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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 06:31

Les dandys et les élégants vieillissent souvent mal. La fatalité en a rattrapé beaucoup. A la ruine financière (Brummell, d’Orsay, Beauvoir, Wilde) s’est ajouté quelquefois la ruine physique (Brummell, Wilde). Le ridicule ne tue peut-être pas, mais, chez ces hommes d’exception, il annonce souvent la fin. Exilé à Caen, Brummell, dont l'esprit alors vaguait, se toqua de sa perruque : « Il n’ôtait plus son chapeau dans la rue quand on le saluait, de peur de déranger sa perruque », raconte Barbey (1).

 

brummell-caen.jpg Gravure de Brummell à Caen, en 1838. "Eheu ! Quam mutatis " (Hélas ! Quelle transformation !), dit la légende.

 

Il faut voir dans quel accoutrement Barbey lui-même, devenu vieux – il avait  77  ans –, reçut Edmond de Goncourt : «  Il est vêtu d’une redingote à jupe qui lui fait les hanches comme s’il avait une crinoline, et porte un pantalon de laine blanche qui semble un caleçon de molleton à sous-pieds (2). » En 1916, le jeune Paul Morand se moque avec talent de l’élégance démodée de Boni de Castellane : « Boni de Castellanne rentrant ses mentons dans son buste ; bottes vernies, jaquette brodée, gants blancs à baguettes noires, grosse cravate, gilet clair, l’air trop lavé, oxygéné de sa personne ; « blanchi », comme disent les cuisinières d’un légume ébouillanté (3). » Un enterrement littéraire de première classe !

 

boni-de-castellanne.jpgBoni de Castellanne par Nadar

 

Fred Astaire et Cary Grant sont deux acteurs de référence en matière d’élégance. Pourtant, sur le tard, l’un comme l’autre se sont laissés aller à de coupables négligences. Pour dissimuler sa calvitie et habiller son crâne volumineux, le premier recourut à un désastreux postiche, ses tenues restant néanmoins remarquables, malgré quelques concessions à la mode du temps.

 

fred-astaire-age-def.jpgFred Astaire à 87 ans. Photo : Richard Schulman.

 

Le second finit par ressembler à un quelconque retraité américain fortuné. Il s’empâta, chaussa de trop grosses lunettes d’écaille, porta des vestes aux épaules trop étroites, semblant oublier que la grosseur de sa tête exigeait, au contraire, une compensation de carrure.

 

cary-grant-age.jpg

 

Le duc de Windsor et Gianni Agnelli restent deux icônes du style. Avec l’âge, le duc se voûta et l’Avvocato forcit. Ni l’un ni l’autre ne renoncèrent toutefois à ce qui fit leur légende : les dérapages contrôlés – autrement dit : les trouvailles raisonnées. L’ennui, c’est qu’ils dérapèrent de plus en plus et contrôlèrent de moins en moins. Il manquèrent, dans l’audace, de ce tact dont Cocteau a si bien dit qu’il consistait à « savoir jusqu’où aller trop loin. »

 

Windsor--chaussettes-Argyl.jpgVieux clown...

 

gianni-agnelli-saint-moritz.jpg... et vieux beau. 1976, Saint-Moritz.

 

gianni-agnelli-chaussures.jpgBrodequins d'alpiniste et costume croisé...

 

La jeunesse fait passer des audaces ; la vieillesse aussi. Mais ce ne sont pas les mêmes. Par exemple, un jeune homme ne sera pas forcément vulgaire avec une chemise largement décolletée et un homme âgé arborera sans risquer l'affectation canne et chapeau.

Le phénomène n’épargne pas les femmes. Prenons Coco Chanel, parce que, pour Françoise Dolto, elle représentait une possible figure de dandy au féminin (4) et parce qu’elle continue d’incarner une certaine image de l’élégance à la française. Eh bien ! Elle aussi vieillit mal, parce que trop maquillée, parce que trop teinte, parce que trop bijoutée – en un mot, parce que trop Coco-Chanelisée. Elle-même se plaisait pourtant à répéter : « Une femme élégante doit pouvoir faire son marché sans faire rire les ménagères. Ceux qui rient ont toujours raison. »

 

coco-chanel-agee.jpg

 

On aimerait croire qu’une pratique de toute une vie de l’élégance et qu’une connaissance ancienne des règles préservent des égarement dus à l’âge. C’est sans compter le mystérieux travail de sape (sans jeu de mot) de la vieillesse - ce naufrage.

_________________________________________________________________________________
1. Du dandysme et de George Brummell, Barbey d’Aurevilly.
2. Journal, Edmond et Jules de Goncourt.
3. Journal d’un attaché d’ambassade, Paul Morand.
4. Le Dandy, solitaire et singulier, Françoise Dolto.

