Lundi 20 octobre 2014 1 20 /10 /Oct /2014 07:15

- La longueur exagérée des cravates. Je parle de la longueur « standard », fixée aux environs d'1,50 m. Bien que mesurant 1,90m, je suis assez souvent dans l’obligation de passer une seconde fois, ou de me livrer à d'autres acrobaties, pour que ma cravate effleure le haut de mon pantalon. Autre solution : faire raccourcir ses cravates.

- L'absence d'ardillon de ceinture sur la plupart des pantalons PAP. Qu'est-ce que l'ardillon de ceinture ? C'est cette petite bride qui « surgit de la ceinture du pantalon » (Julien Scavini) dans laquelle se glisse un autre ardillon, celui de la boucle de ceinture.

- La folie du chichetaille basse des pantalons, longueur insuffisante des chemises et des vestes... Je l'ai suffisamment dit pour n'avoir pas besoin d'insister.

- L’absence, dans les voitures, d’un « espace » pour loger le parapluie. C'est peut-être un détail pour vous, mais, au pays du Chouan, ça veut dire beaucoup. 

- La dureté des pédales d’embrayage. Ca casse la chaussure ! Pas de problème, en revanche, pour écraser le champignon !

- La ceinture de sécurité. Combien de vestes lustrées et de chemises prématurément usées à cause d’elle ? Pourtant, quand j’évoque ce problème, j’ai l’impression étrange qu’il ne concerne que moi.

- La largeur de nos voitures. Deux logiques s'affrontent : celle des propriétaires de parkings urbains soucieux de rentabiliser à tout prix (... enfin, au prix le plus fort !) leur espace et celle des concepteurs de voitures en quête de plus d'habitabilité. Résultat : sur les parkings, les voitures se poussent des portes... au risque de se faire du mal puisque, autre bizarrerie actuelle, les carrosseries ne sont plus protégées ! 

- L’absence de portemanteau dans la plupart des cafés. Où mettre son manteau ? Sur une chaise, après l’avoir discrètement plié ? Sur ses genoux ? Sûrement pas, en tout cas, sur le dossier d’une chaise en s’en servant comme d’un cintre !

- L’impossibilité en province de se procurer de belles chaussettes. Les mi-bas sont quasi introuvables. Merci à l’internet et, bien sûr, aux Chaussettes rouges !

Le langage formaté des vendeurs : « sympa, cette veste » (…manquerait plus qu’elle morde !), et cette façon qu’ils ont de vous donner des conseils pour améliorer votre apparence alors que leur mise est là pour vous montrer ce qu’il ne faut pas faire. 

Par Le Chouan - Publié dans : Billets d'humeur
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Vendredi 10 octobre 2014 5 10 /10 /Oct /2014 06:34

schnock-couv.jpg

 

Je vous ai conté une autre fois mes déboires avec Schnock.

Pour aller vite, un journaliste de cette revue m’a un jour contacté pour me demander des renseignements sur le sujet qu’il avait choisi de traiter. Je lui ai répondu du mieux que j’ai pu. L’article publié, je découvris non sans agacement qu’il était essentiellement composé d’extraits de ma réponse et d’articles de mon blog, le nom de celui-ci n’étant pas même cité, contrairement à la promesse qui m’avait été faite.

Mon billet de dépit n’est pas resté sans suite.

Très vite après sa publication, la rédactrice en chef de Schnock m’envoya un mail pour me présenter ses excuses et pour m’assurer que mon nom serait ajouté aux remerciements du prochain numéro. Elle me confie bientôt qu’elle aimerait me rencontrer et me propose dans la foulée d’écrire pour sa revue. Je ne dis pas oui, je ne dis pas non ; je dis que ma situation de provincial risque de compliquer les choses.

Deux semaines plus tard, je lui soumets à tout hasard une idée d’article. J'attends trois semaines sa réponse. Mon idée l’intéresse à condition que j’y apporte des modifications. Je lui dis que je n’ai pas attendu son avis pour écrire mon article (… trois semaines tout de même !) et qu’elle le trouvera en PJ.

