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12 mars 2015 4 12 /03 /mars /2015 06:36

Des problèmes personnels m'obligent à suspendre la publication de mes billets.

J'espère revenir bientôt !

Le Chouan

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6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 06:46

"FMR", fidèle lecteur et commentateur, m'a proposé cet intéressant billet portant sur un domaine que je connais peu. Je suis très heureux de vous le faire lire aujourd'hui.

 

En France, les jugements portés sur la musique classique concernent souvent l'apparence. Guindé, snob, coincé, vieillot, ringard, bourge(ois) sont des qualificatifs classiquement utilisés pour décrire les musiciens, le public et même les œuvres. Pourtant, le monde du classique a évolué comme le reste de la société : vers moins de formalisme. L'habit et le smoking se font rares hors les grands orchestres et les grandes salles, le costume sombre de qualité quelconque est devenu la norme. On ne peut pas non plus dire que le public soit spécialement élitiste : il est habillé comme tout le monde (et il se trouve toujours des gens pour applaudir entre les mouvements).

Il y a bien sûr des personnages à l'allure plus notable, ainsi que va nous le montrer cette petite galerie de chefs d'orchestre et solistes.

Mais commençons par une digression : j'ai récemment découvert Max Raabe, un chanteur allemand (de formation classique) qui avec son orchestre fait des reprises dans le style des années 20/30. Il porte impeccablement l'habit, ses musiciens le smoking et tout le monde est content. Comme quoi...

 

Max-Raabe-copie-1.jpg

 

A contrario, pour attirer le public supposé rebuté par le costume, on lui propose des rebelles trop cool qui, lui assure-t-on, sont de vrais stars dans le monde du classique. L'archétype de ce genre d'alibi est le violoniste Nigel Kennedy (1956--) au style punk-trash.

 

nigel-kennedy.jpg

 

Le très respectable, respecté et bien élevé sir John Eliot Gardiner (1943--), chef d'orchestre spécialiste du baroque, est parfois pris de fantaisie : il porte alors des tuniques chinoises avec parements.

 

eliot-gardiner-tunique.jpg

 

La fantaisie demeure élégante, néanmoins l'habit va mieux à l'ancien élève de Cambridge.

 

eliot-gardiner.jpeg

 

Ces tuniques seraient peut-être mieux portées par Jean Guillou (1930--), titulaire du grand orgue de Saint-Eustache, qui avec ses yeux perçants et sa chevelure blanche massée de part et d'autre de son crâne ressemble au Dracula de Coppola.

 

jean-guillou.jpg

 

Le chef d'orchestre Claudio Abbado était souvent comparé à un magicien. Il savait en effet faire s'incarner la grâce. Ce personnage, humble et discret, fuyait la publicité (le contraire absolu de Karajan, son prédécesseur au Berliner Philharmoniker), on n'a donc pas d'images de lui dans le civil. Au concert il restait fidèle aux traditions et portait avec naturel habit, smoking ou veston bien taillés ; favorisé par un physique élancé et un beau profil.

 

claudio-abbado.jpg

 

Sa direction même était élégante : pas de grands mouvements pour la galerie, mais une gestuelle souple et fluide, comme s'il sculptait le son. Au tournant des années 2000, un temps rescapé d'un cancer, il réapparaît subitement vieilli, le visage émacié et hâve, l'expression parfois plus douloureuse mais irradiant toujours la grâce et le bonheur.

Son ami le comédien Bruno Ganz disait de lui : « Il a su cultiver et maintenir sa propre pureté d’âme ; une pureté à laquelle il n’a jamais voulu renoncer malgré l’âge adulte. Et je vois en lui une certaine similitude avec Hölderlin, dans la conservation d’une idée pure et enfantine de la poésie — poésie en tant que qualité absolue — comme moyen de communication à appliquer aussi dans sa propre vie. Hölderlin l’a réalisé comme poète : Claudio en témoigne comme musicien »

 

Gustav Leonhard (1928—2012) fut un honnête homme, au sens historique : légende du clavecin, fer de lance du renouveau baroque, il disait pourtant « avoir passé plus de temps avec la peinture qu’avec la musique ». Par certains côtés il vivait littéralement dans le passé : il habitait dans la Bartolotti Huis construite en 1617 sur le Herengracht à Amsterdam. Depuis 1750 « tout [y] est resté exactement à l’identique : les portes, les cheminées, les lambris, les parquets, les planches dans les armoires, les carreaux de faïence, tout ! » Selon un édit de 1630, le jardin devait rester jardin « jusqu’à la fin des temps ». Leonhardt y abritait ses instruments et sa collection de mobilier et objets d'art hollandais, allemands et français datant du XVIe au XVIIIe siècle. Il n'allait pas jusqu'à s'habiller à la mode baroque, sauf pour un film où il tint le rôle de Bach.

