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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 06:17

« Ceux qui n’ont pas d’amour habitent les cafés », affirmait Aragon. S’il dit vrai (« le poète a toujours raison » !), je suis une exception. Mes proches m’entourent de beaucoup d’affection et, pourtant, j’aime fréquenter les cafés, qui sont de merveilleuses fenêtres ouvertes sur la vie. S’asseoir et regarder. Mais regarder vraiment. Cette intensité du regard, je l’ai apprise en lisant Baudelaire. Les poèmes aussi sont des fenêtres ouvertes sur la vie. Dans un poème justement intitulé « Les Fenêtres », Baudelaire nous dit qu’il « aperçoi(t) une femme mûre, ridée déjà, pauvre, toujours penchée sur quelque chose, et qui ne sort jamais. » Et il ajoute : « Avec son visage, avec son vêtement, avec son geste, avec presque rien, je refais l’histoire de cette femme ». Toute puissance de l’imagination, que Baudelaire qualifiait de « reine des facultés » ! Mon imagination atteint – hélas ! – plus rapidement ses limites. Cette reine, chez moi, n’a pas un pouvoir absolu. Le vêtement d’un inconnu ne me suffit pas à refaire sa vie, à inventer sa légende. Mais il peut, en revanche, me laisser entrevoir un décor, certains traits de personnalité… ce qui n’est pas si mal. Voilà à quoi mon imagination et moi pouvons jouer quand je m’attarde à une terrasse de café.

Un autre jeu qui me plaît beaucoup consiste à replacer certains passants dans leur époque. A voir, certains ont l’air d’être nés trop tard. Avec sa belle barbe blanche, celui-ci a l'air tout droit sorti d’un tableau de Velasquez tandis que cet autre, au visage fin et pâle, à la crinière brune, évoque la jeunesse romantique.

Pour se livrer à ce jeu, point besoin de fréquenter les cafés. D'autres fenêtres ouvertes sur la vie peuvent très bien faire l’affaire... je veux parler du cinéma et de la télévision. Fenêtres – ou plutôt, dans ce dernier cas, « étrange lucarne » ! Les exemples de personnalités aux physiques surannés ne manquent pas. Prenez Jean Dujardin. Pourquoi croyez-vous qu’il ait crevé l’écran dans The Artist ? Grâce à son talent de comédien, bien sûr, mais aussi grâce à son physique très typé années 30 ; un physique à la Douglas Fairbanks – l'éclatant sourire compris.


jean-dujardin.jpgJean Dujardin et Bérénice Béjo, The Artist


douglas-fairbanks.jpgDouglas Fairbanks

 

A ses côtés, Bérénice Béjo était moins convaincante : visage trop « moderne » ! Une Elsa Zylberstein, avec quelques années de moins, aurait été parfaite. Lambert Wilson ? Années 40 ! Un (ex) jeune premier à la Pierre Richard-Willm !


lambert-wilson.jpgLambert Wilson


pierre-richard-willm.jpgPierre Richard-Willm

 

François Hollande ? Années 60. Un physique à jouer un comptable ou un chauffeur de taxi, une petite casquette vissée sur la tête, dans quelque navet sauvé par les dialogues d’Audiard.

A l’inverse, il existe des physiques en avance sur leur temps. Pour cette raison, Jean-Paul Belmondo dénotait dans les films des années 50. Et cette jeune fille insolite que j’ai croisée hier au café a peut-être le visage qui sera à la mode dans une prochaine décennie. En attendant, personne, sauf moi, ne la regardait. Dans les années 30, Romain Duris aurait été jugé insignifiant, et même, à cause de son visage prognathe, franchement laid.


romain duris ok
Romain Duris

 

Son tort ? Etre né 80 ans trop tôt ! La faveur dont jouit ce comédien ne tient pas qu’à ses qualités professionnelles, mais au fait qu’il incarne au mieux la séduction masculine actuelle. Ainsi, Claude François avait le physique des années 70. Aujourd’hui, ce même physique le desservirait.

Nous n’avons pas toujours le physique de notre temps. Mais le temps ne nous attend pas pour se charger de notre physique. Les miroirs qui ornent les murs de mon café préféré sont là pour me le rappeler. Pour ne pas sentir « l’horrible fardeau du temps », Baudelaire – j’y reviens (on y revient toujours) - conseillait de « (s’)enivrer sans trêve ». Existe-t-il meilleur endroit qu’un café pour mettre en pratique ce précieux conseil ? Baudelaire ajoute que lorsque l’ivresse vient à diminuer, il faut demander « au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge (…) quelle heure il est ; et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge répondront : " il est l’heure de s’enivrer ! " »

… Quand je les interroge, les miroirs de mon café préféré ne me font pas une autre réponse.

