Mercredi 17 septembre 2014 3 17 /09 /Sep /2014 06:20

J’ai quelquefois évoqué ces archives photographiques, filmiques… qui témoignent de modes de vie oubliés. Le document que je vous propose aujourd'hui (merci au lecteur qui me l’a fait découvrir) ne manquera pas d’intéresser ceux qui, comme moi, aiment voyager dans le temps. Les voyages dans le passé sont toujours plus instructifs que ceux que les Futuroscopes du Poitou ou d’ailleurs sont censés nous faire faire dans l’autre sens. Ils nous obligent à ouvrir les yeux sur notre très imparfait présent ; et les yeux ne restent secs que si les cœurs le sont aussi.

André de la Varre a filmé Paris dans les années 60. En regardant son film, mes amis parisiens se sentiront en leur ville comme en terre lointaine. Les femmes portent des robes et les hommes des costumes. On s’habillait alors pour sortir – entendez : non pas seulement pour se rendre dans le monde mais dès qu’on passait le seuil de sa maison : respect de soi et respect des autres ; sens des convenances et, dans les meilleurs cas, recherche de l’élégance. Le vêtement était un indicateur social. Les néons ne défiguraient pas les façades. Les marques de signalisation se faisaient discrètes et n’avaient pas encore transformé la ville en un gigantesque jeu de piste. Ah ! nos panneaux, potelets, marquages au sol, feux aériens !... Une femme voilée traverse l’écran : c'est une religieuse.

Certains se lamenteront de la saleté de nombreux bâtiments ; d’autres, au contraire, se réjouiront que, pas encore « blanchis », ils n’aient pas l’air – selon la formule de Morand – d’être « en carton ».

Un film me revient en mémoire : il s’agit des Belles de nuit de René Clair.


rene-clair.jpgLe très élégant René Clair

 

On y voit un jeune professeur qui, insatisfait de sa vie, remonte le passé à la faveur d’une succession de rêves. Chaque rêve se conclut par le retour d’un vieillard – toujours incarné par le même acteur – qui regrette le bon vieux temps. La satire se développe avec esprit : le film est, je l’ai dit, signé de René Clair ! Malgré tout, je me range du côté du vieillard qui pleure la fonte des neiges d’antan… Certains vieillards qu’on aperçoit dans le film d’André de la Varre me font penser à celui de René Clair : si André de la Varre les avait fait parler, ils auraient sans doute proclamé leur haine de ces années 60 que, par contraste avec les nôtres, nous jugeons si séduisantes. De même, je comprends intimement Julien Green quand, en 1973, il écrit dans Mille chemins ouverts : « Quand, dans mes courses à travers Paris, je me sentais las, je m’asseyais sur un banc et je lisais Job. Il me semble que, maintenant, je ferais encore de même, si l’on pouvait lire dans les rues de Paris d’aujourd’hui. Or, il se trouva qu’un jour je choisis de m’asseoir sur un banc du boulevard de la Madeleine. En 1919, on pouvait faire cela. Les voitures ne me gênaient guère. Elles étaient infiniment moins nombreuses et l’air n’était pas encore empoisonné. »

Le regret du passé est, certes, un lieu commun. Mais existe-t-il un sentiment profondément enraciné dans l’âme humaine qui n’en soit pas devenu un ? « La forme d’une ville change plus vite, hélas ! que le cœur d’un mortel », constatait Baudelaire. Passé un certain âge, nous sommes tous le cygne de son poème qui, évadé de sa cage, pleure son « beau lac natal ». Le passé est notre patrie. Il constitue notre identité.

Ce document nous invite à méditer sur le temps qui passe. Est-elle morte, est-elle encore vivante la jeune femme qui prend le soleil à une terrasse de café ? Les massifs de fleurs sont bien tenus. Les grandes eaux nettoient le bitume après le marché. Le boucher vend sa viande fraîche, la fleuriste ses fleurs du jour. Efforts de l’homme quotidien pour se tenir debout… Les statues de pierre s’offrent en énigmes à qui les regarde. La Joconde fait ce qu’elle sait faire de mieux : elle sourit.

