Mercredi 19 novembre 2014 3 19 /11 /Nov /2014 06:14

Notre époquequi du haut de sa supériorité technologique toise les époques précédentes, donne naissance à des objets éphémères et laids. Le rêve d’éternité des hommes s’est concrétisé dans de nombreux domaines. L’architecture en fait partie. Face aux assauts du temps, elle a longtemps dressé d’orgueilleux édifices qui cherchaient à égaler la permanence des grandes œuvres de la nature. Il est à craindre que les bâtiments d’aujourd’hui, même signés des plus grands noms, connaissent une postérité moins glorieuse : malfaçons, problèmes techniques, vieillissement prématuré des matériaux nécessitent de rapides et onéreux travaux de rénovation. Le Centre Pompidou, par exemple, a dû subir l'année de ses vingt ans une restauration profonde et coûteuse. La beauté s’est effacée au profit de la prouesse technique. La Tour Eiffel, symbole viril d'une modernité triomphante, a donné le la. Il est de bon ton de se moquer des artistes qui pétitionnèrent contre son érection. Je ne suis pas certain, pourtant, qu’ils aient eu tort : à force de la voir, nous nous sommes habitués à sa présence. A force d’habitude, nous sommes devenus indifférents – et notre indifférence a fini par être prise pour un consentement. Pourtant, si nous nous obligions à la regarder d’un œil neuf, ne fustigerions-nous pas, comme le fit en son temps Paul-Jean Toulet, la « laideur sans espérance » de ce « chandelier toujours sans chandelle » ?

Le domaine du vêtement est, lui aussi, touché. Les habits étaient autrefois conçus pour durer longtemps. Dans L’Avare, Harpagon porte les siens depuis au moins cinquante ans. Certes, c’était Harpagon ! Tout de même, il y a encore quelques décennies, on retaillait, reprisait, rapiéçait, retournait le tissu. Le costume du père passait au fils. Le temps déposait sa patine qui donnait aux choses bien nées un supplément d’âme. Aujourd’hui, on achète et on jette. Voudrait-on conserver, sauvegarder, faire durer qu’on ne le pourrait pas : les vêtements ne sont plus faits pour recevoir de tels soins et hommages. Qu’importe, d’ailleurs! Les esprits sont préparés à cet éphémère perpétuel. Ils ont même fini par le rechercher. Je me souviens d’un ami qui, m’entendant vanter la solidité de mes souliers, me disait qu’il ne me comprenait pas et qu’il préférait, lui, acheter des souliers de moindre qualité – pour avoir le plaisir de régulièrement en changer. La mode ne promeut pas les beaux habits – elle signerait alors son arrêt de mort : on ne se résout pas le cœur léger à jeter la beauté à la poubelle -, mais des habits originaux et nouveaux.

Comme l’affirmait l’élégant T.S Eliot, « l’histoire n’est plus qu’une chronique d’inventions humaines qui ont fait leur temps et ont été mises au panier ; le monde est devenu la propriété exclusive des vivants, de laquelle les morts sont rejetés. »


t-s-eliot-def.jpg T.S. Eliot

 

Un petit tour de rue suffit à nous désespérer : partout, des formes aberrantes, des tonalités grisâtres, des matières synthétiques hideuses - quoique hautement technologiques : tissu aquaphobes, respirants, que sais-je encore… Nous vivons, dit-on, dans une société de l’image. Le spectacle de la rue me convaincrait plutôt du contraire. Si les hommes se souciaient un peu plus de leur image, nos villes ne seraient pas aussi tristes. Quant aux modèles des créateurs, ils ne descendent guère des podiums : de même que les bâtiments de nos architectes novateurs sont rarement agréables à vivre (« L'architecte est celui qui a vocation par son art d'édifier quelque chose de nécessaire et de permanent. / Non pas pour être regardé seulement ou compris, mais pour que l'on vive dedans » disait Claudel), de même les vêtements de nos créateurs sont presque toujours importables.

L’individualisme ambiant accélère le mouvement vers le bas. Chacun s’octroie le droit de faire comme il l’entend. Fi des principes et des usages fixés par l’art et la tradition ! Que chaque Français se prenne pour le sélectionneur de l’équipe de France de football ne prête pas à conséquence ; il en va autrement quand il joue les maîtres d’œuvre, les décorateurs, les arbitres des élégances… Combien ai-je vu de pavillons passables défigurés par d’horribles vérandas, de façades coquettes perdre tout leur charme à cause du remplacement de fenêtres à petits carreaux par des fenêtres simples, d’intérieurs anciens massacrés au nom du sacro-saint gain d’espace ; combien de physiques corrects enlaidis par des vêtements mal coupés, de tenues gâtées par des assortiments hasardeux de couleurs !...

Pour espérer s’améliorer, il faut apprendre – regarder dans le rétroviseur -, faire preuve de modestie.

Dire cela, c’est prendre le risque d’être taxé de « nostalgisme »La nostalgie, tant célébrée par les poètes, est démodée. Se dire nostalgique, c’est attirer sur soi les moqueries ; c’est passer pour le ronchon de service ; c’est se condamner à la solitude. Notre incontestable suprématie technologique nous abuse, que nous étendons un peu vite à tous les domaines. En matière d’esthétique, le progrès – s’il existe – n’est pas linéaire. Par exemple, qui oserait nier que le style vestimentaire des années 30 soit supérieur à celui des années 70… ou à celui des années que nous vivons ? Si Fred Astaire revenait aujourd’hui, il serait l’homme le plus élégant du monde !


fred-astaire-gris.jpg 

 

Je suis nostalgique, pas passéiste. Je m’informe, je compare, je trie.

