Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 09:33

hollande solidaysFrançois Hollande, "réenchanteur du rêve français", à Solidays, 29/06/14

 

valls veste 25 avrilManuel Valls, 25/04/14. Fred Dufour, AFP.
Naguère, un sénateur socialiste avait confié que Valls "soignait son look afin de se faire une place aux Guignols" (L'Express, n°3199). Maintenant que son statut de Guignol ne saurait lui être contesté, pourquoi une telle obstination ?

Repost 0
Publié par Le Chouan - dans Personnalités
commenter cet article
24 juin 2014 2 24 /06 /juin /2014 06:12

Jacques Henri Lartigue fut le photographe d'une modernité heureuse. Il aurait pu faire sienne la devise d'Apollinaire, le chantre de L'Esprit Nouveau : « J'émerveille ! » Son merveilleux n'est plus celui des contes : l'automobile a remplacé le carrosse et l'avion, l'oiseau bleu. A la baguette, la fée électricité ! La photographie et le cinématographe ont sacré reine l'image : « Quelquefois, le jeudi, on va au grand magasin Dufayel... On arrive au "cinématographe"...  On y voit toutes sortes de choses du pays des fées... On voit l'inventeur arriver sur la lune. C'est un magicien extraordinaire. Il s'appelle Méliès...(1) » Le petit Jacques est né sous une bonne étoile : à la maison, il peut compter sur un magicien encore plus fort que Méliès : son père. « Papa, il ressemble au Bon Dieu (c'est peut-être même lui, déguisé ?) »  Pour ce père riche et aimant, l'éducation se résume à ce principe unique : rendre ses deux fils heureux. Toutes les prières de Jacques sont exaucées par ce bon Dieu domestique. En 1906, à huit ans, il reçoit son premier appareil photographique. De 1908 à 1914, son frère aîné - surnommé Zissou - invente de drôles de machines roulantes, flottantes, volantes, qui envahissent le château familial de Rouzat. Papa paie, encourage, et Jacques photographie :


zissou.jpgZissou, 1911


lartigue-machine-volante.jpgRouzat, 1909

 

Dix-sept ans : première caméra. Vingt ans : première automobile, une Bébé-Peugeot, « la plus petite voiture du monde et la plus légère aussi, croisement d'un jouet et d'une voiture de course (2). » 

 

lartigue-bebe-peugeot.jpg« La terre entière semblait m'appartenir quand je partais seul au volant de ma petite voiture » 

 

Lartigue gardera toute sa vie la passion de l'automobile. En 1921, son père fait l'acquisition d'une Hispano-Suiza 32 HP, carrossée par Labourdette - « le premier exemplaire en France et le deuxième après celle du roi d'Espagne Alphonse XIII »  -, avec laquelle Jacques va effectuer de nombreux voyages : « L'Hispano est une grande voiture ouverte, sans capote ni pare-brise. Chaque promenade est une prodigieuse aventure à travers les éléments. La pluie. Le vent. Le soleil. Le froid. La griserie de la traversée l'emporte sur le confort. Le voyage (...) doit être vécu totalement et appelle son équipement : un grand manteau de caoutchouc, le parapluie du chauffeur, un serre-tête en cuir, de grandes lunettes en mica qu'on remplace quand il pleut par des lunettes tout en métal avec de petites fentes au ras de l'œil. » 


lartigue-hispano-copie-1.jpg

 

A lui, en 1926, une Amilcar carrossée sur mesure. Bien plus tard, dans les années cinquante, il s'offrira une petite Morgan décapotable pour descendre dans le Sud... et remonter dans le temps !

Lartigue, qui décéda à 92 ans, connut toutes les monstruosités du XXe siècle. Mais il fit comme si elles n'avaient jamais existé. Si quelques-unes apparaissent dans son œuvre, c'est, pour ainsi dire, à titre d'anecdotes. Au fond, il traversa la modernité avec un esprit Belle-Epoque. De la modernité, il ne retint que le visage aimable qu'elle offrait au début du siècle, quand elle se donnait des airs de « nouvelle Renaissance » . La modernité ne fut d'ailleurs pas son souci. On ne peut trouver moins théoricien que lui. S'il partagea l'enthousiasme d'une génération d'artistes pour les progrès de la technique, ce ne fut pas par adhésion intellectuelle, mais parce que, tout simplement, cet enthousiasme rejoignait ses goûts - et, d'abord, celui de la vitesse.

Sa vie et son œuvre sont celles d'un esthète et d'un merveilleux dilettante. Jeune homme, il ne se trouve pas beau : «  A seize ans, je me promenais avenue Victor-Hugo et je me suis aperçu dans une glace. J'ai été très vexé. Je me suis dit : qu'est-ce que c'est que ce type avec les mains qui pendent ? Un seul moyen : faire du sport. » Gymnastique, athlétisme, golf, boxe, tennis, ski... tous les exercices lui sont bons pour roidir ses muscles ! Celui qu'il est devenu à vingt ans ne le satisfait pas encore ; dressant son autoportrait à la troisième personne : «  Au physique : il est grand, pas gracieux, mince (trop), il a des yeux bleus (et en est très content) (...) il lui reste encore quelque chose de l'âge ingrat. » Le conseil de révision l'ajourne pour raisons de santé. Il mesure 1,78 mètre pour 58 kilos et il a un souffle au cœur.


lartigue minceCap d'Antibes, 1918

 