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Publié par Le Chouan - dans Personnalités
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commentaires

Rachid 06/06/2014 15:10

Réponse à Monsieur Franck. Monsieur, lorsque vous évoquez Richard Wagner et Gustav Mahler vos propos me vont droit au cœur. Pourtant, je ne vous rejoins pas sur l'Avvocato. En fait, pour faire du
ski Gianni Agnelli était obligé de porter un espèce d'armure de jambe qui lui arrivait jusqu'à la cuisse. Quant aux bottines, il a commencé par une seule, portée au pied de la gambe blessée. En
tout cas, au début il était encore en mesure d'alterner les bottines à des mocassins souples. Par la suite, fatigué et peut-être de plus en plus affaibli après son accident de ski de 1987, il a été
obligé de passer à deux bottines orthopédiques. Le comte Mario Valeri Manera, grand monsieur et homme d'une très grande élégance, à cause de ses problèmes de santé est lui également obligé de
porter des chaussures de la sorte.

franck 03/06/2014 23:44

j'ai relu votre billet chouan, et je dois dire que je ne comprends pas tellement ce qui a bien pu prêter à polémique.
cet article est complètement cohérent avec votre discours, car nous l'avons compris, pour vous, l'élégance se gagne avec les années, se construit dans le temps, et donc les jeunes hommes peuvent
difficilement y prétendre quand ce sont les vieux messieurs qui y parviennent le mieux et vous nous l'avez démontré à plusieurs reprises.
mais patatras, voilà que même les élégants connus et reconnus commettent des erreurs grossières ou grotesques au soir de leur vie ce qui fait un peu vaciller votre opinion sur ces vieux messieurs
élégants et c'est donc cela que vous décrivez ici.
cette déception est donc logique. c'est un peu comme si vous vous étiez installé confortablement, certain d' avoir à écouter le CREPUSCULE DES DIEUX ou la 5ème SYMPHONIE DE MALHER mais finalement
c'est TATA YOYO qui est au programme et c'est vrai que l'émotion n'est pas la même.

ps: concernant agnelli le grave accident de voiture dont il a été victime ne l'a jamais fait renoncer à sa passion pour le ski, alors renoncer à son élégance pour le port de chaussures
orthopédiques ce n'est même pas envisageable.

Le Chouan 04/06/2014 13:24



Cher Franck,


Vous dites EXACTEMENT ce que je pense !


Merci ! 



Muskar 03/06/2014 22:48

Le vieillissement, et cela commence tôt, oblige à une vigilance accrue, et selon la formule, si l'on peut toujours se permettre certaines choses, on peut s'en passer de moins en moins. Le recours à
des artifices, des postures, ou des poses, ne fait que souligner ce que l'on croit dissimuler.

Toukandèle 31/05/2014 12:19

..."la vieillesse est un naufrage" mais certains, même mouillés et accrochés à leur épave, s'en sortent quand même assez bien.

Quoiqu'il en soit, la sortie, nous le savons bien, est la même pour tous!

Toukandèle 31/05/2014 12:14

Cher Chouan,
Comme pour Olivier et belisaire, je dois avouer avoir ressenti une gêne à la lecture de ce billet; toutefois vos réponses m'ont éclairé sur vos intentions.
Que ce soit la carrure de Cary ou la moumoute de Fred, on ne peut railler que leur légère perte de conscience corrective de ces défauts sans gravité ?
Nous savons que "la vieillesse est un naufrage" mais certains, même mouillés et accrochés à leur épave, s'en sortent quand même assez bien.
Le reste n'est que détails...

Le Chouan 01/06/2014 12:38



Tant mieux si mes précisions vous ont éclairé sur mes intentions.


Je n’imaginais pas qu’un tel article puisse déranger !


Mon interrogation n’est pas nouvelle : je l’ai posée, plus ou moins explicitement, à plusieurs reprises.


Pourquoi, donc, les élégants et plus souvent les dandys vieillissent-ils mal ?


Dans un passage de Dandies, Roger Kempf cite Baudelaire qui parle des dandys comme d’hommes « riches de force native » et Balzac qui assure
qu’ « on ne se fait pas Brummell. On l’est ou on ne l’est pas. » Puis il confronte ces affirmations avec un passage d’un brouillon de
la Recherche où Proust a écrit ceci : « Du moment que Brummell, décavé, dans un petit hôtel de Caen, se faisait payer à dîner, rétrospectivement, il n’avait
pas été un prince de l’élégance. En réalité, il n’était pas un prince de l’élégance, cela n’était pas en lui. Ce n’est en personne. Notre même réalité ne comporte
pas cela, puisqu’il y a en nous des éléments physiologiques qui peuvent survivre à cela. »


Le dandysme serait-il, pour citer Pascal, une « qualité empruntée » ?


