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16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 07:02

Je voudrais rendre hommage à un type d’homme aujourd’hui disparu. Les images d’archives, les films anciens en offrent d’innombrables illustrations. Il va suffire que je le décrive pour qu’il vous apparaisse mentalement et que, sûrement, vous lui donniez le nom d’un de vos aïeux.


jacques-henri-lartigue-pere.jpgJacques Henri Lartigue dans les bras de son père

 

Il n’a pas peur de faire son âge. Père ou grand-père, il a l’air de ce qu’il est. Il ne connaît pas les crèmes, les teintures, les salles de musculation… Chaque jour, il s’oblige - se plie devrais - je plutôt écrire… -  à quelques exercices de culture physique, histoire de garder sa souplesse. Pour le reste, il marche, fait du vélo, jardine, chasse et pêche. Il est souvent barbu ou moustachu. Il s’habille selon le temps et selon son occupation. Il aime les gilets, les foulards et les écharpes. Pour faire du vélo, il porte des knickers sur de hautes chaussettes de laine.


theo-v-rysselberghe-1905.jpgLe peintre Théo Van Rysselberghe

 

Quand les beaux jours reviennent, il fréquente les parcs et rejoint le bord de mer en blazer et pantalon de coton clair. L’été, il coiffe son panama, que les années ont jauni. Il ignore les bains de soleil. Ses bains de mer, il les prend tôt le matin, quand la plage est déserte. Il est pudique et pense que son corps ne mérite pas  d’être exhibé. L’automne, il se promène en forêt, casquette vissée à la tête, vêtu de tweed ou de velours. L’hiver, il porte à l’intérieur une veste dite – justement - d’intérieur. Le soir, il enfile une épaisse robe de chambre et n’hésite pas à se protéger la tête d’un bonnet de coton.

Est-il élégant ? Je ne crois pas qu’il se pose la question. Il l'est, oui, si l’élégance consiste à être en harmonie avec son environnement, à entretenir une relation intime avec ses vêtements. 

Il a l’air de tout connaître, les fleuves et les rivières, les villes de France et les villages de la région. Il sait la grande histoire par cœur, a enregistré toutes les dates, mais il est aussi très gourmand des petites histoires qu’au café du coin ses amis lui racontent. Il connaît tout le monde, distribue des mots gentils à chacun, sourit facilement. Il parle également de politique, du bon Dieu, de la fuite des jours, de la pluie et du beau temps.

Il est rassurant.

J’ai parlé de lui au présent. C’est au passé que j’aurais dû le faire. J’ai parlé de lui en général. C’est à quelqu’un en particulier que je pensais. Comme vous, exactement.


perso.jpg

 

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9 octobre 2013 3 09 /10 /octobre /2013 06:36

Cette semaine, carte blanche à la jeunesse ! Le discours que vous allez lire a été prononcé par Hippolyte Broud en janvier de cette année dans le cadre d’un concours d’éloquence organisé par le Rotary Club Paris Ouest à destination des classes de 1re. Pour ce discours, Hippolyte, dix-sept ans, a reçu le Premier prix. Merci à lui de nous avoir autorisé à reproduire son texte et merci à François A. de me l’avoir fait découvrir.

 

"Pourquoi sonne le glas….de l’élégance ? ou la mode engendre-t-elle la disparition de l’élégance ?"  

Voilà quelques semaines, la fermeture de la maison Arnys a été annoncée. Elle a été rachetée par le Groupe de Monsieur Bernard Arnault.  

 

arnys-vitrine-def.jpg                                                                        Vitrine d'Arnys

 

La fermeture d’une boutique aussi élitiste et confidentielle qu’Arnys est un événement qui doit vous paraître bien futile et peu digne d’intérêt.

Et vous allez sûrement me trouver bien snob et prétentieux, (ce que naturellement j’assume en tant qu’élève d’une section littéraire participant de surcroît à un concours organisé par le Rotary !) de vouloir en faire une affaire d’Etat.

