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9 juillet 2013 2 09 /07 /juillet /2013 06:38

Je vous l’avais promise – la voici : ma galerie des « barbus magnifiques ». Une galerie anachronique. La barbe s’accommode mal de nos tenues actuelles : tee shirt, jean, sneakers, parka… Elle aime les tweeds épais, les feutres à larges bords, les foulards et les lavallières…

Quand fleurissaient les barbus, il importait peu aux hommes de paraître plus jeunes.

Paraître plus jeune : une obsession contemporaine à laquelle les « progrès » de la cosmétique, les « avancées » de la médecine esthétique, les « miracles » de la chirurgie du même nom ont donné du crédit.

« Vous ne faites pas votre âge ! »  Tout homme de plus de cinquante ans prend cette remarque pour un compliment auquel il se croit obligé de répondre par un stupide « Merci ».

Ceux qui osent aujourd’hui la barbe  - la vraie ! - me plaisent car ils sont des signes de contradiction. Ils passent outre un des plus insupportables diktats du temps. Ils puisent leurs raisons ailleurs – et avant – et gardent ces raisons dans le secret d’eux-mêmes.

La vie n’est pas bien faite. Regardez-moi. Bien que chauve, je parais moins que mon âge. C’est un comble. Mais, grâce à ma barbe, mon âge apparent a fini par coïncider avec mon âge réel. Que le premier vienne à dépasser le second et j’en serais ravi. Vous pensez que je provoque ? Vous avez raison. Par temps plat(s), l'anticonformisme relève, pour les âmes généreuses, de l’exercice de survie.

 

"La barbe ça garde l’influx, le jus créateur ; tous les sportifs, tous les artistes vous le diront.
Et, plus on est mal rasé, plus on fait dégueulasse à la Gainsbourg, plus c’est le pied pour jouer au ballon ou pour tenir un pinceau.
J’ai des amis peintres qui, à force de se la laisser pousser, se sentent du génie comme Victor Hugo !
Et si on la leur coupait c’est comme si on les châtrait, comme si on les leur coupait
les poils de leur pinceau !
Moi, si je suis un mauvais poète, c’est parce que j’ai les joues toujours rasées comme un cul de bébé."

                                                                                                        Jean l'Anselme

 

Victor Hugo (1802 - 1885)

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Giuseppe Verdi (1813 - 1901)

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Gustave Courbet (1819 - 1877)

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Herman Melville (1819 - 1891)

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Jules Verne (1828 - 1905)

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Elisée Reclus (1830 - 1905)

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Léon Gambetta (1838 - 1882)

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Piotr LLitch Tchaïkovsky (1840 - 1893)

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Sigmund Freud (1856 - 1939)

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George V (1865 - 1936)

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Jean-Baptiste Charcot (1867 - 1936)

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Nicolas II de Russie (1868 - 1918)

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Kees Van Dongen (1877 - 1968)

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Ernest Hemingway (1899 - 1961)

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Prince de Kent (né en 1942)

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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 06:55

quolibets-def.jpgEn couverture, A. Munnings reading aloud outside on the grass, Harold Knight, 1911. Superbe !

 

Je ne crois pas que, parmi les lecteurs du « Chouan », on compte beaucoup de progressistes. Je peux donc vous recommander en confiance le nouveau livre de Christopher Gérard, intitulé Quolibets. Quolibets, soit « Quod libet », qui signifie en latin « Ce qui plaît ».

Christopher Gérard est cet auteur belge dont j’ai déjà parlé, qui a notamment attiré mon attention par des mises anachroniques - cape, veste autrichienne, costume trois pièces, nœud papillon…


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christopher-gerard-cost.jpgIci, une petite souris...


christopher-gerard.JPGet là un papillon

 

Dans Quolibets, Christopher Gérard nous présente les nombreux membres de sa famille littéraire (80 environ) – auteurs reconnus d’hier, mais, surtout, contemporains souvent méconnus parce qu’à contre-courant de l’idéologie dominante – parce qu’antimodernes. Parmi tous ces auteurs, un certain nombre de dandies – ou sacrés tels par l’auteur qui sait ce que les mots veulent dire ; dandies, donc, Luc-Olivier d’Algange, Jacques d’Arribehaude, Barbey d’Aurevilly (évidemment), Roland Cailleux, Yves-William Delzenne, Pierre Drieu la Rochelle, Jacques Laurent, Félicien Marceau, Gabriel Matzneff, Paul Morand (quand même).

Par définition, les familles imaginaires ne comptent jamais de moutons noirs en leur sein. Le sang qui y coule est pur de tout mélange. De là leur force mais de là aussi leur faiblesse : les familles imaginaires ressemblent souvent à des clans. Un clan, ça peut être rassurant pour qui en fait partie; qui n’a pas « l’air de famille » se sentira, en revanche, rejeté ou restera indifférent.