 

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19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 06:14

Notre époquequi du haut de sa supériorité technologique toise les époques précédentes, donne naissance à des objets éphémères et laids. Le rêve d’éternité des hommes s’est concrétisé dans de nombreux domaines. L’architecture en fait partie. Face aux assauts du temps, elle a longtemps dressé d’orgueilleux édifices qui cherchaient à égaler la permanence des grandes œuvres de la nature. Il est à craindre que les bâtiments d’aujourd’hui, même signés des plus grands noms, connaissent une postérité moins glorieuse : malfaçons, problèmes techniques, vieillissement prématuré des matériaux nécessitent de rapides et onéreux travaux de rénovation. Le Centre Pompidou, par exemple, a dû subir l'année de ses vingt ans une restauration profonde et coûteuse. La beauté s’est effacée au profit de la prouesse technique. La Tour Eiffel, symbole viril d'une modernité triomphante, a donné le la. Il est de bon ton de se moquer des artistes qui pétitionnèrent contre son érection. Je ne suis pas certain, pourtant, qu’ils aient eu tort : à force de la voir, nous nous sommes habitués à sa présence. A force d’habitude, nous sommes devenus indifférents – et notre indifférence a fini par être prise pour un consentement. Pourtant, si nous nous obligions à la regarder d’un œil neuf, ne fustigerions-nous pas, comme le fit en son temps Paul-Jean Toulet, la « laideur sans espérance » de ce « chandelier toujours sans chandelle » ?

Le domaine du vêtement est, lui aussi, touché. Les habits étaient autrefois conçus pour durer longtemps. Dans L’Avare, Harpagon porte les siens depuis au moins cinquante ans. Certes, c’était Harpagon ! Tout de même, il y a encore quelques décennies, on retaillait, reprisait, rapiéçait, retournait le tissu. Le costume du père passait au fils. Le temps déposait sa patine qui donnait aux choses bien nées un supplément d’âme. Aujourd’hui, on achète et on jette. Voudrait-on conserver, sauvegarder, faire durer qu’on ne le pourrait pas : les vêtements ne sont plus faits pour recevoir de tels soins et hommages. Qu’importe, d’ailleurs! Les esprits sont préparés à cet éphémère perpétuel. Ils ont même fini par le rechercher. Je me souviens d’un ami qui, m’entendant vanter la solidité de mes souliers, me disait qu’il ne me comprenait pas et qu’il préférait, lui, acheter des souliers de moindre qualité – pour avoir le plaisir de régulièrement en changer. La mode ne promeut pas les beaux habits – elle signerait alors son arrêt de mort : on ne se résout pas le cœur léger à jeter la beauté à la poubelle -, mais des habits originaux et nouveaux.

Comme l’affirmait l’élégant T.S Eliot, « l’histoire n’est plus qu’une chronique d’inventions humaines qui ont fait leur temps et ont été mises au panier ; le monde est devenu la propriété exclusive des vivants, de laquelle les morts sont rejetés. »


t-s-eliot-def.jpg T.S. Eliot

 

Un petit tour de rue suffit à nous désespérer : partout, des formes aberrantes, des tonalités grisâtres, des matières synthétiques hideuses - quoique hautement technologiques : tissu aquaphobes, respirants, que sais-je encore… Nous vivons, dit-on, dans une société de l’image. Le spectacle de la rue me convaincrait plutôt du contraire. Si les hommes se souciaient un peu plus de leur image, nos villes ne seraient pas aussi tristes. Quant aux modèles des créateurs, ils ne descendent guère des podiums : de même que les bâtiments de nos architectes novateurs sont rarement agréables à vivre (« L'architecte est celui qui a vocation par son art d'édifier quelque chose de nécessaire et de permanent. / Non pas pour être regardé seulement ou compris, mais pour que l'on vive dedans » disait Claudel), de même les vêtements de nos créateurs sont presque toujours importables.

L’individualisme ambiant accélère le mouvement vers le bas. Chacun s’octroie le droit de faire comme il l’entend. Fi des principes et des usages fixés par l’art et la tradition ! Que chaque Français se prenne pour le sélectionneur de l’équipe de France de football ne prête pas à conséquence ; il en va autrement quand il joue les maîtres d’œuvre, les décorateurs, les arbitres des élégances… Combien ai-je vu de pavillons passables défigurés par d’horribles vérandas, de façades coquettes perdre tout leur charme à cause du remplacement de fenêtres à petits carreaux par des fenêtres simples, d’intérieurs anciens massacrés au nom du sacro-saint gain d’espace ; combien de physiques corrects enlaidis par des vêtements mal coupés, de tenues gâtées par des assortiments hasardeux de couleurs !...

Pour espérer s’améliorer, il faut apprendre – regarder dans le rétroviseur -, faire preuve de modestie.