Un autre bon moyen d’améliorer son apparence consiste à s’habiller avec le maximum d’élégance. Il connaît les bonnes adresses : « Le meilleur coiffeur de Paris, c’est Ernest, chez Achille, place de la Madeleine. Le meilleur chemisier : Doucet, rue de la Paix. Le meilleur tailleur : Jasko, rue Tronchet, qui façonne les costumes sans aucun ouvrier et n’habille que les clients qui lui plaisent. Le meilleur bottier, c’est Bunting, rue des Petits-Champs. » Il a conscience que l’élégance naît d’un accord mystérieux entre la tenue et l’environnement. Le passage qui suit, daté de 1921, reflète les hésitations d’un temps où une classe de privilégiés, qui a accès aux loisirs, tâtonne entre respect de la tradition et aspiration à la décontraction : « 24 mai. Cap d’Antibes. Ah ! Tous ces clients de notre hôtel, comme ils sont désolants et désolés, avec leurs costumes de citadins, sous cette lumière ! Pis qu’affreux : ils sont vieux ! Même les jeunes. Guindés, empesés comme leurs cols. Hier, pourtant, j’ai aperçu une femme jeune, en robe blanche, tête nue et souriante sous le soleil. On eût dit une mésange égarée parmi des corneilles. (…) Nous l’avons revue aujourd’hui, accompagnée d’un homme genre « sport », c’est-à-dire en chandail, et en espadrilles, qui vont mieux avec le paysage et la lumière que les bottines craquantes et cirées des messieurs qui ont peur du soleil. »

Sur les clichés de sa jeunesse, Lartigue a l’élégance aérienne d’un Fred Astaire :


lartigue-couleur.jpgJacques Henri, gilet orange, 1913

 

lartigue-saut.jpg1914

 

lartigue-bateau.jpg1918


lartigue-64.jpgAnnées 20

 

lartigue-174.jpg1926    

 

lartigue-176.jpg1926    

 

« Physiquement, écrit Martine d’Astier, Jacques est un elfe élégant qui, même à la fin de sa vie, conservera la silhouette d’un enfant (…) ». Mais, en vieillissant, Jacques perdit ses repères… Il rangea l’élégance au vestiaire, rabattit bizarrement ses cheveux en avant, ne porta plus que des pulls à col roulé et des chaussures de loisirs à semelle caoutchoutée, privilégia le blanc. Il tenait alors du vieux clown et de la vieille femme…


lartigue-age.jpg1981. Copyright Estate of Yousu/karsh    

 

Comment une telle métamorphose peut-elle s’expliquer ?...

Retenons plutôt les belles images qu’il nous a laissées de ses relations et proches.

Zissou :


zissou-santos.jpg1920. Avec Santos-Dumont, chevalier du ciel à la triste figure


Monsieur Plantevigne :


monsieur-plantevigne-def.jpgVillerville, 1906


Scapini, aveugle, qui deviendra ministre sous Pétain :


scapini-def.jpg1917

 

Le tennisman Decugis :


decugis.jpg1919

 

Et, pour le plaisir, ces clichés de Renée et de Florette, deux des – belles - femmes aimées par Lartigue :


renee-perle.jpg Renée1930    

      
 

florette-peignoir.jpgFlorette, 1942 La modernité de ce cliché n’est-elle pas étonnante ?

 


florette-copie-2.jpgFlorette, 1944

 

« Ma seule richesse, c’est ma liberté », assurait Lartigue. Certes, mais cette richesse, évanescente comme le rêve, était en grande partie tributaire de la richesse - bien matérielle celle-là - de son entourage. Etre né dans un milieu ultra-privilégié et savoir s’entourer d’amis fortunés adoucissent forcément l’existence. Lartigue fut maître dans l’art de profiter des circonstances. Mais il sut aussi s’adapter quand celles-ci devinrent moins favorables. Pendant la guerre, désargenté, il troqua par exemple quelques-unes de ses peintures contre une chambre d’hôtel… mais pas n’importe lequel : le Grand Hôtel de Cannes ! « Vous avez connu la pauvreté ? » lui demanda un jour l’écrivain Hervé Guibert. « Oui, répondit Lartigue, avec Florette, d’une façon extrêmement spéciale. D’un côté, j’étais complètement habitué au luxe de Paris qui m’adorait, j’étais invité chez Maxim’s et je n’avais pas de quoi prendre le métro. » Ainsi réussit-il, malgré tout, le prodige d’échapper sa longue vie durant à la torture du travail imposé. Salarié, il le fut à peine une semaine : « Mon "travail" consiste à lire des journaux de cinéma (…) Chaque minute qui passe me rapporte de l’argent (…) C’est la première fois que mon temps n’est pas inutile : c’est la première fois que j’ai vraiment l’impression de le perdre et cela me semble un blasphème. » Car sa vraie vie est ailleurs.

Toute son énergie, Lartigue la met, en effet, à la poursuite d’un rêve : prendre le temps au triple piège de la photographie, de l’écriture (son journal) et de la peinture. Exigence personnelle et sacrée qui échappe aux lois de l’utilité. Entreprise absolument désintéressée et, par là-même, socialement improductive. Son emploi du temps était apparemment celui d’un mondain – voire d’un parasite : « Soirées chez Boucard. Soirées chez Van Dongen. Courses dans Paris. Courses d’autos. Courses de chevaux. Répétitions générales. Nouveaux films. Inauguration de boîtes de nuit, de bars, de restaurants. Thés de gala. Thés chez Domergue. Garden-partys. Expositions… » Mais, de même que Proust a nourri son œuvre de sa fréquentation de la haute société, ainsi Lartigue a irrigué la sienne de sa familiarité avec « le beau monde ». L’un comme l’autre n’ont jamais travaillé et ont traîné une réputation d’aimables amateurs. Pourtant, leur temps ne fut pas perdu ! Ils s’acharnèrent dans l’accomplissement de leur vocation. Et, au bout du compte, la société s’y est largement retrouvée ! Les paresseux ne sont d’ailleurs pas toujours ceux qu’on croit. Comme le disait si bien Lartigue : « J’ai trop de mépris pour cette espèce de paresse qui consiste à attendre que le temps passe et à souhaiter qu’il passe… puisqu’il est payé. »

