L'élégance au masculin : réflexion(s) - conseils - partis pris.
Illustration : Julien Scavini.
Sur l’origine de cette invention, les sources divergent. N’entrons pas dans le débat. Rappelons seulement qu’on en attribue généralement la paternité au prince de Galles, le futur Edouard VII : on ne prête qu’aux riches. Cette photo nous le montre, devenu roi, arborant un revers apparemment retourné à la main ou travaillé en sorte qu’il donne cette impression :
Source : Des modes et des hommes, Farid Chenoune, Flammarion
Son premier pantalon à revers, chacun s’en souvient. Grâce à lui, on s’est senti plus adulte et l’on s’est juré, avec l’enthousiasme du néophyte, qu’on ne porterait plus jamais un pantalon sans revers.
Les années ont passé et la réflexion s’est affinée. Mon expérience me fait dire ceci :
Le revers finit bien un pantalon à pinces. Un accord harmonieux s’établit entre les plis en haut et le revers en bas.
Le revers n’est réussi que s’il est consistant. Les tissus épais (velours, tweed…) permettent d’obtenir l’effet recherché. Et que s’il est cousu lâche. Un petit rappel technique s’impose : ne confondons pas revers et repli. Le revers désigne une bande de tissu assemblée au bord du bas d’un pantalon et donnant l’illusion d’un repli. Souvent, les revers ne sont en réalité que de simples replis, moins longs et donc moins coûteux à fabriquer.
Le revers ne doit être remarqué ni pour sa petitesse ni pour sa grandeur. La tradition tailleur l’a fixé à 4 cm. Un homme très grand se permettra, si l’envie lui prend (mais pourquoi lui prendrait-elle ?), un revers plus haut. N’en déplaise à certains tailleurs à la mode, le revers trop grand fait couturière de quartier – comme, d’ailleurs, son contraire, le revers trop petit.
Le revers ne va pas aux hommes petits car il casse, à l’œil, la longueur des jambes. Très recommandé, en revanche, aux hommes longilignes.
Le revers sied mieux aux hommes d’un certain âge. J’ai vu l’autre jour un homme jeune en costume bleu marine dont le pantalon était lesté d’un revers. Eh bien ! ce seul détail lestait aussi son propriétaire de quelques années !
Le revers ne doit jamais accompagner une tenue habillée. C’est pourquoi certains rigoristes en proscrivent l’usage sur le costume croisé, plus habillé que le costume droit.
Le revers est un incroyable nid à poussière ! Ainsi donne-t-il l’occasion à chaque fois qu’on le brosse de méditer sur le destin des choses. Et ce n’est pas son moindre mérite.