Roger Kempf s’interroge : « Est-il dandy par essence, celui qui cesse de l’être ? »


Barbey a rejeté par avance l’objection de Proust. Quand Brummell « devint fou », écrit-il, « sa folie se timbra de Dandysme » parce
que « le Dandysme (…) avait pénétré l’homme tout entier. » L’évocation des derniers moments du « Beau » le conduisent toutefois
ailleurs : « (…) le mal (…) prit un caractère de dégradation qui sembla une revanche de l’élégance de sa vie. (…) Affreuse ironie du terrible Railleur, caché au fond des
choses, qui finit par avoir son tour dans la vie légère de ceux qui ont le plus raillé ! »


On dit parfois d’une personne qui a beaucoup changé qu’elle n’est plus elle-même. A-t-on raison de le dire ? Ces êtres pathétiques que la vieillesse a vaincus sont-ils encore
des Dandys ? Ne l’ont-ils jamais été ? Ont-ils renoncé d’eux-mêmes, conscients, face à l’inéluctable tout proche, de la vanité de leur démarche ? Le Sort les
fouette-t-il de son ironie ?


Ces défaites éclatantes de l’orgueil humain cachent un terrible mystère.



Rachid 30/05/2014 12:09

Bonjour Monsieur. En fait, Gianni Agnelli ne portait pas des brodequins d’alpinistes, mais des chaussures orthopédiques. Ce n'est un secret pour personne que sa jambe droite, paralysée depuis
1'accident de voiture de 1952, était plus courte que l'autre. L’âge aidant, pour assurer une démarche équilibrée l'Avvocato a été obligé de se desservir de chaussures réalisées exprès. Veuillez
croire, Monsieur, en l'expression de ma considération distinguée.

Le Chouan 30/05/2014 20:46



Merci de cette précision... qui ne rend que plus dérisoire l'adoption de ce type de soulier, porté avec un costume, par de pseudo élégants pas estropiés du tout !



G. Bo 29/05/2014 23:53

Le propre d'un blog/site comme le votre, est d'offrir un point de vue. Voire un parti pris. C'est en tous cas ce pourquoi j'aime toujours autant vous lire.
Tout ça pour dire qu'il est bienvenu de votre part de "taper un peu sur les vieux voire les vieilles".
Je n'y vois pour ma part aucune malveillance. Juste un constat.
Les icônes doivent aussi être remises à leur place, non?
Le libre arbitre est une vertu rare désormais et en user quitte à en abuser est une vraie preuve d'intelligence. Et vous n'en manquez pas.
Amicalement,
G.Bo.

FMR 28/05/2014 19:57

C'est vrai que ça peut paraître un peu gratuitement méchant à première vue, mais ça m'a fait penser à l'addendum de l'article "Genres (les)" dans le dictionnaire du snobisme de Jullian :
    « Je ne voudrais pas que cette chère Madame de Déthes parût étroite d'esprit et méprisante, elle ne classait que les gens chez qui elle décelait des traces d'ambition, un goût de briller, que
ce fût l'épicière ou un grand écrivain qui parfois venait la voir. »

J'ai aussi pensé à Nabe, qui dans « L’Homme qui arrêta d’écrire » écrivit à propos de Sollers :
    « C'est Philippe Solers. Solers, ivre, en sueur et si défiguré par la fausseté hystérique que j'ai du mal à le reconnaître... Grossi, vieilli, aigri, les cheveux blancs, la peau rougeaude, les
dents tordues jaunes et noires. »
et répondit en interview : 
    « j'ai une phobie du vieillissement, de la mort  — des autres d'ailleurs — je n'aime pas voir mes amis vieillir et déchoir. Et quand je vois Sollers, pour moi c'est pathétique de voir, quand on
sait ce qu'il a été, où il est est aujourd'hui. Je ne veux pas voir pourrir mes amis. Pourquoi ai-je une phobie, qui peut passer pour de la haine ou de la méchanceté vis-à-vis de la lumière qui se
ternit ? Pourquoi ? »

En lisant votre réponse, je pense que je suis tombé juste.

Reste qu'il y a déchéance et déchéance. Certains, emportés par le torrent, y gagnent en tragique : Lear, Charlus et pourquoi pas Wilde par Toulouse-Lautrec http://i.imgur.com/qz5DUvJ.jpg alors que
d'autres (GA, DdW) courent dans le précipice...
Et puis il y a ceux qui vieillissent mal (CG, FA, ...) parce qu'ils n'ont pas de chance : on ne choisit pas son génome.

