Mardi 22 avril 2014 2 22 /04 /Avr /2014 06:23

Vous connaissez ma curiosité pour les artistes en général et pour les écrivains en particulier. En ce bel aujourd’hui printanier, je vous invite à partir à la rencontre de quelques écrivains élégants d’autrefois. Le sujet est vaste. Un choix s’impose, subjectif et arbitraire comme tous les choix.

Aux Etats-Unis, il y eut Scott Fitzgerald, autrement plus élégant que son héros le plus célèbre, le nouveau riche Gatsby.


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Citons aussi Dashiell Hammett, à l’élégance très « cinématographique ». « Il avait, disait Vladimir Pozner, dans sa démarche et sa façon de s’habiller une sorte de nonchalante élégance. »

 

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En Angleterre, plusieurs noms viennent à l’esprit. Je n’en citerai que deux – TS Eliot, dont James Darwen  nous apprend qu’« (il) se faisait régulièrement couper trois costumes droits, identiques dans le même tissu sombre. De lui son tailleur disait : " Un homme remarquable Mr Eliot, jamais d’excès. " »

 

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… et Sommerset Maugham, aux mises et aux poses un tantinet précieuses.

 

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En Italie, autre terre d’élégance, une figure domine, celle du dandy Gabriele d’Annunzio. Les tenues sont datées, mais, à qui sait y être attentif, elles réservent de belles surprises.

 

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Et les écrivains français ? Beaucoup de nos « gens de lettres » ressemblaient à des bourgeois bien mis. La chose n'a du reste rien d'étonnant puisque, bourgeois, ces écrivains l'étaient presque tous. Les exemples sont nombreux.

Jacques de Lacretelle, dont Paul Morand, son ami, disait que, jeune, il avait été la beauté même :

 

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Pierre Jean Jouve, qui dissimulait les tourments de son âme sous une apparence austère :

 

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François Mauriac, aux allures de Grand Français – son corps maigre flottant toujours un peu dans des étoffes luxueuses :

 

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André Maurois, à l'apparence d'un banquier :

 

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Michel Leiris, qui conçut l’élégance comme parade à sa névrose alors qu’elle en était un symptôme :

 

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Roger Nimier qui, par réaction au laisser-aller des existentialistes germanopratins, choisit  très tôt de se vêtir « en vieux » :

 

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Photo : Cartier-Bresson

 

Certains, sur un fond de conformisme, posaient ici ou là quelques notes d’originalité.

Sur le tard, Albert Cohen, adepte des costumes trois pièces, porta le monocle et Paul Morand, qui eut toute sa vie le souci de son apparence, osa la chemise colorée :

 

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Saint-John Perse aimait à s’auréoler de grands chapeaux de paille ; « Fais le choix, disait-il, d’un grand chapeau dont on séduit le bord. L’œil recule d’un siècle aux provinces de l’âme.» (Anabase)

Lui et Morand furent des adeptes du nœud papillon :

 

st-john-perse.jpgSaint John Perse

 

… comme Roger Martin du Gard, Jacques Chardonne et le Belge Georges Simenon :

 

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Roger Martin du Gard


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Jacques Chardonne


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Georges Simenon    

 

Il n’est sans doute pas inutile de rappeler que Saint John Perse (de son vrai nom Alexis Leger), Morand et Cohen furent des diplomates. En ce temps-là, la dimension représentative de cette fonction obligeait

J’hésite à inclure ici la figure d’un autre diplomate : Romain Gary. Il n’est certes pas impossible de trouver des clichés montrant un Gary élégant ; mais, ce qui frappe surtout, ce fut sa recherche du spectaculaire et ses innombrables métamorphoses.

 

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Je le rapprocherais volontiers d’Hemingway, que, bizarrement, j’ai vu sacrer « icône du style » par quelques magazines de mode. L’un comme l’autre étaient des « caméléons » - à la recherche d’eux-mêmes à travers leurs d’apparences multiples. L’un comme l’autre, par ailleurs, chantres de la virilité et, débordés par leurs contradictions, succombant à la tentation du suicide.

Quelques auteurs ont cherché à ce que leur apparence marque plus nettement leur singularité d’artistes.