 

gustav-leonhard-bach.jpg

 

Grand et sec, le profil sévère, le sourire bridé, son apparence, en tout cas celle qu'il montrait au public, était en harmonie avec son expression musicale, à propos de laquelle Jacques Drillon parle de « tonicité janséniste » (Leonhardt était calviniste).

 

gustav-leonhard-profil.jpg

 

Son refus de l'étalage des sentiments et de l'ego —  il se présentait comme un medium entre le compositeur et l'audience et disait ne pas comprendre « le culte des solistes » — était peut-être excessif. Après avoir, enfant, adoré Wanda Landowska, il la jugeait « trop personnelle », « très égoïste » ; il ne l'était peut-être pas assez...

Avant de quitter le XVIIIe, citons une suite de douze variations de François Couperin : Les Folies françoises ou les Dominos [on rappelle qu'il s'agit d'un habit de bal masqué, sorte de cape avec une capuche] - successivement  : la virginité sous le domino couleur d'invisible  ; la pudeur sous le domino couleur de roze ; l'ardeur sous le domino incarnat ; l'espérance sous le domino vert ; la fidélité sous le domino bleu ; la persévérance sous le domino gris de lin ; la langueur sous le domino violet ; la coquéterie sous diférens dominos ; les vieux galans et les trésorières suranées sous des dominos pourpres et feuilles mortes ; les coucous bénévoles sous des dominos jaunes ; la jalousie taciturne sous le domino gris de maure ; la frénésie, ou le désespoir sous le domino noir.

Glenn Gould (1932—1982) était aussi protestant, il se surnommait lui-même le dernier des puritains. À 32 ans il avait abandonné le concert pour l'enregistrement à cause, c'est notable, de raisons morales. « Sur le plan moral, je réprouve même les concertos et je n'aime pas cet aspect de compétition. (...) Tout ce qui est mélange de virtuosité et d'exhibitionnisme sur scène est tourné vers l'extérieur ou mène à l'extraversion et je considère cela comme un péché, pour employer un mot démodé. ». Gould n'a jamais suivi la mode et a toujours aimé les lainages chauds : veste en Harris tweed, écharpe en Shetland, gants ou mitaines en grosse laine, casquette en tweed. Il y a quand même des variations selon les époques, on peut mettre en parallèle ses déclarations sur la musique et l'évolution de son apparence. Jeune, il aimait la « course rythmique précipitée » à quoi correspondaient une certaine exubérance et un éclat sensuel.

 

glenn-gould.jpg

 

Plus tard on le retrouve peigné, vêtu avec une discrétion de bon aloi, cherchant l'équilibre entre la « sévérité teutonique et la jubilation débridée » dans l'exécution d'une fugue du Clavier bien tempéré.

 

glenn-gould-classique.jpeg

 

Ensuite, à mesure qu'il s'éloigne du monde, qu'il se perd au monde, la cravate tombe, les cheveux sont laissés libres, les habits s'assombrissent ; les tempi deviennent lents et réfléchis et il déclare « J'aimerais pouvoir penser qu'il règne dans ce que je fais une sorte de paix automnale (...) il serait satisfaisant de se dire que ce que nous réalisons sous forme d'enregistrement contient virtuellement un certain degré de perfection, non pas d'ordre purement technique, mais aussi d'ordre spirituel ».

 

glenn-gould-3.jpeg

                                                                       

                                                                                                               FMR

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26 février 2015 4 26 /02 /février /2015 06:41

Sur le chapitre de l’élégance, nos hommes d’Etat ont beaucoup à apprendre. Enfin, la grande majorité d’entre eux. Deux figures du passé récent pourraient les inspirer : Anouar El Sadate et Hassan II.

Anouar El Sadate avait, comme on dit, un profil de médaille.


sadate.jpg

 

Celui d’un pharaon. Il émanait de lui une noblesse naturelle qui rendait superflu le recours à l’artifice. Aussi sa mise était-elle d’une grande simplicité : costumes droits, chemises blanches à angle de col assez ouvert et à poignets mousquetaire, cravates à motifs ou à rayures assorties au costume. Le tout provenait d’Angleterre. Une élégance intemporelle, si ce n’est les motifs assez grands des cravates qui trahissaient les années 70. Le port de tête, fier, pour ne pas dire royal, était souligné par le col de chemise qui, comme chez le prince Charles par exemple, dépassait largement le (bon) centimètre habituellement conseillé.

