L'élégance au masculin : réflexion(s) - conseils - partis pris.
Jeune, Laurent Fabius cultivait une certaine désinvolture. Il en avait les moyens. Moyens physiques (plutôt joli garçon malgré une calvitie précoce) ; moyens intellectuels (études ultra-brillantes) ; moyens financiers (milieu très privilégié). Cette désinvolture se manifesta par certains signes dès son arrivée à Matignon à l’âge de 37 ans : on le vit acheter son pain en chaussons et se rendre à son travail en 2 Cv Charleston. La désinvolture peut être synonyme de légèreté : on le vit aussi à bord d’une Ferrari (une 400, je crois), au grand dam de François Mitterrand qui, pour cela, le tança.
Il y avait sa manière de faire les choses sans avoir l’air d’y toucher. On sentait, comme on dit, que ce type en avait sous la semelle (... et pas seulement au volant de sa Ferrari !) Et puis, les succès s'accumulant, la désinvolture se transforma en morgue. « Je vous en prie… Vous parlez tout de même au Premier ministre de la France ! » Qui ne se souvient de cette repartie qu’il lança à un Jacques Chirac rigolard le traitant de « roquet » lors d’un débat télévisé en 1985 ?
Alors, le masque glissa ; la personne perça sous le personnage. On était passé d’un Fabius « Charmant, jeune, traînant tous les cœurs après soi » à un « jeune présomptueux » qui avait bien du mal à parler sans s’émouvoir. Les Français comprirent que le plus jeune Premier ministre que Dieu (entendez Mitterrand) « avait donné à la France » avait la grosse tête. Ce crâne d’œuf avait chopé le melon.
A 39 ans, Laurent Fabius quitta Matignon. Deux scandales avaient entaché son passage : l’affaire du Rainbow Warrior et celle du sang contaminé. Sa carrière marqua le pas. Il dut en rabattre. L’ex plus jeune Premier ministre de la France dut admettre qu’il ne deviendrait pas son plus jeune Président. Il continua néanmoins de faire des rêves élyséens, mais les élections présidentielles se succédaient sans qu’il y joue les premiers rôles.
L’homme vieillit précocement. Il se tassa. Son visage se marqua, se pocha, s’empâta. Une expression de tristesse s’y inscrivit ; elle ne le quitterait plus. Sa calvitie gagna du terrain. On eût aimé en la circonstance que, face à elle, il se montrât mitterrandien plutôt que giscardien – soit qu’il laissât tomber au lieu de se raccrocher à une mèche acrobatique jetant un pont fragile entre les tempes…
Sa mise fut toujours - ou presque : attendez la suite - soignée. Costumes et chemises sur mesure ; matières luxueuses. Mais épaules trop larges et tombantes (Ah ! la carrure présidentielle !), manches trop longues, mélanges approximatifs de couleurs…
Elégant, Laurent Fabius ? Peut-être … mais à la mode libanaise.
La suite, la voici : son parcours vestimentaire connut une curieuse parenthèse. En 2003, il publie un livre intitulé Cela commence par une balade dans lequel il raconte son goût pour les carottes râpées, son intérêt pour la Star Academy, ses virées en moto – « une 125 cm2, ce qu’on appelle dans le jargon une custom (…), confortable (…), quoique pas vraiment pêchue. »
La 4e de couverture le montre, justement, sur sa moto :
La même année, il se présente à l'Université d'été PS de La Rochelle en tee-shirt blanc et blouson de jean :
Les limites ultimes de la démagogie étaient allégrement franchies. Faux simple, faux cool, faux jeune : ce nouveau Fabius réussit à faire l’unanimité contre lui. Les médias et le public le moquèrent à juste titre. Conscient de cet échec, il eut la sagesse de renouer très vite avec son style habituel.
Laurent Fabius est aujourd’hui notre ministre des affaires étrangères. Un poste prestigieux qu’on souhaite voir occupé par un homme ayant de l’allure. L'allure de Fabius est loin de valoir celle de Dominique de Villepin, qui s’illustra naguère à ce poste. Reconnaissons tout de même que sa mise dépasse largement en qualité celle de son prédécesseur. Laurent Fabius est sans conteste le ministre hollandais le mieux habillé. Costumes sobres, parfois rayés ; cravates assorties aux motifs traditionnels et discrets. Bien sûr, les épaules sont encore basses et trop larges, et les manches trop longues. Mais, comparés aux péchés que d’autres commettent (suivez mon regard…), les siens sont véniels… Comme pour parfaire ce quasi sans-faute, une pochette blanche orne régulièrement la poche de poitrine de notre ministre : la pochette diplomatique !
Avec son homologue tanzanien, le 24/10/12. MA/f. de la Mure.
Ainsi habillé, Laurent Fabius mériterait presque qu’on lui dise « Chapeau ! » Ce que nous nous serions bien gardé de faire quand, un jour de manifestation, il lui prit l’étrange idée d’emprunter le sien à François Mitterrand :