Christopher Gérard a le mérite de la franchise. Il nous dit d’où il parle : d’Athènes et surtout pas de Jérusalem. Il n’a cure des « illusions consolatrices », ne croit en aucun « sauveur », reste « imperméable à la Bonne Nouvelle ». De telles certitudes, si orgueilleusement énoncées, font forcément frissonner le chouan que je suis… Le soleil de la Grèce n’aveugle toutefois pas complètement ce néo-païen : la présence, dans son « journal de lectures », d'auteurs comme Barbey d’Aurevilly, Nicolas Gomez Davila, Jean Raspail en témoigne. Mais on cherchera en vain les noms d’autres grands antimodernes résolument catholiques, comme Huysmans (seulement cité), Léon Bloy, Chesterton, Bernanos, Julien Green… Cette divergence posée (essentielle tout de même !), je me retrouve dans nombre des goûts et idées de l’auteur. 

Les médias nous enjoignent d’emporter en vacances des lectures faciles. Désobéissez-leur. Lisez Quolibets – un livre non pas difficile mais plaisant, et riche d’une culture impressionnante. Christopher Gérard a l’admiration contagieuse. C’est ainsi que m’accompagneront dans ma cache de chouan cet été (… loin, très loin du soleil grec !) plusieurs des ouvrages qu’il évoque dans Quolibets et dont je vais de ce pas passer commande à mon libraire !

 

Quolibets, Christopher Gérard, L’Age d’homme, 14 euros.

http://archaion.hautetfort.com : site de l'auteur.

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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 07:29

Il y a un an jour pour jour disparaissait Hector Bianciotti. En 1987, dans son ouvrage De l’élégance masculine, Tatiana Tolstoï fit un portrait de cet écrivain. Il y était désigné par son seul prénom, mais il était aisé de le reconnaître. J’ai vu quelquefois Hector Bianciotti à la télévision et je ne me souviens pas d’avoir été frappé par son élégance. Mais la vérité compte moins que la légende. L’essentiel, ce n’est pas qu’Hector Bianciotti ait été ou non élégant dans la vie réelle; c’est qu’il le soit dans le portrait de Tatiana Tolstoï.


hector-bianciotti-copie-1.jpg Hector Bianciotti en Académicien français

 

« Pauvre Hector ! Il ne connaîtra jamais le luxe, son luxe : se passer des autres. Car la propriété au sens classique, il ne la goûte pas. A la rigueur un Tintoret… oui, à la réflexion, s’il avait un Tintoret chez lui, fatalement, il pourrait rester couché devant. Pas dans n’importe quelle pose, vous pouvez lui faire confiance. Ce partisan de la simplicité a toujours préféré au naturel le culte de l’apparence. Question de dignité, surtout l’âge venant. Mais attention, à condition de ne rien laisser entrevoir des efforts que cela coûte. C’est que, pour lui, l’élégance se pratique comme un ascétisme.

On lui fait tout le temps des remarques sur ses vêtements, il ne comprend pas pourquoi. Il n’a pas de tailleur, il achète ses vêtements comme ci, comme ça. Aujourd’hui il porte une veste Saint Laurent (…). Eh bien, il l’a trouvée en soldes, une toute petite veste en coton bleu marine ; il s’est dit : Ca sert toujours. Ce matin, il a mis cette chemise à rayures et puis il a trouvé une cravate, juste comme ça, peut-être que ça ne va pas très bien ensemble, parfois c’est plus réussi… D’ailleurs, il a très peu de vêtements dans sa garde-robe, quatre complets seulement, quelques blazers, quelques tenues de sport ; et, pour les cravates, ça bouge, parfois il en porte qui ont dix, quinze ans, sinon, quand elles ne lui plaisent plus, il les jette… (…) Non, vraiment, qu’on fasse attention à sa tenue, il ne comprend pas du tout. Est-il besoin de préciser que cette sorte de perplexité s’accompagne généralement d’yeux grands ouverts, certaine tradition exigeant qu’ils soient bleus ? Bien qu’Argentin d’origine italienne, Hector a poussé la délicatesse jusqu’à naître blond aux yeux bleus. Quant à sa silhouette savamment entretenue, elle l’autorise à s’exclamer que, s’il fume, « c’est parce que j’ai faim ! », d’un air de désolation capable de réveiller un cœur de mère chez un douanier soviétique.

Et de repousser une mèche de cheveux avant de laisser tomber un bras sur le faîte du canapé dans lequel il disparaît à moitié, croisant négligemment les jambes, renversant la tête en arrière de temps à autres pour rire – posture à la fois distante et familière de qui se sait observé. ( …) Il aime la solitude, les excentriques, la gratuité, les chats. Il n’aime pas le sport, la pochette, la grossièreté, les chaussettes courtes.

