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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 06:51

S’il est un look (appelons ça comme ça) aux antipodes de l’élégance, c’est bien le look rock. Cuir, noir, tatouages, blousons, bagues, tee-shirt, jean, santiags… toute cette panoplie, déjà laide portée par un jeune homme, devient franchement grotesque sur une personne âgée.

Car les rockers aussi vieillissent. Les plus célèbres d’entre eux se sont presque tous embourgeoisés. Ils font fructifier au mieux leur fortune ; ils vivent retranchés dans des propriétés sécurisées ; ils font flamber, à l’occasion de « retours » savamment orchestrés, le montant de leurs cachets. Plus d’un million d’euros, par exemple, pour un concert de Bruce Springsteen.

Des bourgeois, certes, mais qui ne veulent surtout pas le paraître. A le voir, imaginerait-on Mick Jagger châtelain de Touraine ? Et pourtant…

Le rocker du troisième âge tient à son look. Impossible pour lui de renoncer à ce qui fait partie de son ADN – de sa rock n’ roll attitude. Mais, en n’évoluant pas, sa panoplie ne fait que mieux ressortir les outrages du temps. Et contre ceux-ci, rocker ou pas, il n’y a pas grand-chose à faire.

La teinture…


rod-stewart.jpg Rod Stewart

 

… la moumoute…

 

dick-rivers.jpgDick Rivers

 

… la chirurgie esthétique...


johnny-halliday.jpgJohnny Hallyday

 

... ne suffisent pas à sauver les apparences. 

Or, si la vieillesse est un drame pour la plupart d’entre nous, elle se transforme en tragédie dans le cas d’un rocker. Le rock, en effet, c’est l’exaltation de la jeunesse. Cette donnée est si importante qu’on peut se demander si un vrai rocker n’est pas un rocker mort jeune. Imagine-t-on Jim Morrison sexagénaire ? Son visage peu structuré aurait d’ailleurs presque sûrement mal vieilli.


jim-morrison.jpg

 

Si j’étais cynique, je paraphraserais ainsi l’adresse posthume de René Char à Arthur Rimbaud : « Tu as bien fait de mourir, Jim Morrison ! » Au vrai, une telle phrase ne saurait choquer un vrai rocker : la mort précoce fait partie des fantasmes du rock. En 1965, dans My generation, Roger Daltrey, l’ange blond des Who, proclamait : « J’espère mourir avant d’être vieux. »


roger-daltrey-jeune.jpg

 

Les dieux du rock ne l’ont pas entendu de cette oreille (… le rock plein les tympans, c’est entendu, ça rend sourd ). Voyez à quoi il ressemble aujourd’hui :

 

roger-daltrey.jpgUn faux air de Bill Clinton...

 

Le rock, c’est aussi le sexe. Chanter le sexe à vingt ans, ça passe, mais à soixante ou soixante-dix-ans, c’est – si j’ose dire – beaucoup plus dur… Voir aujourd’hui Johnny Halliday, monté sur hanches artificielles, remuer du pelvis comme Elvis en chantant « Que je t’aime » peut mettre mal à l’aise. Il y a dans cette chanson quelques vers (« Quand tes mains voudraient bien / Quand tes doigts n’osent pas / Quand ta pudeur dit non / D’une toute petite voix ») qui pourraient vite le faire passer pour un vieux dégoûtant. Surtout s’il lui prenait l’envie de les chanter les yeux dans les yeux d’une spectatrice dont l’âge ferait à peine la moitié de celui de Laeticia...

Le rock, c’est encore (peut-être) Satan. Toute une littérature a été consacrée à cette brûlante question. Je me souviens d’un livre qui, dans un certain milieu, avait fait grand bruit au début des années 80. Il était écrit par un prêtre québécois. On pouvait se le procurer dans toutes les librairies (bonnes, forcément) des monastères. La thèse défendue était que le rock faisait la promotion des drogues et du suicide, qu’il violait les consciences à l’aide de messages subliminaux et qu’il poursuivait un but : la glorification de Satan. On y apprenait, par exemple, que sous l’influence de la sorcière Marianne Faithfull, Mick Jagger s’était consacré au démon et que des chansons apparemment anodines (entre autres, « Hôtel California » des Eagles) dissimulaient en réalité de dangereux messages antichrétiens.

Ce livre, c’était un peu Durtal au pays du rock. Mais si le héros de Huysmans rencontre Dieu après avoir connu la tentation diabolique, notre pauvre prêtre québécois a fini, lui, par… se suicider ! Epilogue troublant qui aurait pu recevoir pour titre : « La vengeance de Satan ! »

Les rockers, créatures du diable ? S’ils l’étaient, leur Maître ne leur aurait-il pas confié le secret de la jeunesse éternelle ? Leurs nombreux excès, les vieux rockers les portent sur leur visage. Ce sont des Dorian Gray sans le portrait magique. Sur un pastiche moderne d’une cathédrale gothique, certaines têtes de vieux rockers feraient en tout cas des gargouilles très convaincantes :


mike-jagger.jpgMick Jagger


keith-richard.jpg Keith Richards
 

 iggy-pop-def.jpgIggy Pop

 

Les vieux rockers nous livrent à leur corps défendant une leçon d’élégance essentielle : l’élégance consiste à adapter sa mise à son âge – et non l’inverse.

