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10 septembre 2014 3 10 /09 /septembre /2014 07:18

Ces dernières semaines, deux images de François Hollande ont frappé la rétine et les esprits.

La première a été publiée par Voici dans son édition du 15 août. Photo volée, qui montre un François Hollande vêtu seulement d’un short, assis en Bouddha sur une terrasse, décoiffé, le corps luisant de crème solaire et de transpiration. Photo ignoble, qui, à juste titre, a révolté plus d’un adversaire de notre président. Carl Meeus du Figaro a pertinemment tweeté : « Les photos de Voici sont horribles pour le chef de l’Etat. Quel autre président a été traité ou est traité de cette façon ? »

Quelque temps auparavant, un reportage de Paris-Match consacré à Nicolas Sarkozy et à sa femme m’avait amusé : miraculeusement, la différence de taille entre l’un et l’autre n’était visible sur aucune photo !


sarko-carla.jpg

 

Vous me direz que Paris-Match n’est pas Voici. Paris-Match aime à sublimer, via photoshop s’il le faut, les grands de ce monde… même quand ils sont petits et replets ! On se souvient des bourrelets gommés du même Sarkozy pagayant presque nu quelque part aux Etats-Unis en août 2007.


sarkozy-bourrelet.jpg

 

Ces retouches m’avaient autant choqué que l’exhibition – volontaire celle-là – de notre président d’alors. Qui s’expose prend des risques. La révélation du trucage fit rire aux dépens des truqueurs. Qu’allait-il faire dans cette galère (… ce canoë) ? Le retour de bâton (… de pagaie) était bien mérité.

Les propos par lesquels la rédactrice en chef de Voici a justifié la publication de l’affreux cliché de François Hollande (j’y reviens !) méritent d’être cités : « Ce sont des photos de vacances banales, qui n’ont rien de dégradant, il n’est pas à quatre pattes par terre. » Une photo de vacances de la sorte, quelle personne douée d’un minimum de délicatesse ne l’enverrait à la poubelle ? La suite de la citation met à nu la qualité morale du personnage. Point besoin d’insister.

Un argument en faveur de la publication était néanmoins recevable : on pouvait avancer que François Hollande l’avait bien cherché ; qu’il était bien placé pour savoir qu’il n’était nulle part à l’abri d’un téléobjectif de paparazzi. Contre ce genre d’engin, nulle crème solaire écran total… nul casque intégral ne sont efficaces. La solution, c’est d’être sage. De mettre entre parenthèses, le temps du quinquennat, bains de soleil... et de volupté.

La seconde image est plus récente. Elle date du 25 août dernier. François Hollande, à l’Ile de Sein, prononce un discours à l’occasion du 70e anniversaire de la Libération. Les éléments sont déchaînés. Un vrai temps de chien. Un vrai temps de Sein. Le président, détrempé, déroule coûte que coûte son discours. Constellés de gouttelettes, les verres de ses lunettes à la Mik Ezdanitoff ont l’air brisé.


hollande-sein.jpg

 

Goguenards, des journalistes ressortent pour l’occasion – l’occasion est trop belle ! - le dicton des marins : « Qui voit Sein voit sa fin. » Visiblement pris de court, les communicants de l’Elysée tenteront cette explication : « Ce matin à l’ile de Sein, le président a fait face aux conditions climatiques difficiles pour honorer la mémoire des 128 résistants Sénans qui ont combattu de 1940 à 1945 par tous les temps et sur tous les terrains. »

Cette justification emphatique et d'assez mauvais goût ne fit qu’aggraver les choses. Le mal était fait, relayé et amplifié par les médias étrangers. Chercher à donner du sens en liant le fond et la forme n’était pourtant pas idiot. Quand, en décembre 1964, André Malraux prononça son fameux éloge de Jean Moulin, le froid pinçait, le vent grondait. Mais sa voix, mais ses paroles, inspirées, épiques, se mêlèrent au vent, s’accordèrent au froid. Tableau saisissant, animé par le verbe magique d’un poète à la hauteur de l’événement – à la hauteur des éléments.


malraux-jean-moulin.jpg    

 

Mettez de Gaulle à la place de Hollande - même lieu, même action... même temps -, et l'image fait légende. Mystère du charisme, pouvoir d'un ton, force des mots.

A Sein, François Hollande réussit le prodige de buter plusieurs fois sur des mots aussi plats que le relief de l’île ! Il avait ce maintien raide, maintenant habituel, qui lui tient lieu de majesté. La pluie ? A force d’en recevoir depuis le premier jour de son quinquennat des hectolitres sur le paletot, il a développé contre elle une résistance surhumaine. Je le soupçonne même d'avoir fini par l'aimer. Ainsi s'expliquerait son refus d'être protégé. Oui, sous le déluge de Sein, il faut imaginer Hollande heureux !

... Valéry Giscard d'Estaing restera dans l'histoire comme le plus jeune président de la Ve République; François Hollande, le pluvieux.

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30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 09:33

hollande solidaysFrançois Hollande, "réenchanteur du rêve français", à Solidays, 29/06/14

 

valls veste 25 avrilManuel Valls, 25/04/14. Fred Dufour, AFP.
Naguère, un sénateur socialiste avait confié que Valls "soignait son look afin de se faire une place aux Guignols" (L'Express, n°3199). Maintenant que son statut de Guignol ne saurait lui être contesté, pourquoi une telle obstination ?

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24 juin 2014 2 24 /06 /juin /2014 06:12

Jacques Henri Lartigue fut le photographe d'une modernité heureuse. Il aurait pu faire sienne la devise d'Apollinaire, le chantre de L'Esprit Nouveau : « J'émerveille ! » Son merveilleux n'est plus celui des contes : l'automobile a remplacé le carrosse et l'avion, l'oiseau bleu. A la baguette, la fée électricité ! La photographie et le cinématographe ont sacré reine l'image : « Quelquefois, le jeudi, on va au grand magasin Dufayel... On arrive au "cinématographe"...  On y voit toutes sortes de choses du pays des fées... On voit l'inventeur arriver sur la lune. C'est un magicien extraordinaire. Il s'appelle Méliès...(1) » Le petit Jacques est né sous une bonne étoile : à la maison, il peut compter sur un magicien encore plus fort que Méliès : son père. « Papa, il ressemble au Bon Dieu (c'est peut-être même lui, déguisé ?) »  Pour ce père riche et aimant, l'éducation se résume à ce principe unique : rendre ses deux fils heureux. Toutes les prières de Jacques sont exaucées par ce bon Dieu domestique. En 1906, à huit ans, il reçoit son premier appareil photographique. De 1908 à 1914, son frère aîné - surnommé Zissou - invente de drôles de machines roulantes, flottantes, volantes, qui envahissent le château familial de Rouzat. Papa paie, encourage, et Jacques photographie :


zissou.jpgZissou, 1911


lartigue-machine-volante.jpgRouzat, 1909

 

Dix-sept ans : première caméra. Vingt ans : première automobile, une Bébé-Peugeot, « la plus petite voiture du monde et la plus légère aussi, croisement d'un jouet et d'une voiture de course (2). » 

