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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 07:09

- Mon billet sur le tatouage m’a valu des critiques. Un entrefilet publié dans L’Express style du 27 mars dernier a confirmé mes craintes : sous le titre « Les nouvelles tendances du tatouage », le tatouage y est présenté comme une pratique anodine, une mode comme les autres : « David Beckham, Lena Dunham, Angelina Jolie… Le tatouage n’est plus l’apanage des bikers ; il se dévoile sur le tapis rouge. A l’issue du Salon mondial du tatouage, qui s’est tenu du 22 au 24 mars au CentQuatre, à Paris, retrouvez les dessins à arborer, entre lettrages, fleurs et figures japonisantes, plus féminins que jamais. » C’est signé Clémence Meunier. On imagine l’incitation qu’une telle banalisation peut représenter pour des esprits immatures et fragiles. Etre journaliste de mode ne dispense pas d’être circonspect. La hausse récente des températures m’a permis de constater que la vogue du tatouage touchait de plus en plus de jeunes – et notamment les filles, tout heureuses en ce printemps débutant de se découvrir et d’exhiber leurs motifs tout neufs. Les motifs fleuris semblent avoir leur préférence. « A l’ombre des jeunes filles en fleur… tatouée(s) » (1) ! Mais qui sont ces parents qui autorisent leurs filles mineures à se marquer ainsi indélébilement la peau ? L’immaturité n’a plus d’âge.

- Marc Jacobs tente par tous les moyens de se faire remarquer : il exhibe, lui aussi, ses tatouages (… mais c’est devenu d’un commun !) ; il s’affiche ostensiblement avec son compagnon (… pas de quoi fouetter un chat !); il pose nu pour une marque de luxe (…YSL l’avait fait avant lui) ; il porte la jupe (… comme naguère Jean-Paul Gaultier).


marc-jacobs-tat.jpg
 

jacobs-marc-nu-vuitton.jpg

 

marc-jacobs-jupe.jpg

 

Cette ultime audace a servi d’accroche à une récente pub pour Coca Cola dont il est la vedette. Mais, quoi qu’il fasse, il reste désespérément insignifiant, transparent.

Transparent, oui... même quand il ose... les transparences :


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La faute à son manque de charisme. Un charisme d’huître diront certains, ce qui est offensant pour l’huître dont nous ne pouvons plus ignorer, depuis Ponge, la nature cosmique et métaphysique. Pauvre Marc Jacobs qui, malgré tous ses efforts pour paraître scandaleux, reste aussi lisse que le front d’Arielle Dombasle ou de Rachida Dati ! « Allo ! T’es couturier et t’as pas d’charisme ?... » Face au charisme, les (grands) couturiers ne sont pas logés à la même enseigne (de luxe). Prenez Karl Lagerfeld : il suffit qu’il quitte un instant ses lunettes noires pour que tout le monde en parle.


lagerfeld-ss-lunettes-copie-1.jpg

 

- Karl Lagerfeld ; parlons-en, justement ! Son charisme et son accent teuton sont si forts qu’ils ont tendance à anesthésier le sens critique du public. Je remercie le blogueur-magistrat Philippe Bilger et le journaliste Jean-Michel Normand d’avoir osé déboulonner l’idole. Car le roi Karl est nul, sinon toujours, du moins souvent. Philippe Bilger : « (Karl Lagerfeld) bénéficie d’un consensus admiratif car, au fond, personne ne l’écoute mais tout le monde se dit qu’il doit avoir raison pour parler avec tant d’autorité naturelle. Pourtant, à lire les interviews qu’il donne, il en dit des bêtises (2) ! » Jean-Michel Normand : « Sa provocation est cousue de fil blanc, formulée en termes d’une parfaite banalité et dépourvue de la moindre perversité. » Et de tailler un costard de beauf au prétendu dandy : le carrosse du roi Karl ? « Un Hummer (doré), acmé de la beaufitude » ; sa reine ? La Zahia de Franck Ribéry, qu’il présente « comme l’icône ultime de la féminité et du raffinement (3) ».

Une réputation d’esprit et de culture précède dans tous les médias Lagerfeld. Si je lui reconnais volontiers le sens de la repartie, je reste plus réservé sur l'étendue de son savoir. Rien, en tout cas, ne m’a jamais permis de la mesurer avec précision. Aucune interview, aucun portrait. Le dernier que j'ai vu (« Karl Lagerfeld se dessine », Loïc Prigent, Arte) montrait un personnage assez vain et puéril. Posséder des milliers d’ouvrages – c’est son cas – ne veut rien dire. Les nouveaux riches ignares aiment à exhiber des bibliothèques pleines de livres achetés au mètre qu’ils n’ont jamais ouverts. Mais je ne demande qu’à être contredit. J’attends seulement l’intervieweur sans concession qui offrirait à Lagerfeld le moyen de prouver son érudition. Pour l’heure, on me permettra de ranger prudemment celle-ci au rang des rumeurs médiatiques, à côté de la prétendue science de Jacques Chirac en Arts premiers et du supposé humour d’Alain Juppé. Et puis, au royaume de la mode, qui brille plus par le strass que par la culture, il est facile à Karl Lagerfeld d’être sacré roi !

Un récent numéro d’On n'est pas couché, dont il était l’invité, m’a en tout cas montré que le champ de ses connaissances n'incluait pas Rimbaud. Quand Laurent Ruquier lui a demandé de choisir une « question  tweetée » parmi plusieurs, il a pris celle sur laquelle figurait une célèbre photo de Rimbaud enfant. Mais il ne reconnut pas celui-ci, qu’il appela « le petit monsieur ». Plus étrange fut le silence de Natacha Polony, pourtant agrégée de lettres et présentée sur la page d’accueil de l’émission comme une spécialiste de poésie.