Existe-t-il des vies parfaites ? Si oui, il y a des chances pour que la vie de Lartigue fasse partie du nombre. Le destin le gâta – ou plutôt la providence, puisqu’il croyait en Dieu avec la foi du charbonnier. Il aima et fut aimé. Il composa patiemment une œuvre unique (« la première autobiographie multimédia » selon Elvire Perego, Encyclopaedia universalis, 1987), sans souci de reconnaissance mais en se laissant seulement guider par l’exigence de son sentiment. La célébrité arriva assez tard pour ne pas l’abîmer. Certes, l’homme n’était pas exempt de défauts. « Mon égoïsme m’effare », avoue-t-il dans son journal. Ailleurs : « C’est toujours cet être sans cœur qui me fait tout juger en spectacle et qui m’empêche de pleurer… » On peut aussi regretter que la dimension tragique soit absente de son œuvre. Mais pouvait-il en être autrement ? Lartigue réussit à nous faire croire que la beauté et l’élégance peuvent régner sur le monde. Et que l’amour de la vie est la meilleure façon d’apprivoiser la mort : « Je crois que j’aime tant la vie que j’en arriverai presque un jour à aimer la mort. » Derrière la pirouette, une leçon de vie digne de Montaigne.

__________________________________________________________________________________
1. Citations et illustrations sont extraites de Jacques Henri Lartigue, Une vie sans ombre, Marine d’Astier Découvertes Gallimard, et de Lartigue, L’Album d’une vie, Centre Pompidou, Le Seuil
2. Pour l’anecdote, Lartigue et sa voiture apparaissent dans L’Empreinte de la Patrie, un film patriotique de Louis Mercanton qui date de 1916. Lartigue y conduit lui-même sa petite Peugeot déguisé en soldat anglais.

Repost 0
Publié par Le Chouan - dans Personnalités
commenter cet article
17 juin 2014 2 17 /06 /juin /2014 06:52

 

(J’aime la poésie. Je me procure régulièrement des recueils auprès de maisons d’édition confidentielles. L’autre jour, j’envoie un mail au directeur de l’une d’entre elles, poète lui-même, pour lui commander quelques ouvrages. Il me répond que, puisque nous habitons des lieux proches, ce serait « sympa » qu’on se rencontre pour faire connaissance. Je lui propose de passer à son domicile et nous nous accordons très vite sur une date.

« Sympa »… Le mot m’avait bien paru un peu bizarre. Et puis, il y avait cet inexplicable tutoiement que, pour me rassurer, je mis sur le compte de la solidarité que se doivent les derniers amateurs de poésie.

Le jour venu, il fait chaud. Je prends ma voiture muni de ma carte Michelin collector 1971. Le trajet se passe bien. Je quitte la ville pour la campagne. Mais, arrivé près de mon but, je me perds. J’ai beau tourner ma carte dans tous les sens, impossible de trouver l’adresse que je cherche. Heureusement que, prudent et lucide, j’avais emporté, outre ma carte Michelin collector 1971, le portable non moins collector Sagem 2007 de ma femme ainsi que, recopié sur un bout de papier, le numéro de téléphone que mon correspondant m’avait mailé.

Je l’appelle. Il me répond que j’y suis presque et me dit comment faire pour le rejoindre. Il ajoute – je me souviens très exactement de ses mots : « Tu verras sur le bord de la route un mec en pantalon blanc à moitié à poil : c’est moi ! »

« Un mec en pantalon blanc à moitié à poil »…

Je regarde ma veste, ma cravate, mes chaussettes rouges… Le choc des styles va être rude ! Trop tard pour faire demi-tour. Pris de panique, je quitte ma veste, j’arrache ma cravate, j’ouvre deux boutons à ma chemise, j’ôte mes chaussettes balladuriennes et glissent mes pieds nus dans mes richelieus.

Bientôt je le vois. Il me fait des signes. Je me gare, sors de ma voiture. Je lui dis bonjour, il me dit « Salut ! » Il m’invite à entrer chez lui et me laisse le choix entre une chaise ou le canapé. J’opte pour le canapé, sans doute un clic-clac, recouvert d’un drap suspect. Il s’assoit près de moi. J’accepte très volontiers le grand verre d’eau fraîche qu’il me propose. J’ai eu chaud et il fait chaud. Discrètement, je regarde la sueur qui zigzague entre les poils blancs de son torse. Je me dis qu’il aurait pu enfiler une chemise... ou même un marcel. Mais non. Son habillement visible se limite à un pantalon blanc et à des sandales. Ses pieds ne sont pas beaux. Très vite, la conversation se dirige vers un sujet que, manifestement, il affectionne : lui.

… Lui, lui, et encore lui. Je l’écoute poliment. Je lui souris quelquefois. Combien d’heures aurai-je perdues à écouter des gens parler d’eux-mêmes en m’obligeant à prendre un air intéressé ! Je crains – c’est un comble ! – qu’il ne me trouve coincé. Les gens trop à l’aise m’ont toujours beaucoup gêné. Je décroise les jambes et me tourne un peu plus vers lui. Je l’écoute, je l’écoute, je l’écoute… Au bout d’une bonne heure, cet homme n’a quasiment plus de secrets pour moi. Hormis sa vie sexuelle, que m’a-t-il tu ? Quoiqu’à certaines allusions, appuyées de certains regards, il m'ait bien fait comprendre qu’il avait la soixantaine verte et la bagatelle écologique. A la fin, je lui rappelle l’objet de ma venue. Je sors mon chéquier pour régler ma commande. Il me demande si je serais intéressé par une de ses œuvres personnelles que, sans attendre ma réponse, il s’empresse d’aller chercher dans sa bibliothèque. Il revient accompagné d’un chat, l’ami des poètes. Je règle le tout. Il me dit qu’il préférerait que je remplisse mon chèque à son ordre plutôt qu’à celui de sa maison d’édition. Sa comptabilité aussi doit être poétique… Je m’exécute. Je me lève et me dirige vers ma voiture. Il me serre puissamment la main. « J’adore les rencontres, j’ai été très heureux de faire ta connaissance même si, ajoute-t-il, nous ne nous reverrons sans doute jamais. » Je comprends qu’il a compris. Je me surprends à bafouiller un ridicule « Bonne continuation » - une formule dont j'ai horreur. Je démarre et m’en vais. Quelques kilomètres plus loin, je me range sur un bas-côté afin de me rhabiller correctement. Je rentre à la maison et cherche à me consoler de ce moment déplaisant en parcourant les recueils que je lui ai achetés. Le sien retient particulièrement mon attention. Ses poèmes sont sensibles, pleins de retenue et de subtilité.

