Jeudi 18 décembre 2014 4 18 /12 /Déc /2014 06:47

Pour les ignorants, la cravate est le symbole du bien habiller. Vous pouvez ressembler à l’as de pique, pour peu que vous ayez noué une cravate, on louera votre classe !

Le prestige attaché à ce ruban de tissu est extraordinaire. Il faut dire que son histoire est longue : Villarosa et Mosconi la font remonter au IIIe siècle avant Jésus-Christ… en Chine ! La cravate a suscité des fantasmes contradictoires. Son sexe, à l'instar de celui des anges, reste un mystère. Pour beaucoup, elle symbolise le phallus ; d’autres jurent que « le nœud triangulaire, avec le petit pli qui le souligne avec délicatesse, fait référence à l’attribut sexuel de la femme, comme s’il voulait signifier : C’est à ça que je pense continuellement. » (Eloge de la cravate, présenté par Giovanni Nuvoletti, Gentleman éditeur). Paradoxale cravate dont le noeud serait la partie la plus féminine ! Son  ambiguïté de genre aidera peut-être à son renouveau. En attendant, elle est délaissée par les hommes... et par les femmes à femmes ! 

Appréhender le port de la cravate comme il conviendrait de le faire, c’est-à-dire de façon neutre, s'avère difficile. Qui s'y efforce s’aperçoit pourtant que l’air habillé ne lui est pas imputable. Un homme non cravaté mais vêtu d’un costume sombre et d’une chemise blanche m’apparaîtra toujours plus habillé qu’un autre portant une veste de tweed, un pantalon de velours et une cravate en laine. Les matières et les couleurs jouent les premiers rôles. A côté, la cravate n’est qu’une figurante.


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Cela dit, ne confondons pas avoir un air habillé et être bien habillé. L’homme élégant, même vêtu de l’habit le plus formel, n’aura jamais l’air habillé. Arriver dans tous les cas à un parfait naturel nécessite un savoir-faire consommé. Même le plus élégant n’est pas à l’abri d’un échec, mais, dans ce cas, il n’en tiendra pas pour responsable le port de la cravate. Y renoncer ne saurait être pour lui la solution. Il cherchera la cause de son ratage ailleurs – dans un mauvais rapport entre les couleurs, les motifs et les matières.

Essayons donc de juger la cravate sur ce qu’elle est : la touche finale d’un habit. Tatiana Tolstoï a eu ce joli mot (De l’Elégance masculine, Acropole) : « Un costume sans cravate évoque un visage d’aveugle. » Clair, profond, voilé… que sais-je ? Cherchons, alors, à donner à chacune de nos tenues le regard qui lui convient ! 

Par Le Chouan - Publié dans : Accessoires
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Mercredi 10 décembre 2014 3 10 /12 /Déc /2014 06:20

Notre société protéiforme est un constant défi pour le langage. Pour décrire notre réel chaotique, des notions traditionnelles ne sont plus opérantes. Ou le sont beaucoup moins. Craignons toutefois qu’à force de les tourner dans tous les sens, les mots ne finissent par perdre la tête. Et nous avec eux.

Prenez l’anticonformisme. Que peut bien vouloir dire « être anticonformiste » aujourd’hui ? Un de mes commentateurs à qui je posais la question m’a répondu que « le terme coulait entre les doigts ». Il ajoutait : « Quand l’anticonformisme est une réaction primaire à un épouvantail, ce n’est finalement que du conformisme. Et le plus conformiste des conformismes est celui de l’anticonformisme. »

Un Chouan d’aujourd’hui mérite-t-il le qualificatif d’anticonformiste ? A première vue, on peut penser que oui : de fait, il se situe dans la marge. Il détonne. Pensez donc, il porte des cravates, des casquettes, des chapeaux et des gants, des vestes de tweed et des pantalons de velours ou de flanelle, des costumes, des richelieus ou des derbys… A rebours des tendances actuelles, ses tenues ont quelque chose de fermé et de rentré. Il ne passe tout de même pas pour un excentrique – sauf à utiliser le mot dans son sens étymologique : qui se situe dans la marge est forcément « hors du centre » !

Le Chouan a son épouvantail : l’homme actuel, nippé plutôt que vêtu. Un épouvantail… à faire réellement peur aux oiseaux !

Cela dit, si vous demandez à un Chouan des villes ou à un Chouan des champs s’il est anticonformiste, il écarquillera les yeux. Une telle question n’a pour lui aucun sens : son but n’est pas de s’habiller contre quelqu’un, mais d’appliquer des règles qui ont longtemps eu cours et dont il regrette l’abandon. Ses raisons, esthétiques et morales, sont puisées à la source de la tradition.

Parmi toutes les règles qu’il a faites siennes, il en est une, toutefois, qui complique sa vie sociale : son souci du respect humain. Ainsi doit-il composer avec deux exigences contradictoires : être fidèle à une vêture dont l’anachronisme peut attirer l’œil ; ne pas se faire remarquer. La marge de manœuvre de ce marginal est étroite !

