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10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 07:30

Vous avez encore quelques doutes sur le positionnement de ce blog ? Cet article va définitivement les lever. C’est la relecture d’un ancien Dandy (n° 4, 15 décembre 2004) qui m’en a donné l’idée. On y trouve une longue interview de Franck Boclet, alors conseiller artistique de Smalto (il le restera jusqu’en 2007 et passera ensuite chez Ungaro; il vient, très récemment, de lancer sa propre marque). L’occasion est trop belle : la plupart de ses affirmations m’ont hérissé. Il me suffira d’en rapporter quelques-unes, assorties de quelques commentaires, pour vous livrer ma vérité. Car, malheureusement, ce qu'il dit reste d’actualité.


Franck_Boclet.jpgFranck Boclet


« (L’homme) comprend enfin (…) que ce n’est pas parce qu’il s’habille différemment que l’on va croire que c’est quelqu’un d’autre. Il devient plus caméléon. » Négation de la notion de style et, en filigrane, justification du look. Si vous voulez mon avis : « Du style et du look ».

« Aujourd’hui il y a des hommes de cinquante ans qui achètent des trucs super-branchés parce qu’ils n’ont pas envie de ressembler à des vieux (…) Depuis les années 2000, c’est ça le point positif. » Complaisance pathétique au jeunisme ambiant. Autrefois, c’était les jeunes qui, comme le dit une chanson, « faisaient de leur mieux pour paraître plus vieux ». Les vieux beaux ont toujours existé. De grâce, n’en faisons pas des modèles !

« Un tissu identique peut se trouver en fonction des griffes et de la fabrication sur des pièces à 500 et 4000 euros. Et le client pense être volé, alors qu’il ne l’est pas parce qu’il y en a un qui est fait en 60 heures et l’autre en deux heures ! C’est comme si dans une Mercedes vous mettez la même carrosserie, donc la coupe, vous ouvrez les portes et vous avez le même intérieur, et quand vous levez le capot il n’y a pas de moteur. » Le marketing avant tout ! Je suis le client qui se sent floué d’avoir payé 4000 euros (aujourd’hui, ce serait plus) un costume dont le tissu se retrouve sur des costumes à 500 euros. Qui paie le prix fort est en droit d’espérer un produit en tous points exclusif - étoffe et finitions comprises. Franck Boclet file la métaphore avec moins de savoir-faire que Loro Piana ses cachemires : entre la carrosserie, les portes et le moteur, on se perd un peu… S’il fallait néanmoins que je fasse mienne son image, je dirais plutôt : un beau tissu est l’élément moteur d’un beau costume. Les finitions sont des options. Je laisse aux petits bourgeois vaniteux, apprentis en arrivisme, le plaisir de s’offrir un modèle bas de gamme, de petite cylindrée, mais doté de toutes les options !

« La qualité ne veut pas dire solidité. » Mensonge à visée bassement commerciale. Qualité et durée doivent rimer. Les slogans marketing les plus sophistiqués ne me feront pas changer d’avis.

« Ce que j’envisage maintenant, c’est d’avoir toujours des idées qui changent (…) Mon principe est que dans la mode masculine une idée doit changer toutes les trois saisons. » Engrenage fatal et aliénant de la mode. S’en défier absolument. Et quand Franck Boclet, se souvenant qu’il est un business man, craint d’être pris au piège d’une mode dont il fait par ailleurs l’éloge, on ne sait plus s’il faut parler de cynisme ou de candeur :

« Il y a un truc positif, c’est que l’on sent que l’homme est plus caméléon que la femme. Et j’espère que cela ne va pas être un phénomène de mode. »

A quelques moments, Franck Boclet fait preuve de culture et de lucidité. On applaudit à son évocation d’un temps où le prêt-à-porter n’imposait pas sa loi :

« Expliquer le vêtement, chose qui s’est perdue dans notre monde… Avant, les tailleurs avaient ce savoir-faire ; quand un homme allait chez son tailleur, c’était comme quand une femme va chez le coiffeur : il y passait trois heures, il y avait l’essayage, il parlait, et sans s’en rendre compte il apprenait des choses sur le tissu, sur la coupe, sur la qualité : plein de petits détails et il devenait connaisseur dans le contenu. »

On apprécie aussi son refus d’être assimilé à un artiste (voir, sur le sujet, « Prêt-à-porter, prêt à jeter ») :

« Le rôle d’un directeur artistique, et même d’un créateur de mode, n’est pas d’être un artiste. Les artistes, les vrais, sont les peintres, les musiciens et les sculpteurs. Eux sont de vrais créateurs. On ne va pas demander à un peintre, à un sculpteur ou à un musicien de faire une œuvre tous les six mois. »

Pour le reste, Le Chouan des villes se situe à l’opposé de la logique marchande et saisonnière de Franck Boclet. Sur les sept pages de l’entretien, le mot « mode » est utilisé une quinzaine de fois ; les mots « vente » et « commerce » dix fois. Le mot « élégance », jamais. Une telle absence étonne de la part d’un homme qui, quand il tient ces propos, est le directeur artistique de la prestigieuse maison Smalto. 

Les sujets traités dans ce blog sont divers, mais ils ont un point commun : la défense et l’illustration d’une certaine idée de l’élégance. Une élégance qui ne craint pas d’être taxée de classicisme. Il faut savoir d’où l’on vient et qui l’on est pour espérer inventer les traditions de demain. Et si - la subversion étant devenue la norme - les révolutionnaires étaient aujourd'hui les chouans ? 

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Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
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franck 10/10/2010 20:46


chouan,

comme vous avez raison, une fois encore.
il y a quelques jours, un matin en me rendant au travail, j'ai entendu sur bfm radio gaspard yurkievich fondateur de la marque éponyme nous raconter avec enthousiasme comment il vendait en corée
par le biais du téléachat, comment il comptait utiliser le vecteur internet pour développer la diffusion de sa marque en complément d'un réseau de boutiques etc, etc je vous passe les détails.
le vêtement dans tout ça? pas un mot.
gaspard yurkievich, comme tous les créateurs de mode, semble avoir pour principal objectif la vente, objectif qui n'a rien de blâmable en soi, dommage que cela passe simplement avant la passion du
vêtement.

franck


Muskar 10/10/2010 16:43


Tout à fait d'accord avec vous pour privilégier le tissu sur les détail des finitions, mais avant même le tissu, je placerai la coupe comme l'élément essentiel du costume. Pour reprendre la
comparaison automobile, je préfère la Topolino (ancienne ou nouvelle version)au Hummer civil (j'aime assez la version militaire HMMWV).


Julien Scavini 10/10/2010 13:45


Et le pape le symbole de la contre culture d'aujourd'hui, tout se rejoint ^^

Enfin plus sérieusement, je vous suis absolument sur cette défense d'un classicisme taxé de ringard! Je me sens bien, je sais d'où cela provient! Je ne cherche pas l'élégance, je cherche à mettre
mes pas dans ceux qui l'ont été ou le sont!


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