Le malotru a du talent.)

Repost 0
Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
commenter cet article
11 juin 2014 3 11 /06 /juin /2014 06:29

tatiane-tolstoi.jpg

 

Instructif, cet extrait de l’essai « De l’élégance masculine » signé Tatiana Tolstoï (Acropole, 1987) :

 

« Balzac l’a très bien vu, et cela reste valable de nos jours : l’élégance, ou plutôt la non-élégance, sert à exclure de la bonne société ceux qui prétendent y entrer.

Première victime ? L’homme à la mode. Sa tenue révèle une méconnaissance absolue des conventions de l’élégance : ce ne peut être qu’un parvenu, encore qu’on avance, pour le rejeter, des raisons morales : il attire l’attention, il est donc vulgaire.

L’excentrique, lui, jouit d’une fraction d’estime supplémentaire dans la mesure où il connaît les conventions vestimentaires masculines : la rigueur de son exclusion sera modulée selon son pedigree, l’excentrique de bonne famille se voyant sanctionné par la seule médisance, et celui de tout autre milieu se faisant purement et simplement rejeter.

Le conformiste avance dans la société caparaçonné par des marques de grands tailleurs, de grands chemisiers, de grands bottiers, de grands… bref, tout ce qui est grand et coûte très cher. Cet affichage permanent sent un peu trop sa fortune récente, toutefois il est accepté par la majorité et son rejet ne résulte plus que de la mauvaise volonté d’une poignée d’hommes élégants ; raison invoquée : un manque totale de désinvolture.

Ce manque de désinvolture caractérise également certains conformistes issus des classes moyennes et assoiffés de réussite sociale, mais leurs vêtements trahissent une tare originelle : l’avarice du petit-bourgeois. S’ils achètent un Burberry – imperméable dont la vertu, à leurs yeux, semblerait sa facilité d’identification -, ce n’est pas tant pour le manteau lui-même, que pour ressembler à un propriétaire de Burberry, ce qui les conduit la plupart du temps à se rabattre sur des copies moins chères en tissu synthétique. Grave confusion entre le fond et la forme dans cette manie de l’ersatz.

L’homme élégant est un arbitre cruel régnant avec grâce sur ceux qui ignorent l’inextricable lacis des conventions vestimentaires masculines ; ceux qui ne possèdent pas les moyens de s’y conformer ; ceux, enfin, qui ne peuvent donner la preuve de leur connaissance faute d’invitation dans le monde. »


A propos de Tatiana tolstoï, vous pouvez visionner cette vidéo. Interview à la Ardisson. Tout dans l’emballage et le déballage. Cette fois, on n’a que l’emballage. Pour le fond, on repassera.

Repost 0
Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
commenter cet article
4 juin 2014 3 04 /06 /juin /2014 07:00

 Permettez-moi de vous offrir un vers !

« J’irai flâner d'un pas de don Juan dandy ».

Depuis quand je le connais ? Où l'ai-je lu ? Qui me l’a appris ? Mystère… Je sais seulement qu’il est de Maïakovski, ce géant qui s’exprimait par raccourcis saisissants. De quel poème est-il extrait ? Du Nuage en pantalon ? Je ne le sais pas, je ne le sais plus, et, à dire vrai, n’ai aucune envie de le savoir.


maiakovski.jpg

 

Je ne crois pas avoir une seule fois vraiment réfléchi au sens de ce vers : un don Juan dandy, cela se peut-il ? Le dandy n’est-il pas plutôt l’homme d’un seul homme… lui-même ? Ce qui me retient est ailleurs ; il est dans l’assemblage des mots, tous chargés en poésie et en rêve : don Juan et dandy, bien sûr, mais aussi flâner. Et voilà que me reviennent à l’esprit ces paroles de Balzac : « Flâner, c’est la gastronomie de l’œil… flâner, c’est vivre » et ce titre d’Apollinaire : Le Flâneur des deux rives…

« J’irai flâner… » La flânerie est présentée comme une promesse certaine de bonheur, de liberté, d’aventure, d’amour… Le rythme fait le reste, celui d’un alexandrin qui marche fièrement sur ses douze pieds. Et moi, sur les deux miens, j’avance avec ce vers qui me tourne dans la tête… et qui me grise un peu.

C’est le printemps. Il fait doux. Je me suis habillé de couleurs claires. J’ai osé la pochette, cette fleur de soie qui vous pousse sur le coeur. Je m’oblige à relever légèrement la tête et je glisse la main dans la poche de mon pantalon. Tout à l’heure, je ferai une halte à une terrasse de café. Je commanderai une bière. Si j’ai de la chance, le fantôme de Monsieur Albert frôlera mon épaule. Et j’attendrai, le cœur battant mais la mine indifférente, que l’Aventure pose sur moi ses yeux de fougère.