 

lartigue-bebe-peugeot.jpg« La terre entière semblait m'appartenir quand je partais seul au volant de ma petite voiture » 

 

Lartigue gardera toute sa vie la passion de l'automobile. En 1921, son père fait l'acquisition d'une Hispano-Suiza 32 HP, carrossée par Labourdette - « le premier exemplaire en France et le deuxième après celle du roi d'Espagne Alphonse XIII »  -, avec laquelle Jacques va effectuer de nombreux voyages : « L'Hispano est une grande voiture ouverte, sans capote ni pare-brise. Chaque promenade est une prodigieuse aventure à travers les éléments. La pluie. Le vent. Le soleil. Le froid. La griserie de la traversée l'emporte sur le confort. Le voyage (...) doit être vécu totalement et appelle son équipement : un grand manteau de caoutchouc, le parapluie du chauffeur, un serre-tête en cuir, de grandes lunettes en mica qu'on remplace quand il pleut par des lunettes tout en métal avec de petites fentes au ras de l'œil. » 


lartigue-hispano-copie-1.jpg

 

A lui, en 1926, une Amilcar carrossée sur mesure. Bien plus tard, dans les années cinquante, il s'offrira une petite Morgan décapotable pour descendre dans le Sud... et remonter dans le temps !

Lartigue, qui décéda à 92 ans, connut toutes les monstruosités du XXe siècle. Mais il fit comme si elles n'avaient jamais existé. Si quelques-unes apparaissent dans son œuvre, c'est, pour ainsi dire, à titre d'anecdotes. Au fond, il traversa la modernité avec un esprit Belle-Epoque. De la modernité, il ne retint que le visage aimable qu'elle offrait au début du siècle, quand elle se donnait des airs de « nouvelle Renaissance » . La modernité ne fut d'ailleurs pas son souci. On ne peut trouver moins théoricien que lui. S'il partagea l'enthousiasme d'une génération d'artistes pour les progrès de la technique, ce ne fut pas par adhésion intellectuelle, mais parce que, tout simplement, cet enthousiasme rejoignait ses goûts - et, d'abord, celui de la vitesse.

Sa vie et son œuvre sont celles d'un esthète et d'un merveilleux dilettante. Jeune homme, il ne se trouve pas beau : «  A seize ans, je me promenais avenue Victor-Hugo et je me suis aperçu dans une glace. J'ai été très vexé. Je me suis dit : qu'est-ce que c'est que ce type avec les mains qui pendent ? Un seul moyen : faire du sport. » Gymnastique, athlétisme, golf, boxe, tennis, ski... tous les exercices lui sont bons pour roidir ses muscles ! Celui qu'il est devenu à vingt ans ne le satisfait pas encore ; dressant son autoportrait à la troisième personne : «  Au physique : il est grand, pas gracieux, mince (trop), il a des yeux bleus (et en est très content) (...) il lui reste encore quelque chose de l'âge ingrat. » Le conseil de révision l'ajourne pour raisons de santé. Il mesure 1,78 mètre pour 58 kilos et il a un souffle au cœur.


lartigue minceCap d'Antibes, 1918

 

Un autre bon moyen d’améliorer son apparence consiste à s’habiller avec le maximum d’élégance. Il connaît les bonnes adresses : « Le meilleur coiffeur de Paris, c’est Ernest, chez Achille, place de la Madeleine. Le meilleur chemisier : Doucet, rue de la Paix. Le meilleur tailleur : Jasko, rue Tronchet, qui façonne les costumes sans aucun ouvrier et n’habille que les clients qui lui plaisent. Le meilleur bottier, c’est Bunting, rue des Petits-Champs. » Il a conscience que l’élégance naît d’un accord mystérieux entre la tenue et l’environnement. Le passage qui suit, daté de 1921, reflète les hésitations d’un temps où une classe de privilégiés, qui a accès aux loisirs, tâtonne entre respect de la tradition et aspiration à la décontraction : « 24 mai. Cap d’Antibes. Ah ! Tous ces clients de notre hôtel, comme ils sont désolants et désolés, avec leurs costumes de citadins, sous cette lumière ! Pis qu’affreux : ils sont vieux ! Même les jeunes. Guindés, empesés comme leurs cols. Hier, pourtant, j’ai aperçu une femme jeune, en robe blanche, tête nue et souriante sous le soleil. On eût dit une mésange égarée parmi des corneilles. (…) Nous l’avons revue aujourd’hui, accompagnée d’un homme genre « sport », c’est-à-dire en chandail, et en espadrilles, qui vont mieux avec le paysage et la lumière que les bottines craquantes et cirées des messieurs qui ont peur du soleil. »

Sur les clichés de sa jeunesse, Lartigue a l’élégance aérienne d’un Fred Astaire :


lartigue-couleur.jpgJacques Henri, gilet orange, 1913

 

lartigue-saut.jpg1914

 

lartigue-bateau.jpg1918


lartigue-64.jpgAnnées 20

 

lartigue-174.jpg1926    

 

lartigue-176.jpg1926    

 

« Physiquement, écrit Martine d’Astier, Jacques est un elfe élégant qui, même à la fin de sa vie, conservera la silhouette d’un enfant (…) ». Mais, en vieillissant, Jacques perdit ses repères… Il rangea l’élégance au vestiaire, rabattit bizarrement ses cheveux en avant, ne porta plus que des pulls à col roulé et des chaussures de loisirs à semelle caoutchoutée, privilégia le blanc. Il tenait alors du vieux clown et de la vieille femme…


lartigue-age.jpg1981. Copyright Estate of Yousu/karsh    

 

Comment une telle métamorphose peut-elle s’expliquer ?...

Retenons plutôt les belles images qu’il nous a laissées de ses relations et proches.

Zissou :


zissou-santos.jpg1920. Avec Santos-Dumont, chevalier du ciel à la triste figure


Monsieur Plantevigne :


monsieur-plantevigne-def.jpgVillerville, 1906


Scapini, aveugle, qui deviendra ministre sous Pétain :


scapini-def.jpg1917

 

Le tennisman Decugis :


decugis.jpg1919

 

Et, pour le plaisir, ces clichés de Renée et de Florette, deux des – belles - femmes aimées par Lartigue :


renee-perle.jpg Renée1930    

      
 

florette-peignoir.jpgFlorette, 1942 La modernité de ce cliché n’est-elle pas étonnante ?