Pourtant, je ne peux me résoudre à admettre qu’un magasin aussi illustre qu’Arnys, qui fait partie intégrante de notre patrimoine, et qui symbolise le summum de l’élégance parisienne depuis 1933, puisse disparaître aussi facilement à cause des délires d’un monomaniaque qui s’est mis en tête de spolier l’honnête dandy français en rachetant les plus grandes maisons de couture du pays et en les standardisant toutes pour qu’elles répondent aux critères imposés par cette affreuse harpie entravée dans des vêtements trop cintrés qu’est…. la Mode !

Cette Mode, qui remet en cause le principe même de l’utilisation d’un pantalon. 

Car je suis navré ! Messieurs ! mais un pantalon, ça se porte au-dessus du nombril…. Et quand je vois ces jeunes gens qui exposent leur postérieur de gringalets boutonneux, ce n’est pas après eux que j’en ai - Ils ne sont que de pauvres âmes faibles et égarées - : la seule et unique fautive, ai-je besoin de le répéter, c’est… la Mode !

Le rachat d’Arnys est « le coup » le plus symbolique porté à l’élégance française.

En effet, Arnys était plus qu’une simple Maison de couture, Arnys symbolisait tout un idéal de vie : celui du culte de soi, si cher au dandy. 

Les clients recherchaient chez Arnys une façon de se distinguer, d’être uniques et donc intemporels.  Arnys incarnait ce temps béni où le bourgeois intellectuel de la rive gauche achetait une veste pour le simple plaisir de sentir la douceur des étoffes sur ses épaules. Maintenant, quand on passe devant un magasin, c’est pour voir le parvenu inculte de la rive droite affolé à l’idée de ne pas posséder une Rolex à cinquante ans. Comme le disait Solon : « Ne fais pas le prince, si tu n’as pas appris à l’être ».

Les frères Grimbert, les deux derniers directeurs d'Arnys, petits-fils de Léon, avaient réussi, par leur érudition en matière de Style, à créer des vêtements qui prenaient en compte toutes les époques et tous les raffinements possibles. Cela passait aussi bien par des lignes sublimes, un choix de tissus d’une qualité que l’on ne retrouvait pas ailleurs et un sens de la couleur à faire rougir les plus grands peintres.

Maintenant qu’Arnys a été racheté, fini ce raffinement d’un autre temps. Plus de tweed, plus de coupe de costume ample, plus de couleurs aussi osées. Chez LVMH, on veut du « bankable », du noir, du cintré, de la coupe italienne…. enfin tout ce que l’on peut trouver ailleurs à un prix bien plus intéressant.  

Oui, la disparition d’Arnys est l’exemple le plus représentatif des effets de la Mode (…).

L’élégance, elle, n’a pas d’âge, pas de taille et pas de poids. L’élégance, contrairement à la mode, prend une dimension intellectuelle. Comme le dit Balzac dans son Traité de la vie élégante : « La vie élégante n’exclut ni la pensée, ni la science, elle les consacre ».

Je ne dis pas qu’il faille être Einstein pour bien s’habiller - lui-même s’habillait d'ailleurs très mal -, mais l’élégance suppose une certaine culture, une recherche dans sa mise, recherche qui nous est livrée prédigérée par la Mode.  

La Mode, c’est un peu la malbouffe de l’habillement: on achète des vêtements de façon compulsive, et on les consomme avec une rapidité ahurissante.  

Prenons l’exemple d’un Américain type que nous prénommerons « Billy ». Ce cher Billy, du haut de ses 1m90 et de ses 300 kg, mange cinq Big-Mac à chaque repas, ce qui lui coûte aussi cher que s’il allait au steakhouse le plus proche déguster un délicieux morceau de bœuf argentin.

Vous vous offusquerez sûrement de tant de violence, et vous aurez raison : dans le fond, qu’est-ce que cela peut bien me faire que quelques hurluberlus fassent, lors de l’ouverture des soldes, une queue d'une dizaine de kilomètres pour le plaisir d’acheter une chemise de qualité infâme, qu’ils n’hésiteront pas à porter hors de leur pantalon ?  

Et pourtant, n’est-ce pas tout un art de vivre qui disparaît ?  

