L'élégance au masculin : réflexion(s) - conseils - partis pris.
François Mitterrand n’avait pas le sens du vêtement. Ministre de la IVe (et combien de fois !), il portait d’épais et lourds costumes croisés. Aux pieds, de grosses chaussures dont les semelles étaient souvent de crêpe.
Il conserva, à quelques minimes évolutions près, cette apparence peu réjouissante durant les années 60. La décennie suivante le vit suivre la mode. Costumes droits mal coupés aux inévitables vestons à revers trop larges et pantalons à pattes d’éléphant.
En 1974, lors du fameux débat de l’entre-deux-tours qui l’opposa à Valéry Giscard d’Estaing, la supériorité de celui-ci fut aussi vestimentaire : je ne sais qui des deux avait « le monopole du cœur », mais celui de la classe, c’était Giscard !
Lors du débat de 1974. A noter, la largeur des revers.
Mitterrand passait mal à la télévision et il refusa longtemps l’aide de professionnels. Conscient néanmoins de ses insuffisances, il finit par solliciter les services d’un conseiller en communication, Jacques Séguéla. Celui-ci chargea le tailleur Marcel Lassance de moderniser la garde-robe de l’éternel candidat. Cifonelli prit la suite, quand Mitterrand accéda enfin à la magistrature suprême.
Mitterrand n’était pas facile à habiller : petit, épais – l’apparence d’un pot à tabac… Cifonelli fit le nécessaire pour allonger, autant que faire se pouvait, la silhouette. Il eut recours au costume droit deux boutons largement échancré sur le devant. A l’arrière, deux généreuses fentes étaient chargées de faire oublier la générosité du fessier.
La coupe Cifonelli, reconnaissable entre toutes.
Malheureusement, François Mitterrand cassait la ligne de ses vestons en chargeant les poches poitrine intérieures d’objets divers. De même, s’ingéniait-il à nouer ses belles cravates Marinella de telle manière qu’elles apparaissaient toujours trop longues.
Certains codes lui étaient inconnus. Ainsi se plaisait-il à accompagner un chesterfield marron ou beige d’un feutre noir ou d’une casquette – l’un et l’autre posés trop haut sur le front.
Avec François de Grossouvre, un courtisan.
Son absence de goût personnel se manifestait surtout dans le choix de ses tenues de loisirs. Il faut voir comment (merci l’Internet ! merci l’INA !) il osa s’attifer certaines années pour grimper la roche de Solutré !
Avec Jack Lang, un autre courtisan.
Et que dire de cette casquette de marin breton chipée à son ami l’écrivain Paul Guimard, qu’il lui arrivait de mettre avec des tenues de campagne ? Son goût pour le beige et le marron le faisait ressembler à n’importe quel Français très moyen en retraite.
Il y avait encore ces étranges tenues signées Michel Schreiber, inspirées de tenues de travail, qui lui donnaient des airs de Grand Timonier.
Mitterrand par le peintre hyperréaliste Hucleux.
S’il n’avait pas le sens du vêtement, François Mitterrand avait, en revanche, celui du symbole. Sens qu'il appliqua logiquement à sa mise. L’écharpe rouge évoquait la révolution et le feutre noir la figure de Léon Blum. Efficace pour marquer visuellement un ancrage à gauche que d’aucuns jugeaient de circonstance.
Avec Jacques Attali, encore un courtisan.
Fait remarquable : la physionomie de François Mitterrand se transforma durant ses deux septennats. Le visage qu’il affichait dans les années 70 n’était guère rassurant.
« Lui achèteriez-vous une voiture d’occasion ? » avait lancé Kennedy à propos de Nixon. La même question aurait pu valoir pour Mitterrand. Les paupières papillonnantes, le regard torve, il avait toujours l’air de préparer un mauvais coup, de sortir d’un mauvais lieu… Avec ça, quelque chose de sale – le menton bleu, le cheveu gras, la rouflaquette populaire… La fonction exhaussa l’homme. Il acquit de la dignité et, même, de la noblesse.
Dans cette métamorphose, la vieillesse joua sûrement un rôle. Et la maladie, contre laquelle il lutta avec courage. Il se raidit. Ses traits s’affinèrent. Le visage se fit masque - un masque parcheminé qu’animait un regard fiévreux, à l’intensité inquiète et profondément humaine. L’ultime échéance se rapprochait, auprès de laquelle la plus importante des échéances électorales a des allures d’aimable partie de campagne.