Mardi 28 octobre 2014 2 28 /10 /Oct /2014 06:27

Antoine Blondin...

 

En 1950, Roger Nimier publie Le Hussard bleu. En 1952, le critique Bernard Frank, dans un article resté fameux des Temps modernes, appelle « Hussards » trois jeunes écrivains remuants, Roger Nimier, Jacques Laurent et Antoine Blondin. Ces hussards bleus de la République des lettres pratiquaient la désinvolture comme un bel art. Au vrai, pas du tout républicains eux-mêmes ! Un an plus tard, Michel Déon, qui fut le secrétaire de Maurras, les rejoindra. Ces quatre-là ont en commun au moins deux choses : le style et la séduction. En ces années, Blondin pouvait encore espérer que l’alcool, dont il abusait déjà, n’abîmerait jamais son visage fin et romantique. En 1959, lorsqu’il publie Un singe en hiver, les grands yeux mélancoliques semblent appeler au secours. Et la calvitie menace :


 antoine-blondin-jeune-fin.jpg


 *

 

1972. Voilà deux ans que Blondin a publié Monsieur Jadis ou l’école du soir. Son confrère Michel Tournier, passionné de photographie, a une idée originale : demander à son ami le photographe Edouard Boubat de portraiturer des écrivains, à charge pour ceux-ci d’écrire sur leur visage. Cela donnera un curieux livre, intitulé Miroirs, aux éditions Denoël. Antoine Blondin est un des quatre-vingt-trois écrivains à s’être prêtés au jeu. Voici son portrait photographique :


blondin-boubat.jpg 

 

Quant au portrait de l’écrivain par lui-même, on voudrait le citer en entier. La verve de Blondin s’y donne à plein, et son amour des calembours et des mots à double-fond : « Ce jour-là, rêvant d’une vie toujours recommencé, à l’image de l’amer ou de l’anis, ou du bitter, je me portais aux hublots d’un « bougnat » de hauts bords où j’ai un toit et une ardoise », etc. « Le calembour est la fiente de l’esprit qui vole », disait Hugo. Marchons dans les calembours de Blondin : ça porte bonheur ! Et admirons le hasard – trop beau pour être vrai – du numéro de téléphone en travers de la braguette qui, dit joliment Blondin, « dénonce une vocation de call boy » ! On ne plaisante pas avec la plaisanterie ; chez Blondin, elle signe la profondeur. Dans la conclusion de son autoportrait, il écrit : « La vraie plaque sensible, c’est derrière ce front amplement dégarni qu’elle se tient. » La calvitie a mis sa menace à exécution.


*

 

Plus tard - il ne nous est pas possible de dire exactement quand -, Blondin se laisse pousser une barbe poivre et sel qu’il prend grand soin de ne pas tailler.


antoine-blondin-barbu.jpg 

 

Comme ça, il ressemble à Verlaine ou à un clochard céleste. Clochard, à demi ; céleste, absolument. Sa soûlographie, qui s’accentue, lui attire les faveurs des médias. Son œuvre intéresse moins les journalistes que son penchant pour la bouteille dont, quelques verres dans le nez, il leur parle avec douceur, le phrasé lent, l’œil pétillant. L’alcool était devenu son enseigne. Quand même, il était décevant : avec lui, pas de scandale à la Bukowski ou à la Gainsbourg. Dans son éternelle veste sport pied-de-poule beige largement (c’est le cas de le dire : il flottait dedans !) passée de mode, il ne se départait jamais d’un air digne, égal. A la fin, sa solitude s’accentua. L’alcool avait achevé d’user son foie et la patience de ses proches. Il partit le 7 juin 1991, à 69 ans. Grâce à Dieu – ou à Bacchus -, il aura abordé la vieillesse sans jamais avoir été un adulte. Avec ça, la sveltesse d’un éternel jeune homme.

« Je suis mince, mon œuvre aussi », aimait-il répéter. La postérité ne juge pas les œuvres au poids. L’œuvre mince de Blondin a tout de même du mal à se faire une place sous son soleil. Citez « Un singe en hiver » et l’on croira que vous parlez du film de Verneuil ou de sa récente transposition théâtrale avec Eddy Mitchell. Il est urgent de lire ou de relire Antoine Blondin pour qu’on dise : Mêm’ pas mort, Monsieur Jadis ! Toujours présent.