Nos vies en société sont comme nos vies personnelles : elles alternent les bons et les moins bons moments. Pourquoi le moment que je vis serait-il nécessairement plus beau que d’autres que j’ai vécus ? De même, pour quelle raison devrais-je sacraliser mon époque au motif qu’elle est mon époque ? Pour les utilitaires, le paradis terrestre est ici et maintenant. Les esthètes, eux, meurent de froid.

Par Le Chouan - Publié dans : Billets d'humeur
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Jeudi 13 novembre 2014 4 13 /11 /Nov /2014 06:21

… ça fait mal !

Lu, dans le numéro 4067, un article signé Virginie Jacobsen-Lavoué qui m’a laissé perplexe.

Son titre : « L’élégance masculine sans faux-pli ». La première phrase de son chapeau (les articles en portent encore !): « Quels sont les secrets de l’élégance masculine ? »

Voilà une question intéressante. Et ambitieuse. On a beau être impatient de commencer sa lecture, on ne peut s’empêcher de penser qu’il faut être bien téméraire pour prétendre y répondre en seulement quatre colonnes. Et puis on se met à lire et, très vite, on comprend que l’auteur de l’article ne connaît vraiment pas grand-chose à son sujet. C’est un festival de phrases creuses, d’approximations, d’affirmations gratuites, d’ignorance(s)…

Extraits.

« L’homme élégant doit respecter des règles moins figées qu’autrefois.» Il « doit » ? Sur quoi se fonde exactement cette obligation ?

« Depuis Philippe Noiret, les Français passent pour des hommes qui cultivent au mieux le style anglais ». Un petit tour dans la rue suffit, n’est-ce pas, à nous en convaincre...

« Prenons le costume, il n’y a plus de coupe intemporelle ; l’astuce est d’écouter les experts qui évaluent, mieux que vous, votre morphologie ». Problème : qui sont ces experts ?

« La pochette ? On n’a encore rien fait de mieux que de l’assortir à la cravate, cela vous oblige à rester dans le ton ».

« Décontracté ? Misez sur le pull (sauf ceux à col en V). »

« Le vrai dandy ne porte plus de ceinture, mais des boutons de manchette vintage ou, mieux, hérités… » Pratiques, les boutons de manchette vintage (forcément…) de grand-papa pour tenir son falzar !

« Apprenez à faire un nœud Windsor, celui que porte notre ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, et presque toute la haute finance. »

« Rien de plus sexy qu’un homme intelligent et galant ».

Et pour finir, ces deux recommandations :

« Il est inutile de flâner en boutique, certains sites internet, à l’image de WWW.chictypes.com (…), ont fait leur force du "stylisme personnalisé". »

Et :

« (…) You’re so French Men !, de Frédérique Veysset et Isabelle Thomas, de notre point de vue le meilleur guide pratique pour respecter les codes de l’élégance masculine. »

Apprenons à Madame Virginie Jacobsen-Lavoué qu’un guide est sorti voici peu, très recommandable celui-là : ModeMen, de Julien Scavini.

 

julien-scavini-modemen.jpg

J’en reparlerai bientôt.

Par Le Chouan - Publié dans : Billets d'humeur
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Dimanche 9 novembre 2014 7 09 /11 /Nov /2014 07:26

Vous connaissez l’histoire : Arnaud Montebourg a fait sa rentrée des classes le 3 novembre dernier. Il a intégré pour un mois le très prestigieux et très onéreux INSEAD afin d’y suivre un programme dont la désignation – « Advanced Management Programme » - heurte méchamment les oreilles des défenseurs du parler de France.

L’événement, cocasse, n’a pas manqué d’attirer les médias.

Moi, ce qui a retenu mon attention, c’est la tenue d’Arnaud Montebourg. Regardons ça d’assez près :

 

arnaud-montebourg-ecole-def.jpg

 

Pour dire les choses brièvement (je ne vais tout de même pas m’étendre sur le sujet !), il avait revêtu pour l’occasion un ensemble costume-cravate très vallsien – comprenez : chemise blanche ; costume et cravate unie assortis – sous un duffle-coat.

L’effet est déplorable. Une grisaille uniforme sans espoir d’éclaircie. On ne le répètera jamais assez : passé, disons, la trentaine, le duffle-coat et sa capuche est un vêtement immettable. Qui plus est, le choisir gris et ne même pas veiller à le positionner correctement sur les épaules…

Ainsi vêtu, notre ancien ministre ressemblait tout à coup à un étudiant très, très, très attardé. Difficile de reconnaître dans ce personnage falot encombré d’un lourd cartable le « jeune lion » flamboyant de naguère ! A force de jouer à la plus maligne, la communication politique commet de ces bourdes…

La liste de nos ex-ministres devenus avocats est longue. Arnaud Montebourg, qui a été avocat et qui pourrait le redevenir s'il le souhaitait, a préféré se lancer dans les affaires. En robe, il avait pourtant belle allure. Et Dieu sait si, pour un homme, la robe n'est pas facile à porter ! Sur certains, elle fait vite… mauvais genre.

 

conchita-wurst.jpgConchita Wurst

Par Le Chouan - Publié dans : Personnalités
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