Vendredi 27 novembre 2009

Jean d’Ormesson est à la mode. A en croire la couverture du Lire du mois d’octobre, il est très aimé des jeunes. Un gagnant de La Nouvelle Star a fait tatouer son nom sur son bras. Franz-Olivier Giesbert l’a récemment fait dialoguer, dans son émission Vous aurez le dernier mot, avec un rappeur.

A la mode, vraiment ? Il y a dans tout ce remue-ménage quelque chose d’artificiel : un écrivain octogénaire, si typiquement aristocrate, idole des jeunes ? J’ai peine à le croire. Si Jean d’Ormesson m’est éminemment sympathique, c’est parce qu’il incarne, justement, des valeurs dont je n’avais pas remarqué qu’elles étaient partagées par la majorité de nos cadets : la culture, la politesse, la distinction et, bien sûr, l’élégance.

 


Son élégance vestimentaire ne fait pas débat. Ses costumes sur mesure sont coupés dans de riches étoffes. Je l’ai vu récemment dans une magnifique veste grise au tissage voluptueux. Il aime le bleu, et le bleu lui rend bien. Il accorde ses chemises et cravates à la couleur de ses yeux. Le procédé est simple et l’effet est efficace. Notons sa fidélité jamais démentie à la cravate de tricot : c’est un peu le fil rouge de ses tenues - ou plutôt le fil bleu.

Ce classicisme de fond souffre de charmantes exceptions. Qui d’autre que lui aurait pu, sans tomber dans le ridicule, oser cette veste jaune :


 

Le ridicule n’est pas fou. Il sait que Jean d’Ormesson est un adversaire hors de sa portée. La bonne éducation est une potion magique qui vous préserve du ridicule toute votre vie. Heureux ceux qui, comme Jean, sont tombés dedans quand ils étaient petits ! Imaginez la situation : un photographe propose à un écrivain célèbre de 84 ans de poser allongé sur un canapé Louis XV. Vous vous dites qu’il serait bien téméraire d’accepter : il en va de sa réputation. Eh bien ! Jean d’Ormesson a relevé victorieusement - et très élégamment - le défi :


 

Jean d’Ormesson s’inscrit dans la lignée des hommes de lettres pour qui l’apparence a son importance. Il fut l’ami de Paul Morand. J’ai parlé de sa veste jaune. Paul Morand, lui, réussissait à être élégant en chemise de la même couleur :

 


Les cheveux blancs ont ce privilège d'autoriser les couleurs vives. Nos aînés, abonnés pour la plupart au marronnasse et au beigeasse, feraient bien de s'en souvenir.

Comme Paul Morand avant lui, Jean d’Ormesson aime les femmes, Venise et les voitures de sport. Car, pour cette espèce d’hommes, l’élégance ne se réduit pas au vestiaire. Elle est un principe de vie. Jean d’Ormesson a des manières élégantes. Je l’ai vu, lors d’une séance de dédicaces dans une grande surface, être également aimable avec tous, ne faire preuve d’aucune condescendance. C’est un honnête homme. Je serais ravi d’apprendre que les jeunes gens d’aujourd’hui ont fait de cet idéal classique leur mot d’ordre. Qu’on me permette toutefois de sérieusement en douter.

« Les cimetières sont remplis de gens irremplaçables qui ont tous été remplacés. » : on connaît la formule de Clemenceau. Si l’on y réfléchit un instant, on conviendra qu’elle est assez inhumaine. Jean d’Ormesson est irremplaçable. Citez-moi un seul écrivain aussi raffiné et civilisé que lui. Cet homme est un chef-d’œuvre. 

Par Le Chouan - Publié dans : Personnalités
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Lundi 23 novembre 2009
 
Le goût du trop est un travers qui, soyons francs, nous guette tous un peu. Pourtant, nous le savons, le trop est l’ennemi du beau et du bien.
Il est un type actuel d’homme urbain qui n’a pas nos scrupules. Chez ses représentants, tout est trop : veste trop cintrée, chemise au col trop haut, cravate trop large ou trop fine, montre trop grosse, pantalon trop étroit tombant sur des chaussures trop pointues à la patine trop voyante… Leurs voitures sont trop imposantes et trop puissantes. Ils parlent trop fort dans leurs téléphones portables trop sophistiqués. Ils marchent trop vite et rêvent de gagner trop d’argent (bien qu’en ce domaine trop ne leur soit pas encore assez). L’enfance bouge encore en eux. Ils veulent tout et tout de suite. Leur appétit est insatiable et le risque de l’indigestion ne les rend pas plus sages. Ils ont besoin de jouets. Celui-ci commence à peine à les distraire qu’ils veulent s'offrir celui-là. Leur faiblesse, toute humaine, nous les rendrait presque touchants.


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Mais il y a l’autre versant. Leur vanité (goût de l’avoir) et leur orgueil (satisfaction d’être) sont infinis. Ils puisent leur jouissance dans l’humiliation qu’ils pensent infliger à leurs semblables. Tout ce qu’ils montrent revient à dire : « Admirez-nous, méprisez-vous. » S’ils se dérobent à notre regard, c’est pour mieux tenter d’investir notre imaginaire : « Qui peut bien être l’homme important qui se cache derrière ces lunettes noires ou derrière les vitres entièrement teintées de cet énorme engin ? » Ils se croient forts quand ils sont faibles puisqu’ils ont besoin de ceux qu’ils méprisent pour se sentir exister. C’est leur talon d’Achille. Aucun soulier de luxe ne les en protègera ! On peut appeler ces hommes nouveaux riches ou parvenus. Eux sont persuadés d’être à la pointe de l’élégance : ils sont, en ce domaine, ce qui se fait de mieux et leur miroir le leur dit plusieurs fois par jour ! Ce ne sont que des suiveurs. Sans tact, sans culture et sans goût, ces êtres-là sont pathétiques. Trop.

Par Le Chouan - Publié dans : Billets d'humeur
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Vendredi 20 novembre 2009

Il y a l’élégance de la mise et l’élégance des manières.
La première ne garantit certes pas la seconde, mais il est rare que l’une aille sans l’autre.

On aurait dû s’en douter : qu’attendre de bon d’un homme qui s’accoutre ainsi :


 

ou encore ainsi :

 

 

Une tricherie nous qualifie pour la phase finale de la prochaine Coupe du monde. « Je ne vois rien de choquant », dit Raymond Domenech, qui dit aussi qu’ « il faut arrêter avec le moralisme ». Au passage, il empochera une prime de 800 000 euros. Si encore on était sûr qu’il en consacre une partie pour refaire sa garde-robe !

Ce cynisme a posteriori de l'entraîneur me choque davantage que la faute du joueur.  « L’honnête homme » est un noble idéal français. Celui qui tente de s’en approcher surveille constamment son allure – au sens propre comme au sens figuré.

Raymond Domenech n’est pas, c’est acquis, un honnête homme. Et moi, ce soir, je ne me sens pas fier d’être Français.

Oui, ce soir, « I am an Irishman » !

Par Le Chouan - Publié dans : Personnalités
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