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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 06:57

Marcel Dassault

 

Marcel Dassault avait un physique d’homme né vieux et trop tard. Petite moustache, grosses lunettes d’écaille, écharpe, costume trois pièces, toujours enveloppé dans des manteaux un peu trop grands, toujours chapeauté, il avait une allure surannée, désuète.


marcel-dassault.jpg


Ah ! son chapeau ! Une légende. Bernard Lanvin lui a consacré une page dans son Guide de l’élégance au masculin. Extraits : « (…) le crâne de Marcel Dassault mesurait 55 centimètres à peine. Pour le doyen des clients de Gélot, on avait réalisé un moule exclusif en bois. (Il) commandait invariablement le même modèle. (Il) convoquait son tailleur, mais faisait à son chapelier l’honneur de se déplacer. Il avait la passion des chapeaux légers, très souples, à bords étroits, et les choisissait le plus souvent gris ou beiges. (Il) réclamait un « réglé » (règle métallique) et vérifiait les proportions de son feutre neuf avec le même sérieux qu’il devait apporter à déterminer la largeur d’un fuselage. (…) Un des derniers appels du célèbre constructeur d’avions (il téléphonait de son lit d’hôpital) fut (…) pour Gélot. »

Lanvin ne dit pas si Marcel Dassault exigeait, quand il commandait un manteau, que les poches fussent taillées grandes afin  d’y glisser les liasses de billets que, durant les campagnes électorales, il distribuait généreusement.

Hergé s’est inspiré de lui pour créer le personnage de Carreidas dans Vol 714 pour Sydney. Pierre Assouline, biographe de Hergé, raconte : « (Carreidas) est une caricature du génial constructeur des Mirage et Mystère (…). Il lui a beaucoup emprunté : sa silhouette, son chapeau, son cache-col, son côté frileux… Mais autant la copie est pingre, autant l’original était prodigue. Les deux étaient probablement des éternueurs compulsifs. Horrifiés par la fumée du tabac, ils étaient pareillement obsédés par les microbes, au point d’éviter le serrement de main (1). »

Il utilisa son immense fortune pour réaliser certaines de ses lubies : création de Jours de France, un magazine consacré exclusivement à l’actualité heureuse, dans lequel il tenait lui-même la rubrique du « Café du commerce » ; production de films à l’happy end obligatoire.


marcel-dassault-jours-de-france.jpg


Bien sûr, il n’y a pas que les milliardaires à avoir des lubies. Mais, comparées aux leurs, les nôtres font mesquines !  

 

Albin Chalandon

 
Albin Chalandon vit toujours. Mais sa carrière politique est derrière lui. Plusieurs fois ministre, il se distinguait de ses collègues par une mise soignée, un tantinet précieuse. Il affectionnait la pochette de soie à motifs, qu’il assortissait plus ou moins à sa cravate, les chemises de couleur à col et poignets blancs, le « tab collar », les costumes à rayures banquier…


albin-chalandon.jpg

 

A propos de ses costumes : toujours bien coupés dans des matières somptueuses.

Il se singularisait aussi par une impassibilité que d’aucuns auraient tôt fait de qualifier de « dandy ». Mais un dandy fait-il de la politique ? Choisit-il d’être banquier ? Et grand patron ? Car Albin Chalandon fut tout cela : créateur, avec Marcel Dassault, de la Banque commerciale de Paris, puis dirigeant d’Elf-Aquitaine.

Pas orateur pour deux sous, il compensait par un humour froid, coupant.

Anglomanie manifeste !

Albin Chalandon a mal vieilli, comme il arrive souvent aux hommes restés trop longtemps sensibles au charme des jeunes femmes (2) (ça, diraient les mauvaises langues, ce n’est peut-être pas son côté le plus britannique…)

Il s’est d’abord teint les cheveux en brun, puis en roux et, pour finir, en  blond « Hortefeux ». On l’a vu aussi se vêtir tout en noir, à la manière d’un vieux rocker…


albin-chalandon-blond.jpg


« La vieillesse est un naufrage »
, disait de Gaulle. Ou plutôt Chateaubriand.
 

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1. Hergé, biographie, Pierre Assouline, Plon, 1996.
2. Il fut l'un des "découvreurs" de Rachida Dati.

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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 07:00

Gaston Defferre

 
La figure paradoxale et encombrante du responsable socialiste millionnaire n’est pas inédite. Avant Fabius, DSK et quelques autres, il y eut Léon Blum et, plus près de nous, Gaston Defferre qui, trente-trois années durant, régna sur Marseille.