Dire cela, c’est prendre le risque d’être taxé de « nostalgisme »La nostalgie, tant célébrée par les poètes, est démodée. Se dire nostalgique, c’est attirer sur soi les moqueries ; c’est passer pour le ronchon de service ; c’est se condamner à la solitude. Notre incontestable suprématie technologique nous abuse, que nous étendons un peu vite à tous les domaines. En matière d’esthétique, le progrès – s’il existe – n’est pas linéaire. Par exemple, qui oserait nier que le style vestimentaire des années 30 soit supérieur à celui des années 70… ou à celui des années que nous vivons ? Si Fred Astaire revenait aujourd’hui, il serait l’homme le plus élégant du monde !


fred-astaire-gris.jpg 

 

Je suis nostalgique, pas passéiste. Je m’informe, je compare, je trie.

Nos vies en société sont comme nos vies personnelles : elles alternent les bons et les moins bons moments. Pourquoi le moment que je vis serait-il nécessairement plus beau que d’autres que j’ai vécus ? De même, pour quelle raison devrais-je sacraliser mon époque au motif qu’elle est mon époque ? Pour les utilitaires, le paradis terrestre est ici et maintenant. Les esthètes, eux, meurent de froid.

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13 novembre 2014 4 13 /11 /novembre /2014 06:21

… ça fait mal !

Lu, dans le numéro 4067, un article signé Virginie Jacobsen-Lavoué qui m’a laissé perplexe.

Son titre : « L’élégance masculine sans faux-pli ». La première phrase de son chapeau (les articles en portent encore !): « Quels sont les secrets de l’élégance masculine ? »

Voilà une question intéressante. Et ambitieuse. On a beau être impatient de commencer sa lecture, on ne peut s’empêcher de penser qu’il faut être bien téméraire pour prétendre y répondre en seulement quatre colonnes. Et puis on se met à lire et, très vite, on comprend que l’auteur de l’article ne connaît vraiment pas grand-chose à son sujet. C’est un festival de phrases creuses, d’approximations, d’affirmations gratuites, d’ignorance(s)…

Extraits.

« L’homme élégant doit respecter des règles moins figées qu’autrefois.» Il « doit » ? Sur quoi se fonde exactement cette obligation ?

« Depuis Philippe Noiret, les Français passent pour des hommes qui cultivent au mieux le style anglais ». Un petit tour dans la rue suffit, n’est-ce pas, à nous en convaincre...

« Prenons le costume, il n’y a plus de coupe intemporelle ; l’astuce est d’écouter les experts qui évaluent, mieux que vous, votre morphologie ». Problème : qui sont ces experts ?

« La pochette ? On n’a encore rien fait de mieux que de l’assortir à la cravate, cela vous oblige à rester dans le ton ».

« Décontracté ? Misez sur le pull (sauf ceux à col en V). »

« Le vrai dandy ne porte plus de ceinture, mais des boutons de manchette vintage ou, mieux, hérités… » Pratiques, les boutons de manchette vintage (forcément…) de grand-papa pour tenir son falzar !

« Apprenez à faire un nœud Windsor, celui que porte notre ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, et presque toute la haute finance. »

« Rien de plus sexy qu’un homme intelligent et galant ».

Et pour finir, ces deux recommandations :

« Il est inutile de flâner en boutique, certains sites internet, à l’image de WWW.chictypes.com (…), ont fait leur force du "stylisme personnalisé". »

Et :

« (…) You’re so French Men !, de Frédérique Veysset et Isabelle Thomas, de notre point de vue le meilleur guide pratique pour respecter les codes de l’élégance masculine. »

Apprenons à Madame Virginie Jacobsen-Lavoué qu’un guide est sorti voici peu, très recommandable celui-là : ModeMen, de Julien Scavini.

 

julien-scavini-modemen.jpg

J’en reparlerai bientôt.

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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 07:15

- La longueur exagérée des cravates. Je parle de la longueur « standard », fixée aux environs d'1,50 m. Bien que mesurant 1,90m, je suis assez souvent dans l’obligation de passer une seconde fois, ou de me livrer à d'autres acrobaties, pour que ma cravate effleure le haut de mon pantalon. Autre solution : faire raccourcir ses cravates.

- L'absence d'ardillon de ceinture sur la plupart des pantalons PAP. Qu'est-ce que l'ardillon de ceinture ? C'est cette petite bride qui « surgit de la ceinture du pantalon » (Julien Scavini) dans laquelle se glisse un autre ardillon, celui de la boucle de ceinture.

- La folie du chichetaille basse des pantalons, longueur insuffisante des chemises et des vestes... Je l'ai suffisamment dit pour n'avoir pas besoin d'insister.

- L’absence, dans les voitures, d’un « espace » pour loger le parapluie. C'est peut-être un détail pour vous, mais, au pays du Chouan, ça veut dire beaucoup. 

- La dureté des pédales d’embrayage. Ca casse la chaussure ! Pas de problème, en revanche, pour écraser le champignon !

- La ceinture de sécurité. Combien de vestes lustrées et de chemises prématurément usées à cause d’elle ? Pourtant, quand j’évoque ce problème, j’ai l’impression étrange qu’il ne concerne que moi.