Il y eut Gide, dont j’ai parlé une autre fois, et ses étranges couvre-chef :

 

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Il y eut Sacha Guitry, aussi théâtral à la ville qu’à la scène, qui s’habillait moins qu’il ne se costumait :

 

sacha-guitry.jpg

 

Hélas, à partir des années 50, la mise des écrivains va peu à peu se « prolétariser ». Sartre, d’origine bourgeoise, embrasse la cause du peuple en enfilant canadienne, blouson et pull-over. Camus, d’extraction très modeste, fait de la résistance. Sur plusieurs clichés, il réussit même à atteindre l’élégance. Le trench lui allait très bien. S’il l’adopta, ce fut sans doute pour accentuer une certaine ressemblance avec Humphrey Bogart. Roger Grenier disait : « Si on me demande de parler de lui, tout ce que je trouve à dire, ce sont des choses comme : " Il portait toujours un imperméable. " »

 

albert-camus.jpg

 

Les « nouveaux romanciers » affectionnent le pull à col roulé, Alain Robbe-Grillet en tête.

 

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J’ai sous les yeux le livre Miroirs, publié en 1973, qui regroupe quatre-vingt-trois portraits d’écrivains signés Edouard Boubat. La plupart des tenues sont affreuses.

Depuis, les choses ne se sont pas arrangées. Maintenant, c’est le triomphe de l’écrivain looké « geek », tel Alexandre Jardin :

 

alexandre-jardin.jpgPhoto : Maciek Pozoga

 

… Terrible ! Un cliché à vous ficher votre bel aujourd’hui par terre ! 

Par Le Chouan - Publié dans : Personnalités
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Mercredi 16 avril 2014 3 16 /04 /Avr /2014 06:32

 

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La revue Livr’arbitres publie dans son numéro actuellement en vente (1) un « dossier » sur le dandysme. Dans un des textes qui le composent, Christopher Gérard fait la revue commentée des principales publications récentes sur le sujet. Y sont notamment cités l’anthologie Les Dandys, établie par Jean Florensac (éd. du Chat rouge), l'essai (le pamphlet ?) Vies et mort d’un Dandy (Brummell), de Michel Onfray (éd. Galilée), l'album I am Dandy, de Nathanaël Adams et Rose Callahan (éd. Gestalten). Ce tour d’horizon permet à Christopher Gérard d’insister sur le caractère éminemment paradoxal et ambigu du dandy. Nos dandys nouvelle manière, qui remplissent I am Dandy, incitent à la circonspection. Il y a loin, en effet, du dandy aurevillien à certains de ces dandys autoproclamés exhibant – je cite Christopher Gérard – « qui un délirant narcissisme, qui un infantilisme stérile » ! Lucide, l’auteur conclut : « En fin de compte, j’en viens à me demander si, au dandy, terme ambigu, voire frelaté à force de parodies, il ne faudrait pas préférer celui de gentleman, plus en nuances et en sobriété. »

La patrie du dandysme, c’est la littérature. Coupez-le d’elle, il devient fou ! La mode peut alors le récupérer et le soumettre à ses élucubrations.

La littérature, justement, Ludovic  Maubreuil ne l’oublie pas dans l’article qu’il consacre à quelques figures du dandysme dans le cinéma français. Eric Rohmer – le plus littéraire de nos cinéastes – et Michel Deville – qui compose à ses heures perdues (ou gagnées) de charmants poèmes fantaisistes – sont mentionnés. A son générique imaginaire, Ludovic Maubreuil fait défiler des noms attendus et d’autres plus étonnants : Raphaël de Loris (Raphaël ou le débauché, Michel Deville) ; Stanislas Hassler (La Prisonnière, Clouzot) ; Alain (Le Feu follet, Louis Malle) ; Jeff Costello (Le Samouraï, Melville) ; Edouard Coleman (Un Flic, Melville) ; Alexandre (La Maman et la putain, Jean Eustache). Mon favori ? Alain, le héros créé par l’élégantissime Drieu et interprété, dans le film de Malle, avec une émouvante grâce virile par Maurice Ronet. 


maurice-ronet-feu-follet.jpgMaurice Ronet, Le Feu follet


alain-delon-samourai.jpgAlain Delon, Le Samouraï


jean-pierre-leaud.jpgJean-Pierre Léaud, La Maman et la putain

 

Entre ces deux beaux articles, votre serviteur (comme on dit...) glisse un texte qui tente de répondre à la question : A quoi peut ressembler un dandy aujourd’hui ? Merci à Christopher Gérard d’avoir rendu possible cette contribution.

