Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
26 février 2014 3 26 /02 /février /2014 06:57

J’ai vu  La Grande bellezza à sa sortie. Un film sur la beauté – la « grande beauté » -, ça ne se rate pas ! Si je vous en parle aujourd’hui, c’est parce qu’il a été récemment édité en DVD.


la-grande-bellezza-un.jpg

 

Ma première impression avait été mitigée. Paolo Sorrentino a réalisé un film sur le beau, mais pas sur le bien ! Le spectateur est pris dans un tourbillon fascinant d’images et de musique. Mais l’histoire se réduit à peu et les clichés sont nombreux : pureté du premier amour ; hypocrisie du clergé ; suicide du jeune homme épris d’absolu ; fumisterie d’un certain art contemporain ; fausse superficialité du journaliste mondain, héros du film, par ailleurs écrivain plus ou moins raté, etc. J’avais surtout regretté que, par manque d’analyse et de profondeur, on reste extérieur à ce héros si peu héroïque, formidablement interprété par Toni Servillo.


tony-s-def.jpgTony Servillo par Victor R.

 

La « leçon » finale, qu’il nous délivre en voix off, m’avait semblé bien courte. Je me souviens que, par mail, je m’étais ouvert de mes réticences à un ami cinéphile. Son avis, tout différent du mien, me conduisit à nuancer mon jugement. Ce film lui était précisément apparu profond « en ceci qu’il montrait que rien ne saurait échapper à la superficialité ».

Quoi qu’il en soit, en dépit de ses faiblesses, « La Grande bellezza » est à cent coudées au-dessus de notre production hexagonale marquée par une idéologie libertaire et anarchisante à bout de souffle. Le conformisme de l’anticonformisme saute à la rétine. Nos réalisateurs décalquent à l’envi les évolutions sociétales quand ils ne succombent pas à la facilité du « remake ». Imiter, pourquoi pas, à condition de dépasser, de transcender son modèle à l'instar de ce que firent nos auteurs classiques avec ceux de l'Antiquité. L'inspiration est étouffée et le système, cadenassé. Fils et filles de pullulent à tous les étages – production, mise en scène, comédiens… Les avances sur recettes ne sauraient être accordées à des projets sortant des clous du politiquement correct. En conséquence, on fabrique de l’attendu ; on s’interdit ce qu’on sait devoir être refusé. La censure est, pour ainsi dire, dans l’air du temps. Pas étonnant qu’aux êtres sensibles, l’air soit devenu irrespirable.

Il n’y a pas si longtemps, notre plus grand dialoguiste était un anarchiste de droite ; notre plus grand acteur comique, royaliste et catholique ; parmi nos meilleurs réalisateurs, on comptait un catholique rigoriste, un royaliste nostalgique, un royaliste et catholique un brin libertin…

Ma façon de rêver, c’est de me souvenir. De Michel Audiard ; de Louis de Funès ; de Robert Bresson ; de Philippe de Broca ; d’Eric Rohmer…

… Ah ! j’allais oublier : les tenues que porte Toni Servillo dans « La Grande bellezza » raviront les amateurs du style italien ! 

 

la-grande-bellezza-def.jpg

 

Repost 0
Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
commenter cet article
5 février 2014 3 05 /02 /février /2014 06:01

Existe-t-il contraste plus saisissant qu’entre le blanc et le noir ?

Oui, assure Michel Pastoureau, le grand spécialiste des couleurs, pour qui « le contraste entre le blanc et le noir n’est ni plus fort ni plus pertinent que les autres ».

Le vendredi 24 janvier, le pape François a reçu au Vatican François Hollande. Le visage fermé du pape fut à juste titre remarqué et commenté. Pouvait-il manifester plus éloquemment son opposition à un chef d’Etat qui a fait de la haine du catholicisme un principe politique ?

Existe-t-il contraste plus saisissant qu’entre cet homme en blanc et cet homme en noir ?

 

pape-hollande-def.jpg

colombe-def.jpg

 

Deux jours après cette entrevue, le pape lança du balcon du palais apostolique une colombe blanche ; à peine celle-ci avait-elle pris son envol qu’un corbeau noir l’attaqua avec une violence qui horrifia la foule.

Existe-t-il contraste plus saisissant qu’entre une colombe blanche et un corbeau noir ?

Le ciel parle aux sourds que nous sommes la langue des signes.

Repost 0
Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
commenter cet article
21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 06:08

On s’habille pour se protéger. J'ai plusieurs fois cité la fin de L’Age d’homme de Michel Leiris : «  (…) il est nécessaire de construire un mur autour de soi, à l’aide du vêtement. » Dans ce cas, la protection est morale, l’habit étant pensé comme un palliatif à une complexion jugée défectueuse. Leiris encore : « J’aime me vêtir avec le maximum d’élégance ; pourtant, à cause des défauts (…) dans ma structure (…), je me juge profondément inélégant. » Pour le dandy et pour l’homme élégant, le vêtement est en quelque sorte un « corps choisi » chargé de faire oublier l’autre, plus ou moins douloureusement subi (cf. De l'élégance et de la perfection physique).

Mais, avant d’être morale, la protection que procure le vêtement est physique. L’homme s’est couvert pour résister à la dureté des éléments. Son génie a transformé une nécessité en luxe et en plaisir. Il fallait un amoureux des paradoxes comme Rousseau pour oser prétendre que nous étions plus heureux quand nous nous « born(ions) à coudre (nos) habits de peaux avec des épines et des arêtes » !