Repost 0
Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
commenter cet article
28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 06:31

Les dandys et les élégants vieillissent souvent mal. La fatalité en a rattrapé beaucoup. A la ruine financière (Brummell, d’Orsay, Beauvoir, Wilde) s’est ajouté quelquefois la ruine physique (Brummell, Wilde). Le ridicule ne tue peut-être pas, mais, chez ces hommes d’exception, il annonce souvent la fin. Exilé à Caen, Brummell, dont l'esprit alors vaguait, se toqua de sa perruque : « Il n’ôtait plus son chapeau dans la rue quand on le saluait, de peur de déranger sa perruque », raconte Barbey (1).

 

brummell-caen.jpg Gravure de Brummell à Caen, en 1838. "Eheu ! Quam mutatis " (Hélas ! Quelle transformation !), dit la légende.

 

Il faut voir dans quel accoutrement Barbey lui-même, devenu vieux – il avait  77  ans –, reçut Edmond de Goncourt : «  Il est vêtu d’une redingote à jupe qui lui fait les hanches comme s’il avait une crinoline, et porte un pantalon de laine blanche qui semble un caleçon de molleton à sous-pieds (2). » En 1916, le jeune Paul Morand se moque avec talent de l’élégance démodée de Boni de Castellane : « Boni de Castellanne rentrant ses mentons dans son buste ; bottes vernies, jaquette brodée, gants blancs à baguettes noires, grosse cravate, gilet clair, l’air trop lavé, oxygéné de sa personne ; « blanchi », comme disent les cuisinières d’un légume ébouillanté (3). » Un enterrement littéraire de première classe !

 

boni-de-castellanne.jpgBoni de Castellanne par Nadar

 

Fred Astaire et Cary Grant sont deux acteurs de référence en matière d’élégance. Pourtant, sur le tard, l’un comme l’autre se sont laissés aller à de coupables négligences. Pour dissimuler sa calvitie et habiller son crâne volumineux, le premier recourut à un désastreux postiche, ses tenues restant néanmoins remarquables, malgré quelques concessions à la mode du temps.

 

fred-astaire-age-def.jpgFred Astaire à 87 ans. Photo : Richard Schulman.

 

Le second finit par ressembler à un quelconque retraité américain fortuné. Il s’empâta, chaussa de trop grosses lunettes d’écaille, porta des vestes aux épaules trop étroites, semblant oublier que la grosseur de sa tête exigeait, au contraire, une compensation de carrure.

 

cary-grant-age.jpg

 

Le duc de Windsor et Gianni Agnelli restent deux icônes du style. Avec l’âge, le duc se voûta et l’Avvocato forcit. Ni l’un ni l’autre ne renoncèrent toutefois à ce qui fit leur légende : les dérapages contrôlés – autrement dit : les trouvailles raisonnées. L’ennui, c’est qu’ils dérapèrent de plus en plus et contrôlèrent de moins en moins. Il manquèrent, dans l’audace, de ce tact dont Cocteau a si bien dit qu’il consistait à « savoir jusqu’où aller trop loin. »

 

Windsor--chaussettes-Argyl.jpgVieux clown...

 

gianni-agnelli-saint-moritz.jpg... et vieux beau. 1976, Saint-Moritz.

 

gianni-agnelli-chaussures.jpgBrodequins d'alpiniste et costume croisé...

 

La jeunesse fait passer des audaces ; la vieillesse aussi. Mais ce ne sont pas les mêmes. Par exemple, un jeune homme ne sera pas forcément vulgaire avec une chemise largement décolletée et un homme âgé arborera sans risquer l'affectation canne et chapeau.

Le phénomène n’épargne pas les femmes. Prenons Coco Chanel, parce que, pour Françoise Dolto, elle représentait une possible figure de dandy au féminin (4) et parce qu’elle continue d’incarner une certaine image de l’élégance à la française. Eh bien ! Elle aussi vieillit mal, parce que trop maquillée, parce que trop teinte, parce que trop bijoutée – en un mot, parce que trop Coco-Chanelisée. Elle-même se plaisait pourtant à répéter : « Une femme élégante doit pouvoir faire son marché sans faire rire les ménagères. Ceux qui rient ont toujours raison. »

 

coco-chanel-agee.jpg

 

On aimerait croire qu’une pratique de toute une vie de l’élégance et qu’une connaissance ancienne des règles préservent des égarement dus à l’âge. C’est sans compter le mystérieux travail de sape (sans jeu de mot) de la vieillesse - ce naufrage.

_________________________________________________________________________________
1. Du dandysme et de George Brummell, Barbey d’Aurevilly.
2. Journal, Edmond et Jules de Goncourt.
3. Journal d’un attaché d’ambassade, Paul Morand.
4. Le Dandy, solitaire et singulier, Françoise Dolto.

Repost 0
Publié par Le Chouan - dans Personnalités
commenter cet article
21 mai 2014 3 21 /05 /mai /2014 07:16

 

 

L’autre jour, le hasard m’a fait

Faire une triste découverte.

Sur la toile, on me décriait

En des termes qui déconcertent…

 

Contre l’un ou l’autre, j’ai pu

Envoyer des piques perfides –

Un Chouan n’est pas toujours vêtu

De lin blanc, de vertu candide !

 

Il m’est quelquefois arrivé

D’écrire à voix un peu trop haute

Sur des sujets de société.

Mon Dieu, c’est ma très grande faute !

 

Pour cela, ai-je mérité

Que le forum d’En grande pompe

Me voie facho à petits pieds

Et, contre moi, des lances rompe ?

 

Messieurs, si le cœur vous en dit,

Traitez-moi de réactionnaire,

De passéiste rabougri,

De vieille chose atrabilaire ;

 

Ajoutez que je sens le vieux,

Que ma prose a mauvaise haleine,

Que je pense comme un Crayeux...

