L'élégance au masculin : réflexion(s) - conseils - partis pris.
Mon article « Penser sa garde-robe » a déçu certains d’entre vous qui ont lu des généralités là où ils attendaient des conseils pratiques. Cette suite continuera sans doute de les décevoir. La garde-robe type n’existe pas, et ceux qui ont essayé de l’imaginer n’ont convaincu qu’eux-mêmes. Voici, pour sourire, celle que propose James Darwen dans Le Chic anglais :
Ouvrons délicatement les lourdes portes d’acajou de Cuba aux moulures soulignées de cèdre noir et regardons.
5 costumes de ville ;
2 costumes de tweed pour porter à la campagne (inverser les chiffres pour les gentlemen ayant l’heur de vivre à la campagne ou pour ceux qui veulent donner cette impression) ;
3 vestes de tweed ;
1 blazer croisé sans écusson ;
1 smoking ;
1 ou 2 vestes d’été (nous parlons ici du gentleman habitant l’Angleterre) ;
2 paires de pantalons de flanelle grise ;
5 ou 6 paires de pantalons de velours ;
3 paires de caleçons ;
1 corbeille de chaussettes (souvent par demi-paires puisque la tendance affirmée des machines à laver modernes est de faire régulièrement disparaître une chaussette – jamais deux) ;
85 cravates (club pour tous les jours, une pour l’habit) ;
17 pochettes ;
5 chemises de ville blanches ;
13 chemises de ville de couleurs ;
25 chemises pour les week-ends et la campagne ;
8 pulls avec et sans manches ;
3 paires de pyjamas ;
1 robe de chambre en laine ;
3 robes de chambre en soie (pour le plaisir) ;
2 vestes d’intérieur (en velours) ;
5 paires de chaussures plus des pantoufles variées ;
4 manteaux ;
plusieurs chapeaux et casquettes ;
un bouquet de cannes et de parapluies sera conservé dans le hall d’entrée dans un vase Ming ou dans une douille d’obus de la Première Guerre mondiale ;
2 poignées de boules de naphtaline (la mite, cette répugnante importation du Continent, pond de 5 à 100 œufs qui éclosent en dix jours… mais le gentleman aime cette odeur particulière qui évoque pour lui le goût de la conservation et le maintien d’une tradition) ;
…et, dans le fond, tout en bas, les vêtements divers, importables et même embarrassants, offerts par des admiratrices ou des belles-mères et que le gentleman n’a pas encore été en mesure de jeter ni de détruire.
Une telle liste a valeur d’exemple mais ne saurait être un modèle ! Au mieux peut-on énoncer quelques principes simples que d’aucuns auront tôt fait de taxer de simplistes. Je prends le risque.
Se constituer une garde-robe est une démarche personnelle. Chacun voit midi à la porte de son dressing, et c’est très bien ainsi. Autrement dit, la garde-robe idéale, c’est la sienne. Cf. James Darwen.
Si vous êtes jeune, hâtez-vous d’apprendre la patience. Les manques vous lamenteront et vous aurez plus d’une fois l’impression – justifiée – de n’avoir rien à vous mettre. Procédez avec raison. Si, par exemple, vous vous êtes pris de passion pour les beaux souliers, ne commencez pas par casser votre tirelire pour vous offrir la paire de vos rêves. Achetez plutôt trois paires de sobres richelieus (des noirs, des marron foncé, des marron clair) que vous ferez tourner. Agissant ainsi, vous aurez la satisfaction d’être tous les jours correctement chaussé et vous vous donnerez du temps pour monter en gamme. Cette façon de faire est transposable à presque toutes les pièces d’un vestiaire.
Méfions-nous des coups de cœur. Ce conseil ne vaut pas que pour les vêtements, hélas ! Nous vibrons, nous succombons, nous regrettons. Nos achats coups de cœur sont généralement inspirés par la mode. Méfiance redoublée, donc !
Adaptons notre garde-robe à notre activité professionnelle. Si celle-ci nous dispense de porter des costumes, à quoi bon nous ruiner dans leur achat ? Vous avez toujours rêvé de vous faire couper un smoking à vos mesures, mais vous savez que vous n’en aurez pas l’usage ? Renoncez à votre rêve. N’achetez que ce que vous êtes certain de porter. On peut être très élégant en pull-over ou en cardigan.
Adaptons aussi notre garde-robe à notre lieu de résidence : ville, campagne, mer, montagne. Climat favorisé, froid ou pluvieux…
Adaptons enfin notre garde-robe à nos revenus. Tout mettre dans ses vêtements – au même titre que tout mettre dans sa voiture par exemple – est vulgaire. L’idéal d’un homme élégant, c’est l’art de vivre dont l’art de s’habiller n’est qu’une facette.
Certains vêtements et accessoires (veste, chaussures, montre…) ne sauraient souffrir, toutefois, l’à-peu-près. Un moment vient où, fatalement, ils impliquent des efforts, voire des sacrifices financiers.