La vie moderne a néanmoins changé la donne. Les progrès techniques ont amorti nos confrontations avec les éléments. Le chauffage central et la climatisation nous aident à supporter les caprices du ciel. Nous créons, à domicile, un microclimat de rêve que nous cherchons à dupliquer, dans la mesure où nous sommes libres de le faire, sur nos lieux de travail. Le trait d’union, nos transports en commun et nos voitures particulières, souvent climatisés, sont chargés de le faire.

Les conséquences de la vie moderne sur nos garde-robes sont multiples. A quoi bon des vêtements parfaitement imperméables, notre mode de vie ayant réduit considérablement la durée de notre exposition à la pluie… même au pays du Chouan ?... La quête de l’imperméabilité totale a longtemps ressemblé à une quête du Graal (Macintosh, Burberry, Aquascutum, Barbour) : c’était un autre temps... A quoi bon des souliers pesants et hypersolides alors que nous marchons de moins en moins et que les trottoirs de nos villes sont parfaitement pavés et goudronnés ?... Vive, donc, les cuirs extra-fins et le cousu blake !... Les grandes peurs des élégants du XIXe siècle – la boue et les flaques d’eau – se sont, il est vrai, évanouies. La démocratisation de la voiture s’est accompagnée de la disparition des manteaux longs et des chapeaux. Quant aux gants – si facilement perdus -, nos rencontres avec le froid sont trop furtives pour nous en faire éprouver le manque... Chez soi, plus de robe de chambre, de veste d’intérieur, de bonnet et de chemise de nuit, de caleçons longs… On a peine à croire qu’il y a quelques décennies, ces vêtements représentaient encore des nécessités. Quel cinéphile a oublié Louis Jouvet dans Quai des orfèvres, Saturnin Fabre dans Marie-Martine (« Tiens ta bougie droite ! » ;)), Noël Roquevert dans Les Diaboliques – tous habillés dans des lieux clos (enfin, autant que les lieux pouvaient l’être avant l’invention du double vitrage) plus chaudement que, par temps froid, on ne l’est aujourd’hui dehors ? Nous sortons, l’hiver, couverts d’habits plus légers que ne l’étaient les habits d’été d’autrefois. On ne s’habille plus en fonction des saisons – et encore moins des demi-saisons. Entre nos tenues d’hiver et d’été, la différence tient moins au poids qu’à la couleur.


louis-jouvet-def-copie-1.jpgLouis Jouvet

 

La légèreté a été érigée en dogme. Le tissu poids plume serait un must : super 120’ s, super 100’ s… Vêtement léger = vêtement confortable, facile à vivre, adapté à notre mode de vie (1). On connaît les antiennes dictées par le marketing. Et l’on fait acheter, au nom de la sacro-sainte légèreté, des vêtements sans tenue, d’aspect souvent « cheap », et fragiles. Et ça marche ! Il est vrai qu’on n’a pas trop le choix. Même mon tailleur s’y est mis, qui voudrait me convaincre de renoncer à mon goût du « lourd ». Il existe, certes, de très belles étoffes légères ; j’en pince tout de même pour les tissus de belle épaisseur : solidité, toucher, tomber – comparés à eux, les tissus légers… ne font pas le poids !

J’avoue ma nostalgie pour un temps où l’on éprouvait, sur soi, le passage des saisons. On connaissait alors la direction des vents sur le bout de son doigt. Quelques initiés lisaient dans les nuages le temps du lendemain. Pour le savoir, on pouvait aussi compter sur l’hirondelle, l’araignée et la grenouille… La relation compulsive que nous entretenons avec la météo (… moi, c’est différent : c’est avec Evelyne Dhéliat que j’entretiens une relation compulsive !) est d’ordre moins poétique : nous voulons savoir pour maîtriser. Que la science se trompe et nous voilà déboussolés. A bien des égards, nos contemporains se comportent comme ils s’habillent : très légèrement… 

 _________________________________________________________________________________ 
1- Lire, sur ce sujet, Du choix de la bonne laine, Stiff Collar.

 

Repost 0
Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
commenter cet article
14 janvier 2014 2 14 /01 /janvier /2014 06:53

Philippe Noiret s’étonnait dans ses mémoires de ce que les comédiens soient si mal habillés : « Le statut de comédien est un des rares qui confèrent une totale liberté vestimentaire (…) Aujourd’hui, je ne sais pas pourquoi, peu de gens en usent. Rares sont les acteurs qui se soucient de la façon dont ils sont habillés. » C’est que l’élégance a quasiment déserté notre environnement. Les stars de cinéma ne font pas exception.