Il se tenait très droit, portait le menton assez haut et ne se départait jamais d’un air de dignité. Son allure n’avait pas échappé à Valéry Giscard d’Estaing qui, dans ses mémoires (Le Pouvoir et la vie), l’évoque en ces termes : « Parmi les dirigeants de l’époque, le président Sadate était celui qui avait le plus d’allure (…) il était grand, élancé (…) avec (…) une silhouette et un maintien d’officier anglais. »


sadate-deux.jpg

 

L’élégance du roi Hassan II était plus « orientale ». Plus tape-à-l’œil. Bagues (généralement deux), bracelet(s), montre à bracelet en or, pince de cravate, fume-cigarette, pochette… Les accessoires étaient nombreux. La gomina – dont il usait et abusait – l’aidait à plaquer sur le sommet du crâne une mèche « à la Giscard ». Avec ça, il réussissait néanmoins le prodige de n’être jamais vulgaire.


hassan.jpeg

 

Sa gestuelle était empreinte d’une grande délicatesse, voire d’une certaine féminité. Sa voix douce, onctueuse, était à l’unisson. Quand il s’exprimait dans notre langue, c’était avec le souci du mot juste, de la tournure syntaxique idoine. L’affectation n’était pas loin et je n’irais pas jusqu’à dire qu’il sut toujours l’éviter.

Il n’était pas grand (il portait des talonnettes), mais, se tenant droit et étant mince, il ne manquait pas d’allure. Une allure déliée, souple, féline. Ses costumes, Smalto, dessinaient nettement sa silhouette. Une ligne idéalement adaptée à sa complexion.


hassan-2.jpg

 

« Le style, c’est l’homme », aimait-il à répéter, attribuant, au passage, à Pascal cette sentence de Buffon. Le style de Hassan II était celui d’un homme épris de perfection. Obsédé, même, par elle.

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18 février 2015 3 18 /02 /février /2015 12:27

Matières.

La soie, bien sûr, soie imprimée, tissée ou tricotée. Et puis la laine. Les cravates en tricot de laine ou en cachemire permettent de remarquables combinaisons. A privilégier avec les vestes/vestons de tweed et les blazers. On ne s’interdira pas d’y avoir recours avec des tenues plus formelles. On laisse dire Tatiana Tolstoï pour qui porter une cravate de laine avec un costume de ville constitue une « erreur gênante » (1) et l’on n’hésite pas à imiter Gianni Agnelli ou Jean d’Ormesson.

 

jean-do.jpg

 

Sortes.

La cravate est unie, à rayures, à motifs, à pois.

Unie, on ne la choisira pas lisse et encore moins brillante. Les soies nattées ou grenadine sont à privilégier.

Des rayures club arborées par un continental peuvent mettre à mal le légendaire flegme britannique (2). James Darwen : « Personne ne voudrait porter une cravate club à laquelle il n’a pas droit. Il est considéré comme normal que le membre du club offensé corrige l’offenseur avec un fouet. » Prudence, donc, si vous allez en Angleterre. Chez vous, oubliez vos scrupules et ne vous laissez pas intimider par le susnommé Darwen qui ajoute que sa remarque « vaut aussi sur le territoire français » ! Si, malgré tout, vous craignez de commettre un impair, vous pouvez toujours vous rabattre sur les cravates club fabriquées en Amérique (les Brooks Brothers par exemple) dont les rayures sont inversées.

Les motifs. Si vous y recourez, faites preuve de goût et de tact. Les cinéphiles amateurs d’élégance auront sans doute constaté que, lorsqu’elles s’éloignent d’un strict classicisme, les cravates à motifs sont les premières (avec les cravates trop larges, genre « kipper ties » des années 70) à se démoder. Par « strict classicisme », j’entends le motif cachemire (« paisley »), sous réserve que les proportions du dessin s’accordent avec celles de la cravate. La bonne largeur d’une cravate étant fixée à 8 cm, le dessin cachemire ne saurait être trop grand.

 

cravate-paisley.jpgCravate Howard's aux motifs trop grands. Nonobstant, Howard's est une excellente adresse-net !

 

Si vous optez pour ce type de cravate, je vous conseille de ne pas la porter avec de l’uni (chemise et costume). Ce sont les débutants (les débutants… ou les artistes – mais ceux-ci n’ont pas besoin de mes conseils !) qui se servent de la cravate pour introduire une note de fantaisie dans leur tenue. En revanche, une cravate à impression cachemire accompagne excellemment une chemise ou une veste à carreaux.