Le journaliste Pierre Viansson-Ponté évoqua dans un livre le « goût » de celui-ci « pour les plaisirs coûteux ». Aimant la mer, il s’offrit en 1961 un merveilleux jouet, le Palynodie II, qui  demeure une référence en matière de yachting. Gaston Defferre s’unit en troisièmes noces à Edmonde Charles-Roux, grande bourgeoise et admiratrice (lucide) de Coco Chanel.


gaston-defferre-bateau.jpgA la barre du Palynodie II

 

Je me souviens que dans les années 80, Paris-Match consacra une enquête au coût des tenues portées par nos hommes politiques. Gaston Defferre arriva en tête. Il faut dire que ses costumes trois pièces étaient fabriqués sur mesure par Lanvin. Protestant, Defferre cultivait une élégance discrète qui versait dans l'austérité ; manteau, costume, cravate : tout était sombre, hormis la chemise, d’un blanc immaculé.

Son feutre était sa signature. Dans son Guide de l’élégance au masculin, Bernard Lanvin raconte : « Même pendant la Résistance, où il s’annonçait sous un nom d’emprunt, l’organisateur du réseau Brutus n’a jamais cessé de rendre visite à Gélot. Est-ce en hommage à Léon Blum (…) qu’il avait choisi un tel couvre-chef ? Sans doute. Ce chapeau, pour les chapeliers, est d’ailleurs dit "à la Léon Blum" . »


gaston-defferre-mitterrand.jpgAvec François Mitterrand

 

Ainsi vêtu, Gaston Defferre avait quelque chose d’anachronique. Dans un film de truands, le maire de Marseille aurait été parfait, auprès d’un Gabin par exemple, dans le rôle de l’avocat bien mis mais corrompu jusqu’à la moelle.


gaston-defferre-telephone.jpg

 

Posé sur un coussin de velours rouge porté par un enfant, « le feutre de Gaston » suivit celui-ci jusqu’à sa dernière demeure. Jean-Victor Cordonnier, alors premier adjoint et maire de Marseille par intérim, finit ainsi son éloge funèbre : « Monsieur le maire, tu as décidé de faire une croisière en solitaire. En partant, tu as oublié ton chapeau. Tes amis te le gardent. » Une « sortie » digne de Pagnol !

 

Jacques Chaban-Delmas

 
Bien que de taille moyenne, Jacques Chaban-Delmas avait un physique qui plaisait aux femmes. A la fin de sa calamiteuse campagne présidentielle de 1974, s’étonnant de la dureté dont firent preuve ses adversaires à son endroit, il confia que la seule chose qu’on pouvait lui reprocher dans la vie était d’avoir fait quelques maris cocus (1)… Dans Paris brûle-t-il ? son rôle de jeune et intrépide général de brigade, héros de la Résistance, est tenu par Alain Delon. Ce choix du réalisateur René Clément ne le flatta pas plus que ça : il le trouva juste normal.


jacques-chaban-delmas-alain-delon.jpgAvec Alain Delon    

 

L’âge mûr lui alla bien. Son teint éternellement hâlé et sa crinière argentée lui donnaient des airs de Vittorio De Sica français. Il aurait pu faire du cinéma, d’ailleurs – mais au temps du muet… à cause de sa voix haut perchée.

Ancien champion de tennis et international de rugby, il prenait grand soin de sa forme physique. La légende disait qu’il montait les escaliers quatre par quatre. Vanité de coquet : il aima longtemps avouer son âge, tant il était certain de paraître beaucoup plus jeune. La maladie se chargea de remettre – si j’ose dire – les pendules à l’heure. Elle réduisit sa mobilité et finit par le rendre impotent. Quand le sort se pique d’ironie, il ne fait rire que lui. Face à l’adversité, Jacques Chaban-Delmas fit preuve d’un grand courage. Il s’effaça peu à peu, sans parler, sans prier, sans gémir.


jacques-chaban-delmas-les-compagnons.jpg

 

Jacques Chaban-Delmas fut fidèle à ses choix vestimentaires : costumes droits de couleur grise, chemises blanches ou, plus souvent, bleues à poignets mousquetaires, cravates unies bleu foncé ou, surtout, vertes, pochette rectangulaire blanche (2). Son éternel trench kaki, qu’il portait comme personne, témoignait d’une autre fidélité – celle qui le lia à la Résistance et au gaullisme.

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1. Pour l’anecdote, regardez ce « clip » de propagande électorale. En fin de campagne, les sondages annonçant sa défaite, Chaban crut malin de faire venir André Malraux. Il dira plus tard qu’à chaque fois que Malraux ouvrait la bouche, il voyait s’envoler des milliers de voix…
2. L’alliance costume gris, chemise bleue et cravate verte mérite d’être signalée. 