« Stars »… Il y a longtemps que ces « étoiles » n’éclairent plus notre chemin. Les acteurs s’habillent comme les gens de la rue. « Lorsque les monarchies s’effondrèrent, à la fin de la Première Guerre mondiale, les idoles de Hollywood devinrent les véritables ambassadeurs de l’élégance masculine », explique James Sherwood dans Savile Row. Ces stars-là appartenaient à une autre galaxie. Les Fred Astaire, Gary Cooper, Cary Grant… s’habillaient à la ville aussi bien que dans leurs films. Et pour cause : « (…) les tenues que les comédiens arborent devant les caméras sont aussi celles qu’ils portent dans la vie courante », nous rappelle, dans Des modes et des hommes, Farid Chenoune. Ne dirait-on pas que cette photo, qui sert de couverture au livre de James Sherwood, est tirée d’un film ? Mais non, elle a été prise sur le vif à Londres en 1946, alors que Cary Grant se rendait chez ses tailleurs Kilgour, French & Stanbury :


Savile_Row_James_Sherwood.jpg

 

Les images d’archives – fixes ou animées – nous montrent des hommes mieux habillés qu’aujourd’hui. Point de passéisme dans ce propos, mais l’affirmation d’une évidence. A cela, plusieurs raisons dont celle-ci, qui me semble capitale : pour s’habiller, nos « aïeux » se fiaient aux tailleurs, des hommes de l’art. Les enquêtes disent que nos contemporains se laissent en majorité conseiller par leurs compagnes. De quelle autre aide peuvent-ils bénéficier ? La plupart des vendeurs manquent de culture et de goût et s’en remettre à soi-même - au motif très actuel que mon-goût-vaut-bien-celui-des-autres – se révèle presque toujours catastrophique.

Exit, donc, l’élégance.

Exit, aussi, la beauté. Au cinéma, la beauté ne joue plus les premiers rôles. Fini, le temps des physiques exceptionnels à la Gary Cooper ou à la Cary Grant. Fini, les « profils superbes » à la John Barrymore (essentiel, le profil, dans les scènes de baiser !)


john-barrymore-copie-1.jpgJohn Barrymore    

 

S’il faut trouver une cassure, elle se produit, je crois, dans les années 50, avec les apparitions de Marlon Brando et de James Dean. James Dean plus que Marlon Brando, car le physique de ce dernier, atypique et inédit à Hollywood, perpétue malgré tout la tradition des physiques hors normes. James Dean, en revanche, semble être le grand-frère de nos héros – ou, plus souvent, de nos antihéros - d’aujourd’hui. Avec lui, les critères de la séduction masculine évoluent durablement : petit, voûté, il n’a rien de spectaculaire. Avec ça, habillé en blouson, en tee-shirt et en jean. Pas laid, non, mais pas beau non plus. Pour parler comme maintenant, « mignon ». Oui, c’est ça, James Dean était mignon. Avec son petit nez et ses traits fins, il annonce un Brad Pitt ou un Johnny Depp.


james-dean-sourire.jpeg  James Dean

 

Je schématise, bien sûr. Hollywood a connu avant James Dean des stars dotées d’un physique quelconque et on trouverait après lui des exemples de beaux physiques : jeune, Richard Gere était un second Errol Flynn. Mais, dans ses grandes lignes, je ne crois pas mon analyse erronée.

Ajoutons à cela le brouillage contemporain du sens. Tel acteur mal habillé sera qualifié d’élégant ; tel autre, visiblement laid, sera proclamé beau. Ainsi de nos jeunes gloires nationales Vincent Cassel et Romain Duris !

Quant à ma catégorie préférée – celle des acteurs distingués –, on chercherait en vain qui y nominer… Pour se consoler, on peut toujours visionner les films avec George Sanders.


george-sanders.jpgGeorge Sanders    

 

Repost 0
Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
commenter cet article
7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 06:02

L’autre dimanche, à la fin d’un Masque et la plume consacré au cinéma, Eric Neuhoff a recommandé la lecture du plus récent numéro de SchnockJérôme Garcin lui a emboîté le pas – et tous les deux de faire l’éloge de cette revue décalée.

Schnock…  Cette évocation inopinée m’a remis en mémoire un épisode que j’aurais préféré tout à fait oublier.


schnock-7.jpgSchnock, n° 7

 

Le 7 mars 2013, un collaborateur de la revue m’envoie un mail pour me demander la différence entre le gentleman-farmer anglais et le gentleman-farmer français car il souhaite écrire un article sur le sujet. Il ajoute qu’il ne manquera pas de « m’associer aux remerciements » pour les informations fournies. Le sujet ne m’inspire pas plus que ça ; je ne le lui dis pas et, aimablement, le 12 mars, je lui réponds ceci :


Cher Monsieur,

La question est de savoir s’il existe un « gentleman-farmer » à la française ! Cette notion est une évolution de l’anglomanie dont l’esprit des élégants français est imprégné depuis le XVIIIe siècle. Le modèle fut d’abord le gentleman tout court – et non le « gentleman-farmer ». Je crois savoir (mais je ne suis pas historien !) que cette notion de « gentleman-farmer à la française » s’est forgée au XXe siècle, période où la mode s’est décontractée et où la recherche du confort est devenue une priorité. Le « gentleman-farmer » et ses vêtements aux motifs variés (damiers, losanges, jacquard…), et ses tweeds et flanelles fatigués a pu alors faire figure d’idéal pour des Français qui pensaient qu’en Angleterre l’herbe était forcément plus verte (… ce en quoi, dans un sens, ils n’avaient pas tort !) Les tenues décontractées, d’abord réservées à la campagne et au week-end, se sont peu à peu imposées en ville – voir, par exemple, la vogue du Barbour et du style « rus in urbe » dans les années 80. Précisons que ce style n’a jamais intéressé que les classes privilégiées.