- J’aime lire les chroniques TV signées Renaud Machart dans Le Monde. Il sait (presque) toujours m’intéresser en parlant d’émissions que, pourtant, je n’ai souvent pas vues. Il a l’art de la digression cultivée, du rapprochement imprévu. L’autre jour (édition du 24/03), il évoquait un portrait de Ralph Lauren diffusé sur Bloomberg TV. J’ai prélevé pour vous ce passage qui, je trouve, témoigne d’un joli sens de l’observation : « On peut ne pas aimer le style de Lauren, mais il existe de manière identifiable (et beaucoup imitée) : le chic décontracté d’un sportswear assez conventionnel que les vieilles personnes un peu pincées diraient « à l’américaine » - rayures de club d’aviron de l’Ivy League, pull sur l’épaule, matières souples qui donnent à ceux qui les arborent l’air d’avoir les clefs d’un hors-bord dans la poche de gauche et celles d’un ranch dans celle de droite. » L’article se termine par, justement, un de ces rapprochements imprévus dont je parlais plus haut : « (…) curieusement, je ne m’en suis rendu compte qu’hier, Lauren et Lagerfeld partagent un étonnant air de ressemblance : le premier, sorte de cowboy Marlboro mieux habillé, se présentant comme la version sans catogan et verres fumés du second, sorte d’excentrique duc de Marlborough à la mode prussienne… (3)»

Pauvre Marc Jacobs… Si, au moins, il ressemblait à Ralph Lauren, Renaud Machart aurait peut-être parlé de lui dans Le Monde !

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1. Il y aurait beaucoup à dire sur la jeune fille d’aujourd’hui, qui parle fort, jure, crache comme un garçon. J’ignore ce que l’égalité entre les sexes peut gagner à cette évolution, mais je sais ce que la poésie y perd. Nerval doit se retourner dans sa tombe… et sa jeune fille aussi, qui l’a rejoint depuis longtemps, croisée un jour au jardin du Luxembourg, « Vive et preste comme un oiseau, / A la bouche un refrain nouveau, / A la main une fleur qui brille »…
2. Philippe Bilger, « Justice au singulier ».
3. Jean-Michel Normand, M, le magazine du Monde, 26/10/2012.

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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 06:23

Etre élégant est un idéal qu’on atteint rarement - cela pour plusieurs raisons. Nous ne possédons pas toujours, faute de moyens, les vêtements et accessoires qui contribueraient – du moins nous le pensons – à nous rendre élégants. Supposons que nous les possédions, encore faudrait-il, par exemple, que l’excellent tailleur que nous avons choisi soit à la hauteur de nos espérances. Même les meilleurs tailleurs satisfont rarement un client dès le premier costume. Il faut souvent plusieurs coups d’essai pour arriver au coup (de ciseau) de maître ! Si nous nous fournissons en PAP – et nous le faisons tous, au moins pour certaines pièces -, nous sommes tributaires de la mode : les amateurs de pantalon montant jusqu’à la taille – j’en suis un – connaissent la disette depuis des années ! L’âge aussi joue un rôle : constituer un fonds de vestiaire prend du temps. En attendant, on fait du mieux qu’on peut, tout en se désespérant que l’élégance soit, comme le bonheur dans la chanson de Perret, « toujours pour demain » Il faut aussi connaître les règles : on cherche en vain le guide qui les recenserait toutes, on apprend sur le tas, on fait des erreurs qui, au sens propre, peuvent coûter cher, et l’on se demande parfois, submergé par le découragement, si le jeu en vaut vraiment la chandelle. Ces règles acquises, il resterait encore à trouver une façon singulière de se les approprier – c’est l’alchimie, si mystérieuse, du style. L’addition de ces paramètres explique pourquoi les hommes élégants ont généralement dépassé le cap de la moitié de vie.

Un autre facteur est à prendre en compte – subjectif celui-là -, c’est l’amour-propre. Nous savons, depuis La Rochefoucauld, son pouvoir aveuglant. Il nous empêche de nous voir comme nous sommes et nous fait ignorer les jugements d’autrui qui le contrent. Car l’amour-propre n’est pas seulement aveugle, il est également sourd ! Nous nous jugeons parfois élégants alors que nous sommes ridicules. Qui n’a pas frissonné à la vue de certaines vieilles photos le représentant ? « Et dire que j’ai pu m’habiller ainsi ! » Mais, ainsi, on se pensait irrésistible ! Par parenthèse, l’appareil numérique a ceci d’intéressant, c’est que, d’utilisation facile et instantanée, il permet, dans la mesure du possible, de s’objectiver.

Nos réussites sont trop rares. Consolons-nous en pensant que les parangons reconnus de l’élégance masculine ont connu, eux aussi, des ratés. Certaines photos d’un Fred Astaire ou d’un Cary Grant, par exemple, suffiraient à le prouver. Mais, par respect pour eux, je laisserai mon billet vierge de toute illustration.

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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 06:37

Prenez le texte qui suit comme une récréation, un exercice de style.  Pour sourire, je me suis essayé au pastiche de Marc Beaugé qui, chaque semaine, publie dans M, le supplément du Monde une chronique commençant invariablement par la formule : « Est-ce bien raisonnable de… » Les habitués de cette chronique s’amuseront peut-être de retrouver sous ma plume quelques traits caractéristiques de l’écriture de Beaugé. Mais si la forme est empruntée, le fond reste personnel.

 

 

laurent-ruquier.jpgLaurent Ruquier

 

Autrefois objet de la plus grande considération, la cravate semble être devenue une ennemie pour l’homme d’aujourd’hui. Regardez autour de vous : combien d’hommes portent encore la cravate ? Et quelles cravates – Mon Dieu, quelles cravates ! – choisissent ces derniers Mohicans ? Il est loin le temps où Balzac proclamait : « Une cravate bien mise, c’est un de ces traits de génie qui se sentent, s’admirent, mais ne s’analysent ni ne s’enseignent. » Mais si la plupart des hommes ont abandonné la cravate, ils n’ont pas pour cela tombé la veste.