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1 septembre 2012 6 01 /09 /septembre /2012 06:44

Sur Lapo Elkann, je sais le minimum. Il est le petit-fils de Gianni Agnelli. C’est un homme d’affaires. Le magazine Vanity Fair l’a classé en 2009 parmi les hommes les mieux habillés du monde. Ses tenues, voyantes, m’ont intrigué. Un récent numéro du magazine M (Le Monde) m’a permis de mieux comprendre : la journaliste Catherine Maliszewski y rapporte les propos de Lapo Elkann sur… sa voiture, une Fiat 500 Abarth :


fiat.jpg


« Je l’ai customisée. Elle est bleu Bugatti, car le bleu, c’est le ciel, la mer, l’océan. Je ne me sens jamais mieux qu’en contemplant l’eau, elle me permet de m’échapper pour imaginer, rêver, penser. C’est un bleu mat. L’une de mes activités préférées porte sur la recherche de nouvelles couleurs, et ce mat, j’y travaille depuis douze ans. L’intérieur est en denim, parce que le jean est une valeur démocratique. Cette voiture est plus basse que la normale, ce qui la rend plus rigide et donc plus nerveuse. Je l’ai allégée de 250 kg pour rouler plus vite (…) j’ai bien sûr amélioré sa sécurité avec des pince-freins en céramique. »

C’est donc cela : Lapo Elkann s’habille comme il roule ! Je veux dire qu’il se customise (1) ! On saisit mieux, alors, le chapeau fushia, les lunettes de toutes les couleurs, les bracelets en tous genres…


lapo-elkann-chapeau.jpg

lapo-elkann-lunettes-blanches.jpg 
lapo-elkhann-lunettes-bleues.jpg

 

La customisation ne porte pas que sur le vêtement et ses accessoires ; elle concerne aussi le corps : Lapo Elkann a les bras aussi tatoués que ceux d’un footballeur !

Une question demeure : que signifie cette customisation de soi-même ? Pour la voiture, c’est clair : chaque innovation ou transformation a été justifiée par Lapo Elkann lui-même (voir les extraits ci-dessus soulignés par mes soins). Mais pour ce qui est de son apparence ?... Lapo Elkann s’est-il exprimé sur le sujet ? L’envie m’a pris de retrouver par moi-même les raisons qui ont pu présider à ses choix ; mais ce qui était au départ un jeu s’est vite transformé en quête de l’impossible. Quel sens donner, par exemple, à ces mocassins bleu indigo à pompons portés avec un costume de ville que n’aurait pas renié son grand-père ?


lapo-elkhan-mocs-bleus.jpg

      
Oui, je sais, Lapo Elkann aime le bleu parce que le bleu,  « c’est le ciel »… Mais qui prétend avoir le ciel à ses pieds risque de déclencher la foudre !

Lapo Elkann me rappelle John Kennedy junior. Les fées et les dieux se penchèrent sur leurs deux berceaux. John John hier comme Lapo aujourd’hui se crut tout permis et l’un avant l’autre chercha par l'anticonformisme de ses tenues à s'émanciper d'un encombrant lignage :


john-kennedy-junior.jpg

Lapo-elkann-bonnet-def.jpg

 

Les jaloux seront rassurés : être le rejeton d’une famille mythique n’offre pas que des avantages. Comment trouver sa place quand on est le fils de John Kennedy ou le petit-fils de Gianni Agnelli ? La difficulté redouble quand, comme John Kennedy junior et Lapo Elkann, on descend d’ « icônes du style » et que, soi-même, on n’est pas insensible au sujet.

Deux possibilités s’offraient à Lapo Elkann pour se démarquer de son grand-père : ou adopter un style respectueux des codes et rompre avec les détournements et les décalages qu’affectionnait Gianni ; ou multiplier ceux-ci et passer d’une fantaisie contrôlée à une extravagance effrénée.

Lapo Elkann a choisi la seconde solution. Pour le meilleur, diront les uns ; pour le pire, diront les autres.

Pour juger du résultat, le mot élégance n’est pas approprié. Lapo Elkann se déguise plus qu’il ne s’habille. Son intention est clairement d’attirer l’attention sur sa personne, comme pour prouver – et se prouver – qu’il existe en tant que Lapo Elkann et non en tant que simple héritier. Un narcissisme aussi visible peut mettre mal à l’aise. Il n’est pas sans m’évoquer celui dont font preuve les candidats de télé-réalité, souvent issus  de milieux défavorisés : eux aussi chargent leur apparence de parler pour eux. L’ennui, c’est que leur apparence parle aussi mal qu’eux… Certes, Lapo Elkann a d’autres moyens, il a reçu une autre éducation. Mais les deux démarches sont-elles si éloignées ?

Entre Lapo Elkann et un loulou de banlieue, il y a plus qu’une ressemblance. Tous les deux aiment la fringue. Tous les deux sont tatoués. Et quand l’un costumise sa Fiat Abarth, l’autre, dès que revient le week-end, se livre à son occupation favorite : le tuning de sa Golf première génération !