Vous dites qu’il a disparu. En 2003, dans son très discutable « Chic au masculin » (Hachette), Corinne Lechevalier en faisait encore un des 8 styles possibles, avec les styles « écolo nature », « élégant mondain »,  « élégant classique », « bourgeois bohème », « dandy »,  « sportswear chic » et « sportif ».

Le « gentleman-farmer à la française » est-il autre chose – s’il existe ! – qu’une imitation plus ou moins réussie de l’original ? Le « faux-Anglais » est toujours passé aux yeux des vrais élégants français pour le comble du mauvais goût. Aux yeux des Anglais aussi, ce qui se conçoit très bien : voir les moqueries de James Darwen sur ces Continentaux qui singent les indépassables gentlemen anglais (« Le Chic anglais », Hermé). Farid Chenoune (« Des hommes et des modes », Flammarion) se fait l’écho de cette tradition quand il écrit au sujet du « gentleman-farmer à la française » en général et de Philippe Noiret en particulier : « Ce que l’élégant « néo british » est à Scott Fitzgerald, le gentleman-farmer à la française l’est à son modèle britannique, par une sorte de reconstitution à la Viollet-le-Duc. L’acteur Philippe Noiret en sera la figure la plus achevée, plébiscité par la presse pour avoir fait sortir le répertoire des vestes de tweed et de cachemire aux tons d’automne, les chaussures de chez Lobb, les casquettes de chez Hilditch and Key, du ghetto « antiquaire aux puces » ou « week- end en Sologne » où depuis des années le genre se morfondait. »

Cette critique me semble très injuste. Comme j’ai essayé de le dire dans l’article auquel vous faites référence, le style de Noiret n’est pas réductible à ce cliché. Je comprends néanmoins que Noiret ait pu apparaître aux yeux de certains comme une incarnation de ce dernier. Son ami Rochefort a dit joliment que « quand on voyait entrer Noiret dans une pièce, on imaginait des centaines d’hectares derrière lui ». Il y avait son physique, sa barbe, sa propriété de Turcy (Aude), ses chevaux et, bien sûr, ses tenues. Interrogé sur le sujet (Le Monde, 23/11/2006), Noiret a dit : « Farmer, sûrement pas. Quant à gentleman, ce n’est pas à moi de le dire. » Remarque… de gentleman ! « Farmer », quelqu’un comme Gabin le fut bien plus que lui, qui se voulut agriculteur (mais ses voisins fermiers, qui n’étaient pas des gentlemen, eux, ne le voulurent pas…) tandis que Noiret n’exploita jamais son domaine.

Le blogueur de Wasp 101 – anglais pur tea - (cf, sur mon blog, la liste de mes liens) a classé Philippe Noiret parmi les hommes les plus élégants de tous les temps. Je ne crois pas que cela aurait été le cas si Noiret n’avait été qu’une pâle imitation du gentleman-farmer anglais.

Pour moi, Noiret était, sinon un gentleman, du moins un honnête homme. Ces deux idéaux ont du reste beaucoup à voir l’un avec l’autre – l’un anglais et l’autre français (XVIIe). L’honnête homme se devait d’être cultivé (Noiret aimait les livres), courageux, policé et spirituel. Il devait aussi savoir s’habiller. Beau programme !

Je ne connais pas de marques spécialisées dans ce style (Ah ! si : les tenues automne-hiver de Vicomte Arthur). Quelqu’un comme Julien Scavini (blog Stiff Collar) serait plus à même de vous renseigner sur ce point.

Je ne sais si ces qqs remarques vous aideront. Penser à me remercier est très aimable à vous. Une simple référence au « Chouan des villes » fera l’affaire.

Bien à vous.


Dès le lendemain de cet envoi, le journaliste me remercie. Sa curiosité ne semble toutefois pas satisfaite puisqu’il me demande alors de lui décrire un « gentleman-farmer type Noiret » du chapeau aux chaussures.

J’attends un peu pour lui répondre car je le trouve bien exigeant. Et puis, dresser un possible portrait- robot du gentleman-farmer à la française m’intéresse encore moins que de tenter d’en donner une définition. Bonne pâte, je lui envoie tout de même ceci :

 

Cher Monsieur,

Vous m’en demandez beaucoup !

Un « portrait-robot » de gentleman-farmer à la Noiret ?

Casquette anglaise en tweed fin/feutre brun (fedora) avec un air un peu fatigué (le chapeau, pas la casquette).

Chemise à carreaux en viyella, tissu dans lequel sont faites les chemises Tattersallcheck.

Cravate de tricot ou à motifs Paysley/foulard à motifs Paysley/nœud pap (Noiret en était fan).

Veste de tweed, souvent à carreaux fenêtres/costumes de tweed trois pièces.

Pantalons de velours côtelé bruns, whiskey, éventuellement jaunes/en cavalry twill beige.

Chaussettes de laine unies.

Brogues en daim/chukka boots en daim/Monk strap shoes (chaussures à boucle) en daim ou non.

Barbour. Cover coat.

Quelques marques : Lock and Co Hatters (chapeaux et casquettes)… e-shop disponible. Cordings (manteaux, chemises, pantalons)… e-shop disponible. Hilditch and key (cravates, foulards, pochettes…) Lobb/Crockett and Jones/Church’s (chaussures).

