L'élégance au masculin : réflexion(s) - conseils - partis pris.
Ces dernières semaines, deux images de François Hollande ont frappé la rétine et les esprits.
La première a été publiée par Voici dans son édition du 15 août. Photo volée, qui montre un François Hollande vêtu seulement d’un short, assis en Bouddha sur une terrasse, décoiffé, le corps luisant de crème solaire et de transpiration. Photo ignoble, qui, à juste titre, a révolté plus d’un adversaire de notre président. Carl Meeus du Figaro a pertinemment tweeté : « Les photos de Voici sont horribles pour le chef de l’Etat. Quel autre président a été traité ou est traité de cette façon ? »
Quelque temps auparavant, un reportage de Paris-Match consacré à Nicolas Sarkozy et à sa femme m’avait amusé : miraculeusement, la différence de taille entre l’un et l’autre n’était visible sur aucune photo !
Vous me direz que Paris-Match n’est pas Voici. Paris-Match aime à sublimer, via photoshop s’il le faut, les grands de ce monde… même quand ils sont petits et replets ! On se souvient des bourrelets gommés du même Sarkozy pagayant presque nu quelque part aux Etats-Unis en août 2007.
Ces retouches m’avaient autant choqué que l’exhibition – volontaire celle-là – de notre président d’alors. Qui s’expose prend des risques. La révélation du trucage fit rire aux dépens des truqueurs. Qu’allait-il faire dans cette galère (… ce canoë) ? Le retour de bâton (… de pagaie) était bien mérité.
Les propos par lesquels la rédactrice en chef de Voici a justifié la publication de l’affreux cliché de François Hollande (j’y reviens !) méritent d’être cités : « Ce sont des photos de vacances banales, qui n’ont rien de dégradant, il n’est pas à quatre pattes par terre. » Une photo de vacances de la sorte, quelle personne douée d’un minimum de délicatesse ne l’enverrait à la poubelle ? La suite de la citation met à nu la qualité morale du personnage. Point besoin d’insister.
Un argument en faveur de la publication était néanmoins recevable : on pouvait avancer que François Hollande l’avait bien cherché ; qu’il était bien placé pour savoir qu’il n’était nulle part à l’abri d’un téléobjectif de paparazzi. Contre ce genre d’engin, nulle crème solaire écran total… nul casque intégral ne sont efficaces. La solution, c’est d’être sage. De mettre entre parenthèses, le temps du quinquennat, bains de soleil... et de volupté.
La seconde image est plus récente. Elle date du 25 août dernier. François Hollande, à l’Ile de Sein, prononce un discours à l’occasion du 70e anniversaire de la Libération. Les éléments sont déchaînés. Un vrai temps de chien. Un vrai temps de Sein. Le président, détrempé, déroule coûte que coûte son discours. Constellés de gouttelettes, les verres de ses lunettes à la Mik Ezdanitoff ont l’air brisé.
Goguenards, des journalistes ressortent pour l’occasion – l’occasion est trop belle ! - le dicton des marins : « Qui voit Sein voit sa fin. » Visiblement pris de court, les communicants de l’Elysée tenteront cette explication : « Ce matin à l’ile de Sein, le président a fait face aux conditions climatiques difficiles pour honorer la mémoire des 128 résistants Sénans qui ont combattu de 1940 à 1945 par tous les temps et sur tous les terrains. »
Cette justification emphatique et d'assez mauvais goût ne fit qu’aggraver les choses. Le mal était fait, relayé et amplifié par les médias étrangers. Chercher à donner du sens en liant le fond et la forme n’était pourtant pas idiot. Quand, en décembre 1964, André Malraux prononça son fameux éloge de Jean Moulin, le froid pinçait, le vent grondait. Mais sa voix, mais ses paroles, inspirées, épiques, se mêlèrent au vent, s’accordèrent au froid. Tableau saisissant, animé par le verbe magique d’un poète à la hauteur de l’événement – à la hauteur des éléments.
Mettez de Gaulle à la place de Hollande - même lieu, même action... même temps -, et l'image fait légende. Mystère du charisme, pouvoir d'un ton, force des mots.
A Sein, François Hollande réussit le prodige de buter plusieurs fois sur des mots aussi plats que le relief de l’île ! Il avait ce maintien raide, maintenant habituel, qui lui tient lieu de majesté. La pluie ? A force d’en recevoir depuis le premier jour de son quinquennat des hectolitres sur le paletot, il a développé contre elle une résistance surhumaine. Je le soupçonne même d'avoir fini par l'aimer. Ainsi s'expliquerait son refus d'être protégé. Oui, sous le déluge de Sein, il faut imaginer Hollande heureux !
... Valéry Giscard d'Estaing restera dans l'histoire comme le plus jeune président de la Ve République; François Hollande, le pluvieux.