Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
19 février 2014 3 19 /02 /février /2014 06:40

La vie de Thierry le Luron a suivi une trajectoire fulgurante. Il lui aura fallu quelques années seulement pour devenir une vedette populaire et l’une des figures les plus en vue du tout-Paris. Appartement boulevard Saint-Germain, Rolls blanche avec chauffeur de couleur, villa à Saint-Tropez… Dès qu’il le put, Thierry le Luron assouvit toutes ses envies, comme s’il avait eu la prescience que, pour lui, le sable filerait plus vite dans le sablier.

Son don – l’imitation – n’explique pas tout. Dès sa première apparition télévisée (il n’avait que dix-huit ans), son aisance et son naturel laissèrent pantois. Il était un de ces êtres d’exception qui savent les choses sans avoir eu besoin de les apprendre et qui, pour cela, vous feraient presque croire en la réincarnation ! « J’ai vécu tant de vies », disait-il lui-même. Philippe Bouvard, qui l’a fréquenté et admiré, affirma qu’à vingt ans il savait tout.


thierry-le-luron.jpgImitant Charles Trenet. Photo Charles Platiau, AFP archives

 

Il savait aussi le langage de l’élégance. Une confidence de sa mère en dit beaucoup : « Enfant, il ne sortait jamais sans son nœud papillon et sa casquette de jockey. Il n’aurait jamais porté un jean. Il voulait toujours être impeccable. » Le virus de l’élégance se contracte durant l’enfance, quand on porte des culottes courtes et des sandales et qu’on rêve sur les costumes et les chaussures miroitantes de son père. Méfiance envers ces Messieurs Jourdain qui, l’âge et l’argent venant, se découvrent une passion pour l’élégance et croient qu’elle s’achète comme des actions en bourse.

Son premier costume de scène, Thierry le Luron se l’était fait tailler au bodygraphe, à La Belle Jardinière. Recouraient à ce procédé – ancêtre de la demi-mesure – ceux que titillait l’envie de s’habiller sur mesure mais qui n’en avaient pas les moyens. Après, il suivit la mode des années 70. Ses costumes étaient bien coupés, mais évidemment trop ajustés, et je ne dis rien de ses chemises... ni de ses noeuds papillon.

Thierry le Luron faisait partie de ces vedettes de la scène qui, par respect pour eux-mêmes et pour leur public, mettent un point d’honneur à s’habiller le mieux possible. La tradition se perd. Henri Salvador l’illustra. Aujourd’hui, ils sont peu nombreux (Charles Aznavour, Julio Iglesias…) ceux qui  tentent de la perpétuer.

Quand, le 10 novembre 1984, Thierry le Luron entonne chez Michel Drucker « L’Emmerdant, c’est la rose », sa vêture est parfaite. Admirez l’aisance que lui permet son costume. Le mouvement n’en abîme jamais la ligne. Je crois savoir qu’à cette époque, il était habillé par Henry Poole. Noeud Windsor, Tank Cartier – la discrétion est de mise. La seule touche de fantaisie – une doublure rutilante de veste - ne se dévoile qu’à la faveur d’une brusque virevolte.

Thierry le Luron a ouvert la voie (et la voix !) à de nombreux imitateurs. C’est lui qui fit de l’imitation – jusque-là cantonnée au domaine des attractions plaisantes – une expression majeure de la scène et du spectacle. Ses successeurs n’ont malheureusement pas retenu ses leçons d’élégance. Patrick Sébastien est la vulgarité même. Yves Lecoq fait quelquefois des efforts ; mais, alors, il n’échappe jamais à un côté guindé et artificiel. Nicolas Canteloup – crâne rasé, menton glabre, tee shirt basique – ressemble à un tableau blanc. C’est comme s’il avait choisi de s’effacer pour mieux faire ressortir les personnages qu’il imite. Laurent Gerra, adepte de la cravate et du costume, serait celui qui rappellerait le plus Thierry le Luron. Son physique banal de fils de bonne famille propret (je parle de lui à ses débuts) ajoute au rapprochement. Mais, en matière d’élégance, Laurent Gerra se révèle un bien piètre imitateur :


laurent-gerra.jpg

 

Thierry le Luron garda toute sa vie un visage d’enfant. S’habiller comme un monsieur était une façon de se vieillir. L’artifice du costume lui permit de connaître un peu cet âge mûr dont, inconsciemment, il savait peut-être qu’il lui serait refusé.

Repost 0
Publié par Le Chouan - dans Personnalités
commenter cet article
12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 06:23

Ce billet prolonge celui du mois dernier intitulé  De l’élégance et de la beauté au cinéma.

Profil perdu : j’aime cette expression utilisée en dessin pour parler d’un visage vu de côté et aux trois quarts caché par l’arrière de la tête. Mais si mon titre reprend cette expression, c’est dans un autre sens.

Le profil a longtemps été un critère de beauté : profil grec, profil romain, profil de médaille – soit un profil d’un dessin très pur.

