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17 juin 2014 2 17 /06 /juin /2014 06:52

 

(J’aime la poésie. Je me procure régulièrement des recueils auprès de maisons d’édition confidentielles. L’autre jour, j’envoie un mail au directeur de l’une d’entre elles, poète lui-même, pour lui commander quelques ouvrages. Il me répond que, puisque nous habitons des lieux proches, ce serait « sympa » qu’on se rencontre pour faire connaissance. Je lui propose de passer à son domicile et nous nous accordons très vite sur une date.

« Sympa »… Le mot m’avait bien paru un peu bizarre. Et puis, il y avait cet inexplicable tutoiement que, pour me rassurer, je mis sur le compte de la solidarité que se doivent les derniers amateurs de poésie.

Le jour venu, il fait chaud. Je prends ma voiture muni de ma carte Michelin collector 1971. Le trajet se passe bien. Je quitte la ville pour la campagne. Mais, arrivé près de mon but, je me perds. J’ai beau tourner ma carte dans tous les sens, impossible de trouver l’adresse que je cherche. Heureusement que, prudent et lucide, j’avais emporté, outre ma carte Michelin collector 1971, le portable non moins collector Sagem 2007 de ma femme ainsi que, recopié sur un bout de papier, le numéro de téléphone que mon correspondant m’avait mailé.

Je l’appelle. Il me répond que j’y suis presque et me dit comment faire pour le rejoindre. Il ajoute – je me souviens très exactement de ses mots : « Tu verras sur le bord de la route un mec en pantalon blanc à moitié à poil : c’est moi ! »

« Un mec en pantalon blanc à moitié à poil »…

Je regarde ma veste, ma cravate, mes chaussettes rouges… Le choc des styles va être rude ! Trop tard pour faire demi-tour. Pris de panique, je quitte ma veste, j’arrache ma cravate, j’ouvre deux boutons à ma chemise, j’ôte mes chaussettes balladuriennes et glissent mes pieds nus dans mes richelieus.

Bientôt je le vois. Il me fait des signes. Je me gare, sors de ma voiture. Je lui dis bonjour, il me dit « Salut ! » Il m’invite à entrer chez lui et me laisse le choix entre une chaise ou le canapé. J’opte pour le canapé, sans doute un clic-clac, recouvert d’un drap suspect. Il s’assoit près de moi. J’accepte très volontiers le grand verre d’eau fraîche qu’il me propose. J’ai eu chaud et il fait chaud. Discrètement, je regarde la sueur qui zigzague entre les poils blancs de son torse. Je me dis qu’il aurait pu enfiler une chemise... ou même un marcel. Mais non. Son habillement visible se limite à un pantalon blanc et à des sandales. Ses pieds ne sont pas beaux. Très vite, la conversation se dirige vers un sujet que, manifestement, il affectionne : lui.

… Lui, lui, et encore lui. Je l’écoute poliment. Je lui souris quelquefois. Combien d’heures aurai-je perdues à écouter des gens parler d’eux-mêmes en m’obligeant à prendre un air intéressé ! Je crains – c’est un comble ! – qu’il ne me trouve coincé. Les gens trop à l’aise m’ont toujours beaucoup gêné. Je décroise les jambes et me tourne un peu plus vers lui. Je l’écoute, je l’écoute, je l’écoute… Au bout d’une bonne heure, cet homme n’a quasiment plus de secrets pour moi. Hormis sa vie sexuelle, que m’a-t-il tu ? Quoiqu’à certaines allusions, appuyées de certains regards, il m'ait bien fait comprendre qu’il avait la soixantaine verte et la bagatelle écologique. A la fin, je lui rappelle l’objet de ma venue. Je sors mon chéquier pour régler ma commande. Il me demande si je serais intéressé par une de ses œuvres personnelles que, sans attendre ma réponse, il s’empresse d’aller chercher dans sa bibliothèque. Il revient accompagné d’un chat, l’ami des poètes. Je règle le tout. Il me dit qu’il préférerait que je remplisse mon chèque à son ordre plutôt qu’à celui de sa maison d’édition. Sa comptabilité aussi doit être poétique… Je m’exécute. Je me lève et me dirige vers ma voiture. Il me serre puissamment la main. « J’adore les rencontres, j’ai été très heureux de faire ta connaissance même si, ajoute-t-il, nous ne nous reverrons sans doute jamais. » Je comprends qu’il a compris. Je me surprends à bafouiller un ridicule « Bonne continuation » - une formule dont j'ai horreur. Je démarre et m’en vais. Quelques kilomètres plus loin, je me range sur un bas-côté afin de me rhabiller correctement. Je rentre à la maison et cherche à me consoler de ce moment déplaisant en parcourant les recueils que je lui ai achetés. Le sien retient particulièrement mon attention. Ses poèmes sont sensibles, pleins de retenue et de subtilité.