Dire adieu à l’élégance, c’est aussi faire abstraction de tout un pan de notre passé, de notre patrimoine dont nous devrions être si fiers…

Au revoir Brummel, Baudelaire, Wilde, Guitry, Cocteau, Visconti, Gainsbourg, et bien d’autres encore. On ne veut plus de vous. Sans l’élégance, les œuvres de ces artistes ne peuvent être comprises dans leur totalité. Montrer « Mort à Venise » à une personne qui ignore ce qu’est l’élégance, c’est aussi vain que de démontrer la théorie de la relativité à un élève appartenant à la section littéraire. Dans les deux cas, la personne est complètement hermétique.

L’ère de l’élégance a donc bien pris fin…

Qui aujourd’hui songe à remonter ses chaussettes pour être sûr qu’elles ne plissent pas ?

Qui ne supporte pas d’avoir une chemise hors de son pantalon ?

Qui sait encore prendre soin de ses souliers comme s’ils étaient ses propres enfants ?

Le monde évolue et il faut bien l’accepter. Un monde où il faut aller au plus vite, un monde où règne le diktat de la musique sans instruments, un monde dans lequel la FNAC de la rue de Rennes ne vend plus que trois films de Sacha Guitry en période de Noël …

Un monde bien incompréhensible en somme. Mais comme le dandy de Françoise Dolto nous ne devons pas nous avouer vaincus. Nous devons être « la figure de proue insensible aux tempêtes » et tracer notre chemin en tentant d'y laisser l’empreinte de nos souliers vernis !

                                                                                                  Hippolyte Broud

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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 06:50

Comme moi, sûrement, vous avez regardé la troisième saison de Downton Abbey le vendredi soir sur TMC. Et, comme moi, vous avez aimé. L’histoire, les acteurs, l’ambiance, la musique, le décor… tout concourt à faire de cette série une œuvre de référence ! Je n’oublie pas, bien sûr, les costumes. Si j’ai feint un instant de le faire, c’est pour mieux leur accorder une attention particulière dans les lignes qui suivent.

Laissez-moi vous raconter une petite expérience personnelle que je trouve pleine de sens. L’autre vendredi, après que j’ai eu fini de regarder les deux épisodes programmés, je me suis mis en quête, sur l’internet, de renseignements sur les acteurs. Ne sont-ils pas tous remarquables, à la réserve, selon moi, du terne Dan Stevens, qui tient le rôle de Matthew Crawley ? J’ai aussi voulu voir des photos. J’ai tapé, alors, dans « Google images », « Downton Abbey ». Soudain, j’ai vu se juxtaposer deux séries de clichés : ceux des comédiens en costumes d’époque et ceux des comédiens en tenues d’aujourd’hui.


downton-abbey.jpg

downton abbey auj    

 

La confrontation m’a troublé. Tout à coup, il m’a semblé que c’était dans leurs tenues d’aujourd’hui que ces comédiens avaient un air déguisé !

Vous me direz que ma réaction n’a rien d’étonnant, mon œil s’étant habitué à eux dans leurs tenues d’époque. C’est exact. Vous pourriez aussi me dire que tout habillement est déguisement. Ce n’est pas faux. Mais, alors, pourquoi se déguiser laid quand on peut se déguiser  beau ?

… J’ai terminé ma soirée en recherchant des images d’un personnage qui traversa la saison 2 et dont je garde un souvenir attendri. Il s’agit de Miss Lavinia Catherine Swire, la fiancée de Matthew Crawley, jouée par Zoe Boyle.

 

zoe-boyle.jpg

 

Adorable ! Pareil miracle rendent bien dérisoires les conjectures sur l’habillement-déguisement ! Quel que soit… disons, son déguisement, Lavinia-Zoe Boyle est à croquer.

… Et, rejoignant mon lit, je me disais que, pas déguisée du tout, elle le serait bien davantage (1).