 


florette-copie-2.jpgFlorette, 1944

 

« Ma seule richesse, c’est ma liberté », assurait Lartigue. Certes, mais cette richesse, évanescente comme le rêve, était en grande partie tributaire de la richesse - bien matérielle celle-là - de son entourage. Etre né dans un milieu ultra-privilégié et savoir s’entourer d’amis fortunés adoucissent forcément l’existence. Lartigue fut maître dans l’art de profiter des circonstances. Mais il sut aussi s’adapter quand celles-ci devinrent moins favorables. Pendant la guerre, désargenté, il troqua par exemple quelques-unes de ses peintures contre une chambre d’hôtel… mais pas n’importe lequel : le Grand Hôtel de Cannes ! « Vous avez connu la pauvreté ? » lui demanda un jour l’écrivain Hervé Guibert. « Oui, répondit Lartigue, avec Florette, d’une façon extrêmement spéciale. D’un côté, j’étais complètement habitué au luxe de Paris qui m’adorait, j’étais invité chez Maxim’s et je n’avais pas de quoi prendre le métro. » Ainsi réussit-il, malgré tout, le prodige d’échapper sa longue vie durant à la torture du travail imposé. Salarié, il le fut à peine une semaine : « Mon "travail" consiste à lire des journaux de cinéma (…) Chaque minute qui passe me rapporte de l’argent (…) C’est la première fois que mon temps n’est pas inutile : c’est la première fois que j’ai vraiment l’impression de le perdre et cela me semble un blasphème. » Car sa vraie vie est ailleurs.

Toute son énergie, Lartigue la met, en effet, à la poursuite d’un rêve : prendre le temps au triple piège de la photographie, de l’écriture (son journal) et de la peinture. Exigence personnelle et sacrée qui échappe aux lois de l’utilité. Entreprise absolument désintéressée et, par là-même, socialement improductive. Son emploi du temps était apparemment celui d’un mondain – voire d’un parasite : « Soirées chez Boucard. Soirées chez Van Dongen. Courses dans Paris. Courses d’autos. Courses de chevaux. Répétitions générales. Nouveaux films. Inauguration de boîtes de nuit, de bars, de restaurants. Thés de gala. Thés chez Domergue. Garden-partys. Expositions… » Mais, de même que Proust a nourri son œuvre de sa fréquentation de la haute société, ainsi Lartigue a irrigué la sienne de sa familiarité avec « le beau monde ». L’un comme l’autre n’ont jamais travaillé et ont traîné une réputation d’aimables amateurs. Pourtant, leur temps ne fut pas perdu ! Ils s’acharnèrent dans l’accomplissement de leur vocation. Et, au bout du compte, la société s’y est largement retrouvée ! Les paresseux ne sont d’ailleurs pas toujours ceux qu’on croit. Comme le disait si bien Lartigue : « J’ai trop de mépris pour cette espèce de paresse qui consiste à attendre que le temps passe et à souhaiter qu’il passe… puisqu’il est payé. »

Existe-t-il des vies parfaites ? Si oui, il y a des chances pour que la vie de Lartigue fasse partie du nombre. Le destin le gâta – ou plutôt la providence, puisqu’il croyait en Dieu avec la foi du charbonnier. Il aima et fut aimé. Il composa patiemment une œuvre unique (« la première autobiographie multimédia » selon Elvire Perego, Encyclopaedia universalis, 1987), sans souci de reconnaissance mais en se laissant seulement guider par l’exigence de son sentiment. La célébrité arriva assez tard pour ne pas l’abîmer. Certes, l’homme n’était pas exempt de défauts. « Mon égoïsme m’effare », avoue-t-il dans son journal. Ailleurs : « C’est toujours cet être sans cœur qui me fait tout juger en spectacle et qui m’empêche de pleurer… » On peut aussi regretter que la dimension tragique soit absente de son œuvre. Mais pouvait-il en être autrement ? Lartigue réussit à nous faire croire que la beauté et l’élégance peuvent régner sur le monde. Et que l’amour de la vie est la meilleure façon d’apprivoiser la mort : « Je crois que j’aime tant la vie que j’en arriverai presque un jour à aimer la mort. » Derrière la pirouette, une leçon de vie digne de Montaigne.

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1. Citations et illustrations sont extraites de Jacques Henri Lartigue, Une vie sans ombre, Marine d’Astier Découvertes Gallimard, et de Lartigue, L’Album d’une vie, Centre Pompidou, Le Seuil
2. Pour l’anecdote, Lartigue et sa voiture apparaissent dans L’Empreinte de la Patrie, un film patriotique de Louis Mercanton qui date de 1916. Lartigue y conduit lui-même sa petite Peugeot déguisé en soldat anglais.

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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 06:31

Les dandys et les élégants vieillissent souvent mal. La fatalité en a rattrapé beaucoup. A la ruine financière (Brummell, d’Orsay, Beauvoir, Wilde) s’est ajouté quelquefois la ruine physique (Brummell, Wilde). Le ridicule ne tue peut-être pas, mais, chez ces hommes d’exception, il annonce souvent la fin. Exilé à Caen, Brummell, dont l'esprit alors vaguait, se toqua de sa perruque : « Il n’ôtait plus son chapeau dans la rue quand on le saluait, de peur de déranger sa perruque », raconte Barbey (1).

 

brummell-caen.jpg Gravure de Brummell à Caen, en 1838. "Eheu ! Quam mutatis " (Hélas ! Quelle transformation !), dit la légende.

 

Il faut voir dans quel accoutrement Barbey lui-même, devenu vieux – il avait  77  ans –, reçut Edmond de Goncourt : «  Il est vêtu d’une redingote à jupe qui lui fait les hanches comme s’il avait une crinoline, et porte un pantalon de laine blanche qui semble un caleçon de molleton à sous-pieds (2). » En 1916, le jeune Paul Morand se moque avec talent de l’élégance démodée de Boni de Castellane : « Boni de Castellanne rentrant ses mentons dans son buste ; bottes vernies, jaquette brodée, gants blancs à baguettes noires, grosse cravate, gilet clair, l’air trop lavé, oxygéné de sa personne ; « blanchi », comme disent les cuisinières d’un légume ébouillanté (3). » Un enterrement littéraire de première classe !

 

boni-de-castellanne.jpgBoni de Castellanne par Nadar

 

Fred Astaire et Cary Grant sont deux acteurs de référence en matière d’élégance. Pourtant, sur le tard, l’un comme l’autre se sont laissés aller à de coupables négligences. Pour dissimuler sa calvitie et habiller son crâne volumineux, le premier recourut à un désastreux postiche, ses tenues restant néanmoins remarquables, malgré quelques concessions à la mode du temps.

 

fred-astaire-age-def.jpgFred Astaire à 87 ans. Photo : Richard Schulman.

 

Le second finit par ressembler à un quelconque retraité américain fortuné. Il s’empâta, chaussa de trop grosses lunettes d’écaille, porta des vestes aux épaules trop étroites, semblant oublier que la grosseur de sa tête exigeait, au contraire, une compensation de carrure.

 

cary-grant-age.jpg

 

Le duc de Windsor et Gianni Agnelli restent deux icônes du style. Avec l’âge, le duc se voûta et l’Avvocato forcit. Ni l’un ni l’autre ne renoncèrent toutefois à ce qui fit leur légende : les dérapages contrôlés – autrement dit : les trouvailles raisonnées. L’ennui, c’est qu’ils dérapèrent de plus en plus et contrôlèrent de moins en moins. Il manquèrent, dans l’audace, de ce tact dont Cocteau a si bien dit qu’il consistait à « savoir jusqu’où aller trop loin. »

 

Windsor--chaussettes-Argyl.jpgVieux clown...