Le malotru a du talent.)

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11 juin 2014 3 11 /06 /juin /2014 06:29

tatiane-tolstoi.jpg

 

Instructif, cet extrait de l’essai « De l’élégance masculine » signé Tatiana Tolstoï (Acropole, 1987) :

 

« Balzac l’a très bien vu, et cela reste valable de nos jours : l’élégance, ou plutôt la non-élégance, sert à exclure de la bonne société ceux qui prétendent y entrer.

Première victime ? L’homme à la mode. Sa tenue révèle une méconnaissance absolue des conventions de l’élégance : ce ne peut être qu’un parvenu, encore qu’on avance, pour le rejeter, des raisons morales : il attire l’attention, il est donc vulgaire.

L’excentrique, lui, jouit d’une fraction d’estime supplémentaire dans la mesure où il connaît les conventions vestimentaires masculines : la rigueur de son exclusion sera modulée selon son pedigree, l’excentrique de bonne famille se voyant sanctionné par la seule médisance, et celui de tout autre milieu se faisant purement et simplement rejeter.

Le conformiste avance dans la société caparaçonné par des marques de grands tailleurs, de grands chemisiers, de grands bottiers, de grands… bref, tout ce qui est grand et coûte très cher. Cet affichage permanent sent un peu trop sa fortune récente, toutefois il est accepté par la majorité et son rejet ne résulte plus que de la mauvaise volonté d’une poignée d’hommes élégants ; raison invoquée : un manque totale de désinvolture.

Ce manque de désinvolture caractérise également certains conformistes issus des classes moyennes et assoiffés de réussite sociale, mais leurs vêtements trahissent une tare originelle : l’avarice du petit-bourgeois. S’ils achètent un Burberry – imperméable dont la vertu, à leurs yeux, semblerait sa facilité d’identification -, ce n’est pas tant pour le manteau lui-même, que pour ressembler à un propriétaire de Burberry, ce qui les conduit la plupart du temps à se rabattre sur des copies moins chères en tissu synthétique. Grave confusion entre le fond et la forme dans cette manie de l’ersatz.

L’homme élégant est un arbitre cruel régnant avec grâce sur ceux qui ignorent l’inextricable lacis des conventions vestimentaires masculines ; ceux qui ne possèdent pas les moyens de s’y conformer ; ceux, enfin, qui ne peuvent donner la preuve de leur connaissance faute d’invitation dans le monde. »


A propos de Tatiana tolstoï, vous pouvez visionner cette vidéo. Interview à la Ardisson. Tout dans l’emballage et le déballage. Cette fois, on n’a que l’emballage. Pour le fond, on repassera.

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4 juin 2014 3 04 /06 /juin /2014 07:00

 Permettez-moi de vous offrir un vers !

« J’irai flâner d'un pas de don Juan dandy ».

Depuis quand je le connais ? Où l'ai-je lu ? Qui me l’a appris ? Mystère… Je sais seulement qu’il est de Maïakovski, ce géant qui s’exprimait par raccourcis saisissants. De quel poème est-il extrait ? Du Nuage en pantalon ? Je ne le sais pas, je ne le sais plus, et, à dire vrai, n’ai aucune envie de le savoir.


maiakovski.jpg

 