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1. Sur le sujet, lisez ce billet du Paradigme de l'élégance

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26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 07:14

Enfin ! François Hollande s’est décidé à recourir aux services d’un tailleur ! Le 15 septembre, face à Claire Chazal, il arborait, pour citer le journaliste Dominique Jamet, « sa veste de président, celle qui ne fait pas de plis, sa cravate de président, celle qui tombe droit, sa chemise de président, immaculée, ses souliers vernis de président, ses ongles manucurés et ses cheveux aile de corbeau présidentiels. »

Ca ne pouvait plus durer. Sous la pression des kilos surnuméraires, les coutures des vestes criaient grâce, les fentes arrière bâillaient large et de méchants plis cisaillaient la taille.

Par la magie du coup de ciseau d’un tailleur, tout cela – pfuit ! – a disparu. Tout, non, pas les kilos surnuméraires, mais, au moins, ne poussent-ils plus partout sous l'étoffe; ils sont maintenant dissimulés sous elle – un peu comme la poussière peut l'être sous le tapis.

Sans doute faut-il voir dans cet appréciable changement vestimentaire l’influence de Claude Sérillon, le conseiller en communication élyséen, dont on se souvient des mises soignées quand il présentait, dans les années 80, le journal télévisé de la 2 : costumes bien coupés, chemises à col anglais, pochettes chamarrées.

Avant-hier, à l’Onu, François Hollande avait revêtu son même beau costume. Un an plus tôt, presque jour pour jour, il était monté à la même tribune dans sa tenue première manière, celle de président « normal » ; la comparaison des clichés se passe de commentaire.

 

hollande-onu-un.jpg                                                                        Onu, septembre 2012  

hollande-onu-deux-def.jpg

Onu, septembre 2013

 

Ainsi donc, il aura fallu attendre plus d’un an pour que François Hollande consente à revêtir un costume digne de sa fonction. Jusqu’alors, il pensait pouvoir s’en passer. Ses efforts pour paraître président, il les avait mis dans son phrasé et sa gestuelle : des phrases bizarrement segmentées, heurtées, hachées, accompagnées de non moins bizarres micro branlements de tête – interprétation personnelle d’une influence mitterrandienne plus ou moins bien digérée.

Maintenant à l’aise dans son costume, François Hollande va pouvoir se décontracter. On le lui souhaite et on nous le souhaite : à la longue, le spectacle de son self-control présidentiel – artificiel et mécanique – est bien pénible à supporter. Un progrès en entraîne souvent d’autres. Après le changement de costume, nous assisterons peut-être à l’abandon des lunettes de chef de rayon de supermarché et de la teinture noir de jais de dirigeant coréen. Quant aux kilos surnuméraires, ils doivent nous inquiéter davantage. François Hollande n’avait-il pas confié en octobre 2010 que, s’il avait fondu, « ce n’était pas par coquetterie ou souci d’apparence » mais « pour être en harmonie avec (lui)-même »  (Gala) ?

 

francois-hollande-amaigri.jpg                                                                       En 2010 

S’il disait vrai alors (ce que nous ne sommes pas du tout obligés de croire), il nous faudrait hélas conclure que François Hollande va mal. Très mal.

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20 septembre 2013 5 20 /09 /septembre /2013 07:11

Se méfier des tenues bâtardes – pas franches. Des tenues qui hésitent entre l’« habillé » et le loisir, le formel et l’informel.

J’ai parlé une autre fois du blazer – un vêtement qu’on a tort, à mon sens, de tirer vers l’ « habillé ». Je voudrais dire aujourd’hui quelques mots d’une autre pièce du vestiaire entrant dans la catégorie des tenues de compromis : la veste de sport grise, qu’elle soit  unie, pied-de-poule, à chevrons… Sur le chemin qui conduit du costume à la veste de sport véritable, donc aux tons automnaux, on la situera après le blazer. Ses partisans, en quête d’un « décontracté chic », réservent son usage à la ville, ce qui explique qu’ils l’accompagnent généralement d’une chemise blanche, d’un pantalon de flanelle anthracite et de chaussures noires. Parfois, le pantalon est en velours. Souvent, les chaussures sont des mocassins ou, plus rarement, des chaussures à boucle(s). Une première aberration (veste de sport grise, ça ressemble à un oxymore) en entraîne, pour ainsi dire… logiquement, d’autres : le velours anthracite, le mocassin ou la chaussure à boucle(s) noire…