Donnez-vous donc un peu de peine !

 

Montrez votre imagination,

Cherchez le mot juste, l’image

Qui emporteront l’adhésion

Et vous donneront l’avantage !

 

Mais ne me lancez pas – ça non ! –

Ainsi qu’une boule puante –

L’injure de « nauséabond »

Qui les cerveaux évidés hante…

 

Reniflez avec votre nez

Et pensez avec votre tête ;

En la creusant, vous trouverez

Bien quelque chose de moins bête…

 

Pardon, je vous ai chatouillés

Et vous souffrez dans la seconde…

Il est bon d’aller consulter,

      Messieurs, quand les… nausées abondent !

 

 

 

Repost 0
Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
commenter cet article
14 mai 2014 3 14 /05 /mai /2014 06:54

Certaines activités incitent pour ainsi dire naturellement ceux qui s’y adonnent à s’intéresser, sinon à l’élégance, du moins à l’apparence. La peinture, qui exige un travail sur les matières, les couleurs et les formes, est de celles-là. L’histoire de la mode illustre amplement ce propos. Il y eut l’artiste romantique, tel le peintre Achille Devéria qui, ainsi que l’écrivit Théophile Gautier, avait le « goût des ajustements fastueux comme un Vénitien du XVIe siècle, du satin, des damas et des joyaux. »


achille-deveria.jpgAchille Devéria par Louis Boulanger

 

Il y eut l’artiste « bohème » du Second Empire qui, comme le précise Jean Claude Bologne dans sa remarquable Histoire de la coquetterie masculine (Perrin), « est fier de ses habits de rapin qui témoignent d’un art sans compromission. » Ce style traversa tout le XXe siècle, devenant, à mesure que le temps passait, de plus en plus caricatural et folklorique. On peut en trouver des résurgences aujourd’hui encore du côté de la place du Tertre où, pour complaire aux touristes, des peintres se conforment au cliché du rapin montmartrois – feutre à large bord, casquette gavroche, barbe et cheveux longs, lavallière et cape. La panoplie est rarement complète : un élément suffit le plus souvent, que le peintre adopte et adapte et qui devient comme une seconde signature.

Nombreuses sont les figures de peintres qui, au XXe siècle, vont imposer leur singularité par leur apparence. Il ne s’agit plus, alors, de se fondre dans un groupe par la reprise de codes vestimentaires, mais de revendiquer sa différence – soit son génie – par un habit inédit et volontiers provocateur.

Modigliani porte, écrit André Salmon, « comme un habit royal son costume de velours » (L'Air de la Butte, mémoires, Arcadia) :


modigliani-def.jpg 

 

Picasso (1) et Braque s’accaparent le bleu de mécano. Salmon nous apprend que Braque accompagne le sien d’un « magnifique melon gris ou beige ».


picasso-ouvrier.jpgPicasso en costume d'ouvrier. Source : 100 ans de mode masculine, Eyrolles

 

Van Dongen se distingue en « chandail à manches longues en laine bleu marine, pantalon de grosse toile et pieds nus dans des sandales à lanière » (C. Lepape et T. Defert, Georges Lepape ou l'élégance illustrée, Hersher). Kisling fait sa mue vestimentaire, « léguant, dit Salmon, sa première garde-robe aux figurants de la vie de bohème pour épater Montparnasse avec une silhouette qui se peut dire de zingueur-plombier lapon ». Foujita est le plus extravagant de tous. Il débarque à Paris en 1913 en redingote et casque colonial. Jean Claude Bologne écrit à son sujet : « Son esprit de provocation lui dicte sans doute ses redingotes mauves ou ses cravates à larges motifs. (…) Il amuse la rive gauche familière de ces audaces, mais provoque de véritables émeutes dès qu’il se risque sur la rive droite. Les attroupements nécessitent parfois l’intervention de la police ! La Première Guerre mondiale ne met pas fin à son souci d’originalité : il taille lui-même ses costumes dans des rideaux ou des corsets, coud ses chemises et arbore des bijoux voyants ; la frange scrupuleusement à l’horizontale, le petit carré de moustache et les lunettes rondes qui le distingueront jusqu’à la fin de sa vie contrastent par la rigueur des formes avec l’exubérance de la tenue. »


foujita.jpg

 

En ces temps de foisonnement créateur, certains artistes vont plus loin et rêvent de révolutionner le vestiaire de l’homme : les Futuristes italiens théorisent sur le sujet. Le 20 mai 1914, Giacomo Balla publie le Manifeste futuriste de l’habillement masculin dans lequel il célèbre l’asymétrie, le confort, l’hygiène, les explosions chromatiques. Le vêtement doit s’adapter au monde moderne et urbain. Ernesto Michahelles – connu sous le pseudonyme palindromique de Thayaht – conçoit en 1919 sa célèbre Tuta, vêtement universel – pour ne pas dire totalitaire :


thayaht-copie-2.jpeg

 

Cette rationalisation délirante du vêtement a heureusement fait long feu.

Chez nous, Robert Delaunay et sa femme Sonia inventent le vêtement « simultané ». Apollinaire les appelle « les réformateurs du costume ». Là où souffle l’Esprit nouveau, l’auteur de « Zone » est présent. Ecoutons-le décrire quelques tenues de son ami Robert : « Voici un costume de M. Robert Delaunay : veston violet, gilet beige, pantalon nègre. En voici un autre : manteau rouge à col bleu, chaussettes jaunes et noires, pantalon noir, veston vert, gilet bleu de ciel, minuscule cravate rouge. »


robertdelaunay-gilet.jpg Robert Delaunay en gilet "simultané". Source : Des modes et des hommes.