Je ne crois pas avoir une seule fois vraiment réfléchi au sens de ce vers : un don Juan dandy, cela se peut-il ? Le dandy n’est-il pas plutôt l’homme d’un seul homme… lui-même ? Ce qui me retient est ailleurs ; il est dans l’assemblage des mots, tous chargés en poésie et en rêve : don Juan et dandy, bien sûr, mais aussi flâner. Et voilà que me reviennent à l’esprit ces paroles de Balzac : « Flâner, c’est la gastronomie de l’œil… flâner, c’est vivre » et ce titre d’Apollinaire : Le Flâneur des deux rives…

« J’irai flâner… » La flânerie est présentée comme une promesse certaine de bonheur, de liberté, d’aventure, d’amour… Le rythme fait le reste, celui d’un alexandrin qui marche fièrement sur ses douze pieds. Et moi, sur les deux miens, j’avance avec ce vers qui me tourne dans la tête… et qui me grise un peu.

C’est le printemps. Il fait doux. Je me suis habillé de couleurs claires. J’ai osé la pochette, cette fleur de soie qui vous pousse sur le coeur. Je m’oblige à relever légèrement la tête et je glisse la main dans la poche de mon pantalon. Tout à l’heure, je ferai une halte à une terrasse de café. Je commanderai une bière. Si j’ai de la chance, le fantôme de Monsieur Albert frôlera mon épaule. Et j’attendrai, le cœur battant mais la mine indifférente, que l’Aventure pose sur moi ses yeux de fougère.

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21 mai 2014 3 21 /05 /mai /2014 07:16

 

 

L’autre jour, le hasard m’a fait

Faire une triste découverte.

Sur la toile, on me décriait

En des termes qui déconcertent…

 

Contre l’un ou l’autre, j’ai pu

Envoyer des piques perfides –

Un Chouan n’est pas toujours vêtu

De lin blanc, de vertu candide !

 

Il m’est quelquefois arrivé

D’écrire à voix un peu trop haute

Sur des sujets de société.

Mon Dieu, c’est ma très grande faute !

 

Pour cela, ai-je mérité

Que le forum d’En grande pompe

Me voie facho à petits pieds

Et, contre moi, des lances rompe ?

 

Messieurs, si le cœur vous en dit,

Traitez-moi de réactionnaire,

De passéiste rabougri,

De vieille chose atrabilaire ;

 

Ajoutez que je sens le vieux,

Que ma prose a mauvaise haleine,

Que je pense comme un Crayeux...

Donnez-vous donc un peu de peine !

 

Montrez votre imagination,

Cherchez le mot juste, l’image

Qui emporteront l’adhésion

Et vous donneront l’avantage !

 

Mais ne me lancez pas – ça non ! –

Ainsi qu’une boule puante –

L’injure de « nauséabond »

Qui les cerveaux évidés hante…

 

Reniflez avec votre nez

Et pensez avec votre tête ;

En la creusant, vous trouverez

Bien quelque chose de moins bête…

 

Pardon, je vous ai chatouillés

Et vous souffrez dans la seconde…

Il est bon d’aller consulter,

      Messieurs, quand les… nausées abondent !

 

 

 

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7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 07:05

Un de mes fidèles correspondants m’a écrit - je le cite : « Si l’élégance justifierait aujourd’hui que l’on fasse fi du qu’en-dira-t-on, la réalité et les milieux dans lesquels nous évoluons freinent sérieusement nos envies… » Passer outre les conventions et les suggestions sociales est impossible, en effet, à la plupart d’entre nous. Devrions-nous le regretter, nous sommes tributaires de notre époque et de nos situations professionnelles. Etrangement, ceux qui pourraient s’abstraire du réseau d’obligations de tous ordres qui nous cerne ne le font pas. Philippe Noiret - que j'aime citer ! - remarquait à juste titre dans ses mémoires (1) : « Le statut de comédien est un des rares qui confèrent une totale liberté vestimentaire (…). Aujourd’hui, je ne sais pas pourquoi, peu de gens en usent. Rares sont les acteurs qui se soucient de la façon dont ils sont habillés. » Nous n’osons pas, et sans doute avons-nous raison : notre but n’est pas d’attirer l’attention sur nous. Nos audaces habillent nos rêves. Par respect humain, nos élégantes fantaisies passent rarement le seuil de notre maison. Nous sommes nés trop tard dans un monde qui se croit jeune. Pourtant, triste, sérieux, conformiste, ce monde est à bout de souffle !