La mythologie hollywoodienne s’est constituée en référence à la grande mythologie. Démesure, scandales, fatum, vengeance, meurtres, suicides… Rien ne manquait ! Une presse spécialisée était chargée de transmettre à un public partagé entre terreur et pitié les nouvelles de cet Olympe moderne. Les acteurs, alors, étaient comparables à des dieux. S’ils étaient loin de leur ressembler par essence ou par naissance, la grande machinerie hollywoodienne se chargeait de la métamorphose. Pour faire partie des élus, certaines dispositions étaient néanmoins requises. En tête, avoir bien sûr du talent, mais aussi (sinon surtout) être beau – donc avoir un beau profil. Ceux de Rudolf Valentino, John Gilbert, Gary Cooper, John Barrymore étaient remarquables ; pour cette raison, John Barrymore fut même appelé, par métonymie, « le profil ».


john-barrymore.jpgJohn Barrymore

 

Dans ce cinéma chaste, la scène du baiser marquait l’acmé de la passion. Invariablement, l’homme et la femme étaient filmés de profil ; la femme levait la tête vers l’homme (ce qui, au passage, permettait de gommer les doubles mentons…) et l’homme, protecteur, baissait la tête vers elle. Les bouches pouvaient alors se rencontrer. A cet égard, le générique du Cinéma de minuit (France 3), qui présente une chaîne de baisers, est, parlant. On y reconnaît, notamment, les beaux profils de John Gilbert, Gary Cooper, Stewart Granger.


john-gilbert-greta-garbo.jpgJohn Gilbert et Greta Garbo

 

gary-cooper-profil.jpg
Gary Cooper


stewart-granger-profil.jpg Stewart Granger

 

Et puis, la beauté a peu à peu changé de visage. Les dieux ont jugé qu’il était temps de ressembler aux humains. Les nez se sont raccourcis, les visages banalisés. Fatigués, les héros ont laissé la place aux antihéros. James Dean a remplacé Gary Cooper.


James-dean.jpgJames Dean

 

Aujourd’hui, l’homme qui plaît aux femmes doit avoir gardé quelque chose de l’adolescence. Voyez Brad Pitt ou Johnny Depp : dirait-on de récents quinquagénaires ? L’homme qui veut plaire aux femmes n’a pas besoin d’être beau : il suffit qu’il soit mignon. Plus proche, moins intimidant, plus aisément consommable.

Regardons les choses en face : le profil a fait les frais de cette évolution ! Tapez John Gilbert dans « google images » ; faites la même chose avec Gary Cooper ou Rudolf Valentino, et vous verrez s’afficher de multiples clichés des profils respectifs de ces anciennes stars. Tapez maintenant Brad Pitt ou Johnny Depp : vous ne trouverez rien de semblable.


brad-pitt--profil.jpgBrad Pitt

 

Et pour cause : On peut dire d’un profil qu’il est beau. On ne dira jamais qu’il est mignon.

Voilà pourquoi les profils – les beaux profils –, oui, sont perdus…

Repost 0
Publié par Le Chouan - dans Personnalités
commenter cet article
5 février 2014 3 05 /02 /février /2014 06:01

Existe-t-il contraste plus saisissant qu’entre le blanc et le noir ?

Oui, assure Michel Pastoureau, le grand spécialiste des couleurs, pour qui « le contraste entre le blanc et le noir n’est ni plus fort ni plus pertinent que les autres ».

Le vendredi 24 janvier, le pape François a reçu au Vatican François Hollande. Le visage fermé du pape fut à juste titre remarqué et commenté. Pouvait-il manifester plus éloquemment son opposition à un chef d’Etat qui a fait de la haine du catholicisme un principe politique ?

Existe-t-il contraste plus saisissant qu’entre cet homme en blanc et cet homme en noir ?

 

pape-hollande-def.jpg

colombe-def.jpg

 

Deux jours après cette entrevue, le pape lança du balcon du palais apostolique une colombe blanche ; à peine celle-ci avait-elle pris son envol qu’un corbeau noir l’attaqua avec une violence qui horrifia la foule.

Existe-t-il contraste plus saisissant qu’entre une colombe blanche et un corbeau noir ?

Le ciel parle aux sourds que nous sommes la langue des signes.

Repost 0
Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
commenter cet article
29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 06:28

 

georges-mathieu-noir-et-blanc.jpg

 

Georges Mathieu a connu le purgatoire dès son vivant. Célèbre dans les années 70, il est tombé ensuite dans un oubli de plus en plus épais. L’annonce de sa mort, le 10 juin 2012, n’étonna pas grand monde, sinon ceux qui pensaient que l’événement s’était produit depuis longtemps.

