j’ai vécus ? De même, pour quelle raison devrais-je sacraliser mon époque au motif qu’elle est mon époque ? Pour les utilitaires, le paradis terrestre est ici et maintenant. Les esthètes, eux, meurent de froid.

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13 novembre 2014 4 13 /11 /novembre /2014 06:21

… ça fait mal !

Lu, dans le numéro 4067, un article signé Virginie Jacobsen-Lavoué qui m’a laissé perplexe.

Son titre : « L’élégance masculine sans faux-pli ». La première phrase de son chapeau (les articles en portent encore !): « Quels sont les secrets de l’élégance masculine ? »

Voilà une question intéressante. Et ambitieuse. On a beau être impatient de commencer sa lecture, on ne peut s’empêcher de penser qu’il faut être bien téméraire pour prétendre y répondre en seulement quatre colonnes. Et puis on se met à lire et, très vite, on comprend que l’auteur de l’article ne connaît vraiment pas grand-chose à son sujet. C’est un festival de phrases creuses, d’approximations, d’affirmations gratuites, d’ignorance(s)…

Extraits.

« L’homme élégant doit respecter des règles moins figées qu’autrefois.» Il « doit » ? Sur quoi se fonde exactement cette obligation ?

« Depuis Philippe Noiret, les Français passent pour des hommes qui cultivent au mieux le style anglais ». Un petit tour dans la rue suffit, n’est-ce pas, à nous en convaincre...

« Prenons le costume, il n’y a plus de coupe intemporelle ; l’astuce est d’écouter les experts qui évaluent, mieux que vous, votre morphologie ». Problème : qui sont ces experts ?

« La pochette ? On n’a encore rien fait de mieux que de l’assortir à la cravate, cela vous oblige à rester dans le ton ».

« Décontracté ? Misez sur le pull (sauf ceux à col en V). »

« Le vrai dandy ne porte plus de ceinture, mais des boutons de manchette vintage ou, mieux, hérités… » Pratiques, les boutons de manchette vintage (forcément…) de grand-papa pour tenir son falzar !

« Apprenez à faire un nœud Windsor, celui que porte notre ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, et presque toute la haute finance. »

« Rien de plus sexy qu’un homme intelligent et galant ».

Et pour finir, ces deux recommandations :

« Il est inutile de flâner en boutique, certains sites internet, à l’image de WWW.chictypes.com (…), ont fait leur force du "stylisme personnalisé". »

Et :

« (…) You’re so French Men !, de Frédérique Veysset et Isabelle Thomas, de notre point de vue le meilleur guide pratique pour respecter les codes de l’élégance masculine. »

Apprenons à Madame Virginie Jacobsen-Lavoué qu’un guide est sorti voici peu, très recommandable celui-là : ModeMen, de Julien Scavini.

 

julien-scavini-modemen.jpg

J’en reparlerai bientôt.

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9 novembre 2014 7 09 /11 /novembre /2014 07:26

Vous connaissez l’histoire : Arnaud Montebourg a fait sa rentrée des classes le 3 novembre dernier. Il a intégré pour un mois le très prestigieux et très onéreux INSEAD afin d’y suivre un programme dont la désignation – « Advanced Management Programme » - heurte méchamment les oreilles des défenseurs du parler de France.

L’événement, cocasse, n’a pas manqué d’attirer les médias.

Moi, ce qui a retenu mon attention, c’est la tenue d’Arnaud Montebourg. Regardons ça d’assez près :

 

arnaud-montebourg-ecole-def.jpg

 

Pour dire les choses brièvement (je ne vais tout de même pas m’étendre sur le sujet !), il avait revêtu pour l’occasion un ensemble costume-cravate très vallsien – comprenez : chemise blanche ; costume et cravate unie assortis – sous un duffle-coat.