J’ignore qui était le dernier tailleur de Noiret. Il parle, dans ses mémoires, de ses tailleurs italiens (surtout) et anglais (exceptionnellement). Il écrit : « Ma véritable adresse fétiche se trouve à Paris : c’est Charvet ».

Je ne sais si j’ai répondu à vos attentes. Vous pouvez, comme je vous l’ai dit, contacter Julien Scavini (blog Stiff Collar).

Bien à vous.


Le 25 mars, soit cinq jours après mon envoi, je reçois un nouveau mail dans lequel mon correspondant me dit être tombé, en parcourant mon blog, sur un article où, évoquant Claude Lévi-Strauss, je citais le tailleur Hollington. Je lui dis qu’ avec Hollington, « on s'éloigne du style gentleman-farmer. On n'est plus avec Noiret, mais avec le sculpteur César ou Michel Piccoli... ou beaucoup d'autres ! » J’ajoute : « M. Hollington a sûrement des choses très intéressantes à dire sur le sujet : ses tenues, qu'on les aime ou non, témoignent d'une bonne connaissance du vêtement. Il y a une réflexion. »

Plus de nouvelles.

Quelques semaines après, la revue (n° 7) sort. Je l’achète, impatient de découvrir ce que le journaliste a bien pu pondre sur le sujet. Déception ! Les cinq pages du « dossier », intitulé, « Comment s’habiller en gentleman-farmer (à la française) ?» - notez le chic de la parenthèse, genre « Ce soir (ou jamais) » : chic est Schnock ! - ont la légèreté d’un smoking Smalto en crêpe de Chine de 1975 (... pour rester dans la décennie Schnock) ! Je remarque très vite que l'article est presque entièrement construit à partir d’un montage des notes que, gracieusement, j’avais envoyées et d’extraits d’une interview de Patric Hollington. S’y greffent différents emprunts à mes billets sur Philippe Noiret (Philippe Noiret, la mesure de l’élégance), Jean Gabin (De quelques comédiens élégants d’autrefois), Claude Lévi-Strauss (Tout est relatif).

Quant aux remerciements promis, je les cherche, bien sûr, en vain.

Agacé, j’envoie un mail intitulé « Je ne vous dis pas merci » à mon indélicat correspondant qui, en réponse, me parle d’un oubli qu’il me promet de réparer dans la seconde édition du même numéro. A ma connaissance, celle-ci n’a jamais vu le jour, ce dont il n’était pas difficile de se douter.

Moralité : Schnock m’a pris pour un schnock et je n’ai pas aimé ça !

Repost 0
Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
commenter cet article
24 décembre 2013 2 24 /12 /décembre /2013 07:09

 

pere-noel.jpg

 

Dans ma famille, on n’était pas « père Noël » mais « petit Jésus ». C’était le petit Jésus qui, la nuit de Noël, apportait les cadeaux. Le 24 décembre au soir, on faisait une dernière prière devant une crèche qui n’attendait plus que lui. Le 25 décembre au matin, il était là, beau comme un dieu ! Nous saluions ce miracle par une nouvelle prière. Après, c’était la folie des rubans arrachés, des papiers déchirés, des cartons éventrés…

La tradition familiale m’a rendu à jamais suspecte la figure du père Noël. D’où vient-il ? Qui est-il ? Le folklore des rennes et du traîneau m’a toujours laissé froid. Avec le temps, et pour mille raisons, ce personnage m’est apparu de plus en plus louche. Sa forte corpulence et son visage rubicond ne trahissent-ils pas de coupables excès ? Est-ce une bonne manière d’apprendre la vie aux enfants que de leur donner en exemple un personnage qui travaille un mois par an et se repose tout le reste du temps ? Qu’on découvre un jour que, dans son repaire du grand Nord, le père Noël vit en couple avec une mère Noël – voire un autre père Noël – ne m’étonnerait pas plus que ça. Si ce monsieur qui se fait appeler Noël est père, où sont ses enfants ? Pis : qu’a-t-il fait d’eux ?

Qu’attend-on, bon sang, pour enquêter ?

Mais non. Le père Noël jouit d’une impunité qui ne peut s’expliquer que par des protections très haut placées.

Croire au père Noël ou croire au petit Jésus n’a pas les mêmes conséquences. L’enfant qui ne reçoit pas du père Noël ce qu’il lui a demandé est frustré. Il ne comprend pas et éprouve un sentiment d’injustice. Il risque, dès lors, de devenir un adulte qui exigera de la société qu’elle fasse ses quatre volontés. L’enfant qui ne reçoit pas du petit Jésus ce qu’il lui a demandé apprend à se soumettre à une volonté plus grande que la sienne.  Il deviendra un adulte conscient que ses désirs ne sont pas tous faits pour être réalisés. D’une personne naïve qui pense que la lune lui est due, on dira volontiers qu’ « elle croit encore au père Noël » ; on ne dira jamais qu’ « elle croit encore au petit Jésus ».

Le principal grief que j’adresse au père Noël, je l’ai gardé pour la fin : son apparence. Mon Dieu qu’il est laid ! Mon Dieu qu’il est vulgaire ! Certes, il est barbu, mais sa barbe, mal taillée, ne le rend pas magnifique. Et puis, il y a ses cheveux hirsutes qui sortent de son bonnet. Il y a aussi, parfois, ses horribles lunettes de fer et, toujours, son habit rouge et ses bottes noires. Y glisse-t-il, au moins, des Gammarelli ? J’en doute ! Un autre Père – Saint celui-là – nous a montré qu’on pouvait être élégant en habit rouge et bonnet. Mais n’est pas Benoît XVI qui veut !


benoit-XVI-camauro.gif

 

Joyeux Noël à vous tous !