Ce constat, amer, ne doit pas nous faire renoncer. Acceptons le compromis mais refusons la compromission. Résistons aux coupeurs de cravates. Chouannons parmi les tombeurs de couvre-chefs. Insurgeons-nous… mais en prenant des gants !

... Les gants ? Bien qu’évoluant dans un milieu professionnel franchement hostile à l’élégance, je n’ai pas renoncé aux miens – pas plus qu’à mon chapeau et à ma cravate… Le costume passe mal ? Je me suis rabattu sur les tenues dépareillées qui, au reste, satisfont pleinement mon goût de la décontraction « chic ».

Le degré d’acceptation de la différence varie selon les environnements. L’ignorance de nos contemporains est notre plus sûre alliée. Parier sur elle, c’est la certitude de gagner à tous les coups. Une marge de manœuvre nous est ainsi ménagée. Sachons en profiter. Le béotien ne perçoit aucune différence entre une veste sur mesure et une veste PAP, non plus qu’entre des souliers de prix et d’autres bon marché. Vos chaussures brillent toujours ? Pour lui, cela provient du soin que vous mettez à les entretenir; que la qualité de leur fabrication joue un rôle ne lui vient même pas à l'esprit. « Je n'ai malheureusement pas le temps de m'occuper ainsi des miennes », vous dit-il en montrant du doigt ses Eram éculées. Poliment, vous le laissez dire. Les raffinements de coupes et de matières lui échappent pareillement. Pour être attiré, il a besoin de gros effets. Si vous voulez qu’il vous remarque, portez une tocante obèse en acier plutôt que votre discrète montre en or ! Il se repaît des looks ; il est aveugle au style. C’est incroyable, mais c’est ainsi. 

Et si, par extraordinaire, vous étiez percé à jour, ce ne pourrait être que par quelqu'un dont vous n'auriez pas de mal à vous faire un complice.
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1. Philippe Noiret, Mémoire cavalière Robert Laffont. Il faut lire le chapitre 11.

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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 06:32

 

livr-arbitres-n13-def.jpg

 

La revue Livr’arbitres publie dans son numéro actuellement en vente (1) un « dossier » sur le dandysme. Dans un des textes qui le composent, Christopher Gérard fait la revue commentée des principales publications récentes sur le sujet. Y sont notamment cités l’anthologie Les Dandys, établie par Jean Florensac (éd. du Chat rouge), l'essai (le pamphlet ?) Vies et mort d’un Dandy (Brummell), de Michel Onfray (éd. Galilée), l'album I am Dandy, de Nathanaël Adams et Rose Callahan (éd. Gestalten). Ce tour d’horizon permet à Christopher Gérard d’insister sur le caractère éminemment paradoxal et ambigu du dandy. Nos dandys nouvelle manière, qui remplissent I am Dandy, incitent à la circonspection. Il y a loin, en effet, du dandy aurevillien à certains de ces dandys autoproclamés exhibant – je cite Christopher Gérard – « qui un délirant narcissisme, qui un infantilisme stérile » ! Lucide, l’auteur conclut : « En fin de compte, j’en viens à me demander si, au dandy, terme ambigu, voire frelaté à force de parodies, il ne faudrait pas préférer celui de gentleman, plus en nuances et en sobriété. »

La patrie du dandysme, c’est la littérature. Coupez-le d’elle, il devient fou ! La mode peut alors le récupérer et le soumettre à ses élucubrations.

La littérature, justement, Ludovic  Maubreuil ne l’oublie pas dans l’article qu’il consacre à quelques figures du dandysme dans le cinéma français. Eric Rohmer – le plus littéraire de nos cinéastes – et Michel Deville – qui compose à ses heures perdues (ou gagnées) de charmants poèmes fantaisistes – sont mentionnés. A son générique imaginaire, Ludovic Maubreuil fait défiler des noms attendus et d’autres plus étonnants : Raphaël de Loris (Raphaël ou le débauché, Michel Deville) ; Stanislas Hassler (La Prisonnière, Clouzot) ; Alain (Le Feu follet, Louis Malle) ; Jeff Costello (Le Samouraï, Melville) ; Edouard Coleman (Un Flic, Melville) ; Alexandre (La Maman et la putain, Jean Eustache). Mon favori ? Alain, le héros créé par l’élégantissime Drieu et interprété, dans le film de Malle, avec une émouvante grâce virile par Maurice Ronet. 