Quant aux motifs coin-coin, meuh-meuh, hi-han, etc. – laissez-les aux amateurs de la marque Hermès.

Les pois siéent bien à la cravate à condition que, là encore, les proportions soient respectées : pas de gros pois, donc, à la Gilbert Bécaud.

 

Couleurs.

Toutes !

Une réserve toutefois : la couleur rouge – non pas qu’elle soit condamnable en soi, mais parce que c’est la solution de la facilité vers laquelle s’orientent ceux qui ne savent pas ; ceux qui, n’ayant pas l’habitude de porter une cravate, veulent, quand ils le font, que ça se voie… Indispensable : la cravate bleu foncé, qui va avec presque tout, surtout quand elle est en tricot. Ne pas négliger la couleur verte. La combinaison blazer bleu, chemise bleu ciel, pantalon gris, cravate verte, pochette blanche, chaussures brunes est l’une des plus simples et des plus élégantes que je connaisse. Ne pas négliger non plus les couleurs vives, et même très vives, surtout aux beaux jours.

 

Nœuds.

Les livres spécialisés regorgent de toutes sortes de nœuds. Mosconi et Villarosa en ont même répertorié (pour rire) 188 (3)! Cela me fait un peu penser aux manettes d’essuie-glaces dans les voitures modernes : une foultitude de possibilités pour, au bout du compte, se servir toujours des deux ou trois mêmes vitesses ! Le nœud simple (un ou deux passages) et le demi-Windsor me suffisent amplement. Je varie selon les cravates (leur longueur, leur épaisseur) et le col de ma chemise (« italien » : nœud plus gros, ou « français »). Gros nœud ou petit nœud ? La question est délicate – pour ne pas dire vicieuse (excusez-moi…) Sur le sujet, ma religion n’est pas établie. Je me souviens que, dans Correspondant 17, Herbert Marshall arbore un noeud que d’aucuns jugeraient trop fin et trop serré mais qui, sur lui, est, à mon sens, impeccablement élégant.

 

herbert-marshall.jpgHerbert Marshall

 

Assortir.

Il n’y a pas de règles… On fait avec ce qu’on a, on s’adapte à l’occasion, on laisse parler son humeur… Tout est possible, ou presque : assortir la cravate à la chemise, au costume, au pantalon (dans le cas d’une tenue dépareillée), aux chaussettes… Jouer sur les camaïeux, les complémentaires, les contrastes… L’important, c’est que, d’une manière ou d’une autre, la cravate s’intègre dans l’ensemble. Qu’elle n’ait pas été choisie pour attirer à elle seule les regards. Attention : s’intégrer dans l’ensemble ne signifie pas être terne. Par exemple, l'été, une cravate jaune vif, accompagnée d’une pochette comportant un peu de jaune ou de chaussettes de la même couleur, pourra se révéler un excellent choix. Ne pas oublier que les couleurs se rappellent et se répondent ; à nous de les écouter et de comprendre ce qu’elles disent.

 

Détails.

Ils font la différence, on le sait bien. Ils introduisent une touche de fantaisie. Ils sont des clins d’œil destinés aux seuls initiés. Parfois même, ils n’ont de valeur que pour soi – invisibles aux regards. Mon intérêt pour les détails a varié dans le temps : tels qui retenaient mon attention voilà quelques années m’indiffèrent aujourd’hui. J’ai redécouvert récemment la pince à cravate, discrète, à placer assez bas, droite ou en biais, qui, au-delà de son aspect pratique, permet de faire joliment onduler le pan visible de la cravate. D’autres détails ? La cravate en forme d’arc (dite parfois « Agnelli »).

 

cravate-agnelli-def.jpgSource : Agnelli-esque

 

A recommander dans le cas d’une chemise à angle de col très ouvert. Le port d’un gilet ou d’une pince en facilite le maintien. Pour y arriver, on serre virilement (4) en tenant le nœud à l’horizontal. Autre « détail » : j’aime assez que les deux pans soient placés côte à côte. Ainsi, la cravate se rapproche du foulard. Elle acquiert du mouvement. Elle a l’air dans le vent. Si vous avez de l’embonpoint et que vous avez l’habitude de porter votre veste ouverte, cette solution, qui habille le devant de la chemise, est à privilégier.

 

agnelli-esque-deux.jpgSource : Agnelli-esque

 

Et puis, bien sûr, quand je noue ma cravate, je n’oublie jamais de faire apparaître, juste sous le nœud, une fronce (légèrement décentrée) ou, mieux, deux.