- La largeur de nos voitures. Deux logiques s'affrontent : celle des propriétaires de parkings urbains soucieux de rentabiliser à tout prix (... enfin, au prix le plus fort !) leur espace et celle des concepteurs de voitures en quête de plus d'habitabilité. Résultat : sur les parkings, les voitures se poussent des portes... au risque de se faire du mal puisque, autre bizarrerie actuelle, les carrosseries ne sont plus protégées ! 

- L’absence de portemanteau dans la plupart des cafés. Où mettre son manteau ? Sur une chaise, après l’avoir discrètement plié ? Sur ses genoux ? Sûrement pas, en tout cas, sur le dossier d’une chaise en s’en servant comme d’un cintre !

- L’impossibilité en province de se procurer de belles chaussettes. Les mi-bas sont quasi introuvables. Merci à l’internet et, bien sûr, aux Chaussettes rouges !

Le langage formaté des vendeurs : « sympa, cette veste » (…manquerait plus qu’elle morde !), et cette façon qu’ils ont de vous donner des conseils pour améliorer votre apparence alors que leur mise est là pour vous montrer ce qu’il ne faut pas faire. 

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10 octobre 2014 5 10 /10 /octobre /2014 06:34

schnock-couv.jpg

 

Je vous ai conté une autre fois mes déboires avec Schnock.

Pour aller vite, un journaliste de cette revue m’a un jour contacté pour me demander des renseignements sur le sujet qu’il avait choisi de traiter. Je lui ai répondu du mieux que j’ai pu. L’article publié, je découvris non sans agacement qu’il était essentiellement composé d’extraits de ma réponse et d’articles de mon blog, le nom de celui-ci n’étant pas même cité, contrairement à la promesse qui m’avait été faite.

Mon billet de dépit n’est pas resté sans suite.

Très vite après sa publication, la rédactrice en chef de Schnock m’envoya un mail pour me présenter ses excuses et pour m’assurer que mon nom serait ajouté aux remerciements du prochain numéro. Elle me confie bientôt qu’elle aimerait me rencontrer et me propose dans la foulée d’écrire pour sa revue. Je ne dis pas oui, je ne dis pas non ; je dis que ma situation de provincial risque de compliquer les choses.

Deux semaines plus tard, je lui soumets à tout hasard une idée d’article. J'attends trois semaines sa réponse. Mon idée l’intéresse à condition que j’y apporte des modifications. Je lui dis que je n’ai pas attendu son avis pour écrire mon article (… trois semaines tout de même !) et qu’elle le trouvera en PJ.

Une semaine s’écoule. Elle finit par m’écrire et me promet de me contacter « d’ici vendredi ».

Vendredi arrive. Rien. Puis un autre vendredi, puis un troisième vendredi… Ce silence est lassant. Je décide de le rompre ; j’envoie à la rédactrice en chef oublieuse un message dans lequel j’essaie à peine de dissimuler mon impatience sous un peu d’humour : « Vous m’aviez promis une réponse " d’ici vendredi "… mais, prudemment, vous ne m’aviez précisé ni la semaine ni le mois ! »

La réponse, cette fois, ne se fait pas attendre. Il faudrait que j’allonge et que j’élargisse. Bien !

Quelques jours plus tard, je lui envoie une nouvelle version de mon texte dûment « élargie et allongée ».

Depuis – c’était il y a sept mois -, silence radio...

... Vous auriez raison de condamner mon attitude accommodante. Je confesse, dans cette histoire, m’être laissé aveugler par la vanité : la perspective de collaborer épisodiquement à Schnock n’était pas faite pour me déplaire. Pour cela, j’ai trop rapidement chassé de mon esprit une première indélicatesse. Me voilà doublement puni : le nom de mon blog n’a jamais été ajouté aux remerciements de la revue ; par ses négligences et son silence final, la rédactrice en chef m’a joliment humilié !

Mon article ne méritait peut-être pas d’être publié. Mais, au moins, j'aurais aimé qu’on me le dise.

Cette leçon valait bien que j’en fasse tout un fromage, non ?

Dans ses Mémoires, le chef chouan Jean Rohu raconte comment les nobles regardaient de haut les Chouans qui, comme lui, étaient d’extraction roturière. Un jour, Georges Cadoudal l’envoya porter une lettre au général d’Hervilly. « Je fus bien accueilli par ce général, écrit Rohu, qui me fit passer au salon, où l’on me servit à boire et à manger. (…) Deux messieurs entrèrent dans le salon et (…) l’un d’eux dit à l’autre : " - Qu’est-ce que cela ? – Un Chouan sans doute, répondit l’autre ; on ne voit que cela ici. " »

Les grands d’aujourd’hui ont changé d’état et de figure. Il en est qui hantent les salles de rédaction et les salons de mode... Ceux-là sont cool, mal rasés, mal coiffés, vous tutoient, vous appellent tout de suite par votre prénom… Mais leur mépris est sans mélange.