Vous l’avez compris : les tenues de Lapo Elkann (ou plutôt ses « looks ») ne m’emballent pas plus que ça. Je les regarde comme des curiosités tout en admirant la qualité des tissus et des coupes. Je les préfère encore, toutefois, à l’absence de tenue dont il lui arrive de faire preuve quand les beaux jours reviennent. Allez ! Vite ! des fringues sur Lapo ! 


lapo-elkhann-st-tropez.jpg

A chacun son snobisme : celui du jeune patricien, c’est de faire peuple...

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1. Customiser : personnaliser à son goût sa voiture en y ajoutant des accessoires.

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6 juillet 2012 5 06 /07 /juillet /2012 06:39

On s’attendrait à ce que les surréalistes, chantres de la révolution, aient chargé leur mise de témoigner pour eux de leurs aspirations subversives. Ce qui étonne, au contraire, c’est, presque toujours, le classicisme de leur apparence. Dans son Journal inutile, Paul Morand les qualifiait de « bourgeois déguisés en voyous ». Entendu au sens figuré, le propos ne manque pas de pertinence, mais, au sens propre, c’était plutôt des voyous (enfin, des provocateurs) habillés… en bourgeois.

Le surréalisme influença de nombreux arts. Je limiterai mon propos à la littérature ; encore ne chercherai-je pas, dans ce seul domaine, à être exhaustif. Je me contenterai de présenter quelques individualités ayant appartenu plus ou moins longtemps au mouvement en insistant sur ce qu’elles peuvent avoir de révélateur.

A tout seigneur tout honneur : commençons par le fondateur du mouvement, celui que ses détracteurs ont surnommé « le pape du surréalisme » : André Breton.

Les surréalistes se prêtaient de bonne grâce aux séances chez le photographe. C’était leur côté « poseurs ». Les portraits d’André Breton sont nombreux, qui le montrent le plus souvent solennel et sérieux. Sérieux… comme un pape ! Il était de ces hommes que leur corpulence fait imaginer plus grands qu’ils ne sont. Son visage, démesuré, renforçait cette impression. Visage léonin, couronné d’une crinière que, s’il était permis d’oser cet adjectif pour parler du premier des surréalistes, on qualifierait volontiers de romantique…


andre-breton-copie-1.jpgAndré Breton

 

Georges Bataille, proche un temps du mouvement, ne le rata pas : « (…) un représentant d’une espèce innommable, animal à grande tignasse et tête à crachats, de Lion châtré. » Brassaï non plus, mais en plus drôle : « (…) il ressemblait à un Oscar Wilde, qu’une brusque substitution glandulaire aurait rendu plus énergique, plus mâle. »

A quelques audaces près, la mise frappe par son caractère conventionnel. Au compte des « folies » (au demeurant peu emballantes), citons le manteau de cuir ou la cravate à rayures sur une chemise à pois :


andre-breton-cuir.jpg


andre-breton-motifs.jpg

 

La tenue de prédilection reste néanmoins le costume et, plus exactement, le costume croisé.


andre-breton-costume-croise-copie-1.jpg

 

Filons la métaphore cléricale, et passons aux « cardinaux ». Cela fait, conscient des insuffisances d'un tel classement.

Tristan Tzara, fondateur de Dada rallié au surréalisme, avait trouvé dans le monocle et la mèche retombant sur le front des moyens de se distinguer. Il le fallait : sans cela, sa physionomie n’aurait pas retenu les regards. Un monocle de mondain et une mèche à la Barrès : la provocation est assez claire ! Où l'on voit que l'ironie appliquée à l'apparence n'est pas une invention « postmoderne » !


tritan-tzara-meche-copie-1.jpgTristan Tzara

 

Sur son portrait le plus célèbre, signé Robert Delaunay, Tzara arbore une longue écharpe « simultanée » dessinée par Sonia, la femme de Robert. L’occasion pour le peintre de faire, en somme, une double peinture : un portrait figuratif et une composition simultanée.


tristan-tzara-delaunay-copie-5.jpgTristan Tzara par Robert Delaunay

 

Autre cardinal : Louis Aragon.

Jeune, Aragon fut pendant quelques années un des compagnons les plus proches du très élégant Drieu La Rochelle. Dominique Desanti, biographe du second, écrit : « Pierre et Louis admirent chacun dans l’autre ce qu’ils aiment en eux-mêmes : l’élégance désinvolte, le dandysme insolent. » Et tous les deux, en ces années-là, sont disciples de Barrès, l’auteur du Culte du moi. Breton et Soupault ont témoigné d’un Aragon narcissique – Breton : « (…) il aime, en parlant dans les cafés, à ne rien perdre de ses attitudes dans les miroirs » ; Soupault : « (…) il ne pouvait s’empêcher de se regarder dans toutes les glaces et dans tous les miroirs. » Sur ce très beau portrait signé Man Ray, il porte un costume trois pièces ; ses cheveux sont gominés ; la pose de trois quarts dévoile la finesse du profil :


louis-aragon-man-ray-copie-1.jpgLouis Aragon par Man Ray

 

La légende d’Aragon dit qu’il eut deux amours, sa femme Elsa et le Parti communiste, l’un le tenant autant que l’autre. Les yeux d’Elsa étaient peut-être profonds mais ils n’étaient pas tendres. Etrangement, le regard d’Aragon finit par être l’exact reflet de celui de sa femme.