 

gianni-agnelli-saint-moritz.jpg... et vieux beau. 1976, Saint-Moritz.

 

gianni-agnelli-chaussures.jpgBrodequins d'alpiniste et costume croisé...

 

La jeunesse fait passer des audaces ; la vieillesse aussi. Mais ce ne sont pas les mêmes. Par exemple, un jeune homme ne sera pas forcément vulgaire avec une chemise largement décolletée et un homme âgé arborera sans risquer l'affectation canne et chapeau.

Le phénomène n’épargne pas les femmes. Prenons Coco Chanel, parce que, pour Françoise Dolto, elle représentait une possible figure de dandy au féminin (4) et parce qu’elle continue d’incarner une certaine image de l’élégance à la française. Eh bien ! Elle aussi vieillit mal, parce que trop maquillée, parce que trop teinte, parce que trop bijoutée – en un mot, parce que trop Coco-Chanelisée. Elle-même se plaisait pourtant à répéter : « Une femme élégante doit pouvoir faire son marché sans faire rire les ménagères. Ceux qui rient ont toujours raison. »

 

coco-chanel-agee.jpg

 

On aimerait croire qu’une pratique de toute une vie de l’élégance et qu’une connaissance ancienne des règles préservent des égarement dus à l’âge. C’est sans compter le mystérieux travail de sape (sans jeu de mot) de la vieillesse - ce naufrage.

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1. Du dandysme et de George Brummell, Barbey d’Aurevilly.
2. Journal, Edmond et Jules de Goncourt.
3. Journal d’un attaché d’ambassade, Paul Morand.
4. Le Dandy, solitaire et singulier, Françoise Dolto.

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14 mai 2014 3 14 /05 /mai /2014 06:54

Certaines activités incitent pour ainsi dire naturellement ceux qui s’y adonnent à s’intéresser, sinon à l’élégance, du moins à l’apparence. La peinture, qui exige un travail sur les matières, les couleurs et les formes, est de celles-là. L’histoire de la mode illustre amplement ce propos. Il y eut l’artiste romantique, tel le peintre Achille Devéria qui, ainsi que l’écrivit Théophile Gautier, avait le « goût des ajustements fastueux comme un Vénitien du XVIe siècle, du satin, des damas et des joyaux. »


achille-deveria.jpgAchille Devéria par Louis Boulanger

 

Il y eut l’artiste « bohème » du Second Empire qui, comme le précise Jean Claude Bologne dans sa remarquable Histoire de la coquetterie masculine (Perrin), « est fier de ses habits de rapin qui témoignent d’un art sans compromission. » Ce style traversa tout le XXe siècle, devenant, à mesure que le temps passait, de plus en plus caricatural et folklorique. On peut en trouver des résurgences aujourd’hui encore du côté de la place du Tertre où, pour complaire aux touristes, des peintres se conforment au cliché du rapin montmartrois – feutre à large bord, casquette gavroche, barbe et cheveux longs, lavallière et cape. La panoplie est rarement complète : un élément suffit le plus souvent, que le peintre adopte et adapte et qui devient comme une seconde signature.

Nombreuses sont les figures de peintres qui, au XXe siècle, vont imposer leur singularité par leur apparence. Il ne s’agit plus, alors, de se fondre dans un groupe par la reprise de codes vestimentaires, mais de revendiquer sa différence – soit son génie – par un habit inédit et volontiers provocateur.

Modigliani porte, écrit André Salmon, « comme un habit royal son costume de velours » (L'Air de la Butte, mémoires, Arcadia) :


modigliani-def.jpg 

 

Picasso (1) et Braque s’accaparent le bleu de mécano. Salmon nous apprend que Braque accompagne le sien d’un « magnifique melon gris ou beige ».


picasso-ouvrier.jpgPicasso en costume d'ouvrier. Source : 100 ans de mode masculine, Eyrolles

 

Van Dongen se distingue en « chandail à manches longues en laine bleu marine, pantalon de grosse toile et pieds nus dans des sandales à lanière » (C. Lepape et T. Defert, Georges Lepape ou l'élégance illustrée, Hersher). Kisling fait sa mue vestimentaire, « léguant, dit Salmon, sa première garde-robe aux figurants de la vie de bohème pour épater Montparnasse avec une silhouette qui se peut dire de zingueur-plombier lapon ». Foujita est le plus extravagant de tous. Il débarque à Paris en 1913 en redingote et casque colonial. Jean Claude Bologne écrit à son sujet : « Son esprit de provocation lui dicte sans doute ses redingotes mauves ou ses cravates à larges motifs. (…) Il amuse la rive gauche familière de ces audaces, mais provoque de véritables émeutes dès qu’il se risque sur la rive droite. Les attroupements nécessitent parfois l’intervention de la police ! La Première Guerre mondiale ne met pas fin à son souci d’originalité : il taille lui-même ses costumes dans des rideaux ou des corsets, coud ses chemises et arbore des bijoux voyants ; la frange scrupuleusement à l’horizontale, le petit carré de moustache et les lunettes rondes qui le distingueront jusqu’à la fin de sa vie contrastent par la rigueur des formes avec l’exubérance de la tenue. »


foujita.jpg

 

En ces temps de foisonnement créateur, certains artistes vont plus loin et rêvent de révolutionner le vestiaire de l’homme : les Futuristes italiens théorisent sur le sujet. Le 20 mai 1914, Giacomo Balla publie le Manifeste futuriste de l’habillement masculin dans lequel il célèbre l’asymétrie, le confort, l’hygiène, les explosions chromatiques. Le vêtement doit s’adapter au monde moderne et urbain. Ernesto Michahelles – connu sous le pseudonyme palindromique de Thayaht – conçoit en 1919 sa célèbre Tuta, vêtement universel – pour ne pas dire totalitaire :


thayaht-copie-2.jpeg

 

Cette rationalisation délirante du vêtement a heureusement fait long feu.

Chez nous, Robert Delaunay et sa femme Sonia inventent le vêtement « simultané ». Apollinaire les appelle « les réformateurs du costume ». Là où souffle l’Esprit nouveau, l’auteur de « Zone » est présent. Ecoutons-le décrire quelques tenues de son ami Robert : « Voici un costume de M. Robert Delaunay : veston violet, gilet beige, pantalon nègre. En voici un autre : manteau rouge à col bleu, chaussettes jaunes et noires, pantalon noir, veston vert, gilet bleu de ciel, minuscule cravate rouge. »


robertdelaunay-gilet.jpg Robert Delaunay en gilet "simultané". Source : Des modes et des hommes.