Le Chouan 29/05/2014 11:45



Merci de ces références originales et intéressantes. Il y a tout de même une différence notable entre ce que dit Nabe de Sollers et ce que je dis de FA et des autres : Nabe reproche à
Sollers sa décrépitude physique. « Reprocher » n’est peut-être pas le mot juste – il décrit en tout cas cette décrépitude avec une complaisance qui frise la délectation. Moi, je m’en
tiens essentiellement aux artifices (vêtements, accessoires…), et je m’étonne que la vieillesse ait pu entraîner chez certains dandys et élégants la perte des repères.


Certes, j’évoque la tête trop grosse de CG et le crâne volumineux de FA : cela relève du constat. Mais je ne reproche pas à CG cette - légère - disgrâce ni à FA sa calvitie – ce qui
serait stupide ! Je regrette, en revanche, les vestes étroites du premier et le postiche du second.


Je ne quête aucunement une perfection physique qui serait inséparable de la jeunesse. C’est même tout le contraire : pour moi, l’homme élégant a une
conscience aiguë de ses défauts. Son but, c’est de trouver la combinaison d’artifices qui va lui permettre de s’en jouer. Une combinaison aussi difficile que celle d’un coffre-fort !



belisaire 28/05/2014 13:36

Cher Chouan,
J'ai le sentiment que vous avez relu l'Ecclésiaste avant de prendre la plume... Olivier ayant dit avant moi et avec beaucoup plus d'humanité sans doute, ce que j'ai ressenti en lisant votre billet,
je me borne à espérer que ces élégants commettaient des impairs volontaires et se moquaient autant d'eux-mêmes que de leurs admirateurs.

Le Chouan 28/05/2014 17:08



"Si toi aussi tu m'abandonnes" !...



Olivier 28/05/2014 11:40

Cher Chouan,

Je ne commente plus très souvent. Mais vous savez que je vous lis régulièrement, quasi... religieusement. Et même que je partage bon nombre de vos articles avec mes contacts. J'admire tant de
choses en vous ! Votre érudition, tout d'abord, que ce soit dans le domaine vestimentaire, bien sûr, ou dans celui, bien plus essentiel à mes yeux, de la littérature. Et cela sans compter votre
plume, votre style, toujours impeccables !
Mais, et vous vous attendiez sans doute à ce mais, je me le demande : à quoi bon tirer comme vous le faites de temps en temps, sur l'ambulance ? Surtout lorsque celle-ci mène inexorablement,
inévitablement, à la décrépitude, à la mort et à l'oubli ?
Alors, je vous vois venir (vous me pardonnerez, j'espère, cette marque de présomption), vous ferez peut-être suivre ce billet d'un autre, consacré cette fois aux vieillards qui, selon vous, n'ont
pas démérité de leur réputation d'élégants. Et vous démontrerez brillamment, comme vous savez le faire, que ce n'est pas tant la vieillesse que vous visiez de vos traits acérés, que les parangons
qui, toujours selon vous, ont dérogé.
Je vous accorde qu'Agnelli et le duc de Windsor pouvaient (beaucoup) mieux faire. Mais ni Agnelli ni le duc de Windsor n'ont jamais représenté pour moi des exemples à suivre. Trop de... "twists"
pour le premier, comme disent les savants critiques du vêtement masculin, de la "mise". Et pour le second, une absence totale d'élégance sur le plan moral. Mais s'en prendre à Boni de Catellane
parce qu'il était en retard d'une mode ? Dans ce cas, on pourrait en dire autant de Proust ! Depuis quand la mode est-elle synonyme d'élégance ? Et Fred Astaire parce qu'il portait un postiche ? Il
en a porté un durant toute sa carrière paraît-il ! Et alors ? C'était le plus merveilleux des danseurs et un homme, paraît-il, d'une rare gentillesse (quoique terriblement exigeant). Et Cary Grant
parce qu'il s'était empâté ? Quant à Brummel, faut-il là encore s'étonner qu'un être déchu, en exil, se laisse aller à quelques incongruités d'allure et de conduite ?
Je ne dis pas que l'iconophilie n'a pas ses limites. Et qu'il ne faut pas, de temps en temps, remettre les idoles en perspective. Pour autant, l'iconoclastie systématique n'a jamais été ma tasse de
thé. Et puis quoi ? toutes ces personnes dont vous parlez sont mortes ! Paix à leurs âmes.
Bref, pour moi, l'élégance, c'est aussi, c'est surtout, celle du cœur. (Je me demande d'ailleurs si la bienveillance n'est pas l'ultime élégance.) Ce genre de billets me gêne, je dois bien
l'avouer. Peut-être est-ce ridicule de ma part de le reconnaître. Peut-être me jugerez-vous prêchi-prêcha. J'en prends le risque. Mais peut-être aussi, parce que l'âge venant, je me sens de plus en
plus concerné par la faiblesse et le manquement à soi-même, me rétorquerez-vous ? Assurément. Mais aussi, de façon plus générale, parce que je sais pertinemment que je ne suis pas exempt de faute
moi-même. Je sais que parfois (souvent ?), je m'habille de façon approximative, que mes cheveux ne sont pas impeccablement coiffés, que mes pantalons mériteraient un pli mieux marqué (ou, au
contraire, plus atténué). Je vous trouve parfois très prompt à dénoncer les erreurs, les fautes, les péchés et les ridicules de nos semblables. Cette propension passerait mieux, à mon sens, si vous
pratiquiez davantage l'autodérision. À quand un billet du Chouan qui se mettrait lui-même en scène sous un jour moyennement avantageux, mais non dénué de cocasserie ?
L'esprit français est décidément un art dialectique bien offensif, où les moqueurs se liguent toujours contre le moqué. Et curieusement, je prends presque toujours le parti du moqué.
J'espère que vous me pardonnerez cette critique, cher Chouan, qui n'a d'autre excuse que celle du "qui aime bien châtie bien" - encore qu'il serait bien présomptueux de ma part de vous "châtier" ou
même de vous réprimander. Encore une fois, sachez que j'aime neuf de vos billets sur dix. Et le dixième, eh bien il est fort possible que je n'en comprenne tout simplement pas les intentions.
Bien amicalement,
Olivier