La figure de ce peintre échappe aux classifications traditionnelles. Il fut successivement un artiste novateur – introducteur de l’action painting américaine en France et précurseur du happening – et le peintre officiel d’une France bourgeoise. Ses toiles ornaient les murs de L’Elysée du temps où son ami Georges Pompidou en était l’hôte ; il dessina la pièce de 10 francs en 1974, l’en-tête de la déclaration de revenus et les bons du Trésor pour les années 75 et 76, le logo de la chaîne de télévision Antenne 2 en 1975. Cette même année, il devint membre de l’Académie des Beaux-Arts.


georges-mathieu.jpg

 

Georges Mathieu professait des idées conservatrices. Il se revendiquait catholique et monarchiste. Pourtant, son art échappait à tout classicisme. Au contraire des principes d’un Boileau par exemple, il disait que « le signe précède la signification ». Cet adepte de l’  « abstraction lyrique » revendiquait son goût pour le Grand Siècle. Ce représentant de l’art moderne n’était pas tendre envers ses pairs dont il dénonçait les errements et les aberrations.


georges-mathieu-couleur.jpg

 

Dans une telle forêt de paradoxes, difficile de voir clair… Mais les contradictions se dissipent quand on met en avant le dandysme du personnage. Le thème l’intéressait, au point qu’il demanda à la psychanalyste Françoise Dolto d’écrire une étude sur le sujet. Ce qu’elle fit en quelques pages jargonneuses et assez confuses. Il s’était composé une figure irréductible aux modes et aux influences. Son air était celui de l’homme d’exception traversé par de hautes pensées. L’un des grands chocs de son existence n’avait-il pas été, alors qu’il était adolescent, « la révélation de la médiocrité du comportement des autres » ? Il posait volontiers au génie et, selon le précepte baudelairien, chargeait son apparence de refléter « la supériorité aristocratique de (son) esprit ». Il était le peintre moustachu le plus célèbre après Dali. Ses costumes bien coupés flattaient son corps athlétique. Son goût de la mise en scène se doublait, en bon dandy, du plaisir de provoquer : il se rendit en Rolls à sa réception à l’Académie des Beaux-Arts ;


georges-mathieu-mercedes.jpgAu volant de sa Mercedes 500 K, 1936

 

lui, « le premier calligraphe occidental », selon André Malraux, osa se livrer, le corps recouvert d’un kimono et le crâne ceint d’un bandana, à une exhibition de peinture dans la vitrine d’un grand magasin japonais.


georges-mathieu-chemise.jpgUn inspirateur de BHL ?

 

La vieillesse est un naufrage. Les dandies ne sont pas les derniers à plonger.  Les ultimes photographies de Georges Mathieu nous montrent un vieillard dévasté. La force l’a quitté. C’est lui et ce n’est pas lui, ce pantin portant une perruque qui, mal posée, se dénonce en tant qu’artifice.


georges-mathieu-fin.jpg

 

On se souvient alors de Brummell qui, à la fin de sa vie, était obsédé, lui aussi, par le fragile édifice de sa perruque. Georges Mathieu ne fut jamais un homme de mesure. Quand il sombra, ce fut démesurément. 

Repost 0
Publié par Le Chouan - dans Personnalités
commenter cet article
21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 06:08

On s’habille pour se protéger. J'ai plusieurs fois cité la fin de L’Age d’homme de Michel Leiris : «  (…) il est nécessaire de construire un mur autour de soi, à l’aide du vêtement. » Dans ce cas, la protection est morale, l’habit étant pensé comme un palliatif à une complexion jugée défectueuse. Leiris encore : « J’aime me vêtir avec le maximum d’élégance ; pourtant, à cause des défauts (…) dans ma structure (…), je me juge profondément inélégant. » Pour le dandy et pour l’homme élégant, le vêtement est en quelque sorte un « corps choisi » chargé de faire oublier l’autre, plus ou moins douloureusement subi (cf. De l'élégance et de la perfection physique).

Mais, avant d’être morale, la protection que procure le vêtement est physique. L’homme s’est couvert pour résister à la dureté des éléments. Son génie a transformé une nécessité en luxe et en plaisir. Il fallait un amoureux des paradoxes comme Rousseau pour oser prétendre que nous étions plus heureux quand nous nous « born(ions) à coudre (nos) habits de peaux avec des épines et des arêtes » !

La vie moderne a néanmoins changé la donne. Les progrès techniques ont amorti nos confrontations avec les éléments. Le chauffage central et la climatisation nous aident à supporter les caprices du ciel. Nous créons, à domicile, un microclimat de rêve que nous cherchons à dupliquer, dans la mesure où nous sommes libres de le faire, sur nos lieux de travail. Le trait d’union, nos transports en commun et nos voitures particulières, souvent climatisés, sont chargés de le faire.