 

Et quand Delaunay s’avise d’habiller cette « bergère » de Tour Eiffel – selon le mot d’Apollinaire -, c’est d’un habit d’Arlequin !


tour-eiffel-delaunay.jpg

 

Comparés aux peintres précédents, les Dada et surréalistes ont l’air bien sage; ces révolutionnaires sont mis comme de bons bourgeois :


juan-miro.jpgMiro

 

max-ernst.jpgMax Ernst

 

jean-arp-copie-1.jpgJean Arp


rene-magritte.jpgMagritte


Rares sont ceux qui dénotent ; Picabia, un peu :

 

francis_picabia-bicyclette.jpg

 

Tanguy davantage, coiffé comme le seront bien plus tard les punks :


Yves-tanguy.jpg

 

… et, beaucoup plus, l’excentrique Dali :


salvador-dali-moustache.jpg

 

Les fondateurs de l’abstraction ont une mise corsetée :

 

wassily-kandinsky.jpgKandinsky


piet-mondrian-hucleux.jpgMondrian par le peintre hyperréaliste Hucleux


kasimir-malevitch.jpgMalevitch

 

Mention spéciale à Georges Mathieu, représentant de l’abstraction lyrique, dont la figure haute en couleur fut le sujet d’un billet.


georges-mathieu-chemise.jpg" Figure haute en couleur", oui...

 

Chez les figuratifs, citons Balthus et Hockney. Un portrait du premier orne la couverture du livre de Farid Chenoune, Des modes et des hommes.


balthus-chenoune.jpg

 

A propos de Balthus, Philippe Noiret, qui l’a fréquenté, écrit dans ses mémoires : « Dès la première rencontre, j’ai été fasciné par cet homme qui me faisait l’effet d’un prince artiste, beau comme un dieu, élégant, mais d’une élégance tout à fait personnelle, hors des modes. » Cette rencontre eut lieu au début des années 50. Noiret reverra régulièrement Balthus plus tard : « Les vêtements qu’il portait n’avaient rien à voir avec les costumes de la plupart des gens. A Rossinière, en Suisse, où il avait un chalet, il revêtait volontiers un kimono, avec aux pieds des sabots scandinaves. Et par-dessus le kimono, il s’emmitouflait d’écharpes et de châles. Il enfilait aussi de gros pulls de chez Missoni, tricotés dans une laine magnifique, mélangée. Dans son allure, il avait quelque chose d’un saltimbanque. »


balthus-missoni-def.jpgBalthus en Missoni    

 

Avec ses grosses lunettes rondes et ses pulls multicolores, David Hockney a l’air d’un héritier lointain de Foujita :


david-hockney.jpg

 

Peu d’originalité chez les représentants principaux du pop’art :


Roy-Lichtenstein.jpgRoy Lichtenstein

 

robert-rauschenberg.jpgRobert Rauschenberg


jasper-johns.jpgJasper Johns

 

Andy Warhol fit de sa perruque argentée un élément distinctif, à la manière de Dali et ses moustaches pointues.


andy-warhol.jpg

 

L’apport de Warhol à l’histoire de la mode reste, à ma connaissance, limité. On le vit poser pour une publicité Gap. On sait, parce qu’il l’a écrit, qu’il se fournissait chez Mary’s à New York en caleçons classiques de Jockey et qu’il considérait les « Beatle boots » comme des œuvres d’art, l’expression n’ayant pas sous sa plume le même sens que sous la mienne…

Il aimait les pulls à col roulé. Une légende veut qu’il soit l’inventeur du look blazer-jean.

Les tenues de nos artistes contemporains ne sont guère emballantes. Même celles de Christo :


christo.jpgChristo et Jeanne-Claude

 

Soulages se fond dans ses toiles :

 

pierre-soulages.jpg

 

Buren ne porte pas de rayures :


daniel-buren.jpg

 

Jeff Koons ressemble à un homme d’affaires :

 

jeff-koons-copie-1.jpg

 

… et Damien Hirst… à pas grand-chose :


damien-hirst-ok.jpg

__________________________________________________________________________________
1. Sa biographie vestimentaire mériterait d'être écrite, aussi riche que celle d'un Cocteau.

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30 avril 2014 3 30 /04 /avril /2014 06:34

Voici quelques extraits d’une interview de Philippe Noiret publiée dans le numéro 3 de la revue Dandy, été 2004.

 

philippe-noiret-elegant.jpg

 

Aimez-vous suivre la mode ? Quels sont vos stylistes préférés ?

J’ai une méconnaissance totale des stylistes et des marques. Un homme qui a une prétention à l’élégance ne va pas confier à un styliste le soin de lui faire un costume ! Il se fera un costume qui lui ressemble. D’ailleurs, la notion de mode pour un homme est une absurdité. Moi, les courants, je m’en fous. J’ai mon style.

Y a-t-il des vêtements exclus de votre garde-robe ? Quel est votre style ?

J’évite certains modèles (ça dépend où j’en suis de mon régime !) mais je n’exclus pas grand-chose. J’ai des pantalons écossais, pas de kilts mais ça me tenterait assez… Pas de pantalon à pattes d’éléphant. Mon modèle c’est quand même mon père, qui donnait l’impression de ne jamais changer de tenue. Mon goût pour le beau vient de lui, et en retour je lui ai révolutionné sa façon de s’habiller. Au travail il portait toujours veste, gilet et cravate. Pendant sa retraite (il a vécu jusqu’à 94 ans), je lui achetais des chemises écossaises, des cardigans en cachemire rouge, des pantalons de flanelle. Il pouvait tout porter : son élégance était naturelle.

Son métier lui permettait-il d’entretenir ce goût pour l’habit ?

Totalement : il a travaillé toute sa vie dans le vêtement. Il se faisait tailler ses vêtements dans les coupons des maisons de couture, et gardait toujours la même coupe. A 14 ans, comme je faisais déjà 1m80, avec mon frère Jean, je piquais dans sa garde-robe. Il nous engueulait mais il laissait faire.

Avez-vous des matières et des couleurs préférés ? Beaucoup d’hommes élégants portent du noir, pas vous ?

J’aime les matières naturelles : soie, lin, coton ou laine. Et toutes les couleurs, en pagaille. Le goût de la couleur m’est venu vers la trentaine. Avant, j’étais en flanelle neutre et chemises bleues. Le tee-shirt noir sous le costume noir, pour moi, c’est le contraire de l’élégance. Tous ces hommes en noir, ce sont des cons ! Ils n’ont pas confiance en eux parce que porter une couleur, c’est se révéler un peu.

Comment se passent vos visites chez les tailleurs ? Qui sont-ils et comment les choisissez-vous ?

En fait, je me suis beaucoup habillé pour les films et souvent je garde ces vêtements qui ont une histoire. Je m’en suis fait aussi faire beaucoup d’autres, notamment à l’étranger où j’ai plus de temps. Dans les boutiques, je n’achète finalement que les chaussettes ! A Rome, mon tailleur était Rottuno (aujourd’hui décédé) et le chemisier Albertelli. A Londres, je vais chez Anderson and Sheppard et en France je prends tout chez Charvet. Je choisis ceux qui ont le goût du travail bien fait, avec qui je peux discuter des détails. J’aime choisir avec eux un tissu, son poids. C’est très amusant d’avoir leur avis.

Finalement, le luxe pour vous passe forcément par l’artisanat ?

Totalement. L’industrie du luxe est pour moi une notion absurde. Le luxe ne peut pas être une industrie. C’est une affaire d’homme à homme. Ca commence par faire connaissance avec des artisans et leur savoir-faire. Aujourd’hui j’ai à peu près tout ce qu’il me faut mais je ne me lasse pas de parler avec un tailleur ou un chausseur.