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1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 06:59

Chère jeune lectrice,

 

Vous m’avez écrit : « (…) j’avais pris en irritation le fait qu’on puisse nous définir à cause de nos vêtements – surtout, le fait qu’on ne puisse pas se taire, et qu’on soit obligé de donner des informations sur nous-mêmes en nous habillant ; bref, que la seule neutralité possible – la nudité – soit un engagement encore plus évident que le silence, qu’il n’y ait pas de non-langage possible. » Vos remarques m’ont troublé. L’enfer serait donc notre apparence, qui nous livre forcément en pâture au regard et au jugement d’autrui.

La nudité n’est certes pas la solution, n’en déplaise à quelques naturistes naïfs qui recréent, hors de portée des voyeurs, d’impossibles édens. Des camps ! Il fut un temps très lointain où, c'est vrai, la nudité était belle : « L’homme et sa femme étaient nus, sans se faire mutuellement honte », nous dit Le Livre. La suite est désolante. J’ai beau la savoir inévitable, à chaque fois que je lis ce récit, j’espère qu’un miracle va, là – sous mes yeux -, la changer. Mais non. La femme et l’homme mangent de l’arbre ; ils découvrent, piteux, qu’ils sont nus ; Dieu châtie les inconséquents, et, comme saisi de pitié, il s’improvise tailleur et les revêt de « tuniques de peau ».

Voilà comment s’habiller devint le propre de l’homme. Les animaux, impeccables dans cette très regrettable affaire, échappèrent logiquement au courroux divin (… hormis le serpent, ce Judas, que Dieu condamna à ramper) ! A eux l’innocence de la vie à poil ! Qui veut humilier un animal n’a qu’à le déguiser en homme. Voyez les singes qu’au cirque on costume pour faire rire. Mais qui veut humilier un homme l’oblige à se dévêtir – à se mettre en tenue d’Adam !

Exit, donc, la nudité. Face à cette maudite nécessité de se vêtir, quelle attitude alors adopter ? La suite de votre message en propose une. Vous dites, je vous cite : « Il m’arrivait de rechercher le style le plus banal, le plus neutre, le plus minimal qui soit. » Votre choix a sa cohérence, mais c’est le choix d’un(e) vaincu(e) ! A l’autre extrémité, il y a l’orgueilleux qui renverse la malédiction à son avantage exclusif. Par l’extravagance de ses tenues, celui-là va au-devant du jugement de ses semblables. Ses fanfreluches sont son armure. Admirez-le, il fera semblant de ne pas vous voir ; moquez-le, il vous plaindra de le jalouser. On pourrait aussi concevoir une solution rationnelle : puisque s’habiller est notre lot commun, faisons-le tous de la même manière ! Au vrai, l’idée eut déjà cours ; elle fut même mise en œuvre à des époques et sous des climats divers à des fins plus ou moins louables. Pas de différences, pas de jugement, serait-on enclin à penser. Mais c’est faux. Habillés pareillement, Mao et Chou En-Laï sont tout de même dissemblables : le second seul est élégant.

 

mao.jpgMao Tse Toung


Chou-en-lai.jpgChou En-Laï

 

On peut aussi suivre la mode. La mode rassure et divertit. Ne brille-t-elle pas pour vous, qui êtes si jeune, d’un éclat invincible ? « Il vaut mieux suivre la mode, même si elle est laide, disait Chanel. S’en éloigner, c’est devenir aussitôt un personnage comique. » Quoique je ne sois pas bien sûr que toutes les modes nous préservent du ridicule !... Autre moyen dont nous disposons et qui se situe, en quelque sorte, à l’opposé du « non-langage » dont vous rêvez : charger son vêtement de parler pour soi. Le choisir en fonction de son sens, réel ou supposé. Daniel Halévy, par exemple, portait toujours une veste de velours marron. « Le velours, expliqua-t-il un jour à Roger Martin du Gard, est ce qu’il y a de commun aux destinées humaines. Ces destinées sont différentes et j’estime ces différences, je les aime même, mais il y a une souche commune qui est la vie laborieuse, artisanale, dont le vêtement de velours que portent le garde-chasse, le chasseur, le charpentier, peut être tenu pour le signe. » A tant faire que d’être jugé, autant que ça le soit pour une bonne raison, non ? Ayons soin toutefois que le signe n’obscurcisse pas trop la chose signifiée ! Henri de Régnier, expert en symboles, ne se trompa pas, en tout cas, sur le sens de la tenue de Halévy : « Il y a chez ce descendant des Bréguet de l’artisan, écrivit-il dans un de ses Cahiers. Je le revois sur la plage de La Baule, avec sa barbe de prolétaire, son complet de velours, son caban à la Péguy, esprit distingué d’ailleurs. »

Se vêtir, c’est choisir, et choisir, c’est s’exposer. Cette évidence peut irriter, mais à quoi bon perdre son énergie à pleurer sur la fatalité ? Moi, ma façon de faire avec tient en quelques mots… et se répète d'un billet à l'autre de ce blog dont je sais que vous avez fait récemment la découverte ; c’est de m’inventer, dans le respect des traditions et d’autrui, une silhouette personnelle et avantageuse (… enfin, autant que je peux en juger et que la chose est possible !) qui me permette, sans honte, de me regarder dans la glace. Dit plus brièvement encore – et même d’un mot, pris dans le sens où Balzac l’entendait : c’est de m’habiller !