 

Et quand Delaunay s’avise d’habiller cette « bergère » de Tour Eiffel – selon le mot d’Apollinaire -, c’est d’un habit d’Arlequin !


tour-eiffel-delaunay.jpg

 

Comparés aux peintres précédents, les Dada et surréalistes ont l’air bien sage; ces révolutionnaires sont mis comme de bons bourgeois :


juan-miro.jpgMiro

 

max-ernst.jpgMax Ernst

 

jean-arp-copie-1.jpgJean Arp


rene-magritte.jpgMagritte


Rares sont ceux qui dénotent ; Picabia, un peu :

 

francis_picabia-bicyclette.jpg

 

Tanguy davantage, coiffé comme le seront bien plus tard les punks :


Yves-tanguy.jpg

 

… et, beaucoup plus, l’excentrique Dali :


salvador-dali-moustache.jpg

 

Les fondateurs de l’abstraction ont une mise corsetée :

 

wassily-kandinsky.jpgKandinsky


piet-mondrian-hucleux.jpgMondrian par le peintre hyperréaliste Hucleux


kasimir-malevitch.jpgMalevitch

 

Mention spéciale à Georges Mathieu, représentant de l’abstraction lyrique, dont la figure haute en couleur fut le sujet d’un billet.


georges-mathieu-chemise.jpg" Figure haute en couleur", oui...

 

Chez les figuratifs, citons Balthus et Hockney. Un portrait du premier orne la couverture du livre de Farid Chenoune, Des modes et des hommes.


balthus-chenoune.jpg

 

A propos de Balthus, Philippe Noiret, qui l’a fréquenté, écrit dans ses mémoires : « Dès la première rencontre, j’ai été fasciné par cet homme qui me faisait l’effet d’un prince artiste, beau comme un dieu, élégant, mais d’une élégance tout à fait personnelle, hors des modes. » Cette rencontre eut lieu au début des années 50. Noiret reverra régulièrement Balthus plus tard : « Les vêtements qu’il portait n’avaient rien à voir avec les costumes de la plupart des gens. A Rossinière, en Suisse, où il avait un chalet, il revêtait volontiers un kimono, avec aux pieds des sabots scandinaves. Et par-dessus le kimono, il s’emmitouflait d’écharpes et de châles. Il enfilait aussi de gros pulls de chez Missoni, tricotés dans une laine magnifique, mélangée. Dans son allure, il avait quelque chose d’un saltimbanque. »


balthus-missoni-def.jpgBalthus en Missoni    

 

Avec ses grosses lunettes rondes et ses pulls multicolores, David Hockney a l’air d’un héritier lointain de Foujita :


david-hockney.jpg

 

Peu d’originalité chez les représentants principaux du pop’art :


Roy-Lichtenstein.jpgRoy Lichtenstein

 

robert-rauschenberg.jpgRobert Rauschenberg


jasper-johns.jpgJasper Johns

 

Andy Warhol fit de sa perruque argentée un élément distinctif, à la manière de Dali et ses moustaches pointues.


andy-warhol.jpg

 

L’apport de Warhol à l’histoire de la mode reste, à ma connaissance, limité. On le vit poser pour une publicité Gap. On sait, parce qu’il l’a écrit, qu’il se fournissait chez Mary’s à New York en caleçons classiques de Jockey et qu’il considérait les « Beatle boots » comme des œuvres d’art, l’expression n’ayant pas sous sa plume le même sens que sous la mienne…

Il aimait les pulls à col roulé. Une légende veut qu’il soit l’inventeur du look blazer-jean.

Les tenues de nos artistes contemporains ne sont guère emballantes. Même celles de Christo :


christo.jpgChristo et Jeanne-Claude

 

Soulages se fond dans ses toiles :

 

pierre-soulages.jpg

 

Buren ne porte pas de rayures :


daniel-buren.jpg

 

Jeff Koons ressemble à un homme d’affaires :

 

jeff-koons-copie-1.jpg

 

… et Damien Hirst… à pas grand-chose :


damien-hirst-ok.jpg

__________________________________________________________________________________
1. Sa biographie vestimentaire mériterait d'être écrite, aussi riche que celle d'un Cocteau.

Repost 0
Publié par Le Chouan - dans Personnalités
commenter cet article
7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 07:05

Un de mes fidèles correspondants m’a écrit - je le cite : « Si l’élégance justifierait aujourd’hui que l’on fasse fi du qu’en-dira-t-on, la réalité et les milieux dans lesquels nous évoluons freinent sérieusement nos envies… » Passer outre les conventions et les suggestions sociales est impossible, en effet, à la plupart d’entre nous. Devrions-nous le regretter, nous sommes tributaires de notre époque et de nos situations professionnelles. Etrangement, ceux qui pourraient s’abstraire du réseau d’obligations de tous ordres qui nous cerne ne le font pas. Philippe Noiret - que j'aime citer ! - remarquait à juste titre dans ses mémoires (1) : « Le statut de comédien est un des rares qui confèrent une totale liberté vestimentaire (…). Aujourd’hui, je ne sais pas pourquoi, peu de gens en usent. Rares sont les acteurs qui se soucient de la façon dont ils sont habillés. » Nous n’osons pas, et sans doute avons-nous raison : notre but n’est pas d’attirer l’attention sur nous. Nos audaces habillent nos rêves. Par respect humain, nos élégantes fantaisies passent rarement le seuil de notre maison. Nous sommes nés trop tard dans un monde qui se croit jeune. Pourtant, triste, sérieux, conformiste, ce monde est à bout de souffle !

Ce constat, amer, ne doit pas nous faire renoncer. Acceptons le compromis mais refusons la compromission. Résistons aux coupeurs de cravates. Chouannons parmi les tombeurs de couvre-chefs. Insurgeons-nous… mais en prenant des gants !