(…) On peut se le figurer marchant dans sa tenue préférée, un costume croisé de couleur sombre – c’est une tenue impossible, il faut se tenir très droit sinon les revers se cassent -, glissant le long des arcades d’une villa palladienne. Toutefois cet amoureux des perspectives veille à ce que l’on n’oublie pas que ce tableau comporte un point de fuite : un morceau de pampa. Mais il ne le dira pas. Ce qu’il apprécie tant, chez les Anglais, c’est l’understatement : l’art d’exprimer moins que ce que l’on ressent. En ce sens, dit-il, il y a du dandysme en eux. » 

                                         Tatiana Tolstoï, De l'élégance masculine, L'Acropole, 1987

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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 07:14

Lee Miller, la beauté libre

La carrière cinématographique de Lee Miller se réduit à une apparition dans Le Sang du poète de Jean Cocteau. Elle y joue une statue. Pas étonnant que Cocteau ait pensé à elle pour ce rôle : sa beauté était… sculpturale. Si l’on en croit ce qu’a écrit Marc Lambron (1) dans sa biographie romancée de Lee Miller, Jean Cocteau, à la troisième prise, aurait dit à son interprète : « Ne bouge plus, ma chérie, tu es faite pour ne pas bouger. » On ne pouvait être plus inexact. La vie de Lee Miller ne fut que mouvement. Elle voyagea beaucoup, vécut dans différents pays – principalement l’Amérique, la France, l’Egypte et l’Angleterre -, eut plusieurs activités – mannequin, photographe de mode et de guerre -, deux maris – l’homme d’affaires égyptien Aliz Eloui Bey et l’écrivain anglais Roland Penrose – et de nombreuses aventures.


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Elle brisa bien des cœurs : le cœur de ses amants – ce qui est la moindre des choses – et, par ricochet, le cœur des femmes qu’ils avaient abandonnées pour elle. Elle mortifia Kiki de Montparnasse en lui volant Man Ray. Elle accula au suicide la belle Nimet, la femme d’Aziz Eloui Bey. Elle humilia Valentine Penrose en la poussant hors de chez elle et en s’y installant avec le mari. Était-elle une femme fatale ? Sans doute, mais sans perversité. Femme fatale malgré qu’elle en ait.


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Elle fréquenta les surréalistes, grands amateurs de belles femmes. Elle fascina Michel Leiris. Elle aima, on l’a dit, Man Ray et Roland Penrose. Surréaliste, elle l’était d’ailleurs pour ainsi dire naturellement. Elle pratiqua l’union libre et l’amour fou. L'humour aussi, au moins ce 30 avril 1945 où elle eut l’idée de se faire photographier dans la baignoire personnelle d’Hitler. Sa vie est parsemée de hasards. Et, pour reprendre la terminologie surréaliste, de hasards objectifs. « Quand elle connut mieux Penrose, raconte Lambron, elle découvrit de curieuses coïncidences. En 1922, Penrose avait croisé Man Ray à Paris. En 1927, lors d’un voyage au Caire, Penrose fut présenté à Aziz Eloui Bey. Dans ces années-là, Lee n’était qu’un mannequin new-yorkais, à cent lieues de sa vie future. Et pourtant trois des hommes qui l’aimeraient étaient liés déjà par un pacte de fortune. »


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Lee Miller n’a pas fini de fabriquer du rêve. Sa beauté n’a pas pris une ride.

 

Monica Vitti, le paradoxe de la comédienne

Elle est la star préférée des « intellos ». Cette réputation lui vient d’avoir été l’héroïne et l’égérie d’Antonioni. Ni jolie ni vraiment belle – à proprement parler -, sensuelle et cérébrale, elle est inclassable.


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La main voluptueusement noyée dans sa crinière teinte en blond ; le regard flou ou de biais ; la bouche constamment entrouverte, comme prête pour le baiser ou pour la déclaration d’amour ; la voix voilée, aux modulations travaillées… la séduction selon Vitti est cousue de fil blanc ! Mais ces façons, qui seraient grossières employées par une autre, acquièrent, grâce au jeu de l’actrice, une intensité quasi tragique. Elle a l’amour grave. « Aime-moi ou je meurs », semble-t-elle dire. Le décalage crée la fascination. Vitti joue à la séduction comme d’autres à la roulette russe !

Le genre de femme qui intéresse au cinéma, mais qui, dans la vie, lasse assez vite : femme à histoires et compliquée…

Mon image favorite : Monica Vitti contre un mur, les bras croisés, muette, laissant son visage transcrire les oscillations de son âme. Au spectateur de les percevoir et de leur donner un nom : tristesse, nostalgie, incompréhension, solitude… Quand on la voit ainsi, perdue comme une enfant, on voudrait la prendre dans ses bras et lui dire, à la suite du poète, qu’un ciel peut être bleu…

D’autant plus que – c’est un autre décalage -, Monica Vitti, si torturée dans les films d’Antonioni, donne toutes les apparences d’une femme faite pour une vie légère et facile… pour la dolce vita !


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Antonioni l’a-t-il fait jouer à contre-emploi ou était-elle dans la vie comme elle est à l’écran ? Peu importe après tout puisque, comme le disait Truffaut,  « le cinéma, c’est mieux que la vie ».