L’effet est déplorable. Une grisaille uniforme sans espoir d’éclaircie. On ne le répètera jamais assez : passé, disons, la trentaine, le duffle-coat et sa capuche est un vêtement immettable. Qui plus est, le choisir gris et ne même pas veiller à le positionner correctement sur les épaules…

Ainsi vêtu, notre ancien ministre ressemblait tout à coup à un étudiant très, très, très attardé. Difficile de reconnaître dans ce personnage falot encombré d’un lourd cartable le « jeune lion » flamboyant de naguère ! A force de jouer à la plus maligne, la communication politique commet de ces bourdes…

La liste de nos ex-ministres devenus avocats est longue. Arnaud Montebourg, qui a été avocat et qui pourrait le redevenir s'il le souhaitait, a préféré se lancer dans les affaires. En robe, il avait pourtant belle allure. Et Dieu sait si, pour un homme, la robe n'est pas facile à porter ! Sur certains, elle fait vite… mauvais genre.

 

conchita-wurst.jpgConchita Wurst

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5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 06:29

... Et les autres

 

Roger Nimier avait sa tête de Turc : Jean-Paul Sartre. Il pensa et écrivit contre lui. L’un était grand et beau ; l’autre, petit et laid. L’un s’habillait en banquier ; l’autre – d'origine bourgeoise – se déguisait en prolétaire : la canadienne et le polo devinrent ses vêtements fétiches. Le Hussard avait l’allure dégagée ; l’écrivain engagé n’avait pas d’allure. Nimier avait de l’esprit, mais, au contraire de Sartre, il n’avait pas celui de système. Il se voulait libre, désinvolte, provocateur. Qu’on le prît pour un milliardaire le faisait sourire : à preuve, cette célèbre photo qui le représente appuyé sur l’aile d’une ancienne Rolls-Royce, comme si elle lui appartenait. Car c’est un jeu : un jour que cette Rolls était garée devant la porte des Editions Gallimard, il trouva amusant de poser « en propriétaire ».

 

roger-nimier-def.jpg

 

Nimier et les voitures : une histoire d’amour et de mort. Il se tua le 28 septembre 1962 à bord de son Aston Martin DB 4. Il avait trente-sept ans. Jean-Paul Sartre, prudent, n’apprit jamais à conduire.

 

 *

 

« On peut être Dandy avec un habit chiffonné. » Il semble que Jacques Laurent ait voulu, par l’exemple, illustrer la pertinence de ce propos de Barbey d’Aurevilly. La mise de Jacques Laurent avait toujours quelque chose d’usé – d’exténué. Il n’y avait pas que son habit à être chiffonné ; son visage aussi, marqué d’excès divers.


jacques-laurent-def.jpg 

 

A y regarder de près, sa négligence était concertée : cravate légèrement dénouée, façon Frédéric Taddeï avant l’heure ; foulard de soie trop hâtivement noué ; éternelle cigarette pointant au sommet d’un avant-bras systématiquement relevé... Son visage, qu’il aurait voulu impassible comme le masque du Dandy, trahissait sa tristesse. S’il est vrai que, comme l’affirmait Baudelaire, le dandysme est un « culte de soi-même qui peut survivre à la recherche du bonheur à trouver dans autrui, dans la femme par exemple », alors non, Jacques Laurent ne fut pas un Dandy. Il se suicida trois mois après la mort de sa femme, ne supportant plus « un monde que (son) absence (avait) transformé en cauchemar. »

 

 *

 

Les écrivains furent longtemps des modèles d’élégance. Michel Déon – éternel jeune homme vert de quatre-vingt-quinze ans – est l’un des derniers à perpétuer la tradition. Il importe peu à cet homme de fidélité de paraître anachronique : il s’habille comme il s’est toujours habillé. Son style emprunte à celui du gentleman-farmer ; ses longs séjours irlandais n’y sont sans doute pas pour rien. Casquette de tweed, cravate de tricot, pull Shetland, chemise Tattersall, pantalon de velours, imperméable Burberry sont les pièces maîtresses de son vestiaire.