maurice-ronet-feu-follet.jpgMaurice Ronet, Le Feu follet


alain-delon-samourai.jpgAlain Delon, Le Samouraï


jean-pierre-leaud.jpgJean-Pierre Léaud, La Maman et la putain

 

Entre ces deux beaux articles, votre serviteur (comme on dit...) glisse un texte qui tente de répondre à la question : A quoi peut ressembler un dandy aujourd’hui ? Merci à Christopher Gérard d’avoir rendu possible cette contribution.

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1. Pour se le procurer, voir le site de la revue.
2. Christopher Gérard vient de publier Osbert (éd. L'Age d'homme), un recueil d'« historiettes » - dixit l’auteur – qui mettent en scène des animaux qui parlent. Cela tient de la fable et du conte philosophique. Les 
jugements des canetons et autres « Minou » sur leurs amis les hommes sont plus coupants que ceux d'un chouan ! Osbert vous apprendra aussi comment Christopher Gérard s’y est pris pour mettre les rongeurs… dans sa poche !

 

christopher-gerard-cost.jpgChristopher Gérard

 

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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 06:18

Des gens amoureux de leur image et qui le montrent, on en rencontre dans la rue. On en côtoie dans sa vie professionnelle. On en subit dans sa famille. Les médias, logiquement, en offrent une concentration sans équivalent. J’ai toujours pensé qu’il fallait être fou – et d’abord fou de soi ! – pour choisir une profession qui oblige à s’exhiber devant des millions de gens. L’homme n’est naturellement pas fait pour cela. Acteurs, journalistes, hommes politiques… se serrent dans la boîte à images, et quand il arrive que, pour une raison ou pour une autre, on les en sorte, c’est fréquemment qu’ils s’étiolent, comme si les sunlights leur étaient devenus plus nécessaires que notre bon vieux soleil.

Affiché, le contentement de soi, poussé à un certain degré, est fascinant. Des exemples ? Patrick Poivre d’Arvor, Stéphane Guillon, Laurent Delahousse, Bernard Kouchner, Francis Huster…


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Patrick Poivre d'Arvor

laurent-delahousse.jpg

Laurent Delahousse

 

Surprendre une personne en plein amour d’elle-même n’est pas une situation moins gênante que de surprendre un couple en pleine intimité… Les Narcisses médiatiques me mettent malgré moi en position de voyeur. Les regards par lesquels Patrick Poivre d’Arvor finissait ses JT témoignaient d’une autosatisfaction – au sens littéral et masturbatoire du terme - obscène.

L’amour de soi n’est certes pas condamnable. Si l’on en croit l’Evangile, il serait même recommandé : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » a dit le Christ. L’amour de soi serait un préalable à l’amour d’autrui. On pourrait même aller plus loin et établir une relation d’équivalence (« comme ») entre les deux propositions : « Tu aimeras ton prochain à proportion que tu t’aimes ». Dès lors, il conviendrait de souhaiter pour les autres qu’on s’aime toujours plus soi-même ! Mais la théologie récuse ce que la langue autorise, et le commerce décevant de nos semblables narcissiques est là pour nous ramener au bon sens !…

A toutes ces « stars » imbues d’elles-mêmes, j’aurais envie de dire ceci : Levez les yeux au ciel plutôt que de les garder fixés sur votre nombril ! Regardez les étoiles - ces vraies stars - et pénétrez-vous de l’insignifiance des choses et de votre propre insignifiance. Vus du ciel, les plus grands chênes sont des nains. Alors vous…

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26 mars 2014 3 26 /03 /mars /2014 06:34