 

Sophia Loren, le rêve de chair

 

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Combien d'adolescents ont connu leurs premiers émois en contemplant son image au cinéma ou dans les magazines ? Sa beauté n'est pas classique : la bouche, les dents, le nez... sont trop grands. Un peu plus et elle tombait dans la caricature fellinienne. Une partie de son pouvoir vient justement qu'elle frôle la limite mais ne l'enfreint pas. L'harmonie est malmenée, mais elle est préservée. Miracle fragile qui fait de Sophia Loren une incarnation très singulière de la féminité.


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Les autres sont d'abord des visages (Greta Garbo, Gene Tierney...) ou des allures (Grace Kelly, Audrey Hepburn...); elle est aussi un corps. Elle n'imaginait pas sa vie sans enfants. Alors, elle va interrompre deux fois sa carrière et prendre le risque d'affronter des grossesses difficiles. Elle élève ses fils en mamma italienne - aimante et possessive. Mère, mais aussi maîtresse. Elle fut longtemps celle du réalisateur Carlo Ponti avant de pouvoir enfin l'épouser. Sa séduction naît d'un mélange d'animalité et de sophistication : coiffure apprêtée, maquillage élaboré, tenues suggestives, elle frôle une autre limite (et, celle-là, l'enfreint parfois), celle de la vulgarité.

Comment vieillir quand on a été une image de la beauté ? Il y a la dérobade courageuse de Garbo; il y a l'acceptation élégante d'Audrey Hepburn. En recourant aux illusions de la chirurgie esthétique, Sophia Loren a choisi la pire des solutions. Mais il faudrait manquer de coeur pour oser le lui reprocher. 

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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 06:36

Greta Garbo, l’inaccessible étoile

Si le mot star a un sens, c’est bien quand il s’applique à Greta Garbo. L’étoile est morte, mais sa lumière nous parvient encore. On a tout dit d’elle. Les langues de vipère se sont régalées : sexuellement trouble (son goût pour les tenues masculines n’a pas aidé à lever les doutes), frigide, bête comme ses grands pieds… Oublions tout cela. Elle fut – et reste – l’incarnation cinématographique de l’Eternel féminin. La célèbre prosopopée de François Mauriac (Journal) en témoigne éloquemment : « Je me suis sacrifiée à l’image d’une beauté qui pût assouvir ces millions de désirs trompés, d’attentes sans espérance. Je suis ce que cet adolescent ne trouvera jamais, et ce que pendant un demi-siècle ce vieillard aurait voulu être afin de retenir celui qui l’a trahie. »


greta-garbo-la-belle-tenebr-copie-1.jpg"La Belle ténébreuse", 1928. Photo : Ruth Harriet Louise

 

Beauté datée ? Passons sur ce que cette expression peut avoir d’incongru. Sourcils redessinés ; paupières mi-closes ; pommettes hautes ; bouche fine doucement  arquée : la beauté de Greta Garbo a suscité , en tout cas, de nombreuses imitations – Marlène Dietrich, et, chez nous, Arletty, Michèle Morgan, Catherine Deneuve…


greta-garbo-l-inspiratrice-copie-3.jpg"L'Inspiratrice", 1930. Photo : Clarence Sinclair Bull.    

 

Greta Garbo sacrifia son bonheur à sa légende. Elle vécut recluse un demi-siècle durant pour ne pas livrer d’elle une image dégradée. Il y a dans ce choix assumé jusqu’au bout une abnégation qui en impose. Et l’on ne sait plus très bien qui il faut admirer le plus – la Greta Garbo diurne, illuminant les salles obscures du monde entier, ou l’autre, nocturne, dissimulée sous un chapeau et derrière des lunettes noires, portant opiniâtrement le deuil de sa beauté enfuie.


greta-garbo-mata-hari-copie-1.jpg"Mata Hari", 1931. Photo : Clarence Sinclair Bull.

 

Gene tierney, la fragilité faite star

L’une des stars favorites des esthètes cinéphiles. Demeure à jamais Laura, l’héroïne du film éponyme d’Otto Preminger. Laura, « une femme mystérieuse, fatale, inaccessible », écrit Gene Tierney dans ses mémoires (1). Et d’ajouter, au risque de décevoir sa cohorte d’admirateurs : « De toutes les personnes que j’ai connues, je suis probablement la moins énigmatique. » Faut-il la croire ? Ce regard étrange, magique, perdu – dans lequel on aime se perdre à son tour -, peut-il être celui d’une fille toute simple ? Gene Tierney a connu les affres de la dépression et de la folie. La dépression grave et la folie dure, celle qui conduit à l’asile.


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Sa vie sentimentale fut dominée par un homme, Oleg Cassini – le couturier qui signa nombre des tenues portées par Jackie Kennedy quand elle fut « first lady ». Il fut son mari. Elle eut une liaison avec John Kennedy alors que celui-ci était encore célibataire. L’un et l’autre ne sortent pas grandis des mémoires de Gene, malgré ses efforts pour ne pas les salir. Cassini ? Un alcoolique, un jaloux, un violent. Kennedy ? Un ambitieux qui fait passer sa carrière avant ses sentiments.


gene-tierney-le-gaucho"Le Gaucho".    

