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12 juillet 2015 7 12 /07 /juillet /2015 05:46
C'est fini !

Oui, c’est fini.

Overblog a récemment changé son interface sans même avoir eu la courtoisie d’en prévenir ses blogueurs. Malgré ma bonne volonté, la maîtrise du nouveau système, pourtant annoncé comme plus simple, m’échappe. Et puis, il y a cette publicité imposée, si incongrue sur mon blog – qui le défigure.

Ces changements techniques, aussi pénibles soient-ils, ne suffisent pas à expliquer mon arrêt. Six ans, c’est assez. La lassitude m’a peu à peu gagné, et je suis sûr que certains d’entre vous ont quelquefois pensé que je me répétais, voire que je ressassais. Avec le temps, mon nostalgisme s’est accentué, ce qui a pu en agacer.

Je n’ai certes pas épuisé mon sujet, mais je crois sage de raccrocher avant que mon sujet ne m’épuise. En poussant la machine, j’aurais réussi à tenir une année supplémentaire, et peut-être au-delà. Des idées d’articles, j’en ai dans ma besace. En voici une liste, que je vous laisse libre d’exploiter si l’envie vous prenait de bloguer à ma suite : les écrivains vêtus de blanc (Péguy, Mark Twain, Tom Wolfe…) ; les journalistes bien habillés de naguère (Jean-François Revel, Pierre-Luc Séguillon…) ; les couleurs et la carnation ; les play-boys (le prince Ali Khan, Rubirosa, Agnelli…) ; les expressions liées à l’habillement (« être habillé comme un as de pique », « être tiré à quatre épingle », « être collet monté »...) ; la forme des montres ; les bijoux masculins acceptables ; la pochette ; s’habiller en automne et en hiver ; l’élégance du costume hindou ; les acteurs américains (Gary Cooper, Fred Astaire, Cary Grant) et britanniques (Jack Buchanan, Ronald Colman, Noël Coward, Herbert Marshall, Ray Milland) élégants d’autrefois ; la suite de « Mes essentiels » ; des portraits d’écrivains (Baudelaire, Max Jacob, Simenon, Paul Morand…), d’architectes (Le Corbusier, Mallet-Stevens), de musiciens (Ravel, Arthur Rubinstein, Duke Ellington…), de Kennedy, du prince Charles; une évocation de Maurice Ronet dans Le Feu Follet et de Marc Michel dans Lola, deux de mes films préférés. Je projetais encore un billet sur Lacenaire (!) et je m’étais dit qu’il serait bien de conclure sur un portrait du « roi Georges » - Georges Cadoudal –, qui se serait intitulé « Le Chouan des Chouans ». Ainsi la boucle aurait été bouclée… mais les élégants du Pitti Uomo ne nous ont-ils pas appris que toutes les boucles n’étaient pas faites pour l’être ?...

Je ne saurais vous quitter sans vous adresser un grand et sincère merci. Beaucoup d’entre vous me suivent depuis longtemps. Certains sont partis, d’autres m’ont rejoint. J’ai correspondu amicalement avec quelques-uns par le truchement de ma boîte mail. Vos commentaires ont enrichi mes billets. Tel billet que je jugeais anodin en suscita de nombreux et tel autre, dont j’étais certain qu’il vous surprendrait, vous laissa silencieux. Vous m’avez intrigué, encouragé, fait douter, impressionné.

Le Chouan va prendre du champ ! J’étais déjà invisible ; il faudra que je m’habitue à être muet. Je n’exclus toutefois pas complètement l’hypothèse que des sollicitations pressantes ne me rendent ponctuellement la parole.

Et après ? Je songe à transformer mon blog en site, afin d’avoir la main sur mon travail, et à composer un bref ouvrage qui rassemblerait mes billets les plus significatifs. Si, comme il est très probable, un tel projet ne rencontrait pas l’intérêt d’un éditeur, je ferais les choses par moi-même.

Très bonnes vacances à ceux qui en prennent.