« La brute se couvre, le sot se pare, l’homme élégant s’habille ».

… Et c’est ainsi, chère jeune lectrice, que la vie élégante est grande et que Balzac est son prophète !

Et moi je suis votre ami.

 

Le Chouan

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17 septembre 2014 3 17 /09 /septembre /2014 06:20

J’ai quelquefois évoqué ces archives photographiques, filmiques… qui témoignent de modes de vie oubliés. Le document que je vous propose aujourd'hui (merci au lecteur qui me l’a fait découvrir) ne manquera pas d’intéresser ceux qui, comme moi, aiment voyager dans le temps. Les voyages dans le passé sont toujours plus instructifs que ceux que les Futuroscopes du Poitou ou d’ailleurs sont censés nous faire faire dans l’autre sens. Ils nous obligent à ouvrir les yeux sur notre très imparfait présent ; et les yeux ne restent secs que si les cœurs le sont aussi.

André de la Varre a filmé Paris dans les années 60. En regardant son film, mes amis parisiens se sentiront en leur ville comme en terre lointaine. Les femmes portent des robes et les hommes des costumes. On s’habillait alors pour sortir – entendez : non pas seulement pour se rendre dans le monde mais dès qu’on passait le seuil de sa maison : respect de soi et respect des autres ; sens des convenances et, dans les meilleurs cas, recherche de l’élégance. Le vêtement était un indicateur social. Les néons ne défiguraient pas les façades. Les marques de signalisation se faisaient discrètes et n’avaient pas encore transformé la ville en un gigantesque jeu de piste. Ah ! nos panneaux, potelets, marquages au sol, feux aériens !... Une femme voilée traverse l’écran : c'est une religieuse.

Certains se lamenteront de la saleté de nombreux bâtiments ; d’autres, au contraire, se réjouiront que, pas encore « blanchis », ils n’aient pas l’air – selon la formule de Morand – d’être « en carton ».

Un film me revient en mémoire : il s’agit des Belles de nuit de René Clair.


rene-clair.jpgLe très élégant René Clair

 

On y voit un jeune professeur qui, insatisfait de sa vie, remonte le passé à la faveur d’une succession de rêves. Chaque rêve se conclut par le retour d’un vieillard – toujours incarné par le même acteur – qui regrette le bon vieux temps. La satire se développe avec esprit : le film est, je l’ai dit, signé de René Clair ! Malgré tout, je me range du côté du vieillard qui pleure la fonte des neiges d’antan… Certains vieillards qu’on aperçoit dans le film d’André de la Varre me font penser à celui de René Clair : si André de la Varre les avait fait parler, ils auraient sans doute proclamé leur haine de ces années 60 que, par contraste avec les nôtres, nous jugeons si séduisantes. De même, je comprends intimement Julien Green quand, en 1973, il écrit dans Mille chemins ouverts : « Quand, dans mes courses à travers Paris, je me sentais las, je m’asseyais sur un banc et je lisais Job. Il me semble que, maintenant, je ferais encore de même, si l’on pouvait lire dans les rues de Paris d’aujourd’hui. Or, il se trouva qu’un jour je choisis de m’asseoir sur un banc du boulevard de la Madeleine. En 1919, on pouvait faire cela. Les voitures ne me gênaient guère. Elles étaient infiniment moins nombreuses et l’air n’était pas encore empoisonné. »

Le regret du passé est, certes, un lieu commun. Mais existe-t-il un sentiment profondément enraciné dans l’âme humaine qui n’en soit pas devenu un ? « La forme d’une ville change plus vite, hélas ! que le cœur d’un mortel », constatait Baudelaire. Passé un certain âge, nous sommes tous le cygne de son poème qui, évadé de sa cage, pleure son « beau lac natal ». Le passé est notre patrie. Il constitue notre identité.

Ce document nous invite à méditer sur le temps qui passe. Est-elle morte, est-elle encore vivante la jeune femme qui prend le soleil à une terrasse de café ? Les massifs de fleurs sont bien tenus. Les grandes eaux nettoient le bitume après le marché. Le boucher vend sa viande fraîche, la fleuriste ses fleurs du jour. Efforts de l’homme quotidien pour se tenir debout… Les statues de pierre s’offrent en énigmes à qui les regarde. La Joconde fait ce qu’elle sait faire de mieux : elle sourit.

Qui ne serait ému par ces ombres qui défilent dans un silence spectral, effacées par le noir final ? En attendant le désastre, les têtes de mort ont bonne mine !...

