L'élégance au masculin : réflexion(s) - conseils - partis pris.
Connaissez-vous José Alvarez ? Son portrait dans Le Monde (10/12/2010), signé Michel Guerrin, m’a permis de le découvrir. J’ai lu : « Une solide éducation forgée chez les jésuites… beaucoup de lectures… un homme de goût et d’élégance… un dilettante ».
Que fait-il ? Il est le directeur des Editions du Regard – maison spécialisée dans les livres d’art, qu’il a lui-même fondée voici trente-trois ans. Il aime les couvertures « pas mercantiles, qui n’agressent pas l’œil et n’attirent pas le chaland. » Il fuit « les textes triviaux ou jargonneux ». Il dit : « Je peux me ruiner pour un livre. » Les livres qu’il publie ont un point commun : « l’esthétique ». Il est lui-même l’auteur de quelques ouvrages : L’Art de vivre à Paris (Flammarion) ; Histoires de l’Art déco (L'Oeil) ; Anna la nuit (Grasset) - roman dans lequel il a transposé l’amour éperdu qu’il voua, jeune, à une femme hantée par la mort.
A quoi ressemble-t-il ? « Un crâne lisse et des grosses lunettes », dit Michel Guerrin, qui ajoute : « le geste rare, la voix grave ». Une photographie accompagne l’article. Je la reproduis et j’y ajoute une illustration trouvée sur l’internet (pardon pour la qualité) :
(Photo : Thibault Stipal pour Le Monde)
Ces photos m’en ont tout de suite évoqué d’autres, qui représentent André Gide coiffé de semblables couvre-chefs :
Inspiration ? Hommage ? On pourrait croire un tel homme exclusivement tourné vers le passé. On se tromperait. Certes, au mur du bureau, dit Guerrin, sont accrochés des portraits, signés Gisèle Freund, de Virginia Woolf et de James Joyce dans les années trente, et, sur la table, traînent des poèmes de Nietzsche. Mais, au milieu de l’espace, trône un sculpture de l’artiste contemporain Anselm Kiefer. « Je suis à l’opposé de ce qu’on dit de moi », affirme Alvarez. J’aurais préféré : « Je suis différent de ce qu’on dit de moi », ce qui aurait enlevé au propos son côté systématique. Une personnalité, en tout cas, contrastée et singulière, exactement comme je les aime. « Soyons nous-mêmes si c’est possible, si c’est possible », écrivait Léautaud. Oui, si c’est possible… Et nos temps, moutonniers, ne nous facilitent pas la tâche ! Aujourd’hui, être soi tient de la gageure. Raison supplémentaire de saluer, quand l’occasion se présente, les quelques courageux qui osent s’y coller.