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Publié par Le Chouan
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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 06:30

Arrivé au terme de mon aventure, je m’aperçois qu’il est un mot que je n’ai guère employé, c’est celui de décence. J’ai eu tort. Nos contemporains manquent de décence. Le dépit qu’ils me causent vient en partie de cela.

Dans le jeu de la séduction, une impudeur contrôlée est un atout majeur de la femme : un décolleté un peu trop profond, une jupe un peu trop remontée… aimantent le regard de l’homme. La séductrice montre en cachant, cache en montrant. Nous nous laissons prendre à son jeu. Elle gagne à tous les coups. C’est troublant et c’est charmant.

L’indécence dont je veux parler est d’un autre ordre. Elle passe outre les codes, se moque des limites. Elle touche les hommes et les femmes, les jeunes et les vieux. Le triomphe du tee-shirt en est un signe, ce vulgaire maillot de corps dans lequel tout homme qui se respecte aurait honte que son voisin le surprenne. Les jeunes l’ont adopté parce qu’il exalte le corps. Sous l’influence de la mode gay, il s’est fait de plus en plus moulant et échancré. Les vieux le portent par oubli d’eux-mêmes.

L’indignité vestimentaire de nos aînés, qui culmine aux beaux jours, est, pour moi, un motif de chagrin. Le mot n’est pas trop fort. Je me passerais volontiers du naturalisme qu’ils m’imposent. Leurs marcels, chemisettes, pantacourts et autres sandales dévoilent des corps déformés, des chairs ramollies, des peaux marbrées et amincies. Les ravages du temps sont connus. Point besoin qu’ils nous en fassent l’atroce réclame. Quand je les vois ainsi, je comprends l’irrespect qu’ils suscitent chez les jeunes : parce qu’ils l’ont bien cherché.

La décence va contre deux diktats actuels : être soi-même et se sentir à l’aise. Les défauts ne se cachent plus. Par exemple, j’ai noté que, sur nos plages, les femmes obèses (dont le nombre a considérablement grossi) avaient tendance à délaisser le maillot une pièce pour le bikini. Par une curieuse inversion des valeurs, les défauts deviennent des étendards et participent de cette obligatoire et stupide « fierté » d’être soi complaisamment relayée par les médias. Pourtant, les raisons d’être fier de soi sont exceptionnelles ; quiconque se livre au salutaire exercice de l’introspection lucide le sait bien. « Soyez-vous-même » - mais qui croyons-nous que nous sommes pour faire de l’accomplissement de notre petite personne le but de notre vie ?

Sous prétexte de confort, on va dehors comme on est chez soi. On oublie que s’habiller est un acte social ; qu’on ne s’habille pas que pour soi, qu’il faut le faire en pensant aussi aux autres. L’extériorisation du laisser-aller domestique contribue à enlaidir notre cadre de vie commun. S’habiller décemment oblige. Les efforts à consentir ont beau ne pas être lourds, c’est déjà trop pour beaucoup de nos semblables.

Un événement qui a eu lieu l’année dernière m’a marqué. Il s’agissait d’une manifestation d’intermittents du spectacle. Ceux-ci, pour attirer sur eux la lumière des médias, n’avaient rien trouvé de mieux que de se mettre tout nus… Il y avait là-dedans une dimension performancielle propre à rappeler au bon peuple dont je fais partie que les intermittents sont des artistes, soit des êtres à part, justifiant, de ce fait, les privilèges dont ils jouissent et dont d’affreux obscurantistes réclament l’abolition. Mais la lumière des médias est crue et, sous elle, ces êtres d’exception faisaient pitié à voir dans leur petit costume de chair triste.

Une question de décence

Pour justifier cette opération, la porte-parole des intermittents, une certaine Peggy Donck, eut ces mots grandioses : « Nous sommes nus pour interpeller en silence (sic), sans violence, dignement » (Le Nouvel observateur, n° 2589). « Dignement » ! Pensez Donck ! Pour cette dame, l’indignité eût peut-être consisté à manifester habillé ! L’inversion des valeurs bat ici son plein et confine au délire.