____________________________________________________________________________
1. De l’élégance masculine, Tatiana Tolstoï, L'Acropole.
2. « (Scott Fitzgerald) portait une chemise blanche avec un col boutonné et la cravate d'officier de la Garde. Je pensais que je devrais peut-être lui toucher un mot au sujet de cette cravate car il y avait des Anglais à Paris et l'un d'eux pourrait bien entrer au Dingo - en fait, il s'en trouvait déjà deux dans le bar - mais je me dis que ce n'était pas mon affaire », Paris est une fête, Hemingway.
3. Les 188 façons de nouer sa cravate, Mosconi et Villarosa, Flammarion.
4. Beaucoup trouveraient que je maltraite mes cravates. Mais combien en voit-on qui, par crainte d’abîmer les leurs, vont avec des nœuds mal serrés ? 

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Publié par Le Chouan - dans Accessoires
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9 février 2015 1 09 /02 /février /2015 06:52

 

pieds.jpgPhoto de Sean Lee

 

Le pied n’est pas une partie du corps comme les autres. C’est un peu comme s’il avait une vie propre. La preuve, ces orteils dont nous ne contrôlons pas complètement le mouvement. Difficile d’admirer un objet de la sorte, comiquement terminé par cinq excroissances ongulées… Il faut aussi faire avec la forme que la nature nous a donnée : pied égyptien, grec, romain – comme si, par définition, le pied était un corps étranger… Tout le contraire de la main : ma main m’appartient, elle me ressemble. Au creux de ma main, mon avenir a déjà tracé son sillon. Lit-on les lignes du pied ?... Ridicule ! Mon pied n’a rien à m’apprendre ; il ne sait rien de moi. C’est un fruste, un mal dégrossi, juste bon à me soutenir, à me faire avancer. Ma main, elle, est civilisée. On dirait que l’évolution n’a pas marché du même pas pour mes extrémités du haut et du bas : combien de milliers d’années séparent les unes des autres ?...

Le pied ne va pas toujours avec la tête. Greta Garbo avait un visage divin et d’interminables pieds que les metteurs en scène s’efforçaient de dissimuler…. Dans Le Testament de Charles Baudelaire, Bernard-Henri Lévy imagine pour l’ « ange » du poète, madame Sabatier, un « pied boudiné au gros orteil renflé et au petit doigt recroquevillé »… J’ai remarqué que, souvent, les plus sublimes mannequins avaient des pieds maigres, hideux. Et que dire du pied des danseuses ? La perversité seule peut expliquer l’obstination des chorégraphes contemporains à exhiber à longueur de spectacles les pieds malmenés, déformés, torturés de ces êtres pleins de grâce.

La gêne que j’éprouve chez le chausseur ne tient pas seulement au fait que, en me servant, il soit à mes pieds, mais aussi que je lui présente l’une des parties les plus intimes – et indignes - de mon anatomie. Ma défiance envers le pied explique que je lui réserve le maximum d’attention : le paradoxe n’est qu’apparent. Le bijou ne vaut rien ? Eh bien ! l’écrin sera tout ! J’entoure mes pieds de belles chaussettes et je glisse le tout dans des souliers de prix que j’ai à cœur d’embellir encore grâce aux soins réguliers que je leur prodigue. La culture joue pleinement son rôle quand elle supplée aux insuffisances et bizarreries de la nature.

« Cachez ce pied que je ne saurais voir ! » Le pied est bête, définitivement bête. Mais, comme l’a justement dit Olga Berluti, « le soulier », lui, « a une âme »

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2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 06:38

 

rosace-directeur.jpg

 

Ce croquis du camarade RoSaCe (… à cette désignation, il va voir rouge !) m’a rappelé un article de Julien Neuville publié dans Le Monde en novembre dernier. Son titre : « Pourquoi Barack Obama et Mark Zuckerberg s’habillent-ils toujours pareil ? » Le second explique : « J’aurais l’impression de ne pas bien faire mon travail si je dépensais mon énergie à des choses superflues et frivoles. » Selon cette facebookienne logique, le directeur financier croqué par RoSaCe ne peut être qu’un mauvais directeur financier. De même, Edouard Balladur et François Fillon furent forcément de plus mauvais premiers ministres que Jean-Pierre Raffarin et Manuel Valls.