Les conséquences de la vie moderne sur nos garde-robes sont multiples. A quoi bon des vêtements parfaitement imperméables, notre mode de vie ayant réduit considérablement la durée de notre exposition à la pluie… même au pays du Chouan ?... La quête de l’imperméabilité totale a longtemps ressemblé à une quête du Graal (Macintosh, Burberry, Aquascutum, Barbour) : c’était un autre temps... A quoi bon des souliers pesants et hypersolides alors que nous marchons de moins en moins et que les trottoirs de nos villes sont parfaitement pavés et goudronnés ?... Vive, donc, les cuirs extra-fins et le cousu blake !... Les grandes peurs des élégants du XIXe siècle – la boue et les flaques d’eau – se sont, il est vrai, évanouies. La démocratisation de la voiture s’est accompagnée de la disparition des manteaux longs et des chapeaux. Quant aux gants – si facilement perdus -, nos rencontres avec le froid sont trop furtives pour nous en faire éprouver le manque... Chez soi, plus de robe de chambre, de veste d’intérieur, de bonnet et de chemise de nuit, de caleçons longs… On a peine à croire qu’il y a quelques décennies, ces vêtements représentaient encore des nécessités. Quel cinéphile a oublié Louis Jouvet dans Quai des orfèvres, Saturnin Fabre dans Marie-Martine (« Tiens ta bougie droite ! » ;)), Noël Roquevert dans Les Diaboliques – tous habillés dans des lieux clos (enfin, autant que les lieux pouvaient l’être avant l’invention du double vitrage) plus chaudement que, par temps froid, on ne l’est aujourd’hui dehors ? Nous sortons, l’hiver, couverts d’habits plus légers que ne l’étaient les habits d’été d’autrefois. On ne s’habille plus en fonction des saisons – et encore moins des demi-saisons. Entre nos tenues d’hiver et d’été, la différence tient moins au poids qu’à la couleur.


louis-jouvet-def-copie-1.jpgLouis Jouvet

 

La légèreté a été érigée en dogme. Le tissu poids plume serait un must : super 120’ s, super 100’ s… Vêtement léger = vêtement confortable, facile à vivre, adapté à notre mode de vie (1). On connaît les antiennes dictées par le marketing. Et l’on fait acheter, au nom de la sacro-sainte légèreté, des vêtements sans tenue, d’aspect souvent « cheap », et fragiles. Et ça marche ! Il est vrai qu’on n’a pas trop le choix. Même mon tailleur s’y est mis, qui voudrait me convaincre de renoncer à mon goût du « lourd ». Il existe, certes, de très belles étoffes légères ; j’en pince tout de même pour les tissus de belle épaisseur : solidité, toucher, tomber – comparés à eux, les tissus légers… ne font pas le poids !

J’avoue ma nostalgie pour un temps où l’on éprouvait, sur soi, le passage des saisons. On connaissait alors la direction des vents sur le bout de son doigt. Quelques initiés lisaient dans les nuages le temps du lendemain. Pour le savoir, on pouvait aussi compter sur l’hirondelle, l’araignée et la grenouille… La relation compulsive que nous entretenons avec la météo (… moi, c’est différent : c’est avec Evelyne Dhéliat que j’entretiens une relation compulsive !) est d’ordre moins poétique : nous voulons savoir pour maîtriser. Que la science se trompe et nous voilà déboussolés. A bien des égards, nos contemporains se comportent comme ils s’habillent : très légèrement… 

 _________________________________________________________________________________ 
1- Lire, sur ce sujet, Du choix de la bonne laine, Stiff Collar.

 

Repost 0
Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
commenter cet article
17 janvier 2014 5 17 /01 /janvier /2014 19:23

 

leon-van-dievoet-copie-1.JPGLéon van Dievoet, architecte belge, le 16-07-1934, sur sa moto Saroléa à Blankenberghe

 

Merci à G. van der Heide de m'avoir envoyé ce cliché.

Repost 0
Publié par Le Chouan - dans Personnalités
commenter cet article
14 janvier 2014 2 14 /01 /janvier /2014 06:53

Philippe Noiret s’étonnait dans ses mémoires de ce que les comédiens soient si mal habillés : « Le statut de comédien est un des rares qui confèrent une totale liberté vestimentaire (…) Aujourd’hui, je ne sais pas pourquoi, peu de gens en usent. Rares sont les acteurs qui se soucient de la façon dont ils sont habillés. » C’est que l’élégance a quasiment déserté notre environnement. Les stars de cinéma ne font pas exception.

« Stars »… Il y a longtemps que ces « étoiles » n’éclairent plus notre chemin. Les acteurs s’habillent comme les gens de la rue. « Lorsque les monarchies s’effondrèrent, à la fin de la Première Guerre mondiale, les idoles de Hollywood devinrent les véritables ambassadeurs de l’élégance masculine », explique James Sherwood dans Savile Row. Ces stars-là appartenaient à une autre galaxie. Les Fred Astaire, Gary Cooper, Cary Grant… s’habillaient à la ville aussi bien que dans leurs films. Et pour cause : « (…) les tenues que les comédiens arborent devant les caméras sont aussi celles qu’ils portent dans la vie courante », nous rappelle, dans Des modes et des hommes, Farid Chenoune. Ne dirait-on pas que cette photo, qui sert de couverture au livre de James Sherwood, est tirée d’un film ? Mais non, elle a été prise sur le vif à Londres en 1946, alors que Cary Grant se rendait chez ses tailleurs Kilgour, French & Stanbury :