Là est, si l’on peut dire, le nœud du problème. Car la veste portée sur une chemise sans cravate soulève un problème stylistique majeur, le col de la chemise ayant été conçu pour être fermé par un nœud, de cravate ou papillon. Une rapide consultation des meilleurs ouvrages consacrés à l’élégance prouvera à tous les néophytes que la manière incriminée, devenue à ce point banale qu’il semble qu’elle ait toujours existé, ne s'est définitivement imposée qu’au cours des toutes dernières décennies.

Mais l’origine du phénomène remonte à plus loin. Libérant le cou des hommes, la victoire du col mou sur le col dur au tournant des années 20 ouvre une brèche dans laquelle les partisans de plus en plus nombreux de la décontraction et du confort vont s’engouffrer. Deux données ralentiront néanmoins le processus. D’une part, la chemise, vêtement du dessous, ne saurait se découvrir qu’avec parcimonie. Ainsi, aux beaux jours, de nombreux élégants substitueront le foulard à la cravate. D’autre part, il aurait été malséant, donc impensable, de se décolleter à la façon d’un certain philosophe médiatique actuel ennemi d’une sagesse qu’il fait pourtant profession d’aimer. Aussi, les plus audacieux se borneront-ils à rabattre le col discrètement échancré de leur chemise sur le revers de leur veste. 

Au vrai, cette pratique, prisée par les intellectuels et les artistes, ne manquait pas de cohérence. Elle créait un lien entre la chemise et la veste. L’absence de cravate n’était plus lue comme un manque mais comme une nécessité. Dans le meilleur des cas, elle donnait à qui l’adoptait un petit côté négligé chic qui n’était pas dénué de charme.

En tout état de cause, elle valait mieux que la pratique actuelle qui semble n’avoir d’autre raison que le rejet de la cravate considérée, à tort, comme le symbole absolu du formalisme vestimentaire. Pourquoi tant de haine ? Un homme élégant en veste de tweed, chemise de couleur et cravate tricotée n’aura pas l’air endimanché d’un Laurent Ruquier, par exemple, présentant le samedi soir son émission On n’est pas couché en costume sombre et chemise blanche, mais sans cravate.

A son premier G8 en mai 2012, François Hollande provoqua l’hilarité sympathique de Barack Obama en se présentant cravaté à un dîner à Camp David, la résidence de campagne des présidents américains. « On avait dit que tu pouvais enlever la cravate ! » lança Barack à François. Mais le côté guindé du Français tenait bien moins à sa cravate qu’à son costume sombre et à sa chemise blanche. De l’autre côté, le recours à une tenue dépareillée expliquait de façon plus convaincante la décontraction de l’Américain que le col de la chemise laissé ostensiblement ouvert. Aller cou nu quand on est en chemise et en veste présente trois vices majeurs : c’est illogique, inesthétique et, quand l’adepte perd tout sens de la mesure, ça frise l’obscène. Laissons donc à nouveau les belles cravates se pendre à nos cous et les jolis papillons se poser sur nos cols.

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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 06:48

L’antienne est connue : l’élégance résiderait dans l’invisibilité. Brummell la chanta le premier : « Pour être bien mis, il ne faut pas être remarqué. » La voie ouverte - et par quel pionnier ! -, nombreux furent ceux qui s’y engouffrèrent. Baudelaire : « La perfection de la toilette consiste (…) dans la simplicité absolue, qui est (…) la meilleure manière de se distinguer. » Eugène Chapus, dans le Manuel de l’homme et de la femme comme il faut (1861), cite un élégant célèbre qui expliquait à des fashionables : « Vous serez élégants, messieurs, lorsque, dans les rues, vous passerez sans être remarqués. »

Ce grand commandement (l’invisibilité, donc ; Barbey dira : « être irremarquable ») fut gravé à jamais sur la table des lois de l’Elégance - puisque soufflé par son Dieu lui-même, Beau Brummell.

 

brummell.gifBrummell

 

Grand commandement … et beau cliché. La supercherie se pare ici des habits - voyants - de l’hyperbole et du paradoxe : que l’élégance se réduise à rien,  c’en est trop ; que l’invisibilité soit la meilleure manière de se faire remarquer, mais c’est faux ! Pourquoi multiplierait-on les efforts pour aboutir au même résultat que Monsieur Tout-le-monde ? Brummell lui-même aurait-il sacrifié quotidiennement à la cérémonie épuisante du nouage de cravate s’il n’avait su que la perfection laborieusement atteinte allait signer sa distinction ? Un visiteur s’étonna de le retrouver, un matin, au milieu d’une marée de bandes de mousseline ; « Ce sont nos échecs »,  aurait-il dit en se tournant vers son valet.

Attirer l’attention du tout venant n’entre certes pas dans les intentions de l’homme élégant : il laisse cela aux victimes du look et de la mode. Admettons tout de même que l’audace peut avoir son charme : pour avoir été tapageuse, l’élégance de certains dandys n’en fut pas moins réelle. Il est dans la nature du dandy d’être rebelle. Tous n’ont pas souscrit au jansénisme de Brummell. Qu’on se souvienne, par exemple, des limousines de roulier normand doublées de soie noire de Barbey (qui, à l’instar de son ennemi Rousseau, ne faisait pas ce qu’il disait !) ou des gilets violets de Wilde. Mais attention : de telles audaces étaient le fait d’esprits supérieurs.


barbey-d-aurevilly.jpgBarbey d'Aurevilly

 

Faites glisser le paradoxe et l’hyperbole, et la vérité vous apparaîtra toute nue : l’homme élégant est en quête de visibilité, mais il a choisi son public, composé d’initiés. Il faut en être un pour apprécier le roulant d’un revers dont la pointe pose délicatement sur l’étoffe, l’irrégularité parfaite d’une boutonnière milanaise, le positionnement idéal du bouton principal d’une veste… La complicité demeure tacite : entre gens élégants, on applique les us.

