L'élégance au masculin : réflexion(s) - conseils - partis pris.
L’Express de cette semaine s’accompagne d’un supplément Styles consacré à l’Homme. Rien à dire sur cette livraison, sinon qu’elle témoigne d’une conception du style très éloignée de la nôtre.
Si j’en parle – mais vite -, c’est à propos de l’éditorial de Guillaume Crouzet, responsable du numéro. Sous le titre « Le bel air des sapeurs » (on dirait une contrepèterie), il évoque à nouveau (1) la « sape », ce phénomène déjà ancien puisque né – si je ne m’abuse – à la fin des années 60 au Congo.
La conclusion de Guillaume Crouzet m’a étonné : « Le bel air des sapeurs n’est-il pas un clone de celui des Muscadins, de ceux qu’on appelait à l’époque les Incroyables » ? L’époque, précisons-le, c’est le Directoire.
Le rapprochement est osé et me paraît en grande partie erroné.
L’excentricité des Muscadins, remplacés par les Incroyables, fut une réaction de la « jeunesse dorée » (expression d’époque) au débraillé des sans-culottes. Les sapeurs, confrontés, eux, à la misère, doivent lutter pour satisfaire leur goût immodéré de « la griffe ». Leur « classe » se veut un défi à l’ignorance vestimentaire et au laisser-aller des élites fortunées de Brazzaville ou – dans le cas des sapeurs parisiens – des habitants d’un ex-pays colonisateur.
Autre différence – de taille (dans tous les sens du mot) : comme l’écrivirent les frères Goncourt (2), « les Muscadins demandaient aux ciseaux des ouvriers de manquer telle chose de telle façon ». La monstruosité de leurs tenues était donc pleinement concertée. Les sapeurs, au contraire, se coulent dans le moule du costume occidental. La visibilité caricaturale des couleurs et des accessoires ne saurait faire oublier le respect des fondamentaux.
Guillaume Crouzet s’est sans doute laissé abuser par les apparences. L’excentricité est certes commune aux Incroyables et aux sapeurs, mais elle ne suffit sûrement pas à faire de ceux-ci des « clones » de ceux-là.
Alors, quel solide point commun pourrait-on trouver entre les uns et les autres ? Il y aurait bien la question de la prononciation : les Incroyables, par snobisme, faisaient tomber les « r ». Ainsi se faisaient-ils appeler « Inc’oyables ». Mais – à moins de faire parler les sapeurs comme Hergé fit parler les Africains dans Tintin au Congo -, ce rapprochement ne tiendrait pas davantage. Il serait malvenu et inélégant.
Sur les sapeurs, cliquez ici.
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1) Voir Un Express qui passe mal...
2) E. et J. Goncourt, Histoire de la société française pendant le Directoire.