Savile_Row_James_Sherwood.jpg

 

Les images d’archives – fixes ou animées – nous montrent des hommes mieux habillés qu’aujourd’hui. Point de passéisme dans ce propos, mais l’affirmation d’une évidence. A cela, plusieurs raisons dont celle-ci, qui me semble capitale : pour s’habiller, nos « aïeux » se fiaient aux tailleurs, des hommes de l’art. Les enquêtes disent que nos contemporains se laissent en majorité conseiller par leurs compagnes. De quelle autre aide peuvent-ils bénéficier ? La plupart des vendeurs manquent de culture et de goût et s’en remettre à soi-même - au motif très actuel que mon-goût-vaut-bien-celui-des-autres – se révèle presque toujours catastrophique.

Exit, donc, l’élégance.

Exit, aussi, la beauté. Au cinéma, la beauté ne joue plus les premiers rôles. Fini, le temps des physiques exceptionnels à la Gary Cooper ou à la Cary Grant. Fini, les « profils superbes » à la John Barrymore (essentiel, le profil, dans les scènes de baiser !)


john-barrymore-copie-1.jpgJohn Barrymore    

 

S’il faut trouver une cassure, elle se produit, je crois, dans les années 50, avec les apparitions de Marlon Brando et de James Dean. James Dean plus que Marlon Brando, car le physique de ce dernier, atypique et inédit à Hollywood, perpétue malgré tout la tradition des physiques hors normes. James Dean, en revanche, semble être le grand-frère de nos héros – ou, plus souvent, de nos antihéros - d’aujourd’hui. Avec lui, les critères de la séduction masculine évoluent durablement : petit, voûté, il n’a rien de spectaculaire. Avec ça, habillé en blouson, en tee-shirt et en jean. Pas laid, non, mais pas beau non plus. Pour parler comme maintenant, « mignon ». Oui, c’est ça, James Dean était mignon. Avec son petit nez et ses traits fins, il annonce un Brad Pitt ou un Johnny Depp.


james-dean-sourire.jpeg  James Dean

 

Je schématise, bien sûr. Hollywood a connu avant James Dean des stars dotées d’un physique quelconque et on trouverait après lui des exemples de beaux physiques : jeune, Richard Gere était un second Errol Flynn. Mais, dans ses grandes lignes, je ne crois pas mon analyse erronée.

Ajoutons à cela le brouillage contemporain du sens. Tel acteur mal habillé sera qualifié d’élégant ; tel autre, visiblement laid, sera proclamé beau. Ainsi de nos jeunes gloires nationales Vincent Cassel et Romain Duris !

Quant à ma catégorie préférée – celle des acteurs distingués –, on chercherait en vain qui y nominer… Pour se consoler, on peut toujours visionner les films avec George Sanders.


george-sanders.jpgGeorge Sanders    

 

Repost 0
Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
commenter cet article
7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 06:02

L’autre dimanche, à la fin d’un Masque et la plume consacré au cinéma, Eric Neuhoff a recommandé la lecture du plus récent numéro de SchnockJérôme Garcin lui a emboîté le pas – et tous les deux de faire l’éloge de cette revue décalée.

Schnock…  Cette évocation inopinée m’a remis en mémoire un épisode que j’aurais préféré tout à fait oublier.


schnock-7.jpgSchnock, n° 7

 

Le 7 mars 2013, un collaborateur de la revue m’envoie un mail pour me demander la différence entre le gentleman-farmer anglais et le gentleman-farmer français car il souhaite écrire un article sur le sujet. Il ajoute qu’il ne manquera pas de « m’associer aux remerciements » pour les informations fournies. Le sujet ne m’inspire pas plus que ça ; je ne le lui dis pas et, aimablement, le 12 mars, je lui réponds ceci :


Cher Monsieur,

La question est de savoir s’il existe un « gentleman-farmer » à la française ! Cette notion est une évolution de l’anglomanie dont l’esprit des élégants français est imprégné depuis le XVIIIe siècle. Le modèle fut d’abord le gentleman tout court – et non le « gentleman-farmer ». Je crois savoir (mais je ne suis pas historien !) que cette notion de « gentleman-farmer à la française » s’est forgée au XXe siècle, période où la mode s’est décontractée et où la recherche du confort est devenue une priorité. Le « gentleman-farmer » et ses vêtements aux motifs variés (damiers, losanges, jacquard…), et ses tweeds et flanelles fatigués a pu alors faire figure d’idéal pour des Français qui pensaient qu’en Angleterre l’herbe était forcément plus verte (… ce en quoi, dans un sens, ils n’avaient pas tort !) Les tenues décontractées, d’abord réservées à la campagne et au week-end, se sont peu à peu imposées en ville – voir, par exemple, la vogue du Barbour et du style « rus in urbe » dans les années 80. Précisons que ce style n’a jamais intéressé que les classes privilégiées.