Une semaine s’écoule. Elle finit par m’écrire et me promet de me contacter « d’ici vendredi ».

Vendredi arrive. Rien. Puis un autre vendredi, puis un troisième vendredi… Ce silence est lassant. Je décide de le rompre ; j’envoie à la rédactrice en chef oublieuse un message dans lequel j’essaie à peine de dissimuler mon impatience sous un peu d’humour : « Vous m’aviez promis une réponse " d’ici vendredi "… mais, prudemment, vous ne m’aviez précisé ni la semaine ni le mois ! »

La réponse, cette fois, ne se fait pas attendre. Il faudrait que j’allonge et que j’élargisse. Bien !

Quelques jours plus tard, je lui envoie une nouvelle version de mon texte dûment « élargie et allongée ».

Depuis – c’était il y a sept mois -, silence radio...

... Vous auriez raison de condamner mon attitude accommodante. Je confesse, dans cette histoire, m’être laissé aveugler par la vanité : la perspective de collaborer épisodiquement à Schnock n’était  pas faite pour me déplaire. Pour cela, j’ai trop rapidement chassé de mon esprit une première indélicatesse. Me voilà doublement puni : le nom de mon blog n’a jamais été ajouté aux remerciements de la revue ; par ses négligences et son silence final, la rédactrice en chef m’a joliment humilié !

Mon article ne méritait peut-être pas d’être publié. Mais, au moins, j'aurais aimé qu’on me le dise.

Cette leçon valait bien que j’en fasse tout un fromage, non ?

Dans ses Mémoires, le chef chouan Jean Rohu raconte comment les nobles regardaient de haut les Chouans qui, comme lui, étaient d’extraction roturière. Un jour, Georges Cadoudal l’envoya porter une lettre au général d’Hervilly. « Je fus bien accueilli par ce général, écrit Rohu, qui me fit passer au salon, où l’on me servit à boire et à manger. (…) Deux messieurs entrèrent dans le salon et (…) l’un d’eux dit à l’autre : " - Qu’est-ce que cela ? – Un Chouan sans doute, répondit l’autre ; on ne voit que cela ici. " »

Les grands d’aujourd’hui ont changé d’état et de figure. Il en est qui hantent les salles de rédaction et les salons de mode... Ceux-là sont cool, mal rasés, mal coiffés, vous tutoient, vous appellent tout de suite par votre prénom… Mais leur mépris est sans mélange.

Par Le Chouan - Publié dans : Billets d'humeur
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Mercredi 1 octobre 2014 3 01 /10 /Oct /2014 06:59

Chère jeune lectrice,

 

Vous m’avez écrit : « (…) j’avais pris en irritation le fait qu’on puisse nous définir à cause de nos vêtements – surtout, le fait qu’on ne puisse pas se taire, et qu’on soit obligé de donner des informations sur nous-mêmes en nous habillant ; bref, que la seule neutralité possible – la nudité – soit un engagement encore plus évident que le silence, qu’il n’y ait pas de non-langage possible. » Vos remarques m’ont troublé. L’enfer serait donc notre apparence, qui nous livre forcément en pâture au regard et au jugement d’autrui.

La nudité n’est certes pas la solution, n’en déplaise à quelques naturistes naïfs qui recréent, hors de portée des voyeurs, d’impossibles édens. Des camps ! Il fut un temps très lointain où, c'est vrai, la nudité était belle : « L’homme et sa femme étaient nus, sans se faire mutuellement honte », nous dit Le Livre. La suite est désolante. J’ai beau la savoir inévitable, à chaque fois que je lis ce récit, j’espère qu’un miracle va, là – sous mes yeux -, la changer. Mais non. La femme et l’homme mangent de l’arbre ; ils découvrent, piteux, qu’ils sont nus ; Dieu châtie les inconséquents, et, comme saisi de pitié, il s’improvise tailleur et les revêt de « tuniques de peau ».

Voilà comment s’habiller devint le propre de l’homme. Les animaux, impeccables dans cette très regrettable affaire, échappèrent logiquement au courroux divin (… hormis le serpent, ce Judas, que Dieu condamna à ramper) ! A eux l’innocence de la vie à poil ! Qui veut humilier un animal n’a qu’à le déguiser en homme. Voyez les singes qu’au cirque on costume pour faire rire. Mais qui veut humilier un homme l’oblige à se dévêtir – à se mettre en tenue d’Adam !