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1. Pour se le procurer, voir le site de la revue.
2. Christopher Gérard vient de publier Osbert (éd. L'Age d'homme), un recueil d'« historiettes » - dixit l’auteur – qui mettent en scène des animaux qui parlent. Cela tient de la fable et du conte philosophique. Les 
jugements des canetons et autres « Minou » sur leurs amis les hommes sont plus coupants que ceux d'un chouan ! Osbert vous apprendra aussi comment Christopher Gérard s’y est pris pour mettre les rongeurs… dans sa poche !

 

christopher-gerard-cost.jpgChristopher Gérard

 

Par Le Chouan - Publié dans : Billets d'humeur
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Mercredi 9 avril 2014 3 09 /04 /Avr /2014 06:39

On se souvient qu'il y a trente ans, François Mitterrand  « donna à la France », en la personne de Laurent Fabius, son plus jeune Premier ministre. En nommant Manuel Valls à cette même fonction, François Hollande a voulu marquer l’histoire d’une manière différente mais non moins forte et qui ne peut que réjouir les Chouans épris d’élégance que nous sommes : Manuel Valls n’incarne-t-il pas tout ce que nous aimons ? Assurément, notre nouveau Premier ministre ne ressemble en rien à ces nombreux hommes politiques au physique de représentants de commerce, tels Benoît Hamon et Benoist Apparu.


benoit-hamon.jpg
Benoît Hamon

 

benoist-apparu-valls.jpgBenoist Apparu

 

Il y a l’allure, lente, féline, racée ; les gestes, jamais saccadés, choisis avec autant de soin que les mots, parfaitement coordonnés à eux – gestes déliés et, pour ainsi dire, dansés. Rien à redire aux tenues : les costumes sont impeccablement coupés ; les cravates, les manches de chemise ou de veste, toujours à la bonne longueur.


manuel-valls-manches-veste.jpgAvec sa femme, Anne Gravoin, violoniste, 1er prix du Conservatoire de Paris, qui, pour l'amour de l'art, se produit dans les concerts de Johnny Halliday et de Charles Aznavour.


 manuel-valls-chemise.jpg

 

 

Depuis Edouard Balladur, on n’avait pas fait mieux. La coiffure rallie tous les suffrages. Fini, les mèches d’ados attardés qu’arboraient ses deux prédécesseurs !

Les cheveux sont souples, naturellement brillants ; de délicats pinceaux viennent orner le haut d’un front agréablement proportionné.


manuel-valls-cheveux.jpg

 

Le visage respire la bonté. Un tendre sourire l’éclaire souvent. Point d’angles vifs dans cette physionomie – mais, comme l’écrivait Verlaine, « De la douceur, de la douceur, de la douceur »… Juger sur le physique est stupide. Je le sais. Je ne peux toutefois me mettre dans la tête qu'un homme de cette apparence soit sectaire et sujet à des accès de violence. Le ramage est à l’image du visage : paroles moelleuses, phrasé onctueux, voix de miel, débit coulé


manuel-valls-visage.png

 

Notre duo exécutif a de la gueule. Une fierté légitime nous envahit à l’idée qu’il nous représente à l’étranger. Quels autres duos peut-on aujourd’hui lui opposer hormis, peut-être, celui que forment ces autres parangons d’élégance, d’allure et de style que sont Poutine et Medvedev ?

Hollande et Valls : c'est tout de même autre chose que de Gaulle et Couve de Murville ou Giscard d’Estaing et Chirac…

 

… J’ai récemment lu sous une plume élégante et autorisée une méchante et mesquine critique de notre Premier ministre. Rien, de la pointe des cheveux jusqu’à celle des souliers, ne trouvait grâce aux yeux de ce féroce chroniqueur dont, par charité chrétienne, je préfère taire le nom. Pourquoi tant de haine et de mauvaise foi ? Ma déception, je l’avoue, a été grande et, malgré tous mes efforts, je n’ai pas réussi à lui trouver d’excuses. A moins qu’il n'ait voulu jouer les ironistes...

Par Le Chouan - Publié dans : Personnalités
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