 

michel-deon-gentleman-farmer.jpgHélène Bamberger, Figaro photo

 

Point de mélanges hardis de couleurs : l’influence britannique est ici mâtinée de classicisme français. L’élégance de Déon : anglaise pour un Français ; française pour un Anglais. A l’heure des écrivains lookés « geek », le dernier des Hussards fait figure de provocateur !

 

S’habiller à la « hussard » ?

 

Existe-t-il un uniforme « hussard » ? Sûrement pas ! Et pour cause : les Hussards, épris avant tout de liberté, s’habillaient comme ils écrivaient, en suivant leur tempérament. Tous, d’ailleurs, prirent bien soin de découdre l’étiquette « Hussards », qu’ils n’avaient pas choisie. Au milieu des années 80, on vit refleurir la marque, précédée d’un suffixe alors à la mode : « néo ». Comme leurs aînés, ces « néo-hussards » avaient le goût de l’indépendance. Dans leurs vestes de tweed, Eric Neuhoff et Didier van Cauwelaert avaient l’air d’être les fils de Michel Déon, et Denis Tillinac, avec sa bouille de déjà vieux gamin, celui de Jacques Laurent. Mais il en va de l’histoire littéraire comme de l’histoire tout court : elle ne repasse pas les plats.

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28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 06:27

Antoine Blondin...

 

En 1950, Roger Nimier publie Le Hussard bleu. En 1952, le critique Bernard Frank, dans un article resté fameux des Temps modernes, appelle « Hussards » trois jeunes écrivains remuants, Roger Nimier, Jacques Laurent et Antoine Blondin. Ces hussards bleus de la République des lettres pratiquaient la désinvolture comme un bel art. Au vrai, pas du tout républicains eux-mêmes ! Un an plus tard, Michel Déon, qui fut le secrétaire de Maurras, les rejoindra. Ces quatre-là ont en commun au moins deux choses : le style et la séduction. En ces années, Blondin pouvait encore espérer que l’alcool, dont il abusait déjà, n’abîmerait jamais son visage fin et romantique. En 1952, lorsqu’il publie Les Enfants du bon Dieu, les grands yeux mélancoliques semblent appeler au secours. Et la calvitie menace :


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 *

 

1972. Voilà deux ans que Blondin a publié Monsieur Jadis ou l’école du soir. Son confrère Michel Tournier, passionné de photographie, a une idée originale : demander à son ami le photographe Edouard Boubat de portraiturer des écrivains, à charge pour ceux-ci d’écrire sur leur visage. Cela donnera un curieux livre, intitulé Miroirs, aux éditions Denoël. Antoine Blondin est un des quatre-vingt-trois écrivains à s’être prêtés au jeu. Voici son portrait photographique :


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Quant au portrait de l’écrivain par lui-même, on voudrait le citer en entier. La verve de Blondin s’y donne à plein, et son amour des calembours et des mots à double-fond : « Ce jour-là, rêvant d’une vie toujours recommencée, à l’image de l’amer ou de l’anis, ou du bitter, je me portais aux hublots d’un « bougnat » de hauts bords où j’ai un toit et une ardoise », etc. « Le calembour est la fiente de l’esprit qui vole », disait Hugo. Marchons dans les calembours de Blondin : ça porte bonheur ! Et admirons le hasard – trop beau pour être vrai – du numéro de téléphone en travers de la braguette qui, dit joliment Blondin, « dénonce une vocation de call boy » ! On ne plaisante pas avec la plaisanterie ; chez Blondin, elle signe la profondeur. Dans la conclusion de son autoportrait, il écrit : « La vraie plaque sensible, c’est derrière ce front amplement dégarni qu’elle se tient. » La calvitie a mis sa menace à exécution.


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Plus tard - il ne nous est pas possible de dire exactement quand -, Blondin se laisse pousser une barbe poivre et sel qu’il prend grand soin de ne pas tailler.


