L'élégance au masculin : réflexion(s) - conseils - partis pris.
Lu, avant de partir en vacances, sur une des pages du forum de « De pied en cap » (site au demeurant très fréquentable) :
« Ca n’est pas destiné au Vendéen (c’est de moi qu’il s’agit) mais a une portée plus générale : Foutez-moi tous ces « il faut » et « on doit » à la BEEEENNNNNNEEEEE. (…) Jouez l’originalité. »
C’est signé Achille, administrateur.
Qu’on permette au Chouan (et non au Vendéen : la confusion est fréquente) de répondre.
« Il faut », « On doit »… Je comprends qu’à un esprit moderne, de telles injonctions soient insupportables. L’autorité sous toutes ses formes est aujourd’hui remise en cause. Pourquoi se plierait-on sans rechigner à un « dress code » contraignant ? Cela nous semble d’autant moins acceptable que notre vie moderne a fait évoluer, plus qu’aucune autre peut-être avant elle, les façons de se vêtir. Nombreuses sont les règles qui peuvent nous sembler inadaptées, dépassées, anachroniques… Et puis, le vêtement a à voir avec l’intime. Il nous « touche » - au sens propre comme au sens figuré. De quel droit, alors, nous empêcherait-on de choisir librement notre « seconde peau » ?
Dans ces conditions, en effet, les diktats du bien habiller paraissent d’un autre temps.
Il est logique aussi que l’administrateur d’un forum prêche pour sa paroisse et chante, en conséquence, les vertus de la libre expression.
Tout de même… Prétendre que l’originalité doit primer sur la culture ; faire fi de la transmission ; ne pas chercher à comprendre la logique qui préside aux formes admises – quelle légèreté ! quelle vanité ! quelle inconscience !
Savoir s’habiller était un article de la bonne éducation. Le fils apprenait de son père la hauteur exacte d’un revers de pantalon, la largeur millimétrée d’une cravate ou celle d’un bord de chapeau… Transmission orale ; secrets distillés à la faveur de moments de complicité ; initiation rituelle accompagnant le passage à l’âge adulte. Tout cela a presque totalement disparu. L’ignorance des jeunes hommes de bonne famille ne laisse pas de m’étonner : ils ont tout à apprendre et devraient maudire leurs pères d’avoir rompu, par lâche complaisance à la mode du temps, la chaîne de la transmission.
Ces jeunes hommes de qualité constituent une partie non négligeable de mon lectorat. Modestes, ils ont conscience de leurs manques. S’ils veulent savoir, c’est pour ne pas perdre leur temps… ni leur argent. Que peuvent peser quelques tentatives individuelles – aussi réussies soient-elles – face à l’héritage d’un long passé ? Peut-on se prétendre philosophe sans connaître le lexique ni l’histoire de la philosophie ? Ecrivain en ignorant la grammaire et l’orthographe, les mouvements et les grands auteurs ?
Ces codes vestimentaires sont moins arbitraires qu’on le croit. L’histoire les explique souvent. Ils obéissent presque tous à une logique – logique interne ou externe –, qu’il est passionnant d’essayer de mettre au jour. Les exceptions ? Elles existent, bien sûr, mais n’en tirons pas prétexte pour remettre en cause la pertinence des règles ; envisageons-les plutôt, ainsi que le faisait joliment Proust, comme « la poésie de la vie ».
Non, mon cher Achille, respect des règles et originalité ne sont pas antinomiques. La connaissance des formes – leur application et, dans une certaine mesure, leur transgression – n’a jamais empêché l’éclosion de styles individuels. « Foutez-moi tous ces « il faut » et « on doit » à la BEEEENNNNNNEEEEE. » ; « Du passé faisons table rase » : la chanson n’est que trop connue, mais nous ne marchons plus à sa musique.
L’heure n’est pas à la révolution, mais à la contre-révolution : parole de Chouan !