Le Chouan

Repost 0
Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
commenter cet article
17 décembre 2013 2 17 /12 /décembre /2013 06:18

 

                         «  L'homme ou la femme parfaits sont les êtres les plus nuls », Balzac

 

 

Les modèles d’élégance ne sont pas des Apollons. Philippe Noiret était lourd et pataud et marchait en canard. Cary Grant se lamentait de sa tête trop grosse et de ses jambes arquées. Fred Astaire était petit, fluet, et il avait un trop grand crâne.

La vue d’un homme merveilleusement vêtu mais disgracié par la nature arrache des regrets. On se prend à rêver à ce que les mêmes vêtements auraient pu donner sur un autre… Mais on a tort. Habillez parfaitement le plus bel homme du monde, vous n’en ferez pas un parangon d’élégance. Alain Delon, par exemple, fut un très bel homme. Certains films le montrent très bien mis. Etait-il élégant pour autant ? Qui l’a vu dans Monsieur Klein a le droit d’en douter. Tout se passe comme si deux perfections ne pouvaient coexister sans que l’une fasse du tort à l’autre.


alain-delon-monsieur-klein.jpg

 

L’intérêt pour l’élégance naît de la conscience d’un manque. Michel Leiris dit très bien les choses dans L’Age d’homme : « Ma tête est plutôt grosse pour mon corps ; j’ai les jambes un peu courtes par rapport à mon torse, les épaules trop étroites relativement aux hanches. Je marche le haut incliné en avant ; j’ai tendance, lorsque je suis assis, à me tenir le dos voûté ; ma poitrine n’est pas très large et je n’ai guère de muscles. J’aime à me vêtir avec le maximum d’élégance ; pourtant, à cause des défauts que je viens de relever dans ma structure (…), je me juge profondément inélégant (…) il est nécessaire de construire un mur autour de soi, à l’aide du vêtement. »

L’élégance est une quête toujours inachevée. Je doute qu’aucun de nos modèles ait jamais pensé avoir atteint son but. Une des femmes de Cary Grant divorça de lui au prétexte qu’elle ne pouvait pas continuer à vivre auprès d’un homme qui se regardait dans toutes les glaces. S’il le faisait, ce n’était pourtant pas - j'en suis sûr - par narcissisme, mais par souci compulsif de se rassurer.

Les beaux hommes, d’ailleurs, n’ont que faire de l’élégance : leur perfection physique leur suffit. Pourquoi construiraient-ils, à l’aide de vêtements, un mur autour d’eux ? Leur corps est leur propre mur ! Et leur vanité de propriétaires est féroce !

Parce qu’elle a fait du corps un dieu, notre société ignore l’élégance. Ce n’est pas au vêtement que l’homme disgracié contemporain demande de réparer ses tares. Comme le dit l’adage populaire : il faut souffrir pour être beau. Les salles de musculation sont pleines, les livres de régimes s’arrachent… comme des petits pains. Musculature, minceur, hâle se sont substitués à l’habit. Au moindre rayon de soleil, on se dénude, on s’exhibe.

Pour l’homme élégant (janséniste par un certain côté), le vêtement ressemble à un cache-misère. Pour l’homme contemporain, il est un montre-corps. D’un côté, la prédominance de l’esprit ; de l’autre, celle de la matière.

Repost 0
Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
commenter cet article
13 novembre 2013 3 13 /11 /novembre /2013 06:47

Dans son numéro 103, le magazine Monsieur parle des blogs consacrés à l'élégance masculine. Guillaume Renouard, l'aimable auteur de l'article, cite Le Chouan des villes. Il m'avait préalablement contacté afin que je réponde à ses questions. Les voici, ainsi que mes réponses.


couv-monsieur.jpg

 

- Pourquoi avez-vous choisi de tenir un blog ?

C’est en visitant des sites comme De pied en cap que l’idée m’est venue de tenir un blog. J’ai pensé que j’avais peut-être quelque chose à dire, un point de vue à donner, un ton à faire entendre. Vous savez, l’ordinateur a été pour moi une découverte tardive. Mon fils s’est chargé de la partie technique. Je fais relire mes textes par ma femme. Tout cela est très artisanal !

 

- Depuis quand tenez-vous ce blog ?

Depuis avril 2009. Je pensais que j’écrirais quelques dizaines d’articles, pas plus. Et puis je me suis pris au jeu. Ma palette s’est enrichie. Une tenue nous en apprend beaucoup sur celui qui la porte. Il suffit d'être attentif. Certains lisent les lignes de la main. Eh bien ! moi, j'aime lire les visages et j'aime lire les vêtements. C’est pourquoi je traite assez souvent de la mise des hommes politiques et des écrivains notamment.

 

- Quel âge avez-vous ?

54 ans.

 

- Exercez-vous une activité professionnelle à côté ? En rapport avec le vêtement ?

Ma profession n’a rien à voir avec le vêtement. Rien du tout !