A la question : « Pour qui vous habillez-vous ? », Bruce Boyer a un jour répondu : «  Je m’habille pour impressionner les quelques hommes qui savent reconnaître un revers bien coupé. » (Source, The Sartorialist). Cette réponse me plaît. Elle est mieux que sincère. Elle est vraie.  

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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 07:06

Sous le titre Tous des dandys, Gino Delmas nous apprend, dans L’Express n° 3202, que « les artistes du XIXe siècle inspirent les créateurs de mode cet hiver. » Le cocasse de l’histoire, c’est que cet article entre dans le cadre d’un « dossier spécial homme d’affaires » La question qui se pose alors est celle-ci : « (…) ce vent de fantaisie bohème peut-il passer l’hiver dans un vestiaire réel ? » L’auteur, encore raisonnable à ce moment de son article, ajoute que « dans un monde professionnel souvent assez classique, voire stéréotypé (…), il peut être bon de marquer sa différence avec quelques notes d’originalité. » Les choses se gâtent sérieusement quand il passe aux exemples. Ainsi, pour protéger sa gorge, l’homme d’affaires, d’après Gino Delmas, pourra s’inspirer des foulards de lin blanc noués de Yohji Yamamoto :


yamamoto-def.jpg

      
… ou oser ce manteau rouge carmin signé Prada :

 

manteau-rouge-prada-def.jpg

      
Le tout, dit Delmas, est qu’à l’aide de « détails subtils » - une couleur, un accessoire… - on donne « du caractère à une silhouette sans tomber dans la caricature »…

« Sans tomber dans la caricature »…

A quand Christophe de Margerie troquant ses cravates Hermès contre des foulards Yamamoto ou Carlos Gohn en manteau rouge Prada ? Pour le directeur de Citroën, on le choisira bien sûr à chevrons.

Ce manteau rouge Prada m’évoque le costume de la même couleur que portait Jean Rochefort dans Un éléphant, ça trompe énormément. Pris d’un furieux démon de midi, le cadre supérieur qu’il incarne dans ce film se met à suivre la mode. A lui les costumes près du corps aux couleurs diaboliques ! Effet comique garanti.

 

jean-rochefort-un-elephant.jpg

 

Ce rappel cinématographique en forme de conseil amical aux cadres d’aujourd’hui qui seraient tentés de suivre le conseil de Gino Delmas.

 

                                                                 *

 

Un mot sur un mot : subtil. Pas un article de mode, pas un discours de relookeur qui ne l’utilise. Mot intelligent, mot brillant – en cela, au même titre qu'ironie, mot typiquement post-moderne. Subtil, dit le dictionnaire : « Qui a de la finesse, qui est habile à percevoir des rapports que la plupart ne discernent pas, ou à agir avec une ingéniosité raffinée. » La subtilité – c’est dit – est l’apanage d’une élite. Sa démocratisation n’est qu’un mensonge fabriqué à des fins mercantiles. Lourd, un des antonymes de subtil, me semble, au contraire, admirablement adapté à ce – et à ceux – que je vois ; à ce – et à ceux – que j’entends. « Ils sont lourds, si lourds… » se lamentait déjà Céline dans les années 50. Depuis, l’obésité n’a cessé de progresser.

 

                                                                *

 

Un présentateur météo de la 1re chaîne m’intrigue depuis quelque temps déjà. Il s’appelle Louis Bodin. Son physique est remarquable : chauve, il porte le crâne entièrement rasé, comme s’il cherchait à cultiver une évidente ressemblance avec… Mussolini !


mussolini.jpgBenito Mussolini    

 

 louis-bodin-copie-1.pngLouis Bodin

 

Sa mise est soignée. Ses costumes sont manifestement taillés sur mesure. Cette attention, qui peut se lire comme une louable marque de respect envers les téléspectateurs, ne suffit malheureusement pas à le rendre élégant. En cause, une coupe peu convaincante et un choix de tissus souvent malheureux. La perplexité dans laquelle me plonge ce personnage vient sans doute de ce que je n’arrive pas à faire le lien entre son visage, disons martial, sa voix douce et légèrement voilée, et ses tenues de danseur mondain.

Aussi sympathique qu’il ait l’air (oui, on peut être sympathique en ressemblant à Mussolini !), Louis Bodin ne me fera pas oublier sa consoeur Evelyne Dhéliat qui, inchangée depuis 40 ans, me donne l’illusion que, sur moi comme sur elle, le temps n’a pas de prise. Comme si parler du temps qu’il fait défaisait du temps qui passe.

 

                                                                *

 

Un récent reportage de M le supplément du Monde m’en a rappelé un autre, publié dans le magazine Monsieur en septembre 2009. Tous les deux, en effet, ont pour thème l’Homme invisible :

 

l-homme-invisible-monsieur.jpgMonsieur. Photo : Alain Delorme. Réalisation : Thu-Huyen Hoang


l-homme-invisible-le-monde.jpg M Le Monde. Photo : Christian Anwander    

 

Coïncidence ou emprunt ? L’homme invisible en question est bien sûr un clin d'oeil au héros de H.G. Wells et du film de James Whale réalisé en 1933. Mais on aurait pu s’attendre à ce que, dans le cadre de deux reportages présentant des tenues « chic », le thème de l’invisibilité ouvre sur celui de l’élégance. « Pour être bien mis, il ne faut pas être remarqué », disait Brummell. « Etre irremarquable », traduira Barbey.

J’y reviens dans mon prochain billet.

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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 07:12

chouan-jpg

 

Les blogueurs masqués derrière leur pseudo attirent sur eux les critiques. Au premier rang de celles-ci : le manque de courage. Cette critique, un confrère blogueur l'a formulée sur son blog, et - allez donc savoir pourquoi – je l’ai prise pour moi.

L'anonymat est certes blâmable quand il offre à la lâcheté et à la méchanceté des moyens commodes de se défouler. Ma remarque ne vise pas seulement les blogueurs mais aussi les commentateurs. Combien la violence de commentaires postés ici ou là m'a choqué ! Une violence et, même, une haine... sans nom !