Côté passions, on a beaucoup parlé du cheval vous concernant ! Qu’aimez-vous faire le reste du temps ?

Rien. Je lis, je regarde des films. Je profite des deux luxes qui nous restent : le silence et le temps.

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22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 06:23

Vous connaissez ma curiosité pour les artistes en général et pour les écrivains en particulier. En ce bel aujourd’hui printanier, je vous invite à partir à la rencontre de quelques écrivains élégants d’autrefois. Le sujet est vaste. Un choix s’impose, subjectif et arbitraire comme tous les choix.

Aux Etats-Unis, il y eut Scott Fitzgerald, autrement plus élégant que son héros le plus célèbre, le nouveau riche Gatsby.


scott-fitzgerald.jpg

 

Citons aussi Dashiell Hammett, à l’élégance très « cinématographique ». « Il avait, disait Vladimir Pozner, dans sa démarche et sa façon de s’habiller une sorte de nonchalante élégance. »

 

dashiell-hammett.jpg

 

En Angleterre, plusieurs noms viennent à l’esprit. Je n’en citerai que deux – TS Eliot, dont James Darwen  nous apprend qu’« (il) se faisait régulièrement couper trois costumes droits, identiques dans le même tissu sombre. De lui son tailleur disait : " Un homme remarquable Mr Eliot, jamais d’excès. " »

 

t-s-eliot-def.jpg

 

… et Sommerset Maugham, aux mises et aux poses un tantinet précieuses.

 

somerset-maugham.jpg

 

En Italie, autre terre d’élégance, une figure domine, celle du dandy Gabriele d’Annunzio. Les tenues sont datées, mais, à qui sait y être attentif, elles réservent de belles surprises.

 

d-annunzio-def.jpg

 

Et les écrivains français ? Beaucoup de nos « gens de lettres » ressemblaient à des bourgeois bien mis. La chose n'a du reste rien d'étonnant puisque, bourgeois, ces écrivains l'étaient presque tous. Les exemples sont nombreux.

Jacques de Lacretelle, dont Paul Morand, son ami, disait que, jeune, il avait été la beauté même :

 

jacques-de-lacretelle.jpg

 

Pierre Jean Jouve, qui dissimulait les tourments de son âme sous une apparence austère :

 

pierre-jean-jouve.jpg

 

François Mauriac, aux allures de Grand Français – son corps maigre flottant toujours un peu dans des étoffes luxueuses :

 

francois-mauriac-ec.jpg

 

André Maurois, à l'apparence d'un banquier :

 

andre-maurois.jpg

 

Michel Leiris, qui conçut l’élégance comme parade à sa névrose alors qu’elle en était un symptôme :

 

michel-leiris.jpg

 

Roger Nimier qui, par réaction au laisser-aller des existentialistes germanopratins, choisit  très tôt de se vêtir « en vieux » :

 

roger-nimier-cartier-bresson.jpg
Photo : Cartier-Bresson

 

Certains, sur un fond de conformisme, posaient ici ou là quelques notes d’originalité.

Sur le tard, Albert Cohen, adepte des costumes trois pièces, porta le monocle et Paul Morand, qui eut toute sa vie le souci de son apparence, osa la chemise colorée :

 

paul_morand-chemise-jaune.jpg

 

Saint-John Perse aimait à s’auréoler de grands chapeaux de paille ; « Fais le choix, disait-il, d’un grand chapeau dont on séduit le bord. L’œil recule d’un siècle aux provinces de l’âme.» (Anabase)

Lui et Morand furent des adeptes du nœud papillon :

 

st-john-perse.jpgSaint John Perse

 

… comme Roger Martin du Gard, Jacques Chardonne et le Belge Georges Simenon :

 

roger-lartin-du-gard.jpg

Roger Martin du Gard


jacques-chardonne.jpg

Jacques Chardonne


georgessimenon.jpg

Georges Simenon    

 

Il n’est sans doute pas inutile de rappeler que Saint John Perse (de son vrai nom Alexis Leger), Morand et Cohen furent des diplomates. En ce temps-là, la dimension représentative de cette fonction obligeait

J’hésite à inclure ici la figure d’un autre diplomate : Romain Gary. Il n’est certes pas impossible de trouver des clichés montrant un Gary élégant ; mais, ce qui frappe surtout, ce fut sa recherche du spectaculaire et ses innombrables métamorphoses.

 

romain-gary-gilet.jpg

 

Je le rapprocherais volontiers d’Hemingway, que, bizarrement, j’ai vu sacrer « icône du style » par quelques magazines de mode. L’un comme l’autre étaient des « caméléons » - à la recherche d’eux-mêmes à travers leurs apparences multiples. L’un comme l’autre, par ailleurs, chantres de la virilité et, débordés par leurs contradictions, succombant à la tentation du suicide.

Quelques auteurs ont cherché à ce que leur apparence marque plus nettement leur singularité d’artistes.

Il y eut Gide, dont j’ai parlé une autre fois, et ses étranges couvre-chef :

 

andre-gide-154.jpg

 

Il y eut Sacha Guitry, aussi théâtral à la ville qu’à la scène, qui s’habillait moins qu’il ne se costumait :

 

sacha-guitry.jpg

 

Hélas, à partir des années 50, la mise des écrivains va peu à peu se « prolétariser ». Sartre, d’origine bourgeoise, embrasse la cause du peuple en enfilant canadienne, blouson et pull-over. Camus, d’extraction très modeste, fait de la résistance. Sur plusieurs clichés, il réussit même à atteindre l’élégance. Le trench lui allait très bien. S’il l’adopta, ce fut sans doute pour accentuer une certaine ressemblance avec Humphrey Bogart. Roger Grenier disait : « Si on me demande de parler de lui, tout ce que je trouve à dire, ce sont des choses comme : " Il portait toujours un imperméable. " »

 

albert-camus.jpg

 

Les « nouveaux romanciers » affectionnent le pull à col roulé, Alain Robbe-Grillet en tête.

 

alain-robbe-grillt.jpg

 

J’ai sous les yeux le livre Miroirs, publié en 1973, qui regroupe quatre-vingt-trois portraits d’écrivains signés Edouard Boubat. La plupart des tenues sont affreuses.

Depuis, les choses ne se sont pas arrangées. Maintenant, c’est le triomphe de l’écrivain looké « geek », tel Alexandre Jardin :

 

alexandre-jardin.jpgPhoto : Maciek Pozoga

 

… Terrible ! Un cliché à vous ficher votre bel aujourd’hui par terre ! 