Homme mûr, sa mise évoquait davantage le banquier que le hiérarque bolchevique. Pourtant, il aurait été difficile de trouver plus « rouge » que ce cardinal-là ! Un cardinal à l’orthodoxie fanatique. Après la mort d’Elsa, Aragon se libéra. Il avait 73 ans... Il adopta une coiffure à la Léo Ferré, porta quelquefois la moustache, se couvrit de capes et se coiffa d’immenses feutres, finissant par se conformer à l’image traditionnelle que le grand public, qui ne lit pas de poésie, se fait des poètes. Une image plus proche d’un Paul Fort que d’un révolutionnaire…


louis-aragon-cheveux-longs-copie-1.jpgLouis Aragon en vieux barde

 

Le « fou d’Elsa » se transforma sur le tard en folle du Palace. A son bras, de jeunes éphèbes à la différence assumée :


louis-aragon-renaud-camus-copie-1.pngLouis Aragon et Renaud Camus au Palace (Photo Philippe Morillon)

 

Troisième cardinal : Paul Eluard. Sur celui-ci, je passerai vite : si des efforts sont repérables sur certains clichés qui le représentent jeune, il est clair que, très vite, l’élégance sortit du champ (Duchamp !) de ses préoccupations : tenues sobres et conventionnelles.


paul-eluard-jeune-def.jpgPaul Eluard jeune


paul-eluard.jpgPaul Eluard

 

Même discrétion chez  les deux « évêques » les plus violemment, sans doute, anticléricaux : Benjamin Péret et Philippe Soupault.


benjamin-peret-copie-1.jpgBenjamin Péret


philippe-soupault-copie-1.jpgPhilippe Soupault

 

Le cas Michel Leiris est beaucoup plus intéressant.


michel-leiris.jpg

 

Michel Leiris a plusieurs fois écrit  sur l’importance que revêtait à ses yeux l’acte de s’habiller. L’Age d’homme, son plus célèbre ouvrage autobiographique, s’ouvre sur un autoportrait d’une rare cruauté : « Ma tête est plutôt grosse pour mon corps ; j’ai les jambes un peu courtes par rapport à mon torse, les épaules trop étroites relativement aux hanches ; j’ai tendance, lorsque je suis assis, à me tenir le dos voûté ; ma poitrine n’est pas très large et je n’ai guère de muscles. » Leiris, c’est un peu l’anti-Narcisse, ou, si vous préférez, l’anti-Aragon : « J’ai horreur de me voir à l’improviste dans une glace car, faute de m’y être préparé, je me trouve à chaque fois d’une laideur humiliante. » Une autodétestation poussée à un tel degré finit par être suspecte : la complaisance n’y aurait-elle pas sa part ? On est d’autant plus enclin à le penser que les portraits de Leiris démentent son propos. En tout cas, l’expression « laideur humiliante »apparaît largement exagérée.


michel-leiris-roger-parry-copie-1.jpgMichel Leiris à l'âge de son autoportrait (Roger Parry)

 

Leiris charge le vêtement d’atténuer les défauts de sa nature. Grâce à lui, il se supporte… enfin presque : « J’aime me vêtir avec le maximum d’élégance ; pourtant, à cause des défauts que je viens de relever dans ma structure (…), je me juge profondément inélégant. » Et l’Age d’homme se clôt sur cette profonde sentence : « (…) il est nécessaire de construire un mur autour de soi, à l’aide du vêtement. »

Il faut lire dans Frêle bruit le chapitre extraordinaire qu’il consacre aux tailleurs et à « l’affection fétichiste qu’(il a) pour (ses) vêtements ».

Chez les « prêtres », pas grand-chose à signaler.

Avec ses airs doucereux, patelins, Raymond Queneau ressemblait réellement à un prêtre défroqué qui aurait troqué la soutane contre un costume de notaire.


raymond-queneau.jpgRaymond Queneau

 

Jacques Prévert – autre prêtre défroqué et inventeur, je crois, de la fameuse périphrase rapportée plus haut (« pape du surréalisme ») - présente une figure plus originale. Il y a deux Prévert. Celui qui s’habille comme un ouvrier et celui qui s’habille en bourgeois. Le premier a l’air de sortir des usines Renault de Billancourt, avec sa casquette de prolo et son polo en jersey boutonné jusqu’en haut. Genre, par parenthèse, assez répandu chez les artistes du temps ; voir, par exemple, Sartre, Doisneau, Brassens… Le second Prévert s’habillait chez les meilleurs tailleurs. Il osait la pochette et se couvrait d’un beau chapeau, malheureusement toujours trop petit. Mais une tenue aussi conventionnelle cadrait mal avec son physique de Pierrot lunaire noyant les aubes navrantes dans l’alcool. Incongruité. Ou provocation.


jacques-prevert-polo-def-copie-1.jpgJacques Prévert, version 1

 

jacques-prevert-cost-def-copie-1.jpgJacques Prévert, version 2. Photo Marcel Thomas

 

D’autres surréalistes ou précurseurs du mouvement auraient mérité d’être cités : Raymond Roussel, Jacques Vaché, Jacques Rigaut, René Crevel Si je ne l’ai pas fait, c’est parce que j’ai déjà évoqué ces écrivains suicidés dans deux autres billets.