 

« Ah ! se dit le Chouan – qui est un incorrigible sentimental -, si j’étais né plus tôt, si j’avais rencontré Gene Tierney… » Et c’est avec des si que le Chouan sauve Gene de la folie, la rend heureuse et forme avec elle un couple de légende !

Les esthètes cinéphiles savent que Gene Tierney joua avec deux dandies hollywoodiens : Clifton Webb (Laura, Le Fil du rasoir) et, surtout, l’indépassable George Sanders (L’Aventure de Madame Muir).

 

Grace Kelly, princesse native

Gene Tierney, dans ses mémoires, ne sort les griffes qu’une seule fois, et c’est contre Grace Kelly. A propos de la prestation de celle-ci dans Mogambo, elle écrit : « A mon avis, Ava Gardner lui vola la vedette. Non pas seulement parce qu’elle est plus belle, mais parce qu’elle sait jouer. » Quelques pages auparavant, elle l’appelle « la starlette blonde ». Ressentiment d’une femme humiliée ? Oleg Cassini, son mari, et Grace Kelly entretinrent, dit-on, une liaison.

Allure, classe, éclat, exquise retenue, alliance parfaite du raffinement européen et du naturel américain : on pourrait dérouler longtemps les qualités de Grace.

Sous les apparences, lisses, l’ambiguïté affleure. Alfred Hitchcock : « Savez-vous que Grace Kelly, apparemment si froide, cache un volcan de sensibilité, d’érotisme et de passion ? » Le gros Alfred, laid comme un crabe et bourrelé de culpabilité judéo-chrétienne, en pinçait, dit-on, diablement pour elle.

Star au royaume de l’illusion – Hollywood -, princesse d’une principauté d’opérette – Monaco -, Grace Kelly se plut à brouiller les pistes.


grace-kellyEn 1962. Photo : Howell Conant.

 

Qui était-elle et quelle fut sa vie ? Intrigante ou sainte (une procédure en béatification serait en cours au Vatican) ? Femme aux multiples aventures ou femme fidèle ? Amoureuse de son mari ou malheureuse en ménage ? Etait-elle dépressive et alcoolique ? A-t-elle, à la fin de sa vie, approché d’un peu trop près le monde des sectes ? Quelles furent les circonstances exactes de sa mort ? On ne prête qu’aux riches – et la fortune ne manqua jamais à Grace. Une chose, en tout cas, fut certaine : sa beauté, qu’exaltait une exceptionnelle photogénie :


grace kelly howell conantPhoto : Howell Conant.    

 

Adulée, honorée, vénérée, se crut-elle affranchie des contraintes humaines ? Les dieux n’aiment pas qu’on marche sur leurs plates-bandes. Quand, le 13 septembre 1982, Grace Kelly monta dans sa Rover 3500, elle ignorait que le destin s’était invité à bord.

 

Audrey Hepburn, l’éternelle jeune fille

Les livres consacrés à Audrey Hepburn depuis sa disparition sont très nombreux. En général, ils parlent moins de sa carrière que de sa personnalité. Force est d’admettre qu’elle n’a pas joué dans des chefs d’œuvre – seulement dans quelques bons – voire très bons films. Ce qui intéresse d’abord, c’est elle. Deux images se superposent harmonieusement : elle, jeune fille giralducienne, illuminant des Vacances romaines au demeurant bien falotes ; et elle, déjà âgée, ambassadrice de l’Unicef, se penchant avec une compassion non feinte sur de petits Somaliens décharnés. Entre les deux, l’image se brouille. Fut-elle une femme mûre ? On en doute, tant elle garda longtemps une apparence étonnamment juvénile.


audrey-hepburn


Sa rencontre avec Hubert de Givenchy fut un miracle et ne connaît aucun équivalent dans l’histoire des collaborations entre un grand couturier et une star. La grâce est là qu’un Cécil Beaton – grand esthète devant l’Eternel féminin – a su mieux que personne fixer :


audrey hepburn cecil beaton

 

Elégance, charme, légèreté… quand l’évidence s’impose à ce point, inutile de parer sa langue d’artifices.

Derrière les belles images, il y a la vie, cette « vallée de larmes ». Traumatisme de la guerre ; identification morbide à Anne Franck ; vie sentimentale agitée (mariage malheureux, notamment, avec l’élégant Mel Ferrer) ; dépressions, anorexie, cancer. Ne rien dire, ne rien montrer. Son regard garda sa transparence. Il ne se voila qu’à la fin, lorsqu’il se posa sur la souffrance indicible des enfants de Somalie. « Je ne m’en remettrai jamais », confia-t-elle à son retour. Elle s’éteignit, épuisée par son dévouement et rongée par la maladie, moins d’un an plus tard.