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9 avril 2014 3 09 /04 /avril /2014 06:39

On se souvient qu'il y a trente ans, François Mitterrand  « donna à la France », en la personne de Laurent Fabius, son plus jeune Premier ministre. En nommant Manuel Valls à cette même fonction, François Hollande a voulu marquer l’histoire d’une manière différente mais non moins forte et qui ne peut que réjouir les Chouans épris d’élégance que nous sommes : Manuel Valls n’incarne-t-il pas tout ce que nous aimons ? Assurément, notre nouveau Premier ministre ne ressemble en rien à ces nombreux hommes politiques au physique de représentants de commerce, tels Benoît Hamon et Benoist Apparu.


benoit-hamon.jpg
Benoît Hamon

 

benoist-apparu-valls.jpgBenoist Apparu

 

Il y a l’allure, lente, féline, racée ; les gestes, jamais saccadés, choisis avec autant de soin que les mots, parfaitement coordonnés à eux – gestes déliés et, pour ainsi dire, dansés. Rien à redire aux tenues : les costumes sont impeccablement coupés ; les cravates, les manches de chemise ou de veste, toujours à la bonne longueur.


manuel-valls-manches-veste.jpgAvec sa femme, Anne Gravoin, violoniste, 1er prix du Conservatoire de Paris, qui, pour l'amour de l'art, se produit dans les concerts de Johnny Halliday et de Charles Aznavour.


 manuel-valls-chemise.jpg

 

 

Depuis Edouard Balladur, on n’avait pas fait mieux. La coiffure rallie tous les suffrages. Fini, les mèches d’ados attardés qu’arboraient ses deux prédécesseurs !

Les cheveux sont souples, naturellement brillants ; de délicats pinceaux viennent orner le haut d’un front agréablement proportionné.


manuel-valls-cheveux.jpg

 

Le visage respire la bonté. Un tendre sourire l’éclaire souvent. Point d’angles vifs dans cette physionomie – mais, comme l’écrivait Verlaine, « De la douceur, de la douceur, de la douceur »… Juger sur le physique est stupide. Je le sais. Je ne peux toutefois me mettre dans la tête qu'un homme de cette apparence soit sectaire et sujet à des accès de violence. Le ramage est à l’image du visage : paroles moelleuses, phrasé onctueux, voix de miel, débit coulé


manuel-valls-visage.png

 

Notre duo exécutif a de la gueule. Une fierté légitime nous envahit à l’idée qu’il nous représente à l’étranger. Quels autres duos peut-on aujourd’hui lui opposer hormis, peut-être, celui que forment ces autres parangons d’élégance, d’allure et de style que sont Poutine et Medvedev ?

Hollande et Valls : c'est tout de même autre chose que de Gaulle et Couve de Murville ou Giscard d’Estaing et Chirac…

 

… J’ai récemment lu sous une plume élégante et autorisée une méchante et mesquine critique de notre Premier ministre. Rien, de la pointe des cheveux jusqu’à celle des souliers, ne trouvait grâce aux yeux de ce féroce chroniqueur dont, par charité chrétienne, je préfère taire le nom. Pourquoi tant de haine et de mauvaise foi ? Ma déception, je l’avoue, a été grande et, malgré tous mes efforts, je n’ai pas réussi à lui trouver d’excuses. A moins qu’il n'ait voulu jouer les ironistes...

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6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 06:56

Quelques ressemblances amusantes...

 

henri-matisse-boyer.jpgHenri Matisse et...


bruce-boyer-matisse-def.jpg...Bruce Boyer

 

gustave-flaubert-copie-1.jpegGustave Flaubert et...

 

alain-rey-def.jpg...Alain Rey


georges-mathieu-cravate-verte.jpegGeorges Mathieu et..

. 

terry-jones...Terry Jones (Photo : Jason Henry) !

 

(Merci à Tanguy Faramin de m'avoir envoyé les clichés de Matisse et de Bruce Boyer.)

 

 

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12 mars 2014 3 12 /03 /mars /2014 07:17

 

barbey.jpg

 

Styliste flamboyant, romancier de la chouannerie, théoricien du dandysme : trois motifs, pour le Chouan, d’admirer Jules-Amédée Barbey d’Aurevilly ! Cet homme à l’âme médiévale vécut dans son époque comme un prisonnier de Louis XI dans une malcommode. S’il embrassa certains errements de ce XIXe siècle que Léon Daudet, qui l’admirera, qualifiera de « stupide », ce ne fut qu’épisodiquement. Sous l’influence d’un de ses oncles, le docteur Jean-Louis Pontas-Duméril, le jeune Barbey se fit républicain. Il refusa de reprendre alors une particule à peine centenaire et devint Barbey tout court. Il revint bientôt à de meilleurs sentiments et conçut contre les idées progressistes à la mode de son temps une haine qui ne s’éteindra qu’avec lui. « Nous ressemblons à la fuite d’immondices à travers les lézardes d’une latrine. C’est puant, malsain et silencieux », écrira-il à son ami Trébutien en janvier 1849. Le retour à la religion catholique fut plus lent. Son adhésion fut de tête avant d’être de sentiment. Il faudra attendre le milieu des années 50 pour qu’il s’approche à nouveau des saintes espèces. Les grands caractères savent tirer des leçons de leurs erreurs. Pascal aurait-il condamné aussi sévèrement le divertissement s’il ne s’y était livré un temps lui-même ? De même, le rejet définitif de la démocratie s’est nourri, chez Barbey, de ses errements juvéniles. « La démocratie est la souveraineté de l’ignoble. On peut m’en croire, moi qui l’ai aimée et dont l’amour a été tué par le dégoût. Elle nivelle les individus et menace les êtres originaux. J’ai beau cherché la vérité dans les masses, je ne la rencontre que dans les individus. »

Barbey rêvait d’ « une société strictement ordonnée », soumise à Dieu et au roi. Son idéal était celui des chouans, dont, quand il était enfant, sa grand-mère maternelle et sa vieille servante lui contaient, à la veillée, les exploits. Des êtres originaux, exceptionnels, l’épopée chouanne lui donna à en connaître plus d’un ! Barbey consacra à l’un d’entre eux un roman, Le Chevalier Des Touches. C’est, avec Les Chouans de Balzac, l’un des deux grands romans de la chouannerie. Balzac et Barbey : deux partisans de l’alliance du trône et de l’autel ; deux essayistes de l’élégance aussi. On doit à Balzac le Traité de la vie élégante (1830) et à Barbey Du dandysme et de George Brummell (1845).

En faisant de George Brummell l’incarnation même du dandysme, Barbey précise les contours d’une notion qui, jusqu’à lui, prêtait aux interprétations les plus contradictoires. Il inscrit le dandysme dans la triple dimension où prend place toute son œuvre : esthétique, morale et métaphysique. Sur le sujet du dandysme, Baudelaire eut le projet d’écrire un livre entier. S’il se contenta des quelques pages célèbres qui prirent place dans Le Peintre de la vie moderne, c’était peut-être que, ce livre, Barbey l’avait écrit avant lui.