... Alors, originaux, les écrivains surréalistes ? Pas autant qu'on aurait pu s'y attendre. Elégants ? Oui, quelquefois. Mais ils vécurent en un temps où, chez les écrivains en général, l'élégance était bien représentée : je le montrerai un jour. Pour l’audace et l’invention, ce serait plutôt du côté des peintres qu’il faudrait regarder : je le montrerai aussi. La question serait alors de savoir si les peintres surréalistes ont fait preuve dans ce domaine d’un talent particulier. Il y a, bien sûr, l’extravagance d’un Dali. Mais il y a aussi le conformisme maniaque d’un Magritte    

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3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 06:17

jean-vincent-place.jpgJean-Vincent Placé (photo : B. Guay, EFP)

 

Le sénateur Vert avec une chaussure jaune... L'effet Placé (beau ?)

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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 06:24

Monsieur le président
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps

 

Le temps d’un quinquennat
Vous incarnez la France
Patrie de l’élégance
Et des bons petits plats !

 

Monsieur le président
Craignez votre entourage
Courtisans à la page
Et sots communicants

 

Respectueusement
Je vous offre mon aide
Sachant comme on procède
Avec le vêtement

 

Revoyez s’il vous plaît
La coupe de vos vestes
Aux revers trop modestes
Au cintrage forcé

 

Quittez ces pantalons
Qui glissent sur vos hanches
Et font une avalanche
De plis sur vos talons


francois-hollande-pantalon.jpg 

 

Avec votre complet
Pas de chemise à poche
La poche ça fait moche
Quand ça ne fait pas laid !



francois-hollande-chemise.jpg

 

Faites très attention
Aux cravates qui pendent
Les cravates trop grandes
Prêtent à confusion…

 

 francois-hollande-cravate.jpgPhotos : Fred Dufour

 

Serrez bien au poignet
Votre bracelet-montre
Une Swatch !... Je suis contre !...
A jeter au panier !

 

Il faudrait vous calmer
Aussi sur la teinture
Piège à caricature
Et miel des chansonniers…


francois-hollande-teinture.jpg

 

Monsieur le président
Au fil de ces semaines
On vous vit sur les scènes
Imiter Mitterrand

 

Même débit heurté
Mêmes jeux de tribune
Une façon commune
De regarder de biais…

 

Si j’ai pu pour cela
Me montrer sarcastique

Je veux par ma supplique
Prouver ma bonne foi

 

Imiter Mitterrand ?
Mais allez-y ! Mais faites !
Poursuivez votre quête
Monsieur le président !

 

Car une fois élu
Cet homme sans prestance
Peu féru d’élégance
Fut toujours bien vêtu

 

Avisé, il se fit
Tailler de beaux costumes
Comme grosse légume
Signés Cifonelli

 

Un président normal
Peut vous ficher la honte
Quand on est chez les pontes
Faut pas être banal !

 

francois-hollande-obama.jpg

 

Votre concitoyen
Nonobstant Chouan des villes
Français et francophile

Et qui vous veut du bien 

 

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27 mai 2012 7 27 /05 /mai /2012 06:56

manuel-valls.jpgManuel Valls, ministre de l'Intérieur (P. Laurenson, Reuters)

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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 06:23

Ce 15 mai, lors de l’investiture de François Hollande à la présidence de la République, il y eut plusieurs vedettes. François Hollande, bien sûr, mais aussi sa compagne (on préfèrera ce mot à celui de concubine), et puis la pluie et la foudre (le jour d’un sacre royal, le temps qu’il faisait était lu comme un présage...) - et encore une voiture : une DS5 grise découvrable à moteur hybride.


ds5-hollande.jpg 

 

C’est une tradition républicaine : chaque nouveau président choisit sa monture. Ainsi a-t-on appris qu’il y a quelques mois, alors qu'il visitait l’usine de Sochaux, François Hollande avait fait savoir qu’en cas de victoire il roulerait volontiers en DS5. En toute discrétion, Citroën fit le nécessaire pour que, le jour venu, le véhicule soit fin prêt.