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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 06:32

« Il n’y a que les esprits légers pour ne  pas juger sur les apparences »,Oscar Wilde

 

La France et l’Angleterre ont actuellement à leur tête des personnages qui ont plus l’air de cadres moyens que de « grands de ce monde ». S’ils ne se ressemblent pas, ils ont au moins un point commun : leur aspect enfantin. Cameron est rose et joufflu comme un bébé ; quand il sourit, Hollande a dix ans.


david-cameron.jpg 

 

francois-hollande-sourire.jpg

 

On m’objectera qu’il faut être bien superficiel pour s’attarder à ce genre de choses. Je ne le crois pas. L’apparence d’un chef d’Etat est comme la métonymie de la nation qu’il représente. A l’étranger, Hollande, c’est la France et Cameron, l’Angleterre. Deux pays que les regards extérieurs confondent avec l’image falote de leurs représentants actuels respectifs. L’Angleterre a néanmoins cette immense avantage sur nous, c’est qu’elle a aussi comme « icône » l’inaltérable, indémodable et, à certains égards, admirable Elisabeth II.

Un constat objectif peut être tiré d’une subjectivité largement partagée : les nations ont les chefs qu’elles méritent. Le corps de leurs chefs mystérieusement les reflète. Par exemple, en 1976, la démocratie toute neuve espagnole s’était donné comme chef un quadragénaire aux allures de play-boy (Adolfo Suarez). Aujourd’hui, l’Espagne exsangue  est gouvernée par un premier ministre aux airs de Don Quichotte (Mariano Rajoy).


adolfo-suarez.jpg Adolfo Suarez


mariano-rajoy.jpgMariano Rajoy

 

Quant à son roi, il n’est plus que l’ombre de lui-même. De même que l’Espagne survit à grand renfort d’aides européennes, de même Juan Carlos se maintient tant bien que mal avec force médecines et opérations chirurgicales...


juan-carlos-auj.jpg

 

Il y a quelques années, l’Italie pensait se refaire une santé en choisissant Berlusconi. Fallait-il qu’elle ait eu besoin de rêver pour ne pas voir que les promesses de son « campione » valaient en authenticité son sourire blanchi, son teint passé aux UV, sa peau liftée et botoxée, ses cheveux replantés ! Elle a cru se coucher avec un fringant séducteur ; elle s’est réveillée auprès d’un vieillard libidineux.


Silvio-Berlusconi.jpg

 

Si je reviens à l’Angleterre et à la France et que je remonte plusieurs décennies en arrière, je tombe sur Churchill et de Gaulle. A situation exceptionnelle, êtres exceptionnels aux physiques singuliers. J’aime à répéter ce propos de Beethoven : « Il faut être quelqu’un pour paraître quelqu’un. » 

  

de-gaulle-guerre.jpg


churchill-guerre.jpg

 

La forme révèle le fond. Mon attention à l’apparence de François Hollande quand il n’était que candidat à la Présidentielle m’avait amené à cette conclusion : s’il était élu, il serait le président du « déficit de personnalité » ; sa facilité à se transformer physiquement pour complaire à ses communicants trahissait une personnalité peu construite, voire immature, qui n’augurait rien de bon. La suite m’a donné raison.

Avec David Cameron et François Hollande,  on croyait avoir atteint le fond. Le pire est peut-être à venir, si l’on en croit les pronostics de certains commentateurs politiques. Il se dit, en effet, que le successeur de Cameron pourrait être l’actuel maire de Londres, Boris Johnson, et celui de François Hollande, Jean-Louis Borloo. L’un comme l’autre cultivent un laisser-aller des apparences, bien dans l’air du temps, qui tient beaucoup de la pose. Ces millionnaires se donnent des airs de clochards de luxe. Artifice, mépris, mensonge... Sûr qu'avec des chefs d'Etat de ce genre, la vieille Europe aurait la fripe... à défaut d'avoir la frite.


jean-louis-borloo.jpgJean-Louis Borloo


boris-johnson.jpgBoris Johnson. Photo William Selden

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11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 07:09

 

dolce-et-gabbana.jpgStefano Gabbana et Domenico Dolce. Photo : Terry Richardson

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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 07:23

Merci à Pierre de Bonneuil d’avoir évoqué pour nous ces figures littéraires attachantes du temps passé. Leur sensibilité, leur nostalgie native, leurs goûts artistiques (Vaudoyer, notamment, fut proche de Paul-Jean Toulet, le merveilleux auteur des Contrerimes) me rendent fraternels ces  « hommes très charmants, sans grande confiance en eux-mêmes, dandys amers et doux » (Paul Morand).

 

L'un des derniers clubs respectables accordait sa faveur au talent implacable de certains êtres dont les affinités avec la littérature étaient fondées sur le culte d'une mythologie surannée. En tant que profane, vous deviez posséder une qualité essentielle pour participer à ce culte métaphysique : la rareté ... Le club des longues moustaches ne recrutait que parmi les éminences grises, parmi des individus doués d'une réflexion divine. Ils s'appelaient Henri de Régnier, Edmond Jaloux ou Jean-Louis Vaudoyer...