Dandy, Barbey ne cessa de l’être en dépit des revers de fortune ou de gloire. Jeune, il hérite d’un de ses oncles, le chevalier de Montressel, une importante rente viagère. Il quitte alors son Cotentin natal et entame à Paris une vie fastueuse. Il reçoit son coiffeur tous les jours, refuse de sortir, un soir, parce que ses cheveux ne sont pas bouclés, se fait masser, parfumer, pommader, corseter, se montre sur les boulevards , chez Tortoni ou au café Hardy, la tête fièrement relevée en mépris du peuple, canne ouvragée ou cravache à la main, poing sur la hanche, prête une attention brummellienne au nouage de sa cravate, à la qualité de ses gants, plastronne dans d’innombrables gilets colorés, se coiffe d’un vaste chapeau doublé de velours rouge, n’oublie jamais son poignard, fabriqué sur le modèle de celui d’Antony, le héros de Dumas, qu’il glisse dans une gaine de cuivre afin que la lame ne le blesse pas… Il multiplie les conquêtes, fréquente les salons où ses talents de « causeur » font merveille.

 

barbey-caricature.jpgCaricature de Barbey, vers 1843 

 

La vie fastueuse n’a qu’un temps. Une mauvaise affaire industrielle lui fait perdre toutes ses rentes, ce qui l’oblige à prendre un emploi. Il devient journaliste, chroniqueur de la mode féminine au Moniteur de la mode sous le pseudonyme de Maximilienne de Syrène. Il se désole mais il s’adapte :« Viens de me faire tordre les boucles de ma chevelure pour aller au journal… Peigné, débouclé, rebouclé et… au journal. »

Les difficultés financières se multiplient. En 1860 (il a 52 ans), il s’installe rue Rousselet dans un pauvre deux pièces. Edmond de Goncourt, dans son Journal, le décrit ainsi à la date du 12 mai 1885 : « Il est vêtu d’une redingote à jupe qui lui fait des hanches comme s’il avait une crinoline, et porte un pantalon de laine blanche qui semble un caleçon de molleton à sous-pieds. » Il note son « manque de dents » et juge son costume « ridicule et pédérastique ». Cette même année, Barbey commande sa dernière redingote… à la mode des années 30 ! Il se poudre, peint ses lèvres de rouge, se teint la moustache et les cheveux…

Ce grand dandy a-t-il trouvé pour lui-même ce fameux « point d’intersection entre l’originalité et l’excentricité » ? Si l’on applique à sa personne un de ses plus célèbres principes : « Paraître, c’est être pour le dandy », il doit suffire, pour connaître Barbey, d’étudier son apparence. Ce que nous nommons excentricité n’était sans doute encore rien d’autre, pour lui, que de l’originalité – comme l’adoption de cette tenue de roulier normand :

 

barbey-roulier.jpgLa Vie populaire, 29 avril 1888. Bibl. historique de la Ville de Paris 

 

Patrick Favardin et Laurent Boüexière le disent très bien (Le Dandysme, La Manufacture) : « (…) son costume est marqué de sa personnalité : en cela, il sera toujours un homme démodé. S’il étonne, c’est tant mieux. Il hait l’uniformité du vêtement qui devient la règle chez les hommes et qui est le symbole d’une perte de la liberté individuelle qui le révolte au plus haut point. (…) Barbey, c’est son costume, comme son costume, c’est lui-même : " autre, définitivement autre ". »

Sa marque imprime sa prose autant que son costume. Les deux sont du reste indissociables. Pour Barbey, un homme stylé l’est en toute chose. Le fond et la forme sont l’avers et le revers d’une même médaille : « Pour des gens comme nous, la forme n’est jamais une chose futile et le souci du costume est le son d’une phrase bien faite et même mieux. » Son écriture et son dandysme ont partie liée. Ecriture originale - voire excentrique ! – qui, à coups de tirets, d’exclamations, de métaphores… anime des héros lucifériens, nous montre l’enfer par un soupirail et cherche à peine à contenir les débordements d’une imagination prophétique.

Nostalgique, révolté, absolument singulier, Barbey a voulu soumettre sa vie à son idéal de grandeur et de beauté. Aujourd’hui que le conformisme, l’égalitarisme, le matérialisme ont assis leur pouvoir et qu’il semble impossible de jamais les renverser, la quête anachronique et solitaire de ce guide fraternel est une source inépuisable d’espoir et de consolation.

« Nous sommes faits de l’étoffe de nos rêves », disait Shakespeare. Ses rêves, le dandy Barbey les taillait dans les plus rares étoffes. Il se fit d’incroyables costumes dans lesquels il paraissait – ou plutôt il était. Des costumes de rêve !

 

                                                               *

 

Du dandysme et de George Brummell. Morceaux choisis.

 

Les esprits qui ne voient les choses que par leur plus petit côté, ont imaginé que le Dandysme était surtout l’art de la mise, une heureuse et audacieuse dictature en fait de toilette et d’élégance extérieure. Très certainement, c’est cela ; mais c’est bien davantage. Le Dandysme est une manière d’être, et l’on n’est pas que par le côté matériellement visible. C’est une manière d’être, entièrement composée de nuances, comme il arrive toujours dans les sociétés très vieilles et très civilisées, où la comédie devient si rare et où la convenance triomphe à peine de l’ennui.

Une des conséquences du Dandysme, un de ses principaux caractères – pour mieux parler, son caractère le plus général – est-il de produire toujours de l’imprévu, ce à quoi l’esprit accoutumé au joug des règles ne peut s’attendre en bonne logique. (…) Le Dandysme (…) se joue de la règle et pourtant la respecte encore. Il en souffre et s’en venge tout en la subissant ; il s’en réclame quand il y échappe ; il la domine et en est dominé tour à tour : double et muable caractère !

(Bolingbroke) inventa la devise même du Dandysme, le Nil mirari de ces hommes (…) qui veulent toujours produire la surprise en gardant l’impassibilité. (…) le calme du Dandysme est la pose d’un esprit qui doit avoir fait le tour de beaucoup d’idées et qui est trop dégoûté pour s’animer.

(…) ce qui fait le dandy, c’est l’indépendance. Autrement, il y aurait une législation du Dandysme, et il n’y en a pas. Tout Dandy est un oseur, mais un oseur qui a du tact, qui s’arrête à temps et qui trouve, entre l’originalité et l’excentricité, le fameux point d’intersection de Pascal.

Le luxe de Brummell était plus intelligent qu’éclatant ; il était une preuve de plus de la sureté de cet esprit qui laissait l’écarlate aux sauvages, et qui inventa plus tard ce grand axiome de toilette : " Pour être bien mis, il ne faut pas être remarqué. " 

Comme tous les Dandys, (Brummell) aimait mieux étonner que plaire.

Paraître, c’est être pour les Dandys.

On ne se fait pas Brummell. On l’est ou on ne l’est pas.

(…) les Dandys, de leur autorité privée, posent une règle au-dessus de celle qui régit les cercles les plus aristocratiques, les plus attachés à la tradition, et par la plaisanterie qui est un acide, et par la grâce qui est un fondant, ils parviennent à faire admettre cette règle mobile qui n’est, en fin de compte, que l’audace de leur propre personnalité.

Il y a sans doute, en matière de Dandysme, quelques principes et quelques traditions ; mais tout cela est dominé par la fantaisie, et la fantaisie n’est permise qu’à ceux à qui elle sied et qui la consacrent, en l’exerçant.

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