La ligne DS constitue le haut de gamme Citroën. DS3, DS4, DS5 : le style de ces modèles se signale par la surcharge – le « trop » : trop de chromes, trop de nervures, trop de renflements, trop de formes tarabiscotées… Ci-trop-ën ! Pas un élément qui n’ait fait l’objet d’un traitement spécifique. Voir, par exemple, les moustaches « leds » (très laides...) de la DS3 ou l’aberrant « sabre » chromé de la DS5. La réussite du design d’une voiture ne résulte pas de l’addition de détails, aussi ouvragés soient-ils. Une belle voiture, c’est d’abord une ligne harmonieuse. En ce sens, les modèles DS ne sont pas de belles voitures, et l’on préfèrera cent fois le profil fuselé d’une C6 à celui, pataud, tourmenté, désuni de la DS5.

Une voiture obèse pour un président aminci. Une voiture haute pour un président petit…

Mais il est très probable que le critère esthétique ait joué pour peu dans la décision de François Hollande. A mon sens, celle-ci doit plutôt se lire comme une forme d’hommage au fondateur de la marque, André Citroën, qui fut un patron à la fibre sociale. Nicolas Sarkozy, lui, avait choisi Peugeot, une entreprise dont le capital est encore détenu, pour partie, par la famille. La DS5 présidentielle est à moteur hybride – soit un moteur écologique et emblématique d’une technologie française de pointe. Hybride, la DS5 l’est encore d’une autre manière : dans quelle catégorie doit-on la ranger ? Dans celle des SUV ? des monospaces ? des breaks ? Elle tient un peu des trois à la fois…. Une voiture « transgenre » en quelque sorte… tout à fait dans l’esprit d’un président ultra-progressiste en matière de mœurs ! A propos, doit-on dire « un » DS5 ou « une » DS 5 ? Olivier Razemon dans Le Monde (16/05/2012) explique à ce sujet : « Si on se fie aux recherches effectuées en ligne, le modèle choisi par le président de la République se révèle androgyne. "La DS5", lancée sur le moteur de recherche Google, obtient 38000 résultats, tandis que "le DS5" en récolte 1440. »  L'ambiguïté, encore et toujours... Le modèle découvert livré à notre président n’est, enfin, rien d’autre qu’une déclinaison d’un modèle de série, certes d’un bon prix, mais tout de même abordable pour un bon nombre de Français : une voiture « normale » pour un président « normal »…

Comprenne qui pourra : moi, quand j’ai vu débarquer cette DS5 à l’Elysée, je me suis surpris à regretter la 607 dont elle prenait la place. Une 607 que, pourtant, je n’aimais pas plus que cela…

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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 06:48

bernatd-lavilliers-deb.jpg

 

Bernard Lavilliers chante les voyages et les grands espaces, les amours précaires dans des hôtels de passage et cette mort dont les hommes comme lui craignent, en même temps qu’ils l’espèrent, la suprême caresse. Assurément, pour paraphraser ce qu’affirmait Cadou de la poésie, on pourrait dire que, pour Lavilliers, « la chanson sera toujours l’éloge de la vie dangereuse. »

L’image médiatique du chanteur jette alors le trouble. Peau liftée et artificiellement bronzée ; dents blanchies ; yeux outrageusement faits ; front botoxé ; cheveux replantés – il ressemble plus à un Renato tendance SM qu’à un aventurier véritable. Et, insidieusement, le doute nous envahit : et si le récit de ses exploits n’était pas plus authentique que son visage ? « A trente ans, disait  Roger Vailland (je crois), on a le visage qu’on mérite. » Les chirurgie et médecine esthétiques ont tout brouillé. Car, entre nous, qui, à 66 ans, mérite le visage d’un Lavilliers ?

Certes, Bernard Lavilliers ne serait pas le premier aventurier à avoir pris des libertés avec la vérité : est-on bien sûr que Cendrars soit monté dans le Transsibérien ? Combien de fois Henry de Monfreid a-t-il flirté avec la mythomanie ? N’a-t-on pas dit que certains des reportages du bout du monde de Kessel avaient été rédigés dans des bars de palaces parisiens ? Mais, au moins, ces aventuriers-là avaient-ils le bon goût d’avoir « la gueule de l’emploi » :

 

blaise-cendrars-def.jpgBlaise Cendrars par Robert Doisneau


henry-de-monfreid.jpgHenry de Monfreid


JosephKessel-.jpgJoseph Kessel, un visage "en forme de proue de galion espagnol",  selon Michel Tournier

 

A vrai dire, savoir si Lavilliers nous mène en bateau (… un peu comme Cendrars nous aurait mené en train !) m’importe peu. A la question : « Quel est pour vous le comble de la vulgarité ? », je me souviens d’avoir entendu Jacques Martin répondre un jour : « Bernard Lavilliers chantant en maillot de corps La beauté est fascinante mais la vulgarité l’est peut-être encore davantage. Et peut-on trouver plus vulgaire que Lavilliers ? Ce cuir, ces muscles exhibés, cette boucle d’oreille – sans parler de ces regards torves qui se veulent langoureux, de cet insondable contentement de soi (100 % authentique, lui)…

 

bernard-lavilliers-fin.gif

Je vous dois tout de même un aveu : je ne déteste pas, parfois, entendre sa voix chaude transcender des textes fabriqués et poétiquement tocs.  

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