Qui ne serait ému par ces ombres qui défilent dans un silence spectral, effacées par le noir final ? En attendant le désastre, les têtes de mort ont bonne mine !...

« Voyez ces générations d’hommes sur la terre comme les feuilles sur les arbres qui conservent toujours leurs feuilles. La terre porte les humains comme des feuilles. Elle est pleine d’hommes qui se succèdent. Les uns poussent tandis que d’autres meurent. Cet arbre là non plus ne dépouillera jamais son vert manteau. Regarde dessous, tu marches sur un tapis de feuilles mortes. » Saint Augustin.

Par Le Chouan - Publié dans : Billets d'humeur
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Mercredi 10 septembre 2014 3 10 /09 /Sep /2014 07:18

Ces dernières semaines, deux images de François Hollande ont frappé la rétine et les esprits.

La première a été publiée par Voici dans son édition du 15 août. Photo volée, qui montre un François Hollande vêtu seulement d’un short, assis en Bouddha sur une terrasse, décoiffé, le corps luisant de crème solaire et de transpiration. Photo ignoble, qui, à juste titre, a révolté plus d’un adversaire de notre président. Carl Meeus du Figaro a pertinemment tweeté : « Les photos de Voici sont horribles pour le chef de l’Etat. Quel autre président a été traité ou est traité de cette façon ? »

Quelque temps auparavant, un reportage de Paris-Match consacré à Nicolas Sarkozy et à sa femme m’avait amusé : miraculeusement, la différence de taille entre l’un et l’autre n’était visible sur aucune photo !


sarko-carla.jpg

 

Vous me direz que Paris-Match n’est pas Voici. Paris-Match aime à sublimer, via photoshop s’il le faut, les grands de ce monde… même quand ils sont petits et replets ! On se souvient des bourrelets gommés du même Sarkozy pagayant presque nu quelque part aux Etats-Unis en août 2007.


sarkozy-bourrelet.jpg

 

Ces retouches m’avaient autant choqué que l’exhibition – volontaire celle-là – de notre président d’alors. Qui s’expose prend des risques. La révélation du trucage fit rire aux dépens des truqueurs. Qu’allait-il faire dans cette galère (… ce canoë) ? Le retour de bâton (… de pagaie) était bien mérité.

Les propos par lesquels la rédactrice en chef de Voici a justifié la publication de l’affreux cliché de François Hollande (j’y reviens !) méritent d’être cités : « Ce sont des photos de vacances banales, qui n’ont rien de dégradant, il n’est pas à quatre pattes par terre. » Une photo de vacances de la sorte, quelle personne douée d’un minimum de délicatesse ne l’enverrait à la poubelle ? La suite de la citation met à nu la qualité morale du personnage. Point besoin d’insister.

Un argument en faveur de la publication était néanmoins recevable : on pouvait avancer que François Hollande l’avait bien cherché ; qu’il était bien placé pour savoir qu’il n’était nulle part à l’abri d’un téléobjectif de paparazzi. Contre ce genre d’engin, nulle crème solaire écran total… nul casque intégral ne sont efficaces. La solution, c’est d’être sage. De mettre entre parenthèses, le temps du quinquennat, bains de soleil... et de volupté.

La seconde image est plus récente. Elle date du 25 août dernier. François Hollande, à l’Ile de Sein, prononce un discours à l’occasion du 70e anniversaire de la Libération. Les éléments sont déchaînés. Un vrai temps de chien. Un vrai temps de Sein. Le président, détrempé, déroule coûte que coûte son discours. Constellés de gouttelettes, les verres de ses lunettes à la Mik Ezdanitoff ont l’air brisé.


hollande-sein.jpg

 