Vous dites qu’il a disparu. En 2003, dans son très discutable « Chic au masculin » (Hachette), Corinne Lechevalier en faisait encore un des 8 styles possibles, avec les styles « écolo nature », « élégant mondain »,  « élégant classique », « bourgeois bohème », « dandy »,  « sportswear chic » et « sportif ».

Le « gentleman-farmer à la française » est-il autre chose – s’il existe ! – qu’une imitation plus ou moins réussie de l’original ? Le « faux-Anglais » est toujours passé aux yeux des vrais élégants français pour le comble du mauvais goût. Aux yeux des Anglais aussi, ce qui se conçoit très bien : voir les moqueries de James Darwen sur ces Continentaux qui singent les indépassables gentlemen anglais (« Le Chic anglais », Hermé). Farid Chenoune (« Des hommes et des modes », Flammarion) se fait l’écho de cette tradition quand il écrit au sujet du « gentleman-farmer à la française » en général et de Philippe Noiret en particulier : « Ce que l’élégant « néo british » est à Scott Fitzgerald, le gentleman-farmer à la française l’est à son modèle britannique, par une sorte de reconstitution à la Viollet-le-Duc. L’acteur Philippe Noiret en sera la figure la plus achevée, plébiscité par la presse pour avoir fait sortir le répertoire des vestes de tweed et de cachemire aux tons d’automne, les chaussures de chez Lobb, les casquettes de chez Hilditch and Key, du ghetto « antiquaire aux puces » ou « week- end en Sologne » où depuis des années le genre se morfondait. »

Cette critique me semble très injuste. Comme j’ai essayé de le dire dans l’article auquel vous faites référence, le style de Noiret n’est pas réductible à ce cliché. Je comprends néanmoins que Noiret ait pu apparaître aux yeux de certains comme une incarnation de ce dernier. Son ami Rochefort a dit joliment que « quand on voyait entrer Noiret dans une pièce, on imaginait des centaines d’hectares derrière lui ». Il y avait son physique, sa barbe, sa propriété de Turcy (Aude), ses chevaux et, bien sûr, ses tenues. Interrogé sur le sujet (Le Monde, 23/11/2006), Noiret a dit : « Farmer, sûrement pas. Quant à gentleman, ce n’est pas à moi de le dire. » Remarque… de gentleman ! « Farmer », quelqu’un comme Gabin le fut bien plus que lui, qui se voulut agriculteur (mais ses voisins fermiers, qui n’étaient pas des gentlemen, eux, ne le voulurent pas…) tandis que Noiret n’exploita jamais son domaine.

Le blogueur de Wasp 101 – anglais pur tea - (cf, sur mon blog, la liste de mes liens) a classé Philippe Noiret parmi les hommes les plus élégants de tous les temps. Je ne crois pas que cela aurait été le cas si Noiret n’avait été qu’une pâle imitation du gentleman-farmer anglais.

Pour moi, Noiret était, sinon un gentleman, du moins un honnête homme. Ces deux idéaux ont du reste beaucoup à voir l’un avec l’autre – l’un anglais et l’autre français (XVIIe). L’honnête homme se devait d’être cultivé (Noiret aimait les livres), courageux, policé et spirituel. Il devait aussi savoir s’habiller. Beau programme !

Je ne connais pas de marques spécialisées dans ce style (Ah ! si : les tenues automne-hiver de Vicomte Arthur). Quelqu’un comme Julien Scavini (blog Stiff Collar) serait plus à même de vous renseigner sur ce point.

Je ne sais si ces qqs remarques vous aideront. Penser à me remercier est très aimable à vous. Une simple référence au « Chouan des villes » fera l’affaire.

Bien à vous.


Dès le lendemain de cet envoi, le journaliste me remercie. Sa curiosité ne semble toutefois pas satisfaite puisqu’il me demande alors de lui décrire un « gentleman-farmer type Noiret » du chapeau aux chaussures.

J’attends un peu pour lui répondre car je le trouve bien exigeant. Et puis, dresser un possible portrait- robot du gentleman-farmer à la française m’intéresse encore moins que de tenter d’en donner une définition. Bonne pâte, je lui envoie tout de même ceci :

 

Cher Monsieur,

Vous m’en demandez beaucoup !

Un « portrait-robot » de gentleman-farmer à la Noiret ?

Casquette anglaise en tweed fin/feutre brun (fedora) avec un air un peu fatigué (le chapeau, pas la casquette).

Chemise à carreaux en viyella, tissu dans lequel sont faites les chemises Tattersallcheck.

Cravate de tricot ou à motifs Paysley/foulard à motifs Paysley/nœud pap (Noiret en était fan).

Veste de tweed, souvent à carreaux fenêtres/costumes de tweed trois pièces.

Pantalons de velours côtelé bruns, whiskey, éventuellement jaunes/en cavalry twill beige.

Chaussettes de laine unies.

Brogues en daim/chukka boots en daim/Monk strap shoes (chaussures à boucle) en daim ou non.

Barbour. Cover coat.