Yves Montand affectionnait ce genre de tenue. Son recours à une casquette grise et à des chemises à poignets mousquetaire achevait de brouiller les pistes…


yves-montand.jpgYves Montand

 

Procéder de la sorte, c’est prendre le problème à l’envers. Car la veste de sport grise n’est acceptable que si on la décontracte à l’aide, par exemple, d’une chemise bleue ou rose (buttown down conseillé), d’une cravate de tricot, de chaussures en veau velours brunes…

Lino Ventura, un autre de ses adeptes célèbres, l’avait en partie compris. Ainsi, dans Garde à vue, cet acteur qui s’habillait à l’écran comme à la ville (il ne tourna qu’un film en costume d'époque, Les Misérables) fait aller une veste de sport grise (1) avec une chemise bleue et une cravate tricotée de même couleur. Mais – aïe ! -, les chaussures sont noires !


lino-ventura-garde-a-vue.jpgLino Ventura, Garde à vue

 

Je l’ai dit : la veste de sport grise peut, sous certaines conditions, être acceptable. Mais je n’irai sûrement pas jusqu’à en recommander l’usage. Vous devez porter une tenue « formelle » ? Optez pour un costume sombre, gris ou bleu. Vous pouvez vous permettre d’être décontracté ? Adoptez une veste de sport,  marron ou rouille…  Même en ville. Mais pourquoi, me direz-vous, pas de solution intermédiaire ou de demi-mesure ?

Parce que, comme le rappelait Musset, « il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée ».

CQFD.

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1. Les amateurs reconnaîtront aux épaules la « patte » Cifonelli. Une veste Cifonelli quand on est censé incarner un simple inspecteur de police, est-ce bien vraisemblable ?

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15 septembre 2013 7 15 /09 /septembre /2013 06:26

Pendant un mois, je me suis entièrement déconnecté. La chose ne m’a pas été difficile puisque, connecté, je ne le suis que très peu le restant de l’année. Pas de téléphone portable, une connaissance limitée de l’outil informatique (pour la marche de mon blog, je me contente de suivre les indications de mon fils, soigneusement notées, à mesure qu’il me les a délivrées, dans un petit carnet), pas d’iPad et ne connaissant cet objet que de nom. 

L’homme des bois qu’est le Chouan possède tout de même une télévision. Entre autres rôles essentiels, celle-ci me permet de me tenir au courant de la mode.

A ce propos, quand, à mon retour de vacances, j’ai rallumé mon poste, une chose m’a frappé – c’est le nombre de journalistes arborant des cravates ultra-étroites. Elles sont le plus souvent sombres, comme les costumes qui les accompagnent. J’ai noté encore une bizarrerie que mes lecteurs parisiens les plus pointus m’expliqueront peut-être : la double boutonnière, percée dans un minuscule revers.

 

dior-homme.jpg 

La cravate ruban n’est pas une nouveauté. Dans les années 6O, elle était déjà à la mode, contrastant avec les larges carrures des vestes. Dans les années 70, on fit le contraire : carrure étriquée, cravate « pelle à tarte » (… et revers de veste à l’avenant !) Dans les années 80, une certaine cohérence s’introduisit, en ce sens que cravate et veste étaient raccord : larges toutes deux. Et puis vint Slimane qui, chez Dior, imposa une cohérence inverse de la précédente – le total look étriqué.

Chaque nouvelle mode s’impose en s’opposant. Elle emprunte au passé des éléments qu’elle transforme plus ou moins et qu’elle replace dans un environnement différent.

Comment expliquer le succès durable de la peu seyante ligne Slimane qui semble avoir été inspirée par Bourvil du temps de sa période « paysan niais » ?