... Les gants ? Bien qu’évoluant dans un milieu professionnel franchement hostile à l’élégance, je n’ai pas renoncé aux miens – pas plus qu’à mon chapeau et à ma cravate… Le costume passe mal ? Je me suis rabattu sur les tenues dépareillées qui, au reste, satisfont pleinement mon goût de la décontraction « chic ».

Le degré d’acceptation de la différence varie selon les environnements. L’ignorance de nos contemporains est notre plus sûre alliée. Parier sur elle, c’est la certitude de gagner à tous les coups. Une marge de manœuvre nous est ainsi ménagée. Sachons en profiter. Le béotien ne perçoit aucune différence entre une veste sur mesure et une veste PAP, non plus qu’entre des souliers de prix et d’autres bon marché. Vos chaussures brillent toujours ? Pour lui, cela provient du soin que vous mettez à les entretenir; que la qualité de leur fabrication joue un rôle ne lui vient même pas à l'esprit. « Je n'ai malheureusement pas le temps de m'occuper ainsi des miennes », vous dit-il en montrant du doigt ses Eram éculées. Poliment, vous le laissez dire. Les raffinements de coupes et de matières lui échappent pareillement. Pour être attiré, il a besoin de gros effets. Si vous voulez qu’il vous remarque, portez une tocante obèse en acier plutôt que votre discrète montre en or ! Il se repaît des looks ; il est aveugle au style. C’est incroyable, mais c’est ainsi. 

Et si, par extraordinaire, vous étiez percé à jour, ce ne pourrait être que par quelqu'un dont vous n'auriez pas de mal à vous faire un complice.
__________________________________________________________________________________
1. Philippe Noiret, Mémoire cavalière Robert Laffont. Il faut lire le chapitre 11.

Repost 0
Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
commenter cet article
30 avril 2014 3 30 /04 /avril /2014 06:34

Voici quelques extraits d’une interview de Philippe Noiret publiée dans le numéro 3 de la revue Dandy, été 2004.

 

philippe-noiret-elegant.jpg

 

Aimez-vous suivre la mode ? Quels sont vos stylistes préférés ?

J’ai une méconnaissance totale des stylistes et des marques. Un homme qui a une prétention à l’élégance ne va pas confier à un styliste le soin de lui faire un costume ! Il se fera un costume qui lui ressemble. D’ailleurs, la notion de mode pour un homme est une absurdité. Moi, les courants, je m’en fous. J’ai mon style.

Y a-t-il des vêtements exclus de votre garde-robe ? Quel est votre style ?

J’évite certains modèles (ça dépend où j’en suis de mon régime !) mais je n’exclus pas grand-chose. J’ai des pantalons écossais, pas de kilts mais ça me tenterait assez… Pas de pantalon à pattes d’éléphant. Mon modèle c’est quand même mon père, qui donnait l’impression de ne jamais changer de tenue. Mon goût pour le beau vient de lui, et en retour je lui ai révolutionné sa façon de s’habiller. Au travail il portait toujours veste, gilet et cravate. Pendant sa retraite (il a vécu jusqu’à 94 ans), je lui achetais des chemises écossaises, des cardigans en cachemire rouge, des pantalons de flanelle. Il pouvait tout porter : son élégance était naturelle.

Son métier lui permettait-il d’entretenir ce goût pour l’habit ?

Totalement : il a travaillé toute sa vie dans le vêtement. Il se faisait tailler ses vêtements dans les coupons des maisons de couture, et gardait toujours la même coupe. A 14 ans, comme je faisais déjà 1m80, avec mon frère Jean, je piquais dans sa garde-robe. Il nous engueulait mais il laissait faire.

Avez-vous des matières et des couleurs préférés ? Beaucoup d’hommes élégants portent du noir, pas vous ?

J’aime les matières naturelles : soie, lin, coton ou laine. Et toutes les couleurs, en pagaille. Le goût de la couleur m’est venu vers la trentaine. Avant, j’étais en flanelle neutre et chemises bleues. Le tee-shirt noir sous le costume noir, pour moi, c’est le contraire de l’élégance. Tous ces hommes en noir, ce sont des cons ! Ils n’ont pas confiance en eux parce que porter une couleur, c’est se révéler un peu.

Comment se passent vos visites chez les tailleurs ? Qui sont-ils et comment les choisissez-vous ?

En fait, je me suis beaucoup habillé pour les films et souvent je garde ces vêtements qui ont une histoire. Je m’en suis fait aussi faire beaucoup d’autres, notamment à l’étranger où j’ai plus de temps. Dans les boutiques, je n’achète finalement que les chaussettes ! A Rome, mon tailleur était Rottuno (aujourd’hui décédé) et le chemisier Albertelli. A Londres, je vais chez Anderson and Sheppard et en France je prends tout chez Charvet. Je choisis ceux qui ont le goût du travail bien fait, avec qui je peux discuter des détails. J’aime choisir avec eux un tissu, son poids. C’est très amusant d’avoir leur avis.

Finalement, le luxe pour vous passe forcément par l’artisanat ?

Totalement. L’industrie du luxe est pour moi une notion absurde. Le luxe ne peut pas être une industrie. C’est une affaire d’homme à homme. Ca commence par faire connaissance avec des artisans et leur savoir-faire. Aujourd’hui j’ai à peu près tout ce qu’il me faut mais je ne me lasse pas de parler avec un tailleur ou un chausseur.

Côté passions, on a beaucoup parlé du cheval vous concernant ! Qu’aimez-vous faire le reste du temps ?

Rien. Je lis, je regarde des films. Je profite des deux luxes qui nous restent : le silence et le temps.

Repost 0
Publié par Le Chouan - dans Personnalités
commenter cet article

Présentation

  • : Le chouan des villes
  • : L'élégance au masculin : réflexion(s) - conseils - partis pris.
  • Contact

Recherche

Me contacter

lechouandesvilles{at}gmail.com

Liens Amis

Catégories