Tout le monde n'a pas la délicatesse d'un de mes commentateurs - dont je tairai le nom ! - qui me demanda de supprimer un de ses commentaires au motif que ce qu'il y avait dit d'une personnalité, il n'aurait pas eu le courage de le lui dire en face.

Mais l'anonymat présente aussi des avantages. Un avantage pratique tout d'abord : l'exercice de certaines professions oblige à la dissimulation de son identité. Et puis, le recours au pseudonyme peut créer un mystère propice à l'imagination. L'invisibilité qui, naturellement, accompagne presque toujours l'anonymat préserve tous les possibles. Enceinte, ma femme ne portait pas que notre enfant; elle portait des milliards d'êtres humains virtuels !

Autre avantage - et pas des moindres : la modestie. Je m'explique. Combien de blogueurs "blogueraient"-ils si l'anonymat était la règle ? J'en connais plus d'un pour qui cette contrainte serait vécue comme une intolérable torture. Mais la modestie étant une qualité qu'on cesse de mériter sitôt qu'on se l'attribue, vous comprendrez que je n'insiste pas sur ce point.

La curiosité est néanmoins légitime. Je suis le premier à chercher à connaître le nom et, qui plus est, le visage de mes blogueurs masqués préférés. Et je comprends que la curiosité redouble quand le blogueur masqué en question traite d'élégance. Qu'on veuille vérifier si le plumage vaut le ramage, quoi de plus naturel ? A votre place, j'en voudrais beaucoup au Chouan des villes de rester invisible ! Mais il faut être sage et se convaincre que la frustration vaut mieux qu'une possible (sinon certaine !) déception.

Pas de nom, pas de visage... Comment, me direz-vous, éviter dans ces conditions le risque de la dépersonnalisation ? Vous auriez raison si l'anonymat excluait qu'on parle de soi. Mais ce n'est pas le cas. N'ai-je pas semé de multiples indices qui, pour peu qu'on les regroupe, dessinent un visage - un corps ? N'ai-je pas, une certaine fois, pris le risque insensé de - littéralement - me dénuder devant vous ? Les blogueurs anonymes ne sont pas obligatoirement les plus désincarnés. Quoi de plus impersonnel, au fond, que ces blogs qui semblent n'exister que pour servir d'écrin au narcissisme de leurs auteurs ? Eux, pris sous toutes les coutures de leurs vêtements de marques; eux, réduits à l'état de cintres (1)...

Un correspondant ami m'a confié un jour : "A cause de votre pseudonyme, il m'était difficile de vous écrire au début. La relation n'était pas équilibrée. Puis Le Chouan des villes s'est formé une apparence et un caractère au fil des lectures du blog et de notre correspondance."

Car je crois qu'avant d'être un nom ou un visage, un bon blogueur est une voix.

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1. Ici, pour prévenir les polémiques, une distinction s'impose : il y a les blogs dont l'essentiel du contenu se compose d'images des blogueurs eux-mêmes; et il y a les blogs dans lesquels les auteurs se transforment épisodiquement en mannequins. Ma remarque vise les premiers. J'émets tout de même des réserves sur les seconds, aussi fréquentables soient-ils par ailleurs : qui peut penser que James Darwen (dont je n'ai jamais pu connaître le visage) aurait accepté de jouer le mannequin pour illustrer son Chic anglais ? L'attitude actuelle d'un Michael Alden (dont j'admire le style) ne me semble pas dénuée d'ambiguïté, même si son humour incline à l'indulgence.

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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 06:08

Un ami lecteur m'a envoyé ce texte que je suis heureux de publier parce qu'il met l'accent sur une évolution intéressante d'un élément essentiel du vestiaire masculin. Depuis quelques années déjà, les chaussures sont devenues une sorte d'accessoire de mode. La chaussure masculine s'est en un sens féminisée puisque ses formes, qu'on croyait naguère encore immuables, changent désormais de saison en saison. En jouant sur la séduction exercée par la nouveauté, les marchands de chaussures, relayés par la presse spécialisée, cherchent à tout prix (... et surtout au prix fort !) à nous faire consommer. 

 

Fut un temps, pas si lointain, où le pavé était battu par d’interminables et menaçants souliers, fendant les airs comme des mufles de lévriers. La hardiesse des chaussures faisait écho à celle des caractères, et les souliers étaient pointus comme les âmes de leurs porteurs. Epoques d’hommes acérés et déterminés, qui voulaient leurs pieds aussi affûtés que leurs visages, et qui affrontaient éléments et événements comme des brise-glaces.

Puis les temps se sont adoucis, et les hommes ramollis. Peu à peu, les pointes de souliers se sont rétractées comme des escargots, à l’image des esprits de ceux qui les portaient. Aux lévriers succédaient les labradors. Une nouvelle norme était née, réflexion faite pas si laide ni honteuse : un soulier à la pointe plus bonhomme sied également à l’honnête homme, et le labrador est somme toute aussi estimable que le lévrier. Nous en étions restés là : un homme de goût pouvait sans déroger, il devait, même, arborer des souliers aux extrémités mouchetées, et se garder de toute excentricité en matière de pointes.

Or, depuis quelques années, l’observateur - même inattentif - ne peut que noter le retour des souliers pointus dans les échoppes et aux pieds de nos congénères, chaussures longues et pointues parfois au-delà de toute mesure.


bouts-pointus.jpgModèles Azzaro, automne-hiver 2008-2009. Source : Pointure, n° 16

 

Cette tendance actuelle peut paraître contestable, qui provoque un allongement sans fin de nos malheureux souliers, les contraignant peu à peu à prendre le chemin du retour vers un savant mélange de babouches et de poulaines. Je n'évoquerai bien entendu même pas les « bouts carrés », que, dans un geste de suprême magnanimité, je laisse aux VRP et aux marseillais endimanchés.


bout-bascule.jpgUne autre aberration récente : le bout basculé. Modèle signé J.C. Monderer. Source : Pointure n°5.