La scène prit un tour surréaliste quand on vit notre ministre de la culture d’alors, Madame Filipetti, accepter de dialoguer, comme ça, naturellement, avec un des manifestants. L’échange fut courtois. Madame Filipetti, femme de tempérament, l’eût-elle rêvé plus viril ?...

L’imagination des défenseurs du régime des intermittents a des limites : en avril dernier, lors de la 27e nuit des Molières, c’est, derechef, un comédien tout nu qui adressa sa requête à notre ministre actuelle, Fleur Pellerin. Fleur, gênée comme une rosière, se mit à rire nerveusement. Mais elle ne quitta pas la salle.

La décence suppose la supériorité du groupe sur l’individu. Elle fixe un cadre, mais ce cadre est assez souple pour permettre à chacun d’exprimer sa différence. Elle est l’expression minimale du savoir-vivre en société. En l’absence de règles communes – d’une décence commune -, nous sommes devenus des étrangers les uns pour les autres. La multiplication des pratiques individuelles a brisé le lien social. Je regarde l’autre comme une bête curieuse. Je m’interroge sur ses motivations. Je me désespère de son apparence. Son sans-gêne m’agresse.

Sans décence, point d’élégance. Mon regret est de n’avoir pas assez parlé de l’une avant de traiter de l’autre.

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Publié par Le Chouan
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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 06:05

Oui, j’en ai déjà parlé. Oui, la nostalgie est un vilain défaut. Oui, ce n’est pas bien de dire du mal de son époque. Ce n’est pas bien et c’est très vain. Oui, oui, oui, je sais tout cela. Mais quand même…

Ne serait-on pas en droit d’attendre des artistes que, dans leur manière de se vêtir, ils fassent preuve d’originalité, de liberté, de fantaisie ? Après tout, aucune loi du milieu ne pèse sur eux !

Alors, pourquoi ? Pourquoi eux ? Eux aussi ?

On m’objectera que l’évolution vers la banalité, l’uniformité, la grisaille étant générale, il est logique que les artistes aussi soient touchés. Mais, précisément, un artiste n’est pas un homme comme tous les autres. De lui, on espère l’exception, la surprise – l’inspiration. On veut qu’il soit un modèle – et il fut un temps où, de fait, il l’était. Les peintres osaient – avec plus ou moins de bonheur, certes - mais ils osaient :

 

foujita.jpgFoujita 

 

salvador-dali.jpgSalvador Dali

 

Les musiciens cultivaient une élégance classique et raffinée :

 

igor-stavinsky.jpgIgor Stravinsky par Jacques Emile Blanche. (La pochette est placée bien bas !)

 

arthur-rubinstein.jpg Arthur Rubinstein. A noter, la cravate nouée à l'envers.

 

Les écrivains n’étaient pas en reste :

 

francois-mauriac.pngFrançois Mauriac

 

andre-malraux.jpg André Malraux

 

Et, à la lisière de l’art, il y avait les couturiers qui, faisant profession d’élégance, mettaient un point d’honneur à être remarquables :

 

doucet-jacques.jpgJacques Doucet

 

patou.jpgJean Patou

 

Les écrivains, j’y reviens.

Regardez ces deux clichés. Le premier, qui date de 1923, montre le jury du Prix du Nouveau Monde ; sur l’autre, c’est celui du prix Goncourt en 2007. La dégringolade n’est-elle pas flagrante ? La réalité est là, qui saute aux yeux. Objective, indiscutable. Et, depuis 2007, les choses n’ont fait que s’aggraver.

 

prix-nouveau-monde.jpgDe gauche à droite : Jean Giraudoux, Jean Cocteau, Jacques de Lacretelle, Paul Morand, Bernard Faÿ, Valery Larbaud : du beau linge !

 

g1.jpg

 

J’ai une autre fois évoqué le cas Houellebecq. Il m’est arrivé de publier des photos de Michon, Le Clézio, Echenoz… habillés comme des moins que rien.

 

jean-echenoz-et-pierre-michon.jpgJean Echenoz et Pierre Michon

 

Il y a quelques mois, c’est Quignard que j’ai vu à la télévision, chez François Busnel dans « La Grande Librairie », revêtu d’un vulgaire tee-shirt noir largement échancré.