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Comme ça, il ressemble à Verlaine ou à un clochard céleste. Clochard, à demi ; céleste, absolument. Sa soûlographie, qui s’accentue, lui attire les faveurs des médias. Son œuvre intéresse moins les journalistes que son penchant pour la bouteille dont, quelques verres dans le nez, il leur parle avec douceur, le phrasé lent, l’œil pétillant. L’alcool était devenu son enseigne. Quand même, il était décevant : avec lui, pas de scandale à la Bukowski ou à la Gainsbourg. Dans son éternelle veste sport pied-de-poule beige largement (c’est le cas de le dire : il flottait dedans !) passée de mode, il ne se départait jamais d’un air digne, égal. A la fin, sa solitude s’accentua. L’alcool avait achevé d’user son foie et la patience de ses proches. Il partit le 7 juin 1991, à 69 ans. Grâce à Dieu – ou à Bacchus -, il aura abordé la vieillesse sans jamais avoir été un adulte. Avec ça, la sveltesse d’un éternel jeune homme.

« Je suis mince, mon œuvre aussi », aimait-il répéter. La postérité ne juge pas les œuvres au poids. L’œuvre mince de Blondin a tout de même du mal à se faire une place sous son soleil. Citez « Un singe en hiver » et l’on croira que vous parlez du film de Verneuil ou de sa récente transposition théâtrale avec Eddy Mitchell. Il est urgent de lire ou de relire Antoine Blondin pour qu’on dise : Mêm’ pas mort, Monsieur Jadis ! Toujours présent.

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Publié par Le Chouan - dans Personnalités
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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 07:15

- La longueur exagérée des cravates. Je parle de la longueur « standard », fixée aux environs d'1,50 m. Bien que mesurant 1,90m, je suis assez souvent dans l’obligation de passer une seconde fois, ou de me livrer à d'autres acrobaties, pour que ma cravate effleure le haut de mon pantalon. Autre solution : faire raccourcir ses cravates.

- L'absence d'ardillon de ceinture sur la plupart des pantalons PAP. Qu'est-ce que l'ardillon de ceinture ? C'est cette petite bride qui « surgit de la ceinture du pantalon » (Julien Scavini) dans laquelle se glisse un autre ardillon, celui de la boucle de ceinture.

- La folie du chichetaille basse des pantalons, longueur insuffisante des chemises et des vestes... Je l'ai suffisamment dit pour n'avoir pas besoin d'insister.

- L’absence, dans les voitures, d’un « espace » pour loger le parapluie. C'est peut-être un détail pour vous, mais, au pays du Chouan, ça veut dire beaucoup. 

- La dureté des pédales d’embrayage. Ca casse la chaussure ! Pas de problème, en revanche, pour écraser le champignon !

- La ceinture de sécurité. Combien de vestes lustrées et de chemises prématurément usées à cause d’elle ? Pourtant, quand j’évoque ce problème, j’ai l’impression étrange qu’il ne concerne que moi.

- La largeur de nos voitures. Deux logiques s'affrontent : celle des propriétaires de parkings urbains soucieux de rentabiliser à tout prix (... enfin, au prix le plus fort !) leur espace et celle des concepteurs de voitures en quête de plus d'habitabilité. Résultat : sur les parkings, les voitures se poussent des portes... au risque de se faire du mal puisque, autre bizarrerie actuelle, les carrosseries ne sont plus protégées ! 

- L’absence de portemanteau dans la plupart des cafés. Où mettre son manteau ? Sur une chaise, après l’avoir discrètement plié ? Sur ses genoux ? Sûrement pas, en tout cas, sur le dossier d’une chaise en s’en servant comme d’un cintre !

- L’impossibilité en province de se procurer de belles chaussettes. Les mi-bas sont quasi introuvables. Merci à l’internet et, bien sûr, aux Chaussettes rouges !

Le langage formaté des vendeurs : « sympa, cette veste » (…manquerait plus qu’elle morde !), et cette façon qu’ils ont de vous donner des conseils pour améliorer votre apparence alors que leur mise est là pour vous montrer ce qu’il ne faut pas faire. 

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Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
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