 

Plus longs, plus pointus, la psychanalyse de bazar pourrait faire ses gorges chaudes d'un tel sujet, mais il s'agit d'une question bien plus importante: une question de style.

Le premier mouvement de l’homme affable, face à ces piquants, est de se hérisser à son tour. En effet, le développement de ces menaçantes pointes donne à de nombreuses personnes, il me semble, une allure assez ridicule; sans même évoquer le cas des gros (appelons les choses par leur nom) qui, chaussés de ces souliers sans fin, ressemblent plus que jamais à des pingouins. Au mieux tous ces gens aux extrémités longues et pointues me font-ils penser aux petits lutins prêts à dévaler les montagnes en glissant sur la neige. Image fort sympathique, mais guère élégante.


bout-pointu-enko.jpg Dessous d'une chaussure Enko. Source : Pointure, n° 16

 

Et pourtant, certains hommes au goût très sûr saluent bien haut ce retour aux sources du soulier, y voyant une réminiscence bienvenue des chaussures que l’on pouvait trouver dans les années vingt ou trente.


bout-tuczek-def.jpgL'élégant bout "serres d'aigle" Tuczek, 1936. Source : Pointure.

 

Je crains néanmoins que ce retour des souliers pointus ne soit pas le fruit d’une démarche que nous appellerions de nos vœux (le retour à une élégance classique par exemple), mais bien d’une démarche inverse, ou plutôt contraire. Le soulier à bout arrondi étant devenu la norme considérée comme classique, il est malheureusement fort probable que la réapparition des pointes ne soit en réalité que le résultat d’une volonté de briser cette norme classique. Somme toute, et comme bien souvent, cette prétendue modernité affichée ne fait que réinventer, en toute ignorance, ce qui était déjà acquis dans le passé.


chuch-s-def.jpgSource : catalogue Church's 1991

 

Reste que le résultat est là. C'est un fait, un soulier pointu est plus élégant, plus léger qu'un bout patate. Il a pour lui une certaine légitimité historique, ainsi que la subtilité dont manque parfois cruellement le soulier à pointe arrondie lorsqu’il se fait pataud. En y regardant de près, la chaussure à bout rond à en effet tendance à conférer à celui qui les porte une allure de gentleman-farmer, ce qui est très bien, ou de petit-bourgeois, ce qui est déjà moins bien. Il faut en être conscient, et l’assumer, surtout.

Car comme toujours, il s’agit tout simplement de porter ce qui nous va, et ce n’est pas si simple. Comme cela a été évoqué en introduction, peut seul chausser sans ridicule des souliers pointus celui dont l’esprit est acéré et volontaire, et non le quidam mollasson que l’on voit trop souvent, par voie de conséquence, chaussé de spatules prétentieuses. Afficher par sa mise une personnalité que l’on n’a pas est un exercice vulgaire et invariablement voué à l’échec.

Je reste pour ma part un adepte des bouts arrondis, et préfère assurément une pointe légèrement trop ronde à son équivalent trop aigu. La discrétion restant pour l’heure dans le camp des ronds, j'en resterai là comme une vieille bique bornée et surtout prudente. Et si l’on veut vraiment aller dans le détail jusqu’au vice, les indécrottables amateurs de bouts ronds pourront toujours se dédouaner en se disant que des souliers à pointe douce, portés avec un costume bien taillé, présentent de plus l’avantage de préserver, même en ville, votre âme de gentleman-farmer que l’on voudrait scandaleusement transformer en jeune cadre dynamique.

Alors, que faire de ces souliers pointus fraîchement ressuscités ? Tout sera comme toujours affaire de mesure et de goût, sachant que la synecdoque en matière d’élégance est un art très difficile à manier (à l’exception notable des Russes Blancs et de leurs boutons de manchette), et que des souliers à la pointe la plus exquise de donneront jamais un air d’élégance années 30 à un épouvantail à chaussettes blanches.

Ils apporteront en revanche un inégalable style à ceux dont le caractère, le physique et la mise s’accordent à de téméraires souliers.

 

                                                                                                            Théodule

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31 décembre 2012 1 31 /12 /décembre /2012 06:47

Les années 80 sont à la mode. A en juger par le grand nombre d’émissions TV qui leur sont régulièrement consacrées, on peut se demander si elles ont jamais cessé de l’être. Le plus récent témoignage de cette persistance est un film, Stars 80. Qu’on les aime ou non, force est d’admettre que ces années ont une identité marquée. Dites à quelqu’un « années 80 » et – qu’il les ait vécues ou non – des images lui viendront immédiatement à l’esprit - des musiques, des noms… Faites la même chose avec les années 90 ou les années 2000… et ce sera le trou noir.

J’ai souvent lu, sous des plumes « autorisées », que, sur le chapitre du vêtement, les « eighties » avaient atteint un pic indépassable d’horreur. Un pic, vraiment ? Plutôt un mont... que dis-je un mont ? Un monticule ! Car, à mon sens, si une décennie devait mériter pareille détestation, ce serait la décennie précédente – les années 70.

Qui a connu ces années me comprendra. Une revendication de liberté post-soixante-huitarde explique, j’imagine, les excès auxquels la mode s’est livrée alors. Epaules étriquées, col de chemise « pelle à tarte », revers de veste surdimensionnés, cravates élargies, pantalons « pattes d’éléphant », bottines surélevées… Une telle obstination dans l’aberration, un tel débordement de laid reste pour moi, aujourd’hui encore, en grande partie une énigme.


claude-francois-rouge.jpegLe chanteur Claude François, figure emblématique des années 70

 

A bas le costume à la papa ! Les « papas » eux-mêmes finissaient d’ailleurs par ne plus le porter – les uns, parce qu’ils étaient séduits par la nouveauté ; les autres, parce qu’il était quasi impossible de faire autrement, la mode dictant sa loi. Un de mes tailleurs me raconta cette anecdote : il avait livré un énième costume « classique » à l’un de ses fidèles clients. Celui-ci revint le voir et lui expliqua que sa fille s’était moqué de lui, qu’il faisait vieux jeu, et qu’en conséquence, il voulait dorénavant être habillé à la mode. En commerçant docile, mon tailleur s’exécuta : il lui tailla des pantalons de 33 cm de large en bas. Le client – et sa fille – furent ainsi satisfaits.