 

pascal-quignard.jpgPascal Quignard. Tatiana Tolstoï (De l'élégance masculine) classe dans la catégorie des « erreurs répugnantes » le « col ouvert sans foulard si l'on a plus de cinquante ans ». Sage remarque !

 

Les écrivains, créateurs de personnages, devraient pourtant savoir mieux que quiconque le lien qui existe entre l’habillement et la personnalité : l’un dévoile l’autre quand même il cherche à la déguiser. Je sais bien que, depuis Balzac, le roman a évolué ; qu’un certain roman psychologique est mort ; que, durant la seconde moitié du dernier siècle, des romanciers autoproclamés « nouveaux » ont fait tomber de son piédestal le personnage de roman modelé par son passé, reflété son visage, révélé par ses habits.

Oui, oui, oui, je sais tout cela. Mais quand même...

Chacun d’entre nous sait d’expérience que le vêtement parle pour soi ; qu’il fait sens.

Que trahit chez nos écrivains le laisser-aller actuel ? Une grande fatigue ? Un snobisme dévoyé ? Une haine de soi ?

La banalisation extrême de leur mise est indissociable de la perte de prestige de la littérature en France.

Nos écrivains ne savent plus s’habiller. Il faut dire que, dans leurs livres, où, complaisamment, ils se mettent en scène sous la forme de doubles plus ou moins avérés, on se déshabille plus souvent qu’on ne s’habille.

L’écrivain est nu. Qu’il aille se rhabiller ! Vite et bien. 

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Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
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24 juin 2015 3 24 /06 /juin /2015 06:49

Ce que Balzac écrit de la cravate n’est-il pas transposable, à quelques réserves près, à l’ensemble de la tenue ?

« Considérés sous le rapport de la cravate, les hommes se divisent naturellement en trois grandes catégories.

D'abord, pour commencer par celle qui mérite le moins notre attention, se présente cette classe nombreuse d'hommes qui portent la cravate sans la sentir, ni la comprendre, qui, chaque matin, tournent un morceau d'étoffe autour de leur cou, comme on fait d'une corde ; puis, tout le jour, se promènent, mangent, vaquent à leurs affaires, et le soir, se couchent et s'endorment, sans scrupule, sans remords, parfaitement satisfaits d'eux-mêmes, comme si leur cravate eût été mise le mieux du monde. Gens sans actualité, continuant le XVIIIe siècle au milieu du XIXe ; anachronismes vivants, trop nombreux, hélas ! à la honte du siècle de lumière, et que nous ne mentionnons ici que pour mémoire ; car, relativement à la cravate, ce sont des êtres négatifs.

Au-dessus d'eux, immédiatement, viennent ceux qui entrevoient ce qu'il y a de bien dans la cravate et ce qu'on en peut faire, mais qui, n'en pouvant tirer aucun parti par eux-mêmes, sont réduits à copier autrui. Esprits étroits, stériles, sans imagination, sans une seule idée à eux, ils étudient chaque jour le nœud qu'ils reproduiront le lendemain. Quelle estime faire de ce servum pecus de la cravate ? Je les comparerai à ces hommes frivoles qui cherchent chaque matin, dans les gazettes, les idées qu'ils auront toute la journée, ou aux mendiants qui vivent des charités d'autrui.

Au premier rang, enfin, se placent ces hommes forts et solides par eux-mêmes, qui sentent et comprennent la cravate, qui la comprennent dans ce qu'elle a d'essentiel et d'intime, avec cette énergie d'intelligence, cette puissance de génie, départies à ces mortels privilégiés quos aequs amavit Jupiter. Ceux-là n'ont ni maîtres ni modèles, ils trouvent en eux de grandes, de nobles ressources ; ils n'écoutent qu'eux-mêmes, ils sont véritablement créateurs.