 

henri-de-regnier-bonneuil.jpgHenri de Régnier et son célèbre monocle dont Morand disait qu'il était "une sorte d'oeil-de-boeuf creusé dans le dôme de son crâne poli, pareil à une sixième coupole de Saint-Marc". Aquarelle de Pierre de Bonneuil.

 

 

Le destin les avaient réunis en un songe déraisonnable. Comme suspendus à des cintres, les membres de ce club sont l'affirmation d'une sensibilité intemporelle. En cinq pages, Paul Morand s'attribue l'appellation de ce cénacle dans son ouvrage Venises. Il évoque sa rencontre avec ces quelques personnalités fringantes au café Florian.

Là, « ces princes de Ligne désabusés », qui voulaient écrire non comme on vit mais comme on se souvient, avaient coutume de se retrouver, vers le soir, autour d'un « ponche rose à l'alkermès »

La vie leur avait refusé la gloire mais, chevaleresques et intraitables, ils ne s'en portaient pas plus mal. Sur la Place Saint-Marc, Régnier sculptait des maximes et Jaloux récitait des vers.

Qui lit encore La Double Maîtresse ou L’Altana ou la vie vénitienne d'Henri de Régnier ? Ou La Bien Aimée de Jean-Louis Vaudoyer ? Le Boudoir de Proserpine d'Edmond Jaloux ? Ces livres ont bien existé tout comme leurs auteurs, morts dans le dénuement. Ils guettaient l'absolu avec une impatience frivole et n'admettaient en aucun cas l'enrichissement matériel par la publication d'une oeuvre.


Jean-Louis-Vaudoyer-et-Edmond-Jaloux.jpgJean-Louis Vaudoyer et Edmond Jaloux    

 

Mieux que personne, ils savaient qu'ils n'avaient pas été Rimbaud, qu'ils ne seraient ni Gide (dont ils détestaient l'avarice), ni Giraudoux (trop soucieux de sa carrière), ni Proust (qui se fit tailler la moustache dès qu'il fréquenta les duchesses).

« Vivre avilit » était leur devise.

En 1988, un essayiste du nom de Michel Bulteau a rendu hommage à ce cercle en un livre de 209 pages.
 

 michel-bulteau-def-copie-2.jpg


On lui doit aussi une biographie du Baron Corvo. Les qualifiant d'amers, de désespérés, il semble dénoncer l'illusion et détourne nos pensées par un extrait piquant : « Il est encore possible de fumer un cigare jusqu'au bout, et sans en faire tomber la cendre. Celui d'entre eux qui y parvenait était sûr d'épouser la reine Victoria dans les six mois. »

 

                                                                                                                  Pierre de Bonneuil

                                                                                                           

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16 avril 2013 2 16 /04 /avril /2013 06:58

 

andre-malraux-copie-2.jpgVers trente ans

 

Jeune, Malraux fut un incontestable dandy. L’attention qu’il prêtait à sa mise en est un indice. Attention d’ailleurs ancienne si l’on en juge à partir de cette photo qui le représente à treize ans et demi :


andre-malraux-ado.jpg

 

« Ce Malraux (…) plutôt petit, l’œil sévère, le front barré d’une mèche noble, vêtu avec un soin touchant, une montre posée comiquement sur le gilet (sic), le cou serré dans un col dur orné d’une cravate à perle, arbore l’air ombrageux et sûr de lui d’un jeune génie de province », écrit, amusé, son biographe Jean Lacouture (1).

Le dandysme du jeune Malraux ne s’exprimait pas que par le vêtement. Il y avait son dédain des règles sociales conjugué à sa certitude d’être un être supérieur. Il se dispensa d’une formation scolaire solide – il renonça à passer le bac - ; il se hissa pour ainsi dire naturellement au-dessus de sa condition d’origine (2), se donnant les moyens d’une vie fastueuse sans s’abaisser au travail. Une anecdote est restée célèbre : marié très tôt à une jeune bourgeoise aisée, Clara Goldschmidt, il s’empresse de transformer l’argent du foyer en titres. Un jour de 1923 – il a 22 ans -, c’est la ruine, qu’il apprend à sa femme sans ménagement, accompagnant son annonce d’un « Vous ne croyez tout de même pas que je vais travailler » qui en dit long sur son état d’esprit d’alors. Le choix de ses maîtres nous renseigne aussi : Nietzsche, et son surhomme ; Laforgue, et ses dandys lunaires ; Baudelaire, et son goût du luxe et de la beauté.

Entre le jeune Malraux et le Baudelaire des années 1842-1844, la parenté est certaine.

A ces trois maîtres morts, il faut en ajouter un autre, bien vivant celui-là : Max Jacob. Georges Gabory, ami de Malraux, écrit : « La première fois que Malraux vint offrir à Max Jacob les prémices de son esprit (…), à le voir si bien habillé – gants de peau, canne à dragonne et perle à la cravate – on l’aurait pris pour un visiteur du dimanche… »

Max Jacob, caméléon génial, ressemblait, selon les jours, à un clochard ou à un prince : alors, en habit, un chapeau claque sur la tête et un monocle à ganse noire fiché dans l’œil.