En comparaison, la décennie suivante a l’air bien sageElle connut, certes, ses aberrations : épaules de déménageur, vestes déstructurées, gilets chamarrés, chemises et cravates aux couleurs impossibles, costumes croisés à revers crantés… Elle vit aussi fleurir de douteuses officines de « conseils vestimentaires » à destination, prioritairement, de l’Entreprise, que, « années fric », « années Tapie » obligent, on parait de toutes les vertus. Réduire ces années à ces aspects discutables ou pénibles serait néanmoins malhonnête. Un réel intérêt pour le vêtement se fit alors jour qui s’exprima de multiples manières. On mit en avant la qualité. A cet égard, la chaussure eut droit à une attention particulière. Certaines marques (Weston, Church’s) firent l’objet d’une sorte de culte, notamment de la part des jeunes. La quête de l’ « authentique » fit la fortune des fripiers. L’Angleterre – l’immuable Angleterre – devint une terre promise. Les marques à consonances anglo-saxonnes se multiplièrent (Oliver Grant, Façonnable…) Philippe Noiret endossa le costume du « gentleman farmer  à la française » (je cite Farid Chenoune) ; il joua son rôle à la perfection.


philippe-noiret-foulard.jpgPhilippe Noiret    

 

Le style BCBG – avatar hexagonal du style Preppy – atteignit son apogée. Dans le dernier tiers de la décennie, une vague néo-classique déferla. Les figures du bottier, du chemisier (à distinguer, s’il vous plaît, du vulgaire marchand de chemises), du tailleur furent vénérées. L’élégance – corollaire naturel du classicisme – fut redécouverte. Des guides et des essais tentèrent d’en percer les mystères : Bernard Lanvin publia un Guide de l’élégance masculine en 1987. La même année, Tatiana Tolstoï sortit De l’élégance masculine. En 1990, ce fut au tour de James Darwen de publier son fameux Chic anglais – histoire, en somme, de clore la décennie en beauté !


Bernard-lanvin-le-guide-de-jpg

 

tatiane-tolstoi.jpg 

james-darwen-couv.jpg 

 

Dans un passage drolatique du Guignol des Buttes-Chaumont, Guy Marchand évoque les conséquences morbides qu’eut sur lui la double influence de Philippe Noiret et de James Darwen. A cause d’eux, il finit par sombrer dans un « dandysme presque pathologique », une « maniaco-dépression à tendance fétichiste » dont il ne parvint à se défaire qu’en « vendant sa garde-robe aux puces de Saint-Ouen » !

Cas extrême. Cas à part. A ma modeste place, je peux témoigner de ce que m’apporta ce renouveau vestimentaire. Pendant quelques années, je me suis senti pleinement de mon époque. L’élégance y avait droit de cité. On trouvait encore des tailleurs, jusque dans de petites villes, et leurs prix étaient raisonnables. Je signais mes tenues d’une pochette de soie (… accessoire dont, pourtant, Tatiana Tolstoï circonscrivait l’usage à quelques situations particulières !) Pour mes chemises, j’avais choisi le col anglais (… type de col que, pourtant, vilipendait James Darwen !)

Plus j’y pense, et plus je m’aperçois combien ces années et celles que nous vivons ont de points communs : les enseignes à consonances anglaises (Wicket, Henry Cotton’s…) ; la vogue Preppy ; la fascination pour le bespoke ; le goût du vintage ; le retour des codes et d’un certain classicisme… Pourquoi, alors, les années que je vis me semblent-elles étrangères ? Pourquoi ce sentiment de vivre en décalage – en spectateur (critique) et non en acteur (enthousiaste) ?

La réponse est simple, banale et… définitive : parce que j’ai vieilli !

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 06:42

L’évolution des mœurs est une affaire de signes. Le 21 novembre dernier, François Hollande recevait en urgence l’association Inter-LGBT (lesbienne, gay, bi et trans) pour rassurer la toute petite communauté qu’elle représente après que, la veille, il eut ébranlé ses membres en renvoyant les maires, sur le « mariage pour tous », à leur «  liberté de conscience ».

Nul n’aurait imaginé voici quelques années qu’une association de ce (trans -) genre soit reçue à l’Elysée. Nul n’aurait imaginé non plus que le mariage dit « pour tous » puisse un jour exister. Mais mon sujet n’est pas là. Depuis Carrier, les chouans savent du reste ce qu’il faut penser des « mariages républicains ». L’évolution dont je veux parler est d’ordre vestimentaire. Les deux représentants de l’association susmentionnée se sont en effet présentés devant le président de la République habillés comme tous les jours. Pas de costume, pas de cravate. On aurait dit que ce gentil couple s’était rendu directement à l’Elysée après avoir fait ses courses à la supérette du coin :

 

assoc-gay.png 

      
Les mêmes, auditionnés par la Commission des lois de l’Assemblée nationale le 6 décembre, étaient pareillement mal vêtus.

Afin de ne pas être soupçonné d’homophobie – ce  genre d’anathème tombant vite par les temps qui courent -, je puiserai mon second exemple ailleurs. Voyez dans quelle tenue l’écologiste Nicolas Hulot a rencontré ce même 6 décembre François Hollande :

 

nicolas-hulot.jpg

 

Certains verront dans ce mépris des codes un « progrès » - mot magique qui, assimilant d’emblée le contradicteur éventuel à un obscurantiste moyenâgeux, dispense celui qui l’utilise d’argumenter. D’autres – dont je suis – y liront plutôt un recul de la civilisation. « Bah ! diront les premiers, tout président qu’il est, François Hollande est un homme comme les autres ! » Les plus cultivés d'entre eux citeront Montaigne : « Si haut que l’on soit placé, on n’est jamais assis que sur son cul. »  - et ils le citeront d’autant plus volontiers que cette phrase a l'avantage de chuter sur « son cul » - , je veux dire, de contenir un mot grossier.