Le Chouan 28/05/2014 17:08



La Porsche, la Ferrari,C’est de l’auto très jolie,Mais cell’ que j’préfèr’, Gaston,C’est mon autodérision !


                               


Cher Olivier,


Ravi de vous retrouver ! Votre dernier commentaire remonte à janvier 2013 ; au 21 exactement de ce mois. Comment pourrais-je oublier un tel jour ?


J’expliquais votre silence par la lassitude ou par la déception : un billet aurait pu vous déplaire au point de vous faire prendre le large.


Ce que vous me dites aujourd’hui me trouble car je ne me reconnais pas dans l’image que vous renvoyez de moi. Je vous rejoins quand vous dites que « la bienveillance est l’ultime
élégance ». Je ne crois pas en manquer dans ma vie quotidienne ; dans mes billets, c’est autre chose : peut-être que mon sujet m’entraîne malgré que j’en aie à une certaine
intransigeance. Loin de moi, pourtant, l’idée de me moquer : ceux dont je parle (qui, tout de même, à l’exception peut-être de FA, se vivaient en tant que « modèles ») me servent à
illustrer des idées – des avis : on vieillit mal quand on ne veut pas vieillir (GA, 1er cliché) ; une tenue perd de son attrait quand elle est trop apprêtée (BdC) ;
l’élégance est inséparable du sens de la mesure (D deW), etc. Ces gens-là, quand je les mentionne, se réduisent à leurs clichés – à des figures désincarnées.


Le postiche de FA me fait de la peine. Comme vous, j’admire l’artiste, mais mon admiration ne m’aveugle pas : ce postiche, sur cette photo… mais on ne voit que lui !


Quiconque vient quelquefois me lire sait que je ne suis pas un adepte de l’iconoclastie systématique. Et quiconque me fréquente dans la vie sait que je ne manque pas d’autodérision – quoiqu’en
vous le confiant sur ce ton je ne sois pas certain d’être habile à vous en convaincre !...


Relisez, s’il vous plaît, Les vieux messieurs chic. Enfant, je ne jurais que par les vieux. A dix ans, je rêvais de ressembler à William Booth dont j’avais découvert le visage dans mon
premier Petit Larousse (éd. 1969). Si j’ai écrit ce billet… que j’ai presque regretté d’avoir publié après avoir lu votre commentaire, c’est peut-être pour conjurer ma peur de mal
vieillir…


Amitiés.



Xavier 28/05/2014 11:12

Personnellement, je n'ai jamais trouvé grand chose d'élégant à Gianni Agnelli. La montre portée sur la manche de chemise est d'une vulgarité sans nom. La fameuse "sprezzatura" de la cravate me
laisse indifférent. Il faut constamment laisser sa veste ouverte pour pouvoir la montrer aux autres. Que dire aussi de ces brodequins d'alpinistes portées avec un costume croisé...

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