Qui plus est, un Chouan ne serait pas un Chouan s’il ne cherchait à personnaliser ses tenues – sans quoi l’on n’est jamais qu’un suiveur… habile peut-être ; suiveur tout de même. Le suiveur fait de la règle une lecture militaire. Elle est une fin. Pour un Chouan, elle n’est qu’un moyen. L’ingéniosité et le tact sont ses guides dans sa quête de la trouvaille (léger décalage, jeu d’un accessoire ou d’un contraste…) qui satisfera son goût et comblera son esprit.

Non, le Chouan n’est pas un anticonformiste. Anticonformisme : ce mot aux extrémités systématiquement douteuses n’est pas loin de lui faire horreur. Amputé de ses excroissances, il lui reste encore radicalement antipathique ! Non-conformiste lui sied à peine mieux. Non conforme lui va davantage : le Chouan tel que je l’ai décrit n’est jamais conforme. Conforme, le Chouan ne l’est pas aujourd’hui, mais il ne l’aurait pas été hier, quand prévalaient les normes auxquelles pourtant il se réfère.

J’ai dit que le Chouan composait. C’est exact à double titre : il compose ses tenues et compose avec les autres. Cela fait sans jamais abdiquer sa singularité.

Par Le Chouan - Publié dans : Billets d'humeur
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Jeudi 4 décembre 2014 4 04 /12 /Déc /2014 06:23

Beaucoup d’entre vous ont sûrement déjà acheté et lu ModeMen de Julien Scavini. Je n’ai que trop attendu pour en dire quelques mots.

 

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Pour rendre son propos plus vivant, Julien Scavini a imaginé un jeune homme, Antoine, qui, entrant dans la vie active, comprend qu’il est temps pour lui d’acquérir les rudiments de l’élégance masculine.

Le choix de ce personnage est révélateur du lectorat visé : Antoine est jeune et il est étudiant « en droit ou en finance, en management ou en histoire de l’art ». Le procédé (soufflé par l’éditeur ?) aurait pu être pesant si Julien Scavini n’avait eu la bonne idée de renvoyer souvent Antoine à ses chères études !

Le plan de l’ouvrage est lui aussi révélateur. Il n’a rien de révolutionnaire, et c’est très bien ainsi. Les têtes de chapitres reprennent les catégories traditionnelles, mais l’ordre dans lequel ces catégories sont traitées, qui suit les priorités d’Antoine, témoigne de notre temps. Ainsi, la chemise et le pull viennent en première et deuxième position, et il faut attendre la page 103 pour entendre parler du costume et la page 145 pour que vienne le tour du manteau. A titre de comparaison, De l’Elégance masculine de Tatiana Tolstoï en 1987 ouvrait sur ces deux thèmes.

Certains s’étonneront que la surchemise et le polo prennent place dans le chapitre sur le pull… dans lequel – tristesse du Chouan ! – le «  pull breton » dit « marin » (… ne me dites pas que c’est l’inverse !) n’est pas mentionné.

Quand il rapporte les pratiques vestimentaires de nos contemporains, Julien Scavini fait preuve de beaucoup de tolérance. Ce parti pris quasi maffesolien (j’observe, je constate sans juger ni regretter) donne des notations du genre : « Antoine peut choisir (…) sans autre préoccupation que son goût… C’est selon le goût de chacun… Inutile d’en faire une règle absolue… C’est une question de mode ». Détail significatif : vous ne trouverez pas dans ce guide l’équivalent des « Erreurs répugnantes » de Tatiana Tolstoï ou des « Nadirs de l’horreur » de James Darwen. Le jean, les sneakers et les runners sont évoqués ; le tee shirt a droit à deux pages.

A cette largeur d’esprit, plusieurs explications sont possibles. Julien Scavini est d’un naturel accommodant. N’oublions pas que c’est un commerçant habitué à composer avec les désirs de sa clientèle. On ne peut s’empêcher de penser qu’un autre commerçant – son éditeur – a eu son mot à dire.

Ces concessions à l’air du temps sont d’ailleurs à relativiser. Le point de vue adopté est d’abord celui d’un tenant du classicisme. « L’élégance classique, nous dit la première page, est un ensemble de règles de bon sens pour vous simplifier la vie au jour le jour. »

Les habitués de Stiff Collar  seront ravis de retrouver dans ce guide les points forts du blog. Pas de photos mais des illustrations signées de l’auteur. Je regrette toutefois que la qualité de l’impression ne les mette pas mieux en valeur. Les teintes sombres passent mal et pour tenter de distinguer les « unis »  des  « faux unis » (page 109), il m’a fallu me munir d’une loupe ! Un format plus grand eût été plus heureux. La présentation générale de l’ouvrage sent d’ailleurs très fort la maquette faite sur ordinateur ; ce petit côté « cheap » ne rend pas hommage au travail approfondi de Julien. Car ModeMen n’est pas un guide paresseux ! Les connaissances techniques du tailleur et les informations d’ordre historique du passionné foisonnent. Le blogueur (… illustrateur, tailleur, blogueur, Julien est tout cela à la fois !) n’a pas jugé utile de citer ses confrères ; qu’on permette à l’un d’entre eux de le regretter.

Précis, documenté, correctement rédigé, ModeMen est le meilleur guide sur l’élégance masculine de ces dernières années. Les néophytes comme Antoine y trouveront largement leur compte. Les Chouans exigeants aussi.

Par Le Chouan - Publié dans : Billets d'humeur
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