Car la cravate ne vit que d'originalité et de naïveté ; l'imitation, l'assujettissement aux règles la décolorent, la glacent, la tuent. Ce n'est ni par étude ni par travail qu'on arrive à bien ; c'est spontanément, c'est d'instinct, d'inspiration que se met la cravate. Une cravate bien mise, c'est un de ces traits de génie qui se sentent, s'admirent, mais ne s'analysent ni ne s'enseignent. Aussi, j'ose le dire avec toute la force de la conviction, la cravate est romantique dans son essence ; du jour où elle subira des règles générales, des principes fixes, elle aura cessé d'exister. »

Balzac, Traité de la cravate, 1830

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17 juin 2015 3 17 /06 /juin /2015 06:48

La chose est connue : le comportement d’un homme change selon son habillement. Des études très sérieuses (mais a-t-on jamais entendu parler d’études qui ne le soient pas ?) ont prouvé que, par exemple, les automobilistes habillés en costume se montraient moins irascibles que les autres. La conscience que nous avons de notre apparence se répercute sur notre relation à autrui. Le jeune banlieusard en jogging qui, à chaque pas qu’il fait, semble repousser de l’épaule un ennemi virtuel choisit de s’exclure ; au contraire, l’homme qui prétend à une certaine élégance témoigne, par son respect des codes, d’une adhésion tacite à l’ordre établi. Les disciples d’Oscar Wilde, qui jurait qu’il fallait être fou pour ne pas juger sur les apparences, s’en tiendront là. D’autres débattront à l’envi et liront dans l’attitude agressive du premier l’expression d’une souffrance et, dans la bonne conscience apparente du second, une insupportable provocation. Les fleurs de rhétorique exhalent un parfum qui peut faire perdre la raison.

Un historien du vêtement saurait nous renseigner sur les interactions complexes qui existaient entre la vêture de nos aïeux et leurs manières de se tenir, de bouger – voire de penser. Le sujet dépasse largement mes compétences. Je me contenterai d’évoquer quelques gestes perdus – puisque indissociables de pratiques vestimentaires aujourd’hui obsolètes. La littérature, la peinture, la photographie et le cinéma offrent sur la question de précieux témoignages.

Une simple paire de gants permettait de se distinguer : « Des Hermies avait une manière à lui de retirer ses gants et de les faire imperceptiblement claquer en les roulant », Huysmans. Simplement tenus dans une main, les gants ont longtemps permis aux hommes de se donner une contenance.

Tom Purvis pour Austin Reed
Tom Purvis pour Austin Reed

Un poing ou une main posés sur la hanche visait au même effet ; ce geste entraînait quasi automatiquement un relevé martial de menton et dégageait la taille, flattait la ligne des minces, exaltait un cintrage.

Barbey d'Aurevilly par E. Lévy, 1881
Barbey d'Aurevilly par E. Lévy, 1881

On pouvait encore, tel Boni de Castellane, glisser les pouces dans son gilet – geste empreint de désinvolture et de provocation :

Boni de Castellane, Nadar, 1923
Boni de Castellane, Nadar, 1923

Aux poignets des élégants, les boutons de manchette devenaient des armes de séduction subtile. « Voir un homme défaire ses boutons de manchette est aussi sensuel que le bruit de la fermeture à glissière dans le dos d’une petite robe noire » prétendit même un chroniqueur de mode. Farid Chenoune renchérit : « Le port de ces boutons était essentiel au fini d’une main masculine et leur présence aux poignets donnait à sa chorégraphie (tenir une cigarette, poser son visage dans une paume, consulter sa montre) un charme sans doute perdu à jamais » (Des modes et des hommes).

A propos de montre – un autre geste perdu, et plein de poésie, consistait à sortir son garde-temps du gousset pour consulter l’heure. Il y avait encore l’ajustement du monocle, cet accessoire étrange que j’ai récemment évoqué.