Quelques marques : Lock and Co Hatters (chapeaux et casquettes)… e-shop disponible. Cordings (manteaux, chemises, pantalons)… e-shop disponible. Hilditch and key (cravates, foulards, pochettes…) Lobb/Crockett and Jones/Church’s (chaussures).

J’ignore qui était le dernier tailleur de Noiret. Il parle, dans ses mémoires, de ses tailleurs italiens (surtout) et anglais (exceptionnellement). Il écrit : « Ma véritable adresse fétiche se trouve à Paris : c’est Charvet ».

Je ne sais si j’ai répondu à vos attentes. Vous pouvez, comme je vous l’ai dit, contacter Julien Scavini (blog Stiff Collar).

Bien à vous.


Le 25 mars, soit cinq jours après mon envoi, je reçois un nouveau mail dans lequel mon correspondant me dit être tombé, en parcourant mon blog, sur un article où, évoquant Claude Lévi-Strauss, je citais le tailleur Hollington. Je lui dis qu’ avec Hollington, « on s'éloigne du style gentleman-farmer. On n'est plus avec Noiret, mais avec le sculpteur César ou Michel Piccoli... ou beaucoup d'autres ! » J’ajoute : « M. Hollington a sûrement des choses très intéressantes à dire sur le sujet : ses tenues, qu'on les aime ou non, témoignent d'une bonne connaissance du vêtement. Il y a une réflexion. »

Plus de nouvelles.

Quelques semaines après, la revue (n° 7) sort. Je l’achète, impatient de découvrir ce que le journaliste a bien pu pondre sur le sujet. Déception ! Les cinq pages du « dossier », intitulé, « Comment s’habiller en gentleman-farmer (à la française) ?» - notez le chic de la parenthèse, genre « Ce soir (ou jamais) » : chic est Schnock ! - ont la légèreté d’un smoking Smalto en crêpe de Chine de 1975 (... pour rester dans la décennie Schnock) ! Je remarque très vite que l'article est presque entièrement construit à partir d’un montage des notes que, gracieusement, j’avais envoyées et d’extraits d’une interview de Patric Hollington. S’y greffent différents emprunts à mes billets sur Philippe Noiret (Philippe Noiret, la mesure de l’élégance), Jean Gabin (De quelques comédiens élégants d’autrefois), Claude Lévi-Strauss (Tout est relatif).

Quant aux remerciements promis, je les cherche, bien sûr, en vain.

Agacé, j’envoie un mail intitulé « Je ne vous dis pas merci » à mon indélicat correspondant qui, en réponse, me parle d’un oubli qu’il me promet de réparer dans la seconde édition du même numéro. A ma connaissance, celle-ci n’a jamais vu le jour, ce dont il n’était pas difficile de se douter.

Moralité : Schnock m’a pris pour un schnock et je n’ai pas aimé ça !

Repost 0
Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
commenter cet article
31 décembre 2013 2 31 /12 /décembre /2013 06:59

Vadimir Fedorovski est un peu notre écrivain russe médiatique de service. Que sa patrie d’origine fasse « la Une » de l’actualité, et sa bonne bouille ronde, et son verbe tonitruant prennent possession de nos petits écrans. C’est, comme on dit, « un bon client ». Un homme haut en couleur et pittoresque. Son plaisir de passer à la télévision est communicatif, et rend à son tour heureux le téléspectateur. Le côté acteur – voire cabot – fait partie du personnage. On ne lui en veut pas. On en redemanderait plutôt.

Dans la composition de son rôle, Vladimir Fedorovski use volontiers d’un accessoire : le chapeau. Là non plus on ne lui en veut pas ; là aussi on en redemande. Ici, c’est un fedora sombre porté avec une écharpe bleue :

 

Vladimir-Fedorovski.jpgSeldero/Sipa

 

Là, c’est un feutre brun :


vladimir-federovski-feutre-brun-def.jpg 

 

Ailleurs, le feutre est vert :


vladimir-federovski-futre-vert.jpg

 

Ailleurs encore, c’est un panama :


vladimir-federovski-panama.jpeg

 

Sa panoplie de couvre-chefs ne se limite pas au chapeau. Il porte aussi la casquette :


vladimir-federovski-casquette.jpg

 

ou – nostalgie des origines – la toque en astrakan :


vladimir-federovski-toque-astrakan.jpg Photo : J.J. Ceccarini, Le Figaro    

 

Des reproches peuvent bien sûr être formulés. Certains d’entre vous auront sans doute tiqué aux écharpe et casquette assorties, au ruban clair du panama, à la couleur verte du feutre… Mais les efforts relevés ne compensent-ils pas largement ces quelques erreurs ou maladresses ? Surtout, Vladimir Fedorovski pose plutôt bien ses couvre-chefs.

Andreï Makine est un autre écrivain russe à avoir choisi la France comme patrie d’adoption. Son œuvre et sa personnalité sont très différentes de celles de Fedorovski. Mais, comme ce dernier, il cultive une certaine coquetterie. Il a rasé la barbe qu’il avait au moment où il reçut le Prix Goncourt pour son livre Le Testament français.