 

- Votre blog vous apporte-t-il des revenus (via liens sponsorisés ou autre) ? Sinon, avez-vous déjà songé à le monétiser ?

Aucun revenu ! Je tiens beaucoup à ce point qui m’assure une totale liberté de jugement. Je ne reçois aucun cadeau, je ne fais aucune publicité directe ou indirecte. Mes rares recommandations de produits n’en ont que plus de valeur.

 

- Quelle est votre conception de l'élégance ? Classique ? Française, italienne, britannique ?

Comme je vous l’ai dit, le vêtement m’intéresse d’abord par ce qu’il dit sur celui qui le porte. Etre bien habillé ne suffit pas à être élégant. Si tel était le cas, l’élégance pourrait s’acheter. Or l’argent est secondaire. Les hommes qui me touchent le plus sont ceux qui, avec peu, réussissent à être plus élégants que les gravures de mode qu’on nous donne en exemple à longueur de sites et de blogs. The Sartorialist a parfois photographié des hommes âgés qu’on devine dans la gêne et pour qui l’élégance est une affaire de fierté, voire de survie. Ils font avec le peu qu’ils ont et ils sont remarquables. Disons qu’un Albert Cossery m’émeut quand un Lino Ieluzzi me ferait plutôt pitié ! L’élégance, c’est une attitude, un maintien. Elle n’exclut pas la nonchalance – bien au contraire -, mais elle ne peut pas se passer de dignité. L’un des principaux reproches que je fais à mes contemporains, c’est de s’habiller sans dignité. Maintenant, s’il me fallait retenir un adjectif parmi ceux que vous citez, ce serait « classique ». Classique, oui. Et de façon décomplexée ! Sans ironie et sans second degré. On apprend les codes, on se les approprie peu à peu, et après – mais après seulement – on peut se permettre de « twister ». Enfin, un peu.

 

- Vos maisons favorites ? (PAP ou autre) 

Répondre à votre question m’obligerait à citer des marques, ce que je ne souhaite pas faire. Je n’ai pas beaucoup de vêtements et ceux que j’ai ont souvent 20 à 30 ans d’âge ! J’achète bien sûr en PAP. J’ai la chance que mon tailleur accepte d’adapter à mes mesures presque tout ce que j’achète.

 

- Quelle est la pièce de votre dressing que vous affectionnez le plus ?

Ma robe de chambre ! Cela dit sans snobisme. Un cadeau de mes proches. Elle est bordeaux, en cachemire. Elle a treize ans. Elle me sert assez souvent de couverture.

 

- Quels conseils donneriez-vous aux jeunes/étudiants souhaitant se vêtir convenablement avec un budget limité ?

Ne pas succomber à des coups de cœur onéreux. Une garde-robe doit être raisonnée. La constituer prend du temps. Certains achats méritent un effort, financier j’entends. Je pense aux costumes, aux vestes et aux chaussures. A mon sens, on peut être moins exigeant avec les chemises et les pantalons. A propos des vestes et des costumes : se diriger vers des marques de PAP qui ont fait leurs preuves si l’on a un gabarit « standard ». Sinon, penser à la demi mesure. Choisir des coloris neutres. Gris ou bleu pour les costumes ; des couleurs automnales pour les vestes de tweed. Pas de gris. Du bleu marine, évidemment, pour le blazer. Plutôt que de casser sa tirelire pour acheter la paire de chaussures de ses rêves, en acheter trois paires qui soient de qualité convenable – deux paires de noires et une paire marron si l’on s’habille plutôt « formel » ; deux marron et une noire si son style est plutôt « casual ». Les faire tourner et en prendre soin. Ainsi, on se donne du temps pour monter en gamme. J’ajoute : acheter selon ses besoins et non selon ses envies. Pourquoi se ruiner dans l’achat d’un costume si l’on n’en a pas l’usage ? C’est du simple bon sens. Mais le bon sens n’est pas la chose la mieux partagée par la jeunesse.

 

- Quels livres consacrés à l'élégance recommandez-vous ?

Sur l’élégance, Le Chic anglais de James Darwen, qui est aussi un petit chef-d’œuvre d’humour, et De l’élégance masculine de Tatiana Tolstoï : l’auteur ne se contente pas d’énoncer des règles ; elle livre un point de vue argumenté et sensible sur l’élégance. Sur le dandysme : Du dandysme et de George Brummell de Barbey d’Aurevilly et Dandies de Roger Kempf. Sur l’histoire de la mode : Des modes et des hommes de Farid Chenoune.

 

- Quels sont vos modèles en matière d'élégance ?

Mes modèles ? Je ne sais pas si le mot est adéquat. Je préfèrerais parler de témoins. Fred Astaire, Philippe Noiret et, aujourd’hui, Michael Alden par exemple offrent de beaux témoignages d’élégance. Il y a aussi ces témoins anonymes croisés dans la rue ou repérés sur des images d’archives, dans des films anciens… Je regarde et j’apprends !

 

- Lisez vous d'autres blogs/magazines consacrés à l'élégance ? Si oui, lesquels ?

Les blogs : vous me permettrez de ne pas répondre ; j’ai trop peur d’en oublier et ainsi de froisser quelques-uns de mes camarades ! Disons que j’ai une préférence pour les blogs « à textes » et « à humeurs ». Les photos, c’est bien, mais cela ne suffit pas. Les magazines : le vôtre, dont j’ai presque tous les numéros ; GQ et les suppléments mode ou style de plusieurs magazines. Lire ne veut pas dire que j’approuve…

 

- Correspondez-vous avec d'autres blogueurs ? Si oui, lesquels ?