Un ex-premier ministre qui, tel François Fillon, pleure la fermeture d’Arnys, voilà qui ne fait pas sérieux. En octobre 2013, Lisa Vignoli rapportait en effet dans Le Monde cette plaisante anecdote : « "C’était en plein imbroglio politique à droite, raconte Serge Moati. Au cours d’un meeting, j’aperçois François Fillon, alors dans l’œil du cyclone. " (…) Spontanément, Fillon salue Moati, puis mime, avec les doigts, les larmes dégoulinant sur son visage. " En riant, je lui ai demandé s’il pleurait à cause de Copé (…) Il m’a répondu : - Non, Arnys " ».

Méfions-nous des généralités. On a certes vu l’élégance être une préoccupation d’hommes oisifs (… à cause des femmes : Wallis Simpson pour le duc de Windsor… sa mère pour l’actuelle prince de Galles !) ou à la profession intermittente (Fred Astaire, Philippe Noiret). Mais que dire alors d’un Gianni Agnelli qui, à la tête d’un empire industriel, n’avait sûrement pas une vie moins remplie que celle de Mark Zuckerberg aujourd’hui ?

Ainsi, pour « réussir », devrait-on, je cite l’auteur de l’article, « se libérer du temps de cerveau disponible » et « s’habiller tous les jours de la même manière ». De « nombreuses théories psychologiques » soutiennent paraît-il cela.

Si elles disent vrai, il nous fait admettre que notre société est très performante puisque la plupart de nos contemporains appliquent déjà ce principe ! Si notre système scolaire est envié par le monde entier, n’est-ce pas parce que nos professeurs, entièrement dévoués à leur travail, n’ont pas de temps à consacrer à des balivernes et portent quotidiennement, tel Mark Zuckerberg, un sweat à capuche et un tee-shirt gris ?


Mark-zuckerberg-le-monde.jpgMark Zuckerberg. Source Le Monde

 

Le meilleur médecin que j’aie jamais rencontré prenait grand soin de son apparence. Il savait que la routine n’exclut pas la variété ni même la fantaisie. Il portait toujours une cravate, mais, à chaque fois, elle était différente, harmonieusement accordée au reste de la tenue, qui variait aussi.

Vous m’avez compris : ces « nombreuses théories » qui confortent des comportements monomaniaques et l’aliénation par le travail relèvent pour moi du charlatanisme. Ce qui me gêne peut-être le plus, c’est qu’elles m’offrent une nouvelle preuve de l’indifférence de notre monde à la dimension esthétique et poétique de l’existence.

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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 06:43

Regardez-les dans les souliers, j'ai dit dans les souliers.


premiers-ministres.jpgSource : La Provence.

 

Merci à Matthieu B.

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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 06:25

Ce billet prolonge celui qu’une autre fois j’ai consacré à Hergé.

 

Quand la tintinophilie vire à la tintinolâtrie, ele ne m'intéresse plus. Ne me demandez pas combien de marches a l’escalier de Moulinsart ni le numéro d’immatriculation de la Lancia Aurelia qui, pilotée par un Italien survolté, traverse en trombe L’Affaire Tournesol. A peine si je sais distinguer les Dupondt à leurs moustaches. Je ne me ruinerais sûrement pas pour posséder l’édition rare d’un album. Je n’ai jamais acheté une statuette en résine d’un de mes personnages favoris. 

Mon amour pour Tintin est d’un autre ordre. Il puise à la source intarissable de l’enfance. Tintin a influencé pour toujours ma représentation de la réalité. Pour moi une canicule, c’est l’asphalte qui fond dans L’Etoile mystérieuse ; une éclipse, c’est Tintin ficelé à son poteau d’exécution qui implore Pachacamac dans Le Temple du soleil. Et chaque fois que je m’apprête à fréquenter un marché aux puces, je rêve d’y retrouver l’ambiance si poétique de celui que parcourt Tintin au début du Secret de la Licorne.

 

tintin-secret-licorne.jpgLe Secret de la Licorne

 

Des BD, il y en a beaucoup. Pourquoi, alors, cette fascination spéciale exercée par Tintin ? Des esprits très brillants ont tenté des réponses. Je n’aurai pas l’outrecuidance de me comparer à eux. Je me contenterai d’une observation fondée sur mon expérience. A mon avis, cette fascination tient beaucoup au dessin d’Hergé, qui a su trouver le point d’équilibre entre réalisme et imaginaire. Les personnages de Blake et Mortimer versent trop dans le premier ; ceux d’Astérix, trop dans le second. Le coup de génie d’Hergé consiste à avoir représenté les adultes avec un regard d’enfant. L’enfant est un caricaturiste-né. Les défauts des grandes personnes lui sautent aux yeux. La vérité peut alors sortir de sa bouche : « Maman, le monsieur a un très gros nez ! » ; « Papa, t’as vu comme la dame est maigre ! »

Si je sais lire les apparences, c’est en grande partie à Tintin que je le dois.

