L'élégance au masculin : réflexion(s) - conseils - partis pris.
Notre nouveau pape respire la bonté.
Comme le disait De Gaulle de Brigitte Bardot (que Dieu, qui créa la femme, me pardonne ce rapprochement audacieux), « son naturel est de bon aloi ».
J’aime aussi que dans son homélie aux cardinaux il ait cité ce grand imprécateur de Léon Bloy, pèlerin de l’absolu et entrepreneur de démolitions.
Entrepreneur de démolitions, le pape François l’est à sa manière, douce et pateline. Il n’a de cesse, en effet, de bousculer les rituels. Ainsi n’a-t-il pas jugé bon de se présenter à la foule, juste après son élection, avec, sur les épaules, le mantelet ( la « mosette ») traditionnel. Tout ce qu’il dit, tout ce qu’il fait va, pour l’instant, dans une seule direction : témoigner d’une Eglise simple et pauvre.
La pauvreté est, certes, un principe évangélique : dans la parabole du bon Lazare, l’homme riche, qui « porte des vêtements luxueux », est voué à « la torture au séjour des morts ». Mais le pouvoir que représente le pape n’est pas que spirituel : il est aussi temporel et, à ce titre, il implique le recours à des signes distinctifs. Aucun pouvoir de cet ordre n’y échappe, ainsi que l’ont montré Dominique et François Gaulme dans leur bel ouvrage, Les Habits du pouvoir (Flammarion).
La magnificence de l’Eglise a une autre fonction : manifester la puissance de Dieu ; la faire sentir – et redouter – aux pauvres pécheurs que nous sommes.
Parler de « normalité » au sujet d’un président de la République est en soi bizarre. Au sujet d’un pape, cela a encore moins de sens. Les parallèles entre notre président normal et le nouveau pape alimentent la maigre chronique de ce début de pontificat : l’un choisissant comme carrosse républicain une vulgaire DS 5, l’autre refusant d’être véhiculé dans la voiture jugée trop luxueuse de son prédécesseur ; l’un arborant systématiquement une cravate de guingois, l’autre se présentant au balcon de Saint Pierre la croix pectorale – en simple fer et non en or - mal centrée ; l’un refusant de s’habiller en sur mesure, l’autre toujours chaussé, trois jours après son élection, de ses godillots noirs d’évêque sous une soutane blanche trop courte ; sans parler de cette identité fortuite du prénom…
L’abandon des escarpins rouges, surtout, me fait tiquer. Depuis César, le rouge aux pieds est le signe des puissants. J’aimerais rendre au pape ce qui appartient au pape. Il n’y a pas que moi que cela contenterait : j’entendais hier matin (Europe 1) le chausseur de Benoît XVI se plaindre de n’avoir pas encore été contacté par le Vatican pour passer commande des fameux souliers rouges.
La soutane blanche et les chaussures de ville noires créent une disparate. A-t-on jamais vu porter un smoking avec des chaussures de sport ?
Le rouge, c’est aussi la couleur de la beauté. Le pape François, grand lecteur de Dostoïevski, sait sûrement qu’en russe « rouge » veut dire « beau ». « Au XVIIIe siècle, nous dit Barbey d'Aurevilly, les mendiants au coin des rues, s’ils n’avaient pas de rouge, n’auraient pas osé quêter. » Pauvreté et couleur rouge peuvent donc faire bon ménage !
Catholique (ou m’efforçant de l’être), j’essaie de résister à cette mauvaise pensée qui, en ce moment, ne cesse de me trotter dans la tête : pourquoi ce pape, grand amateur de football, multiplie-t-il ainsi les tacles contre son prédécesseur sinon pour le désavouer ? Le risque que les choses soient interprétées dans ce sens n’est en tout cas pas à négliger. Le pape d’une Eglise des petits contre l’ex-pape d’une Eglise des puissants ; un pape ancré dans son temps contre un autre tourné vers le passé… Le contraste des styles, violent, m’interroge.
Benoît XVI cultivait une coquetterie anachronique qui, moi, me plaisait beaucoup (1). Le galero et le camauro, j’en raffolais !
Benoît XVI a certes renoncé à sa charge. Mais, de grâce, ne l’enterrons pas trop vite !
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1. Comme elle plaisait à Stiff Collar. Cliquer ici.