Autant de gestes qu’on voudrait saluer d’un coup de chapeau – tel celui par lequel les hommes bien élevés saluaient les femmes de leur connaissance. Adieu chapeau, adieu salut !…

Coupés d’un environnement propice, certains usages encore en vigueur perdent tout leur charme. On dirait Frankenstein qui, découvrant sa créature, remarque que les rares « merveilles » obtenues « ne produisent qu’un contraste plus horrible » avec la laideur du reste… Glisser la main dans la poche de son veston peut être très gracieux si le costume est bien coupé et le geste naturel. De même, dans un contexte idoine, tenir son manteau plié sur l’avant-bras ajoute à l’allure ou nouer prestement sa cravate tient du tour de magie. Mais allez donc glisser une main dans la poche d’une veste genre Slimane, nouer une cravate slim, poser une parka en polyamide sur votre avant-bras…

Chaque époque suscite ses propres usages. La nôtre n’échappe pas à la règle. Nous aussi nous avons nos façons de faire indissociables de notre mode de vie. Aujourd’hui, on enfile son pull, on tire son portable de sa poche pour consulter, la tête dans les épaules, ses messages, on chausse des lunettes retenues par un lacet… Je doute toutefois qu’un futur Chouan des villes évoque un jour ces pratiques avec regret.

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13 juin 2015 6 13 /06 /juin /2015 06:25
Avis aux amateurs : Le Vestiaire du Renard

Notre ami Maxime Pilard-Armand (ex-Paradigme de l’élégance) s’est lancé dans une aventure qui mérite qu’on en parle…

Vous m’avez souvent entendu dire que le neuf était l’ennemi de l’élégance. Une tenue réussie a toujours quelque chose de fatigué. Des couleurs un peu passées, des manches de chemise ou de veste un peu élimées, des poches un peu déformées… contribuent à donner ce cachet qui « typise » et distingue.

Si vous pensez comme moi, l’entreprise de notre ami Maxime vous intéressera sûrement…

Il ne s’agit pas d’être démodé. Il ne s’agit pas d’être vieillot. Il peut s’agir d’être désuet ou même suranné. Il ne s’agit pas d’avoir l’air de sortir d’un film d’époque, non plus de chez le fripier : le « tout fripes » ne vaut pas mieux que le « tout neuf ».

Maxime ne tiendrait pas, j’en suis sûr, un autre langage…

Il s’agirait bien d’être intemporel, mais la modestie et la lucidité nous obligent à l’écrire au conditionnel. Pour moi, il s’agit d’abord que notre apparence témoigne de notre refus d’être de notre époque.

Vous me suivez ? Alors, « Le Vestiaire du Renard » est aussi fait pour vous !

« Le Vestiaire du Renard », c’est le nom du site commercial créé par Maxime Pilard-Armand. On y trouve une sélection de vêtements d’occasion de grande qualité vendus à un prix correct. L’offre s’étend à des accessoires, tels les mallettes, les serviettes et les parapluies.

Cette adresse vous sera précieuse pour introduire dans vos tenues la note d’ancien qui les fera sonner juste.

Achetez rusé. Achetez « Renard » !

Site : http://vestiairedurenard.fr/

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10 juin 2015 3 10 /06 /juin /2015 06:46

Faut-il, pour être bien habillé, suivre règles et codes ? Sujet battu et rebattu. J’y reviens une nouvelle - et dernière - fois. La violence des attaques des partisans de la transgression ne laisse pas de m’étonner. « Réactionnaires ! Ayatollah ! Fascistes ! » C’est par ce genre de noms d’oiseau qu’ils traitent leurs adversaires. Adversaires ? A ce stade de violence, le mot « ennemis » semblerait plus approprié. Et je passe sur le charmant « Foutez-moi tous ces « il faut » et « on doit » à la BEEEENNNNNNEEEEE ! » décoché naguère à mon endroit par l’administrateur d’un site au demeurant respectable.

Qu’ont donc de si terrible les partisans d’une certaine tradition ? Ils rappellent, informent, conseillent. Ils ont la conviction que transmettre des usages, une culture – fût-elle, en cette circonstance, limitée au domaine du vêtement – est une bonne action. Leur démarche est empreinte de modestie. Ils vénèrent leurs aînés, recueillent leur savoir, ne se prennent pas pour des génies. Ils se méfient des révolutions, ne croient guère au(x) progrès. La violence n’est pas de leur côté. De leur côté, on ne trouvera qu’ironie légère, humour un peu désabusé. Au reste, plus ouverts qu’on ne le prétend : qu’une nouveauté réponde à leur idéal de beauté (ça non, ils n’ont pas renoncé à servir la beauté), ils chanteront ses louanges. Car ils n’aiment rien tant qu’admirer.