Exit, donc, la nudité. Face à cette maudite nécessité de se vêtir, quelle attitude alors adopter ? La suite de votre message en propose une. Vous dites, je vous cite : « Il m’arrivait de rechercher le style le plus banal, le plus neutre, le plus minimal qui soit. » Votre choix a sa cohérence, mais c’est le choix d’un(e) vaincu(e) ! A l’autre extrémité, il y a l’orgueilleux qui renverse la malédiction à son avantage exclusif. Par l’extravagance de ses tenues, celui-là va au-devant du jugement de ses semblables. Ses fanfreluches sont son armure. Admirez-le, il fera semblant de ne pas vous voir ; moquez-le, il vous plaindra de le jalouser. On pourrait aussi concevoir une solution rationnelle : puisque s’habiller est notre lot commun, faisons-le tous de la même manière ! Au vrai, l’idée eut déjà cours ; elle fut même mise en œuvre à des époques et sous des climats divers à des fins plus ou moins louables. Pas de différences, pas de jugement, serait-on enclin à penser. Mais c’est faux. Habillés pareillement, Mao et Chou En-Laï sont tout de même dissemblables : le second seul est élégant.

 

mao.jpgMao Tse Toung


Chou-en-lai.jpgChou En-Laï

 

On peut aussi suivre la mode. La mode rassure et divertit. Ne brille-t-elle pas pour vous, qui êtes si jeune, d’un éclat invincible ? « Il vaut mieux suivre la mode, même si elle est laide, disait Chanel. S’en éloigner, c’est devenir aussitôt un personnage comique. » Quoique je ne sois pas bien sûr que toutes les modes nous préservent du ridicule !... Autre moyen dont nous disposons et qui se situe, en quelque sorte, à l’opposé du « non-langage » dont vous rêvez : charger son vêtement de parler pour soi. Le choisir en fonction de son sens, réel ou supposé. Daniel Halévy, par exemple, portait toujours une veste de velours marron. « Le velours, expliqua-t-il un jour à Roger Martin du Gard, est ce qu’il y a de commun aux destinées humaines. Ces destinées sont différentes et j’estime ces différences, je les aime même, mais il y a une souche commune qui est la vie laborieuse, artisanale, dont le vêtement de velours que portent le garde-chasse, le chasseur, le charpentier, peut être tenu pour le signe. » A tant faire que d’être jugé, autant que ça le soit pour une bonne raison, non ? Ayons soin toutefois que le signe n’obscurcisse pas trop la chose signifiée ! Henri de Régnier, expert en symboles, ne se trompa pas, en tout cas, sur le sens de la tenue de Halévy : « Il y a chez ce descendant des Bréguet de l’artisan, écrivit-il dans un de ses Cahiers. Je le revois sur la plage de La Baule, avec sa barbe de prolétaire, son complet de velours, son caban à la Péguy, esprit distingué d’ailleurs. »

Se vêtir, c’est choisir, et choisir, c’est s’exposer. Cette évidence peut irriter, mais à quoi bon perdre son énergie à pleurer sur la fatalité ? Moi, ma façon de faire avec tient en quelques mots… et se répète d'un billet à l'autre de ce blog dont je sais que vous avez fait récemment la découverte ; c’est de m’inventer, dans le respect des traditions et d’autrui, une silhouette personnelle et avantageuse (… enfin, autant que je peux en juger et que la chose est possible !) qui me permette, sans honte, de me regarder dans la glace. Dit plus brièvement encore – et même d’un mot, pris dans le sens où Balzac l’entendait : c’est de m’habiller !

« La brute se couvre, le sot se pare, l’homme élégant s’habille ».

… Et c’est ainsi, chère jeune lectrice, que la vie élégante est grande et que Balzac est son prophète !

Et moi je suis votre ami.

 

Le Chouan

Par Le Chouan - Publié dans : Billets d'humeur
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