 

bourvil-copie-1.jpg  L'inspirateur (1)

 

 

slimane.jpg

     L'imitateur

 

Ce triomphe vestimentaire du mini peut étonner au moment où, partout ailleurs, la tendance serait plutôt au XXL. Voyez, par exemple, le nombre d’émissions TV et radios (… oui, je possède un transistor !) qui utilisent l’adjectif « grand » dans leurs titres : « Le Grand journal » (Canal plus), « Le Grand Jury » (RTL), « Le Grand décryptage » (i-Télé), « Les Grandes voix » (Europe 1), etc ; les architectes d’intérieur n’ont que le mot « espace » à la bouche ; les jeunes gens ne sont pas en reste qui ponctuent toutes leurs phrases de « trop »…  

Mais mon étonnement ne résiste pas trente secondes à un examen critique : les médias jouent leur rôle en nous faisant prendre les vessies pour des lanternes ; les architectes d’intérieur font leur métier en nous laissant croire que l’Amérique loge dans notre living-room ; l’on ne saurait reprocher aux jeunes de remuer dans leur petit verre l’eau plate de leur petite vie dans l’espoir qu’elle fasse des bulles.

En vérité, la ligne Slimane colle parfaitement à un certain type d’homme de notre temps – dévirilisé, infantile, étriqué… et aussi triste qu’une télé en noir et blanc.

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1. Une photo en pied serait plus parlante, mais je n'en ai pas trouvé. 

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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 06:45

J’aime beaucoup, dans l’hebdomadaire Valeurs actuelles, les chroniques de Camille Pascal. Elles sont toujours bien écrites, pleines de curiosité, d’aperçus originaux et de culture. Voici deux semaines, il nous conviait, en terres normandes, à un « pèlerinage aurevillien ». Une autre fois, il nous confia son peu de goût pour le voyage – ce rite du « grand déplacement » auquel se croient obligés de succomber nos contemporains. Camille Pascal est, on le voit, un esprit libre.

La chronique de cette semaine a pour thème un sujet qui justifie que j’en parle ici, puisqu’il s’agit de la mode du « pantalon rouge ».

 

pantalon-rouge-wicket.jpgPantalon rouge Wicket

 

Camille Pascal écrit : « L’élégance masculine est en train d’échapper au diktat du costume gris toujours recommencé qu’imposaient depuis bientôt trente ans une poignée d’anciens trotskystes reconvertis dans la pub et la télé. » Il remarque que « le pantalon de couleur s’est beaucoup porté dans les interminables défilés des manifestations du printemps (…) Les couleurs éclatantes arborées par de jeunes pères de famille tranchaient avec l’uniforme obscur de ces nouveaux dévots qui prêchaient le dogme et les vertus de l’obéissance sur tous les plateaux de télévision. »

La France bien élevée ne s’habille pas en noir !  

La police s’est passablement ridiculisée en verbalisant des porteurs du sweat LMPT. Que pouvait-elle contre des porteurs de pantalons rouges ?

Mais ne rouvrons pas le débat : le rouge des pantalons était assez éclatant pour qu’on n’ait pas besoin d’en remettre une couche !

 

Valeurs actuelles, n° 4006.

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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 06:57

Les manifestations anti-mariage homo ont rempli nos rues de gens que, d’ordinaire, on ne remarque pas – car discrets par nature, disséminés dans les foules, invisibles dans les médias.


manif-pour-tous-foule-def.jpg

 

Pris de court par ces rassemblements denses, durables et répétés, le pouvoir a multiplié les signes de nervosité : présence disproportionnée des forces de l’ordre ; gazages lacrymogènes tous azimuts ; sous-estimation systématique du nombre des manifestants ; trucage de photos ; interpellations abusives pour port du sweat « Manif pour tous » ; condamnation d’un « anti » à deux mois de prison ferme, peine assortie d’un mandat de dépôt…

Deux France se sont fait face. Une guerre des consciences a eu lieu. Les libertaires de tout poil ont vu se dresser devant eux leurs adversaires de toujours : les tenants de la tradition. Une tradition millénaire, nourrie de catholicité.