 

max-jacob-habit-copie-1.jpg Max Jacob

 

Plus tard, quand il composera La Condition humaine, Malraux se souviendra de Max pour créer le personnage farfelu, clownesque, mythomane du baron Clappique. Dans ce roman, un carré de soie noire barre l’œil du baron. Beaucoup plus tard, quand Malraux fera revenir le baron dans ses Antimémoires, un monocle noir aura remplacé le carré de soie, comme si, en portant ce monocle, le baron portait aussi le deuil de son modèle : entretemps, le 5 mars 1944, le pauvre Max aura trouvé la mort au camp de Drancy.

Pour reconstituer rapidement le patrimoine du foyer, Malraux a l’idée saugrenue de jouer, avec Clara et son ami d'enfance Louis Chevasson, les esthètes pillards au Cambodge.


andre-malraux-chevasson.jpgAvec Louis Chevasson

 

Ils s’emparent de bas-reliefs khmères dans le but de les revendre en Occident. C’est un fiasco. Malraux est emprisonné pour trois ans. Clara, qui a obtenu un non-lieu, revient en France et alerte les intellectuels de la Nouvelle Revue française. Une pétition, signée, entre autres, par Gide, Martin du Gard, Aragon, Breton, permet à Malraux d’obtenir un sursis et de rentrer en France.


andre-malraux-clara.jpgClara et André. Indochine, 1923

 

Ce succès doit beaucoup à l’entregent de Clara – mais il doit bien davantage au pouvoir de fascination qu'exerce le jeune Malraux sur tous ceux qu'il rencontre. Comment expliquer autrement que tant de noms célèbres viennent au secours d’un jeune homme qui n’a encore rien écrit, sinon un livre aussi léger que son titre : Lunes en papier ? Les dandies authentiques n’ont pas besoin de prouver par l’œuvre offerte la supériorité aristocratique de leur esprit.

Maurice Sachs, qui le découvre à cette époque, est séduit par ce jeune homme plein de promesses : « J’ai rencontré Malraux. Il produit la plus vive impression. Il a dans le regard un air d’aventure, de mélancolie et de décision irrésistible, un beau profil d’homme de la Renaissance italienne, une apparence très française au demeurant… Il parle très vite, très bien, a l’air de tout savoir, éblouit à coup sûr et vous laisse sur l’impression d’avoir rencontré l’homme le plus intelligent du siècle. »


andre-malraux-siam.jpg

 

La suite est mieux connue : le dandy se métamorphosera en aventurier, en écrivain engagé, en ministre de la République. Mais n’est-ce pas le dandy qui réapparaîtra sous les traits du critique d’art aux aperçus brillants mais peu conventionnels ?

Julien Green rapporte dans son journal cette confidence de Malraux : « Entre dix-huit et vingt ans, la vie est un marché où l’on achète des valeurs. » Il n’est pas douteux que l’élégance compta au nombre des valeurs achetées par Malraux à cet âge.

Son élégance répondait à quelques principes dont il ne se départit jamais.

- Le goût des belles étoffes;


andre-malraux-belles-matier.jpg

 

andre-malraux-belle-matiere.jpg

 

- L’attention portée aux accessoires; - l'écharpe :

 

andre-malraux-echarpe.jpg

 

                                                     – la pochette :

 

andre-malraux-pochette-copie-1.jpg

 

                                                      - les gants :


andre-malraux-gants.jpgAvec l'écrivain communiste Jean Cassou, au moment de la guerre d'Espagne

 

            - les bijoux :

 

andre-malraux-perle-cravate-copie-1.jpgCravate à perle. 1934


andre-malraux-boutons-de-m-.jpgBoutons de manchette et pince à cravate    

 

andre-malraux-cartier.jpg
Au poignet, une Tank Cartier

 

- Le sens de la pose.

A ce propos, qu’on me permette, en guise de conclusion, un clin d’œil : adolescent, j’avais pris Malraux pour modèle. Et ( j'ai un peu honte de raconter cela...) je m’essayais à ses poses :


andre-malraux-pose.jpg

 

le-ch-ado-def.jpg

 

« On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans »

… Et qu’on prend l’air sérieux  (4) ! 

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1. André Malraux, Une vie dans le siècle, Jean Lacouture, Le Seuil.
2. La mère de Malraux tenait une épicerie à Bondy. Quand Malraux sera célèbre, Cocteau - le méchant et snob Cocteau - fera, pour se moquer avec ses amis, de l'"épicerie Malraux" de Bondy un but de promenade.
3. Au temps du Boeuf sur le Toit, Maurice Sachs, Grasset.
4. La plupart des illustrations de ce billet sont issues du "livre caméra" Malraux, celui qui vient de Guy Suarès, Stock.

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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 17:53

jean-jacques-augier-def-copie-1.jpgJean-Jacques Augier. Photo Stéphane Lavoué

 

Comment peut-on, Monsieur Augier ? Comment peut-on ?...

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