Je me pose une question : n'est-il pas étrange qu’on puisse entrer à l’Elysée dans une tenue qui nous fermerait les portes d'une discothèque ou d'un casino ? Dans ces endroits-là au moins, un « dress code » reste en vigueur.

Moi, si par un hasard incompréhensible je me trouvais invité à l’Elysée, je mettrais mon plus beau costume dans lequel je tremblerais un peu … même si je sais bien que notre président est un homme « normal », tout ce qu’il y a de plus « normal ». Et je saurais gré à François Hollande de me recevoir avec une cravate. Même moche et tordue. 

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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 06:29

Il y a deux ans, la vague Preppy déferlait dans nos magazines. Que reste-t-il de son passage ? Pas grand-chose, comme on pouvait s’y attendre. Il faut dire qu’utilisé sans doigté ou à contretemps, ce style peut facilement se révéler caricatural. L’homme mûr qui l’adopte risque d’avoir l’air d’un vieil étudiant :


tommy-hifliger-en-preppy.jpgTommy Hilfiger, spécialiste du style Preppy

 

Sur un jeune homme, l’effet « bourge » est quasi inévitable.

Si influence Preppy il y a, c’est sur la jeune fille/femme qu’elle est surtout repérable. Qui s’en plaindra ? Le look Blair Waldorf, même atténué, est tout de même plus seyant que les « no look » tristes qui dominaient avant.


blair-waldorf-def.jpg

 

                                                            *

 

Un mot sur Hilfiger : j’aime beaucoup les récentes campagnes publicitaires de cette marque, qui mêlent des mannequins de générations différentes :


tommy-hifliger-pub-un.jpg 

tommy-hifliger-pub-deux.jpg

 

Dans la famille Aigle, ne demandez pas, en revanche, la grand-mère ou le grand-père : un gros ours les a avalés à son petit déjeuner :


aigle.jpg Photo : BETC; Bo George    

 

Décalé, mais pas drôle. Question humour, Aigle ne vole pas haut.

 

                                                             *

 

The Sartorialist me déçoit. De plus en plus de looks et de moins en moins de style ; de plus en plus de femmes et de moins en moins d’hommes ; de plus en plus de jeunes et de moins en moins de personnes mûres ou âgées. Prenez le mois de septembre dernier : les photos dignes d’intérêt se comptent sur les doigts d’une seule main. Encore, le plus beau cliché est-il un cliché vintage :


the-sarto-vintage.jpg  The Sartorialist, septembre 2012

                                                      

                                                           *

 

Eprouvez-vous, comme moi, le sentiment d’être en décalage – de vivre, comme le disait le poète, « la vie à côté » ? « Qu’importe ! » ajoutait aussitôt celui-ci « J’aime la beauté ! » Moi aussi j’aime la beauté ; pour moi aussi elle est une consolation. Malgré tout, je suis loin d’avoir acquis le détachement de ce poète philosophe. C’est tous les jours que mon époque me blesse. Vous voulez un exemple ? Ces lignes, que j’ai lues dans un quelconque magazine : « Pour Benjamin Patou, le roi des nuits parisiennes, le nom de Jean Patou, son arrière-grand-oncle, n’évoque rien : il ne l’a pas connu et n’en a pas hérité. Alors pourquoi faut-il toujours qu’on lui rappelle sa parenté avec le créateur du parfum Joy ? »


patou-copie-1.jpgJean Patou

 

Le nom de son arrière-grand-oncle ne lui dit rien parce qu’« il ne l’a pas connu »… Quel manque de curiosité et de sensibilité ! Et Platon, qu’il n’a pas connu, ça lui dit quelque chose ? « Il n’en a pas hérité »… Quelle goujaterie ! Ce roi plein de divertissement m’a tout l’air d’un triste sire ! Mes jours sont plus beaux que ses nuits – aussi parisiennes soient-elles.

 

                                                               *

 

La jumpology dont j’ai parlé une autre fois – a de beaux rebonds devant elle ! Certes, les mannequins de Lacoste ont cessé, depuis peu, de léviter… Mais, cette saison, ceux de Cyrillus ont pris la suite :


cyrilius.jpg Cyrillus, catalogue automne-hiver 2012-2013    

 

Qui sait, les mannequins d’Eminence ou de Petit bateau feront bientôt la même chose pour vanter les slips… kangourou ! Et regardez la photo qui ouvrait le supplément Styles de L’Express consacré cette rentrée à l’Homme :


express-jumpo-copie-2.jpg

 

La jumpology ? C’est tout bond !

 

                                                                 *

 

Extraits du même supplément Styles de L’Express, ces clichés qui font peur :


carven-costume.jpg

carven-rose-jaune.jpg 

carven-manteau.jpg

 

 

Les vêtements sont signés Guillaume Henry, responsable des collections Homme chez Carven. « L’homme Carven est un personnage nouveau mais enraciné, dont l’élégance naturelle le dispute à une certaine maladresse », dit Guillaume Henry, que la journaliste Katell Pouliquen (un bien joli nom - parole de chouan !) surnomme « le petit Nicolas de la mode ». L’emblème de la ligne est un pin’s bonnet d’âne :


pin-s-carven.jpg 

 

« Très second degré », précise la journaliste. Me voilà rassuré. Encore un peu, et j’allais prendre ce petit Nicolas pour Clotaire !

La collection dessinée par Henry nous prouve en tout cas que Slimane n’a pas fini de faire des ravages. A Slimane, je ne saurai jamais gré que d’une chose : d’avoir décidé Karl Lagerfeld à suivre un régime draconien pour pouvoir entrer dans ses vestes ajustées.


lagerfeld-ss-lunettes.jpg... Et tout à coup Karl Lagerfeld eut l'air humain !

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