Car il ne faut pas s’y tromper : le pire ennemi du pouvoir actuel, ce n’est pas l’UMP (qu’à l’occasion il soutient sous le prétexte commode du « front républicain »); ce n’est même pas le Front national (« Il n’y avait pas en France de menace fasciste (…) L’anti-fascisme n’était que du théâtre », Lionel Jospin, 2010) ; non, l’ennemi principal du pouvoir actuel, c’est la religion catholique (« On ne pourra jamais construire un pays de liberté avec la religion catholique », Vincent Peillon, 2008).

Les images ont parlé. Elles ont démenti les discours. Au lieu de la France obscurantiste et moyenâgeuse annoncée, c’est une France joyeuse, multicolore et bien élevée qui a défilé. Les chaînes d’information en continu ont interrogé des jeunes filles qui ont osé prononcer des mots comme idéal, espérance, sens à donner à sa vie. Des jeunes filles bien dans leurs ballerines et belles comme le jour. Les jeunes garçons qui les accompagnaient avaient fière allure dans leurs pantalons aux teintes vives.


manif-pour-tous-copie-1.jpeg

 

A côté, la France « black, blanc, beur » de 1998 – dite pourtant multicolore – avait l’air bien terne, et les « antifas », sortis pour l’occasion de leurs souterrains séjours, ont fait trembler tout le monde dans leurs tenues de nuit.


antifas-copie-1.jpg"Antifas"

 

En 1998, les médias ont vu ce qu’ils voulaient voir. Aujourd’hui, ils se sont tus sur ce qu’ils ont vu. Mais le choc des images a eu lieu : la France des « Manifs pour tous » était belle à regarder. Une France à faire venir les touristes du monde entier !

« Une France BCBG, bourgeoise et conformiste », rétorqueront les grincheux qui jugeront mon enthousiasme abusif et déplacé. Sans doute n’auront-ils pas complètement tort. Mais l’abus de Le Quesnoy me semblera toujours plus digeste que l’abus de Groseille !

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18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 07:20

Mes réponses comptent moins que les questions. « Pourquoi avez-vous répondu ceci ? » Le sais-je bien moi-même ? Pourquoi l’Alfa Roméo Giulia Gt Bertone plutôt que la Giulietta Sprint ? Pourquoi ce mépris du sport ? Le golf, le yachting, le tennis… ne sont pas des sports élégants peut-être ? J’attends vos critiques avec bienveillance : je les comprends d’avance.

Les questions valent moins que vos réponses.

 

Si l’homme élégant était une voiture ? 

- Un coupé ou un cabriolet aux lignes légères. Le contraire des voitures actuelles, obèses et laides aussi sûr… qu’elles sont sûres ! L'alfa Roméo Giulia GT Bertone, par exemple.

 

alfa-giulia-def.jpgAlfa Giulia GT Bertone. Source : Rétro-viseur, n° 286. Photo : Bernard Canonne.

 

- Un chien ?

- Un lévrier afghan. (Réponse un peu attendue, je l’avoue.)

- Une saison ?

- Toutes les saisons. L’homme élégant cherche à s’adapter (en beauté) à ce qui ne dépend pas de lui.

- Une qualité ?

- L’humilité.

- Un défaut ?

- L’insatisfaction.

- Une profession ?

- Rentier !

- Une montre ?

- Une montre discrète, plus ou moins précise. L’homme élégant est comme sa montre : il avance ou il retarde. Il n’est pas de son temps.

- Une demeure ?

- Toute demeure authentique et belle. Un mas provençal, un manoir breton…

- Une pièce ?

- Une pièce où l’on passe (le hall) ; une pièce où l’on crée (le bureau) ; une pièce où l’on aime (la chambre).

                                           

                                         « Aimez-vous le passé

                                         Et rêver d’histoires

                                         Evocatoires

                                         Aux contours effacés ?

 

                                         Les vieilles chambres

                                         Veuves de pas

                                         Qui sentent tout bas

                                         L’iris et l’ambre ? »

                                                                 Paul-Jean Toulet

 

 

- Un élément ?

- L’air ! Et tant pis pour ceux qui confondent légèreté et superficialité.

Un mot ?

