L'élégance au masculin : réflexion(s) - conseils - partis pris.
Dans ma famille, on n’était pas « père Noël » mais « petit Jésus ». C’était le petit Jésus qui, la nuit de Noël, apportait les cadeaux. Le 24 décembre au soir, on faisait une dernière prière devant une crèche qui n’attendait plus que lui. Le 25 décembre au matin, il était là, beau comme un dieu ! Nous saluions ce miracle par une nouvelle prière. Après, c’était la folie des rubans arrachés, des papiers déchirés, des cartons éventrés…
La tradition familiale m’a rendu à jamais suspecte la figure du père Noël. D’où vient-il ? Qui est-il ? Le folklore des rennes et du traîneau m’a toujours laissé froid. Avec le temps, et pour mille raisons, ce personnage m’est apparu de plus en plus louche. Sa forte corpulence et son visage rubicond ne trahissent-ils pas de coupables excès ? Est-ce une bonne manière d’apprendre la vie aux enfants que de leur donner en exemple un personnage qui travaille un mois par an et se repose tout le reste du temps ? Qu’on découvre un jour que, dans son repaire du grand Nord, le père Noël vit en couple avec une mère Noël – voire un autre père Noël – ne m’étonnerait pas plus que ça. Si ce monsieur qui se fait appeler Noël est père, où sont ses enfants ? Pis : qu’a-t-il fait d’eux ?
Qu’attend-on, bon sang, pour enquêter ?
Mais non. Le père Noël jouit d’une impunité qui ne peut s’expliquer que par des protections très haut placées.
Croire au père Noël ou croire au petit Jésus n’a pas les mêmes conséquences. L’enfant qui ne reçoit pas du père Noël ce qu’il lui a demandé est frustré. Il ne comprend pas et éprouve un sentiment d’injustice. Il risque, dès lors, de devenir un adulte qui exigera de la société qu’elle fasse ses quatre volontés. L’enfant qui ne reçoit pas du petit Jésus ce qu’il lui a demandé apprend à se soumettre à une volonté plus grande que la sienne. Il deviendra un adulte conscient que ses désirs ne sont pas tous faits pour être réalisés. D’une personne naïve qui pense que la lune lui est due, on dira volontiers qu’ « elle croit encore au père Noël » ; on ne dira jamais qu’ « elle croit encore au petit Jésus ».
Le principal grief que j’adresse au père Noël, je l’ai gardé pour la fin : son apparence. Mon Dieu qu’il est laid ! Mon Dieu qu’il est vulgaire ! Certes, il est barbu, mais sa barbe, mal taillée, ne le rend pas magnifique. Et puis, il y a ses cheveux hirsutes qui sortent de son bonnet. Il y a aussi, parfois, ses horribles lunettes de fer et, toujours, son habit rouge et ses bottes noires. Y glisse-t-il, au moins, des Gammarelli ? J’en doute ! Un autre Père – Saint celui-là – nous a montré qu’on pouvait être élégant en habit rouge et bonnet. Mais n’est pas Benoît XVI qui veut !
Joyeux Noël à vous tous !
Le Chouan