 

andrei-makine-goncourt-def.jpgAndreï Makine, au moment de son Prix Goncourt, 1995. Photo François Mori. AP.

 

Il a heureusement troqué les lunettes contre des lentilles. Il s’est coupé les cheveux et il signe dorénavant presque toutes ses tenues d’une curieuse cravate foulard :


andrei-makine-foulard.jpg

 

A son propos, l’un d’entre vous, « Bigstop », m’écrivit, commentant mon article intitulé « De quelques écrivains correctement habillés » : « J’ai rencontré à quelques reprises M. Andreï Makine (…) Pour l’avoir vu dans des salons littéraires, il est toujours très élégant, sa tenue est classique, avec une once d’originalité et de raffinement (…) »

Les originalités dans l’apparence semblent être une sorte de tradition chez les écrivains russes. Maxime Gorki évoque quelque part la « barbe de moujik » et la « blouse chiffonnée » de Tolstoï :


tolstoi-copie-1.jpg

 

- blouse que Maïakovsi portera plus tard, agrémentée d'une lavallière :


maiakovski-jeune.jpg


Les tenues rustiques de Soljenitsyne étaient elles aussi savamment étudiées et s'inscrivaient, comme la barbe, dans une tradition :


soljenitsyne-def.jpg

 

Le vêtement parle. En français. En russe. En français avec un accent russe… Bizarrement, ce n'est pas quand il parle français que je le comprends toujours le mieux...

Repost 0
Publié par Le Chouan - dans Personnalités
commenter cet article
24 décembre 2013 2 24 /12 /décembre /2013 07:09

 

pere-noel.jpg

 

Dans ma famille, on n’était pas « père Noël » mais « petit Jésus ». C’était le petit Jésus qui, la nuit de Noël, apportait les cadeaux. Le 24 décembre au soir, on faisait une dernière prière devant une crèche qui n’attendait plus que lui. Le 25 décembre au matin, il était là, beau comme un dieu ! Nous saluions ce miracle par une nouvelle prière. Après, c’était la folie des rubans arrachés, des papiers déchirés, des cartons éventrés…

La tradition familiale m’a rendu à jamais suspecte la figure du père Noël. D’où vient-il ? Qui est-il ? Le folklore des rennes et du traîneau m’a toujours laissé froid. Avec le temps, et pour mille raisons, ce personnage m’est apparu de plus en plus louche. Sa forte corpulence et son visage rubicond ne trahissent-ils pas de coupables excès ? Est-ce une bonne manière d’apprendre la vie aux enfants que de leur donner en exemple un personnage qui travaille un mois par an et se repose tout le reste du temps ? Qu’on découvre un jour que, dans son repaire du grand Nord, le père Noël vit en couple avec une mère Noël – voire un autre père Noël – ne m’étonnerait pas plus que ça. Si ce monsieur qui se fait appeler Noël est père, où sont ses enfants ? Pis : qu’a-t-il fait d’eux ?

Qu’attend-on, bon sang, pour enquêter ?

Mais non. Le père Noël jouit d’une impunité qui ne peut s’expliquer que par des protections très haut placées.

Croire au père Noël ou croire au petit Jésus n’a pas les mêmes conséquences. L’enfant qui ne reçoit pas du père Noël ce qu’il lui a demandé est frustré. Il ne comprend pas et éprouve un sentiment d’injustice. Il risque, dès lors, de devenir un adulte qui exigera de la société qu’elle fasse ses quatre volontés. L’enfant qui ne reçoit pas du petit Jésus ce qu’il lui a demandé apprend à se soumettre à une volonté plus grande que la sienne.  Il deviendra un adulte conscient que ses désirs ne sont pas tous faits pour être réalisés. D’une personne naïve qui pense que la lune lui est due, on dira volontiers qu’ « elle croit encore au père Noël » ; on ne dira jamais qu’ « elle croit encore au petit Jésus ».

Le principal grief que j’adresse au père Noël, je l’ai gardé pour la fin : son apparence. Mon Dieu qu’il est laid ! Mon Dieu qu’il est vulgaire ! Certes, il est barbu, mais sa barbe, mal taillée, ne le rend pas magnifique. Et puis, il y a ses cheveux hirsutes qui sortent de son bonnet. Il y a aussi, parfois, ses horribles lunettes de fer et, toujours, son habit rouge et ses bottes noires. Y glisse-t-il, au moins, des Gammarelli ? J’en doute ! Un autre Père – Saint celui-là – nous a montré qu’on pouvait être élégant en habit rouge et bonnet. Mais n’est pas Benoît XVI qui veut !


benoit-XVI-camauro.gif

 

Joyeux Noël à vous tous !

Le Chouan

Repost 0
Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
commenter cet article

Présentation

  • : Le chouan des villes
  • : L'élégance au masculin : réflexion(s) - conseils - partis pris.
  • Contact

Recherche

Me contacter

lechouandesvilles{at}gmail.com

Liens Amis

Catégories