« Voyez ces générations d’hommes sur la terre comme les feuilles sur les arbres qui conservent toujours leurs feuilles. La terre porte les humains comme des feuilles. Elle est pleine d’hommes qui se succèdent. Les uns poussent tandis que d’autres meurent. Cet arbre là non plus ne dépouillera jamais son vert manteau. Regarde dessous, tu marches sur un tapis de feuilles mortes. » Saint Augustin.

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6 septembre 2014 6 06 /09 /septembre /2014 07:16

 

cousu-main.jpgCrédit : Marie-Amélie Tondu

 

J’ai regardé samedi dernier le premier épisode de Cousu main sur M6, émission de télé-réalité mettant en concurrence des couturiers amateurs sous l’œil d’un jury composé d’Amparo Lellouche et de Julien Scavini.

Je n’ai pas été emballé. L’émission souffre d’une absence de rythme. 90 mn pour suivre la confection d’une simple jupe et la « customisation » d’un tee-shirt, c’est long. Quoi de moins spectaculaire et télégénique que le travail de couture ? Travail minutieux, patient et, à bien des égards, ingrat. L’accompagnement sonore censé dynamiser l’ensemble devient très vite insupportable… comme la voix – toujours plus haute, toujours plus forte – de la jolie présentatrice.

Le niveau très hétérogène des candidats est une autre faiblesse. On sait – on croit savoir ? – dès le premier épisode qui seront les finalistes. Les meilleures couturières (au féminin !) ne sont ni les plus pittoresques ni les plus sûres d'elles. Un « biker » nommé Jésus  - rigolard et plutôt rigolo – est là pour faire « le show »; m’est d’avis qu’il restera plus longtemps que ses capacités en couture ne le justifieraient !

Julien Scavini tire son épingle du jeu. Sa participation à une émission de « télé-réalité » m’avait inquiété. Je m’en étais ouvert à lui ; il m’avait rassuré. Pour sûr, son physique proustien, ses costumes impeccables et son nœud papillon détonnent ! Mais c’est tant mieux ! Prions Dieu que Jésus ne le convertisse pas à son look ! Phénomène amusant : à chaque fois que la silhouette de notre ami se dessinait sur l’écran, je croyais voir une de ses figurines qu’un trucage aurait animée ! J’ai particulièrement apprécié la façon dont il délivre ses avis aux candidats : avec mesure… avec grande mesure ! Un dosage très réussi de bienveillance et de fermeté.

Second épisode ce soir, sur M6, à 18 heures.

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3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 07:17

Pour ouvrir l’année, ce billet sans conséquence… histoire de me mettre en jambes.

Les mois de juin-juillet ont été riches en grandes manifestations sportives aptes à aiguiser notre fibre patriotique. Il y eut la coupe du monde de football et le Tour de France. J’ai suivi la première plus que le second. Le Tour de France m’intéressait lorsque j’étais enfant. J’écoutais chaque été sa retransmission sur mon petit transistor. Poulidor était mon champion – héros sympathique, modeste, insubmersible. Poulidor et son physique de bon fils, et son accent rassurant, et son nom à surnom(s). On imagine ce qu’un Desnos aurait fait d’un nom pareil :

Pou lit dort
Poulie d’or
Poule y dort…

« Vas-y Poupou ! » criaient les foules – qui ne pouvaient pas en dire autant avec Anquetil. Question d’oreille. Poulidor, pour un cycliste, un nom en or.

Antoine Blondin, maître du raccourci, emballa le tout dans un mot-valise : la « Poupoularité ».

Sur le chapitre des patronymes, l’avantage, aujourd’hui, va aux cyclistes. La plupart de nos footballeurs ont des noms bizarres. Je ne suis jamais bien sûr, par exemple, de prononcer correctement celui de notre gardien de but, « Lloris ». Côté cyclistes, en revanche, cette année nous a réservé une belle surprise avec le dénommé Tony Gallopin. Son prénom en forme de diminutif d’origine étrangère révèle la modestie du milieu ; il le rend d’emblée sympathique auprès du public du Tour de France. Son nom, surtout, est merveilleux. Un « Gallopin » ne peut pas être un méchant homme ! Gallopin perpétue la tradition des cyclistes à noms cocasses : Petit-Breton, Barbotin et, bien sûr, Poulidor.

Ce Tour 2014 nous gratifia aussi d'un Pinot. A notre palmarès des patronymes, nous le placerons juste au-dessous de Gallopin. Pinot, P-i-n-o-t – non « Pinault » comme le milliardaire, mais « Pinot » comme le simple flic !

A quand dans l’équipe de France de football un nouveau Platini (… et pas seulement pour une histoire de nom) ? Platini, pour un footballeur, un nom… en platine !