- Deux mots : nonchalance et mansuétude. Pour leur timbre et pour leur sens.

- Un poème ?

- « L’Invitation au voyage ». Parce que c’est Baudelaire. Parce que le refrain.

-  Un accessoire ?

- Le chapeau et les gants. Vous avez dit « accessoires » ?

-  Une région ?

- Les bords de la Loire. Pour l’histoire. Pour les châteaux. Pour les jardins. Pour la pierre blanche et les toits bleus. Pour l’harmonie.

- Un lieu de villégiature ?

- Carantec ou Dinard. Premières décennies du XXe.


« Près des flots aux chantants adieux

Dinard tient sa boutique...

Ne pleure pas : d'être identique,

 C'est un rêve des dieux. »

                                  Paul-Jean Toulet

 


dinard.jpgDinard

 

Une mode ?

- Un style, une allure, une dégaine, un genre – tout ce qu’on veut, mais pas une mode.

Une injure ?

- « Monsieur, j’ai beau faire, il m’est impossible de vous apercevoir. » Léon Bloy, Le Siège de Rhodes.

Un sport ?

- … Un quoi ?

Une maxime ?

- « Je n’ai que l’idée que je me fais de moi pour me soutenir sur les mers du néant. » Montherlant

-  Une égérie ?

- Renée Perle, qui fut, deux années durant, la compagne et la muse de Jacques Henri Lartigue. Pour la beauté du modèle. Pour le talent du photographe, qui fit de l’élégance un principe de vie.


renee-perle-copie-1.jpgRenée Perle par Jacques Henri Lartigue

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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 07:03

Je viens de revoir L’Inspecteur Lavardin du regretté Claude Chabrol. Ce film date de 1986. Le personnage de l’inspecteur (une sorte d’anti Columbo) est incarné par l’impeccable Jean Poiret. Une de ses tenues a retenu mon attention. Je dois vous la décrire car je n’ai trouvé aucune photo ou vidéo qui la montre de façon satisfaisante.

 

jean-poiret.jpg

 

La veste, camel, est en cachemire ; la chemise, à col « français », est bleu clair ; la cravate, bleu moyen, est tricotée ; le pantalon de flanelle est gris ; les chaussettes sont assorties à la veste ; les chaussures (des monks) sont marron. La veste est à deux boutons – un choix adapté au gabarit moyen de Jean Poiret. Les coupes sont belles. On ne relève aucune faute contre le goût ou les usages.

D’où viennent alors mes réserves ? Je crois avoir ma réponse : cette tenue sport tend un peu trop visiblement vers la tenue habillée. J’aime qu’on choisisse clairement son camp. Pour mon goût, je remplacerais volontiers le cachemire par du tweed et la flanelle par du velours; j’introduirais des notes de couleur (par exemple, pochette ou chaussettes) et des motifs, et je substituerais aux monks - modèle par nature ambigu – une belle paire de derbies ou de richelieus en veau velours. Ce genre de tenue est souvent accompagnée de mocassins à pampilles ; c’est dire s’il faut s’en méfier.

Le générique du film nous apprend que « Jean Poiret est habillé par Lanvin ». Dans les années 80, les créations « sport » griffées Lanvin étaient reconnaissables à leur style à la fois épuré et raffiné. Pour ses concepteurs - Patrick Lavoix en tête -, le mot élégance avait un sens. L’objectif, il me semble, était d’inventer un style français fait de beaucoup de mesure et d’un peu de désinvolture. Les résultats furent d’inégale valeur. La tentative ne survécut malheureusement pas au départ de Patrick Lavoix pour Dior.

L’idée que je me fais d’une tenue sport, cette publicité pour Arnys l’illustre assez bien. Encore faudrait-il, pour que cet ensemble me plaise tout à fait, que le temps ait fait son œuvre :


arnysfauteuil.jpg 

 

Bien que très différentes, les deux tenues que je viens d’évoquer respectent les codes. Leur confrontation suffirait à prouver que la contrainte des règles n’a jamais empêché le goût personnel de s’exprimer.

A bon entendeur…

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