En ce moment, avec Le Paradigme de l’élégance. J’ai eu des contacts épisodiques avec les auteurs de For The Discerning Few et j’en ai de plus fréquents avec Julien Scavini de Stiff Collar.

 

- Un mot de la fin ?

Je réfléchissais l’autre jour à une possible définition de l’élégance et j’ai fini par trouver celle-ci : la distinction dans la discrétion. On doit sûrement pouvoir trouver mieux. Mais, telle quelle, cette formule traduit bien ma pensée.

Repost 0
Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
commenter cet article
30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 06:50

Mélanger le neuf et le vieux.
Mélanger le cher et le bon marché.

Porter négligemment les choses chères.

Négliger l’ « habillé ». Habiller le négligé.

Se défier des marques. Se démarquer.

Haïr la vulgarité.
En toute situation, avoir de la tenue. Ne jamais se déboutonner. Rechercher la correction.

Etre distingué. Mais pas par n’importe qui.

Ne jamais succomber au trop. Dans le doute, préférer le pas assez.

Connaître les règles, mais ne jamais donner l’impression de les avoir apprises.

Etre capable de justifier ses choix, mais ne jamais le faire.

S’habiller selon son génie - je veux dire sa nature.

Ne pas rechercher l’originalité pour l’originalité. Etre original - être soi - au milieu de copies.

Suivre son mode - pas la mode. La mode est mineure. Son mode est majeur.

Ne pas concevoir l’élégance vestimentaire comme une fin en soi, mais comme une discipline - c’est le mot - de l’art de vivre.

Choisir le beau comme voie vers le bien et le bon. L’esthétique peut mener à l’éthique.

Tendre à l’unité. Unité : maître mot.

Etre parfaitement naturel. Donc ne pas l’être naturellement.

Choisir la lenteur. Les pauses - pas les poses. Si le temps c’est de l’argent, être milliardaire en temps perdu.

Ne jamais parler d’argent. Face à lui, faire les trois singes… Se boucher les oreilles, fermer les yeux, mettre la main devant la bouche. Et puis, surtout, se pincer le nez.

Etre réservé. Avoir de la réserve, comme on dit en avoir sous le pied.

Etre superficiel. L’être avec profondeur.

Soigner les détails, mépriser le voyant.

S'habiller selon le temps -toujours; s'habiller selon son temps - un peu.

Repost 0
Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
commenter cet article
23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 06:38

Sans caractère, l’homme le mieux mis aura toujours l’air d’une poupée déguisée. L’élégance ne se conçoit pas sans personnalité – sinon les mannequins de nos magazines – beaux et bien habillés – l’incarneraient mieux que quiconque. C’est toute la différence entre un homme élégant et – l’expression parle d’elle-même – une « gravure de mode ».

Un homme élégant possède en profondeur le support qui affleure à la surface. L’attirance spéciale qu’il suscite naît d’un mystérieux accord entre le dehors et le dedans. Point d’élégance sans personnalité unifiée.

On ne s’étonnera pas, alors, que l’élégance, qui ressortit d’abord au domaine de l’esthétique, soit devenue une notion morale : c’est l’élégance du cœur, à laquelle s’opposent la vulgarité, la bassesse et l’indignité. « La tenue esthétique, disait Coco Chanel, n’est jamais que la traduction extérieure d’une honnêteté morale, d’une authenticité des sentiments. »

L’évolution du mot panache est, elle aussi, significative. Le panache, c’est d’abord un « faisceau de plumes qui sert d’ornement ». Puis, un sens figuré apparaît : « avoir du panache », c’est « avoir une allure belle et franche ». Et, par extension, le mot désigne une attitude morale qui se caractérise par un goût pour ce qui est grand, héroïque. Jean Dutourd parle d’une « bravoure spectaculaire et plus ou moins gratuite. »

L’homme élégant aspirera à la discrétion. L’homme qui a du panache se distinguera, attirera l’attention sur lui. S’il fallait illustrer, je dirais que le mot élégance sied à Jean d’Ormesson et que le mot panache va bien à des personnalités comme Sacha GuitryGérald Van der KempMaurice Druon (âgé).

 

sacha-guitry-p-copie-1.jpg

 

gerald-van-der-kemp.jpeg
Gérald Van der Kemp


maurice-druon.jpgMaurice Druon

 

Le panache est une vertu de chef. On se rallie à lui, comme aimanté par une force qui donne confiance et courage. L’élégance signe l’honnête homme pour qui le pire des châtiments serait de ne plus pouvoir se regarder dans la glace – non parce que son narcissisme serait entravé, mais parce que, à ses propres yeux, il aurait failli.

Par-delà leurs différences, élégance et panache se rejoignent dans leur recherche impérieuse d’harmonie et de beauté. Beauté physique et, bien sûr, morale.

Repost 0
Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
commenter cet article

Présentation

  • : Le chouan des villes
  • : L'élégance au masculin : réflexion(s) - conseils - partis pris.
  • Contact

Recherche

Me contacter

lechouandesvilles{at}gmail.com

Liens Amis

Catégories