Les choses se gâtent quand on aborde le chapitre des apparences. Chez les uns comme chez les autres, les apparences sont douteuses… Pauvres cyclistes, qu’on oblige à revêtir des combinaisons aérodynamiques moulantes, multicolores et recouvertes jusque sur les fesses de noms de bienfaiteurs !... Un casque et des lunettes non moins aérodynamiques finissent de les faire ressembler à de drôles d’oiseaux tombés de nids extraterrestres ! La responsabilité des footballeurs est, elle, directement engagée. Personne ne les oblige à s’enlaidir comme ils le font. « Brésil 2014 » fut aussi le festival du tatouage monstrueux et, du point de vue capillaire, la coupe de l’immonde ! Sur le terrain du mauvais goût, aucune équipe, je crois, ne fit jeu égal avec la nôtre.

 

debuchy.jpgDebuchy

 

giroud-benzema.jpgGiroud et Benzema

 

pogba.jpgPogba

 

griezmann.jpgGriezmann

 

Notre maillot, pourtant, avait plutôt belle allure – d’un beau bleu nuit, cintré comme il faut, et agrémenté d’un mignon col Claudine immaculé, censé rappeler le maillot de l’équipe de 1958.

Si j’avais un conseil à donner à l’un de nos footballeurs soucieux de se singulariser, ce serait celui-ci : « Laissez votre peau tranquille ; coiffez-vous correctement ; glissez plutôt votre maillot dans votre short à la façon de vos aînés. Ce simple geste attirera l’attention sur vous et suscitera des imitateurs. »

Les excentricités cutanées et capillaires des footballeurs rappellent celles des héros de la télé-réalité. C’est dire. A côté, les audaces timides des cyclistes ont quelque chose de rafraîchissant : une petite boucle d’oreille par-ci, un minuscule tatouage par-là…

Chaque étape du Tour se termine par un rituel désuet à souhait : la remise des maillots. La bonne grâce avec laquelle les cyclistes s’y plient est touchante. Imagine-t-on l’aimable Benzema, revêtu d’un maillot à pois, sourire entre deux hôtesses très typées miss-du-coin, un petit bouquet à la main ?

Le sort, c’est connu, ne manque pas d’ironie. A quoi tenait, naguère, la popularité de Jean-Pierre Papin ? A son talent, bien sûr, mais aussi à son physique, à son sourire à la Bourvil, et, même, à son nom. Un nom, un sourire, un physique… de cycliste !

Entre la simplicité populaire des cyclistes et le narcissisme puéril des footballeurs, mon cœur ne balance pas. 

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9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 06:29

J’ai passé l’autre dimanche à La B., station balnéaire réputée « chic ». La semaine précédente, j’étais à P., station plutôt populaire, située à quelques encablures de l’autre. A P., des hordes d'hommes en marcels, pantacourts et sandales. Beaucoup de tatoués. A La B., le triomphe du style Ralph Lauren. C’est plus joli, pour sûr, mais est-ce pour autant élégant ? L’élégance se confondrait-elle avec cette satisfaction de classe parée des mêmes vêtements et affichant les mêmes couleurs ? Le sourire béat du conformisme bourgeois m’est toujours apparu comme une expression convaincante de la bêtise humaine. Grâce au logo, le conformiste assouvit son désir d’humiliation. Il sort ses griffes pour tenir à distance ceux qu’il juge ses inférieurs. Et pour les faire saliver. L’instinct de domination animal affleure sous des manières policées.

Les logos sont des petits signes extérieurs d’aisance, voire de richesse. Petits ?… De moins en moins : d’abord discrets, ils ont eu tendance, ces derniers temps, à prendre du volume.


polo-ralpfh-lauren-logo.jpg

 

Ce détail est révélateur d’une relation à l’argent qui, chez nous aussi, s’est décomplexée. Les fortunes se montrent davantage. Notre vieux fonds catholique n’a pas résisté à la vague de l’argent roi. Les rues étroites de nos centres historiques sont encombrées de 4x4 disproportionnés. Nos grands patrons sont parmi les mieux payés au monde. La presse avait surnommé Nicolas Sarkozy « le président bling bling ». Les « derniers  catholiques » français sont essentiellement des bourgeois - il faut voir, à La B., la sortie de la messe ! -, comme si la religion n'était plus qu'une affaire de confort, ajoutant aux satisfactions matérielles la quiétude morale.

Je hais le luxe tapageur. Quand je porte un vêtement au logo apparent, c’est vraiment parce que je ne peux pas faire autrement. Ce que je recherche, c’est l'exclusivité invisible. Adopter l’uniforme d’une classe – ça, jamais ! Toutes les formes de conformisme m’exaspèrent. Je ne suis pas assez naïf pour croire qu’il est possible de s’abstraire de toutes les suggestions sociales. Dans la limite de mes moyens – dans tous les sens du terme – (… et mes moyens sont limités), j’essaie pourtant. Mon guide, c’est mon sentiment. Mon secret, c’est cette petite dose d’anarchie qui relève le goût.

L’autre samedi à La B., je me suis installé à une terrasse de café. J’ai vu passer beaucoup de Porsche, de BMW, de Mercedes. Et beaucoup de Claire Chazal. Mais j’ai cherché – en vain – un nouveau Fred Astaire. 

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