Se faire le contempteur systématique des mœurs de son époque peut facilement virer à la pose. L’aigreur fatigue et rend malade. Il faut s’en prémunir. Et puis, en matière d’horreurs vestimentaires, notre décennie n’est sans doute pas la pire. Qu’on se souvienne des années 70 : cols de chemise « pelle à tarte », revers de veste surdimensionnés, cintrage mexicain, pantalons « pattes d’éléphant », bottines à talonnettes… Il n’est qu’à revoir les films de l’époque (L’Horloger de Saint-Paul, par exemple, qu’a récemment diffusé Arte) : c’est un massacre


mode-70.jpgLes années 70... Source : http://retrorigolo.blogspot.fr

 

L’élégance a-t-elle jamais conquis les rues ? On considère à juste titre les années 30 comme bénies. Le style propre à cette époque mérite en effet des louanges. Mais il ne faut pas être naïf : l’Américain moyen ne ressemblait guère à Fred Astaire ou à Cary Grant ni le Français idem à Paul Bernard ou à Fernand Gravey ! Les films documentaires  et les photos de ce temps nous montrent des costumes mal coupés dans des étoffes trop lourdes, des manteaux-armures, des chemises à col mal ajusté… Les petits chemisiers et les petits tailleurs du coin avaient la cisaille lourde !


paul-bernard.jpgPaul Bernard


fernand-gravey-jeune.jpgFernand Gravey

 

Le temps est un trieur. Mais quand les uns font œuvre salutaire de nettoyage, d’autres s’empressent de salir… Combien d’aberrations d’hier remplacées par d’autres aberrations ? Mais, aujourd’hui, j’ai décidé d’être optimiste – de regarder le verre à moitié plein et de le boire à la santé de tous mes élégants lecteurs. Cette sympathique résolution me conduit donc à vous soumettre deux listes ; l’une qui énumère quelques horreurs de passé et l’autre qui mentionne de bonnes surprises plus ou moins récentes.  A vous de critiquer, d’amender, de proposer…

Ils ont mérité notre oubli éternel :

- Le chapeau melon, le canotier, le béret étriqué.
- Le lorgnon.
- Le col cassé, le col dur, le faux col.
- Le plastron.
- Les poignets amovibles.
- Les fixe-chaussettes.
- Les guêtres.

Elles font notre bonheur :

- Les lentilles correctrices.
- La cravate de tricot.
- Les chaussettes colorées.
- Les chaussures affinées.
- Les chaussures en veau-velours.

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19 mars 2014 3 19 /03 /mars /2014 06:53

La sagesse populaire regorge de formidables formules. Prenez celle-ci : « On ne se voit pas comme on est ». Très vrai ! Regardez les gens dans la rue. Beaucoup bravent le ridicule sans même le savoir ! « Comment peuvent-ils ? » Ils peuvent parce qu’ils sont aveuglés – aveuglés par eux-mêmes. Pour bien se voir, il faudrait se regarder à distance… mais allez mettre de la distance entre vous… et vous ! « Nous sommes tous contraints et amoncelés en nous » disait déjà Montaigne. « Comment ai-je pu ? » Qui d’entre nous ne s’est jamais posé cette question en se voyant sur d’anciennes photos ? La mode, cette faiseuse de moutons, n’explique pas tout.

S’objectiver – voilà ce à quoi il faudrait arriver. Mais comment faire ? On peut habiller son valet de pied en faisant abstraction de soi-même et en s’efforçant de se concentrer sur l’assemblage des couleurs, des matières et des formes. « Ca avec ça, oui, ce n’est pas mal, mais il y a sûrement mieux… » Et l’on remplace ceci par cela, on se reprend, on améliore… On peut se trouver un modèle, quelqu’un qu’on admire et auquel on décide de ressembler. Voyez l’écrivain Jacques Chessex qui, admirateur de Flaubert, s’était fait la tête de son idole, ou encore Pierre Lefranc qui avait fini par devenir le clone du général de Gaulle.


chessex.jpgJacques Chessex

 

 pierre-lefranc.jpgPierre Lefranc

 

