L'élégance au masculin : réflexion(s) - conseils - partis pris.
La tentation du narcissisme n’épargne pas grand monde. Notre société ultra-médiatisée l’encourage et, quand les défenses culturelles et morales sont fragiles, nombreux sont ceux qui y succombent. Ils y succombent sans mal. « Sans mal ? Mais qui parle ici de mal ? Fichez-nous donc la paix, le chouan, avec votre jansénisme d’un autre temps ! »
La propension de certains patrons à se donner en spectacle a de quoi faire sourire. A ma connaissance, le premier à avoir osé accompagner les publicités pour sa marque d’une photo de sa bobine fut le cosmétologue Yves Rocher. D’autres « têtes d’affiche » ont suivi. Je pense au lunetier Alain Afflelou (dont je ne suis pas fou) et au coiffeur Franck Provost (qui me console d’être chauve). Quand ces deux-là se prennent pour des acteurs dans leurs films TV, c’est moins le rire que la gêne qui envahit le spectateur. Cela ne les empêche pas de persévérer. Leur narcissisme les rend aveugles et sourds; il emporte tout sur son passage, jusqu’à la conscience de leur médiocrité.
Le monde de la mode n’est pas épargné. Dans la dernière livraison de Monsieur (91), c’est, à la page 35, l’habilleur Brunello Cucinelli qui, au milieu de mannequins professionnels, s’exhibe. Les habitués des journaux de mode connaissent Henrique Enko, qui aime à se mettre en scène dans des ambiances baroques et kitsch. Mauvais goût des vêtements et mauvais goût des pubs : au moins, le fond et la forme sont-ils cette fois en accord !
Qu’il s’agisse, dans tous les cas cités, de marques éponymes me paraît moins une excuse qu’un élément aggravant.
Les grands couturiers ont ouvert la voie avec leur salut final par lequel ils ont pris l'habitude de « signer » chacun de leurs défilés. Les créateurs leur ont emboîté le pas. J’ai cru lire quelque part que même les frères Grimbert avaient fini par s’y mettre ! Le comble, c’est quand lesdits couturiers et créateurs font semblant d’être gênés de se retrouver ainsi dans la lumière. A ce jeu, Yves Saint Laurent était passé maître, avec ses sourires et ses tortillements de rosière.
Moi, janséniste ?... Parce que j'ai beaucoup de respect humain, que j’aime la modestie, l’ombre et le mystère ?...
Bah, il y a pire injure...