Baudelaire a dit mieux que personne le rôle bienfaisant des règles dans la poésie. Ses propos sont aisément transposables au sujet qui nous occupe : « Il est évident que les rhétoriques et les prosodies ne sont pas des tyrannies inventées arbitrairement, mais une collection de règles réclamées par l’organisation même de l’être spirituel. Et jamais les prosodies et les rhétoriques n’ont empêché l’originalité de se produire distinctement. Le contraire serait infiniment plus vrai. »

Etre libre dans la contrainte est un défi d’artiste – au vrai sens, une performance ! Refuser toute entrave est un caprice d’enfant.

Nos zélateurs de la liberté refusent à leurs contradicteurs celle de s’exprimer : le beau paradoxe ! Ils agissent comme s’ils appartenaient à une minorité assiégée alors qu’ils se font les relais de l’idéologie dominante. Celle de la « tabula rasa ». Ou, si vous préférez, de la « BEEEENNNNNNEEEEE ».

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3 juin 2015 3 03 /06 /juin /2015 06:09

La mise en page de cet article n’est pas celle que je voulais… Le maniement de la nouvelle interface d’overblog suppose une dextérité informatique que je suis loin de posséder.

La mèche va bien aux enfants et à certains adolescents. Mais passé, disons, 25 ans, qu’est-ce qui peut bien pousser un homme à s’accrocher à sa mèche ? Conserver une coiffure d’enfant ne protège pas du temps qui passe. Et puis, quand les cheveux ne tiennent plus à vous, la mèche laisse apparaître d’inesthétiques îlots de peau. Les cheveux refluent de partout. Ils quittent le sommet du crâne, ils abandonnent les tempes qui, peu à peu, se creusent en criques. Face à la débâcle, la sagesse commanderait de renoncer. Mais les adeptes de la mèche ne l’entendent pas de cette oreille. Ils s’obstinent. La source de la mèche se décale vers le bas. Les cheveux entament alors une longue expédition vers les hauteurs, et puis ils redescendent lentement pour venir mourir loin, très loin de leur lieu d’origine. L’édifice est fragile. Son pire ennemi, c’est le vent, qui, à tout moment, menace de le renverser.

Quand je pense à la mèche, des images me reviennent – celle de Jean-Paul Belmondo au début des Tribulations d’un Chinois en Chine qui, s’ennuyant, écoute, pour paraphraser Jacques Brel, pousser sa mèche ; celle d’un jeune homme à l’air ahuri qui traverse La Dolce vita dans un drôle de pull en V qui bâille au col ; celle des minets du Drugstore des Champs-Elysées au début des années 60 ; celle du chanteur Hervé Vilard dont il est devenu plus difficile de se moquer depuis que Marguerite Duras a avoué en être fan (… quoiqu’il ne soit pas tout à fait impossible de se moquer de Marguerite).

Plusieurs de nos écrivains ont arboré la mèche. Le premier fut peut-être Victor Hugo dont on oublie qu’avant d’être un barbu magnifique, il fut un méchu passablement ridicule.

Allumer la mèche

La mèche de Maurice Barrès était légendaire.

Allumer la mèche

Dans L’Entre-Deux-Guerres, Léon Daudet se rappelle sa « mèche noire qui retombait sur son large front ». Paul Morand, dans son Journal d’un attaché d’ambassade, le juge « bien fripé, la mèche dans l’œil, les dents gâtées, l’air tzigane »…

Le béret de Paul Fort, prince des poètes, dissimulait une mèche moins poétique que sébumique :

Allumer la mèche

André Malraux promena sa mèche sur pas mal de théâtre d’opérations. Une mèche… en bataille !