Le procédé doit avoir quelque chose de rassurant ; gare tout de même à la schizophrénie. On peut se filmer sous toutes les coutures, se prendre pour un acteur, composer ses rôles. « Tiens, ce geste est intéressant... Jolie, l’expression ! A réutiliser. Oh ! Il faut que je me redresse. Sourire à proscrire : air niais. » Mais attention ! La confrontation avec son image filmée se révèle quelquefois douloureuse. Philippe Noiret raconte dans ses mémoires posthumes que, la première fois qu’il se vit sur des rushes, il « dégueula ». (« Je n’imaginais pas du tout avoir ce physique-là. Et voilà que je découvrais une espèce d’ours mal léché qui marchait comme un canard. On ne se connaît pas quand on ne se voit qu’en se rasant le matin, à son avantage (…) Ce n’est pas naturel de se voir, soi, de trois-quarts dos ou de profil (…) Cela m’a fait un effet d’une violence terrible. J’ai mis de longues années à oublier ce traumatisme. ») On peut, selon la formule pindarienne, paraître ce qu’on sent être profondément pour chercher à le devenir : je suis né pour être élégant, donc je fais tout pour le paraître et, ainsi, finirai par atteindre mon but. On peut s’en remettre à l’avis d’un tiers, à condition de choisir celui-ci pour son goût et non pour des raisons affectives. Les femmes, c’est connu, habillent leurs hommes. On voit le résultat. On peut s’examiner minutieusement et froidement pour tenter de déterminer l’époque de son physique et s’habiller en conséquence : il y a des physiques typés années 30, 50, 60… Dans le cas d’un physique XVIIIe par exemple, les choses se compliquent. Il vous faudra une bonne dose de courage civique pour oser sortir dans la rue vêtu en petit marquis...

On peut, oui, on peut… Mais la vérité, c’est qu’on n’arrive jamais à être à la fois sujet et objet. Certains réussissent un peu mieux que d’autres, c’est tout. Ce constat doit nous inciter à être tolérants envers autrui et vigilants envers nous-mêmes. Une leçon de modestie, c’est toujours bon à prendre.

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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 07:10

Gentleman est le mot qui nous vient spontanément à l’esprit pour désigner un homme bien éduqué, dont le comportement est irréprochable. Ce mot date de 1558. Il fut calqué sur notre très ancien gentilhomme (1088), mais son sens a bientôt divergé de celui de son modèle. Si gentleman s’impose en France au XIXe siècle (au point qu’être un gentleman soit devenu un idéal), c’est parce qu’il comble un vide. Car, au contraire du gentilhomme, le gentleman peut se passer de titres. En 1866, Amiel confie à son journal : «  Chacun peut devenir gentleman, quoique né dans un ruisseau. »

 

lord-ribblesdale.jpgLord Ribblesdale, John Singer Sargent, 1902

 

 

Farid Chenoune écrit  (Des modes et des hommes) : « En français (le mot gentleman) n’a guère d’équivalent, sinon, peut-être, le mot « monsieur » quand on l’emploie de manière respectueuse et laudative pour parler de l’homme qui se distingue des autres par sa trempe et sa prestance – c’est un monsieur ». Une notion héritée de notre grand XVIIe siècle paraît toutefois soutenir la comparaison – celle de l’honnête homme.

L’expression naît sous la plume de Montaigne en 1580, mais elle ne prend sa pleine signification que plus tard. Au XVIIe siècle, donc, l’honnête homme représente un idéal qu’une certaine société mondaine a instauré peu à peu contre la grossièreté du peuple et même de la cour. Cet idéal implique un double respect des convenances sociales et des règles de l’honneur. L’honnête homme est poli, cultivé et il sait s’habiller. Il hait le pédantisme : «  Le vrai honnête homme est celui qui ne se pique de rien », écrit La Rochefoucauld. Avec cela, il possède des qualités morales comme le courage, le sens de l’honneur et le cœur.

La notion va bientôt déborder l’aristocratie et, fidèle à son origine humaniste, tendre à l’universalité. Car il en va de l’honnête homme comme du gentleman : point besoin d’être noble pour en devenir un.

Aujourd’hui, honnête homme est le plus souvent employé dans le sens d’homme honnête : la dimension sociale s’est effacée au profit de la dimension morale. La notion d’honnête homme mérite pourtant d’être redécouverte quand de multiples exemples (le débraillé de nos contemporains en est un) témoignent du recul de la civilisation.

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