Tintin m’a appris à me méfier des gens qui se déguisent. Ils ont quelque chose à cacher. Je ne parle pas, bien sûr, de Tintin, qui se déguise quelquefois pour arriver à ses – nobles – fins, ni des Dupondt, dont les nombreux déguisements ridicules, censés les aider à se fondre dans le paysage, les désignent au contraire à la moquerie. Je pense à ce génie du mal qu’est Rastapopoulos, qui use d’identités et de panoplies diverses pour accomplir ses méfaits. Rastapopoulos se situe du côté dangereux de l’illusion. Ce n'est pas un hasard si, dans Les Cigares du pharaon, il s’occupe de cinéma et si, dans Coke en stock, il donne un bal masqué sur son yacht.

Notre vêtement doit exprimer notre être profond. Cela aussi, c’est dans Tintin que je l’ai appris. En un sens, un homme stylé donne l’impression d’être toujours habillé de la même façon. Les saisons passent - auxquelles, bien sûr, il s’adapte -, mais sans affecter sa manière. Que quelqu’un vienne à lui dire : « C’est fou comme vos tenues d’été vous changent ! » et le voilà tout décontenancé. Un style est puissant quand il fait oublier les variations contingentes.

Tintin ne porte pas toujours les mêmes vêtements. Il est parfois en polo, ou en chemisette, ou en chemise, ou en pull… On le voit en costume ou en tenue dépareillée ; il arrive qu’il ait une cravate ou qu’il soit coiffé d’une casquette ; son imperméable est souvent droit, parfois croisé à martingale… Les couleurs aussi sont différentes : blanc, bleu, jaune, beige par exemple pour les chemises… Pourtant, l’impression qui domine, c’est l’absence de changement ! En cela, Tintin a du style. Qu’un élément vienne à dénoter, le lecteur, à raison, ne suit plus. Hergé a commis une faute en remplaçant, dans Tintin et les Picaros, la culotte de golf de son héros par un jean marron (1). Tintin, tout à coup, n’est plus Tintin. Parce que son style, c’est Tintin même.

Mon personnage préféré n’est pas Tintin ; c’est Haddock. Car plus complexe : humain, faible, soumis à son péché, généreux, enfantin, attaché au passé, mécontent des autres et de lui-même, colérique, dépressif – et sensible à la beauté. Ce dernier point a depuis longtemps retenu mon attention. En son château de Moulinsart, l’aventurier se fait gentleman. Il goûte à une vie de luxe et de calme : « Désormais, s’exclame-t-il au début de L’Affaire Tournesol, il ne me faut rien d’autre que cette promenade quotidienne (…) Ah ! le calme ! Ah ! le silence… Ecoutez-le, ce silence… » Dans Les Sept boules de cristal, il arbore le monocle et, dans Les Bijoux de la Castafiore, il revêt plusieurs tenues « dépareillées-chic » de belle apparence.

 

haddock-boules-de-cristal.pngLes Sept boules de cristal

 

haddock-bijoux-castafiore.jpg Les Bijoux de la Castafiore

 

Hélas ! La méchanceté des choses (2) a, à chaque fois, raison de son rêve de tranquillité. Son beau vase de Chine et son miroir florentin se brisent mystérieusement ; son ami Tournesol est enlevé ; la Castafiore attire les paparazzis chez lui…

Mon temps passe. Je vieillis. J’adapte du mieux que je peux mon vêtement à mon âge. Les héros d’Hergé n’ont pas eu à se donner cette peine. Pour ces bienheureux, le temps a arrêté son vol. Tintin est toujours un adolescent et Haddock, un homme entre deux âges. Cette bande dessinée a acquis l’intemporalité des œuvres classiques. Elle s’est détachée de sa période d’origine. Qui oserait prétendre qu’avec ses éternels cols durs Tournesol est démodé ? Les générations se succèdent. Tintin parle à mon fils d’une autre façon qu’il m’a parlé. Mais il lui parle ! Les années fuient. Je ne lis plus à cinquante-cinq ans Tintin au Tibet comme je le lisais quand j’étais enfant. Mais je continue de le lire !

Quand je suis triste, je me replonge dans ces livres d’images et ma tristesse se transforme en amicale nostalgie (3).