Allumer la mèche

Naguère, il y eut Hector Bianciotti que, nonobstant, Tatiana Tolstoï jugeait très élégant.

Allumer la mèche

Aujourd’hui, pour perpétuer la tradition, nous avons Daniel Rondeau qui, dans une transposition filmée du Secret de la Licorne, ferait un très convaincant Maxime Loiseau :

Allumer la mèche

… et Patrick Grainville, éternel amoureux des jeunes filles, à qui la longue mèche grise donne un air de vieux minet :

Allumer la mèche

Nous avons surtout Michel Houellebecq dont un récent passage à l’émission C’est à vous m’a prouvé, sans doute possible, que sa mèche-rideau devait beaucoup à des implants :

Allumer la mèche

Etrange Houellebecq, qui va sans dents (provocation ou clin d'oeil à de fameux devanciers : Artaud, Léautaud, Berl ?) mais qui, pour ses cheveux, a recours, tel un vieux beau, à la chirurgie !

Les originalités capillaires sont rarement heureuses. Prudence, donc, et simplicité. Portée par un homme mûr, la mèche est incongrue et vulgaire… et mérite bien qu’on la critique… qu’on l’allume.

Méchus de tous poils : coupez !

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Publié par Le Chouan
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25 mai 2015 1 25 /05 /mai /2015 06:42
Etre dandy aujourd'hui

Les dandies ont-ils disparu ? Le dandysme n’est pas qu’un phénomène historiquement daté ; il désigne aussi une attitude esthétique et morale définie par des critères intemporels. Barbey d’Aurevilly l’a dit : « Le Dandysme a sa racine dans la nature humaine de tous les pays et de tous les temps. » Baudelaire, quant à lui, le voyait comme « le dernier éclat d’héroïsme dans les décadences. » Notre société – c’est peu niable – est décadente. Elle ne joue pas sa partition sur le registre de l’épopée. Les dandies actuels sont alors condamnés à naviguer par petit temps, c’est-à-dire qu’ils s’adaptent, mais ils mettent leur orgueil – qu’ils ont grand – à le faire sans renier les principes que leur ont légués leurs prestigieux aînés.

A quoi peut donc bien ressembler un dandy aujourd’hui ?

Ce dandy-là est imprévisible. Il est un signe de contradiction. Il se cache là où l’on n’aurait jamais songé à le chercher. Il ne ressemble pas à l’idée qu’on se fait de lui. Pour le définir, il faudrait user de mots que la majorité de nos contemporains n’entend plus : grâce, esprit, distinction, race.

Il est impassible. L’ennui ou le spleen des origines s’est transformé chez lui en un dégoût de tout et de tous qui n’est rien d’autre que de la colère surmontée.

Il pratique l’ironie. Il hait la dérision. L’ironie respecte. La dérision abaisse.

Il est indépendant. Il a l’art de l’esquive. Epris d’absolu, il se refuse à entrer dans le débat qui, par nature, relativise. Son désengagement le conduit à un certain repli sur soi. Il se retranche dans son for. Il cache en lui sa propre gloire, c’est-à-dire sa vérité.

Il juge le travail pour ce que l’étymologie dit qu’il est : une torture, et l’argent pour une affreuse nécessité. Son oisiveté n’est pas vide – mais remplie à ras bord de devoirs et d’obligations qui épuiseraient nos modernes zélateurs du negotium.

Il est irremarquable. Il ne s’épanche pas. Il ne se répand pas. Il ne cherche pas à être célèbre. S’il provoque, c’est à force de politesse, de galanterie, de culture.

Il aime la beauté. Sa mise, pensée et pensante, est un miracle – soit un signe de l’Esprit. A d’autres l’ostentatoire, le déguisement, le luxe tapageur, le regardez-moi-pour-que-je-sois.

Il se vit comme le dernier homme.

Ce dandy-là ne court pas les rues de nos villes. Il préfère arpenter lentement les chemins de campagne, à l’ombre des grands arbres.

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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 07:53

 

pierre-drieu-la-rochelle.jpgPierre Drieu La Rochelle

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