Goguenards, des journalistes ressortent pour l’occasion – l’occasion est trop belle ! - le dicton des marins : « Qui voit Sein voit sa fin. » Visiblement pris de court, les communicants de l’Elysée tenteront cette explication : « Ce matin à l’ile de Sein, le président a fait face aux conditions climatiques difficiles pour honorer la mémoire des 128 résistants Sénans qui ont combattu de 1940 à 1945 par tous les temps et sur tous les terrains. »

Cette justification emphatique et d'assez mauvais goût ne fit qu’aggraver les choses. Le mal était fait, relayé et amplifié par les médias étrangers. Chercher à donner du sens en liant le fond et la forme n’était pourtant pas idiot. Quand, en décembre 1964, André Malraux prononça son fameux éloge de Jean Moulin, le froid pinçait, le vent grondait. Mais sa voix, mais ses paroles, inspirées, épiques, se mêlèrent au vent, s’accordèrent au froid. Tableau saisissant, animé par le verbe magique d’un poète à la hauteur de l’événement – à la hauteur des éléments.


malraux-jean-moulin.jpg    

 

Mettez de Gaulle à la place de Hollande - même lieu, même action... même temps -, et l'image fait légende. Mystère du charisme, pouvoir d'un ton, force des mots.

A Sein, François Hollande réussit le prodige de buter plusieurs fois sur des mots aussi plats que le relief de l’île ! Il avait ce maintien raide, maintenant habituel, qui lui tient lieu de majesté. La pluie ? A force d’en recevoir depuis le premier jour de son quinquennat des hectolitres sur le paletot, il a développé contre elle une résistance surhumaine. Je le soupçonne même d'avoir fini par l'aimer. Ainsi s'expliquerait son refus d'être protégé. Oui, sous le déluge de Sein, il faut imaginer Hollande heureux !

... Valéry Giscard d'Estaing restera dans l'histoire comme le plus jeune président de la Ve République; François Hollande, le pluvieux.

Par Le Chouan - Publié dans : Personnalités
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Samedi 6 septembre 2014 6 06 /09 /Sep /2014 07:16

 

cousu-main.jpgCrédit : Marie-Amélie Tondu

 

J’ai regardé samedi dernier le premier épisode de Cousu main sur M6, émission de télé-réalité mettant en concurrence des couturiers amateurs sous l’œil d’un jury composé d’Amparo Lellouche et de Julien Scavini.

Je n’ai pas été emballé. L’émission souffre d’une absence de rythme. 90 mn pour suivre la confection d’une simple jupe et la « customisation » d’un tee-shirt, c’est long. Quoi de moins spectaculaire et télégénique que le travail de couture ? Travail minutieux, patient et, à bien des égards, ingrat. L’accompagnement sonore censé dynamiser l’ensemble devient très vite insupportable… comme la voix – toujours plus haute, toujours plus forte – de la jolie présentatrice.

Le niveau très hétérogène des candidats est une autre faiblesse. On sait – on croit savoir ? – dès le premier épisode qui seront les finalistes. Les meilleures couturières (au féminin !) ne sont ni les plus pittoresques ni les plus sûres d'elles. Un « biker » nommé Jésus  - rigolard et plutôt rigolo – est là pour faire « le show »; m’est d’avis qu’il restera plus longtemps que ses capacités en couture ne le justifieraient !

Julien Scavini tire son épingle du jeu. Sa participation à une émission de « télé-réalité » m’avait inquiété. Je m’en étais ouvert à lui ; il m’avait rassuré. Pour sûr, son physique proustien, ses costumes impeccables et son nœud papillon détonnent ! Mais c’est tant mieux ! Prions Dieu que Jésus ne le convertisse pas à son look ! Phénomène amusant : à chaque fois que la silhouette de notre ami se dessinait sur l’écran, je croyais voir une de ses figurines qu’un trucage aurait animée ! J’ai particulièrement apprécié la façon dont il délivre ses avis aux candidats : avec mesure… avec grande mesure ! Un dosage très réussi de bienveillance et de fermeté.

Second épisode ce soir, sur M6, à 18 heures.

Par Le Chouan - Publié dans : Billets d'humeur
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