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1. Pierre Assouline explique, dans Hergé : biographie (Plon) : « La modernisation de l’apparence de Tintin (…), par complaisance vis-à-vis du producteur d’un des deux dessins animés adaptés de l’album, représente le seul moyen de rendre ce personnage à l’allure si désuète acceptable auprès du grand public américain. Mais pour qu’il y ait tout de même une continuité visuelle, les pantalons ne seront pas bleu délavé mais marron, solution bâtarde qui s’avère du pire effet. »
2. J’ai fait mienne cette belle expression de Liane de Pougy.
3. Pour les tenues dans Tintin, se reporter à l’étude qu’en a faite le regretté Paradigme de l’élégance ! 

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20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 07:10

« Je suis Charlie », nous dit Valls sur cette photo :


manuel-valls-charlie.jpg

 

Avec son trench noir trop court, sa cravate gris clair en soie brillante, sa trop grosse alliance… bien sûr que Manuel Valls est « charlie » ! Et même « hypercharlie » !

N'est-ce pas James Darwen ?

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16 janvier 2015 5 16 /01 /janvier /2015 06:38

Le blog des Chaussettes rouges m’a permis de découvrir il y a quelques semaines les « Croquis sartoriaux » de RoSaCe. Heureuse découverte ! Le rire, ou le sourire, nous viennent d’autant plus facilement que, même quand nous ne les avons pas vécues, les situations croquées ne nous sont pas étrangères. Dans ce petit monde de la mode ou du style, la réalité est souvent caricaturale.

RoSaCe maîtrise son sujet. Son souci du détail ravira l’amateur et renseignera l’apprenti. Mais cette connaissance approfondie du sujet traité est bien le minimum qu’on puisse attendre d’un auteur de « croquis sartoriaux ». Elle ne retiendrait pas longtemps notre attention si elle n’était accompagnée d’autres qualités qu’il convient de mentionner.

RoSaCe a eu la bonne idée de faire intervenir l’entourage de ses « coquets ». L’identification est ainsi facilitée. J’aime beaucoup les scènes familiales, qui sentent le vécu. (Cliquez pour agrandir.)

 

Marinella final

 

rosace monsieur madame

 

La satire est présente  – ici, la vanité...


 

Hublot final-copie-1

 

… là, le snobisme :


 

aristo final-copie-1

 

- mais elle n’est  jamais cruelle. Ou presque jamais.

A sa façon, RoSaCe est un moraliste. Il nous parle de nos mœurs ; il observe notre société. Son angle : l’apparence. L’angle est aigu… et le regard aussi. Le « caractère » qu’il s’est choisi, c’est, je l’ai dit, le « coquet », dont il s’amuse, avec finesse, à mettre en scène(s) les ridicules. Ses croquis joyeux et expressifs ressemblent souvent à des illustrations de proverbes, d’adages, d’expressions toutes faites…

On ne se voit pas comme on est :


 

corriere final-copie-1

 

On est toujours le ringard de quelqu’un :


 

ringard-final-copie-1

 

Les cordonniers sont les plus mal chaussés :


 

Kemal Final-copie-1

 

Le diable se cache dans les détails :


 

rosace-detail.jpg


 

Qui se ressemble s’assemble :


 

3freres

 


Il était une mauvaise foi :


      
vieux sprezz

 

 

La satire est parfois plus acérée. Par exemple, notez comment, dans le dessin qui suit, celui que raille madame, sûrement son conjoint, est significativement absent – néantisé -, à moins qu’il ne soit chosifié, je veux dire réduit à l’état de beaux vêtements sur le mannequin de la vitrine d’un tailleur. La remarque innocente de l’enfant révèle l’infantilisme de son père :



Maman final-copie-1

 

 

Dans cet autre croquis, que je trouve très réussi, la notion d’anticonformisme est habilement prise au rebours ; les seules convenances que nous supportons sont celles… qui nous conviennent :


 

rosace convenances-copie-1

 

Le « politiquement incorrect » est ici effleuré.  Il est ailleurs plus marqué :


      rosace-bossuet.jpg


      
viril

 

Mais j’aimerais que ces « audaces » soient plus fréquentes et que RoSaCe ose plus souvent nous dire d’où il parle !

Au chapitre des réserves, notons encore la présence de quelques fautes d’orthographe et la présentation informatisée des phylactères. Une graphie manuscrite régulière s’accorderait mieux, il me semble, avec les dessins.

Voilà que je finis sur le négatif…  au risque de laisser mon lecteur sur une fausse impression. Mais mon lecteur est intelligent ; il oubliera mes rares réserves et retiendra mes nombreux éloges. Surtout, s’il ne connaît pas encore les « Croquis sartoriaux », il ira voir ici ou  pour se faire sa propre opinion (1).

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1. Un grand merci à RoSaCe pour sa disponibilité et sa gentillesse.

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