Par Le Chouan - Publié dans : Personnalités
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Lundi 20 octobre 2014 1 20 /10 /Oct /2014 07:15

- La longueur exagérée des cravates. Je parle de la longueur « standard », fixée aux environs d'1,50 m. Bien que mesurant 1,90m, je suis assez souvent dans l’obligation de passer une seconde fois, ou de me livrer à d'autres acrobaties, pour que ma cravate effleure le haut de mon pantalon. Autre solution : faire raccourcir ses cravates.

- L'absence d'ardillon de ceinture sur la plupart des pantalons PAP. Qu'est-ce que l'ardillon de ceinture ? C'est cette petite bride qui « surgit de la ceinture du pantalon » (Julien Scavini) dans laquelle se glisse un autre ardillon, celui de la boucle de ceinture.

- La folie du chichetaille basse des pantalons, longueur insuffisante des chemises et des vestes... Je l'ai suffisamment dit pour n'avoir pas besoin d'insister.

- L’absence, dans les voitures, d’un « espace » pour loger le parapluie. C'est peut-être un détail pour vous, mais, au pays du Chouan, ça veut dire beaucoup. 

- La dureté des pédales d’embrayage. Ca casse la chaussure ! Pas de problème, en revanche, pour écraser le champignon !

- La ceinture de sécurité. Combien de vestes lustrées et de chemises prématurément usées à cause d’elle ? Pourtant, quand j’évoque ce problème, j’ai l’impression étrange qu’il ne concerne que moi.

- La largeur de nos voitures. Deux logiques s'affrontent : celle des propriétaires de parkings urbains soucieux de rentabiliser à tout prix (... enfin, au prix le plus fort !) leur espace et celle des concepteurs de voitures en quête de plus d'habitabilité. Résultat : sur les parkings, les voitures se poussent des portes... au risque de se faire du mal puisque, autre bizarrerie actuelle, les carrosseries ne sont plus protégées ! 

- L’absence de portemanteau dans la plupart des cafés. Où mettre son manteau ? Sur une chaise, après l’avoir discrètement plié ? Sur ses genoux ? Sûrement pas, en tout cas, sur le dossier d’une chaise en s’en servant comme d’un cintre !

- L’impossibilité en province de se procurer de belles chaussettes. Les mi-bas sont quasi introuvables. Merci à l’internet et, bien sûr, aux Chaussettes rouges !

Le langage formaté des vendeurs : « sympa, cette veste » (…manquerait plus qu’elle morde !), et cette façon qu’ils ont de vous donner des conseils pour améliorer votre apparence alors que leur mise est là pour vous montrer ce qu’il ne faut pas faire. 

Par Le Chouan - Publié dans : Billets d'humeur
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Vendredi 10 octobre 2014 5 10 /10 /Oct /2014 06:34

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Je vous ai conté une autre fois mes déboires avec Schnock.

Pour aller vite, un journaliste de cette revue m’a un jour contacté pour me demander des renseignements sur le sujet qu’il avait choisi de traiter. Je lui ai répondu du mieux que j’ai pu. L’article publié, je découvris non sans agacement qu’il était essentiellement composé d’extraits de ma réponse et d’articles de mon blog, le nom de celui-ci n’étant pas même cité, contrairement à la promesse qui m’avait été faite.

Mon billet de dépit n’est pas resté sans suite.

Très vite après sa publication, la rédactrice en chef de Schnock m’envoya un mail pour me présenter ses excuses et pour m’assurer que mon nom serait ajouté aux remerciements du prochain numéro. Elle me confie bientôt qu’elle aimerait me rencontrer et me propose dans la foulée d’écrire pour sa revue. Je ne dis pas oui, je ne dis pas non ; je dis que ma situation de provincial risque de compliquer les choses.

Deux semaines plus tard, je lui soumets à tout hasard une idée d’article. J'attends trois semaines sa réponse. Mon idée l’intéresse à condition que j’y apporte des modifications. Je lui dis que je n’ai pas attendu son avis pour écrire mon article (… trois semaines tout de même !) et qu’elle le trouvera en PJ.

Une semaine s’écoule. Elle finit par m’écrire et me promet de me contacter « d’ici vendredi ».

Vendredi arrive. Rien. Puis un autre vendredi, puis un troisième vendredi… Ce silence est lassant. Je décide de le rompre ; j’envoie à la rédactrice en chef oublieuse un message dans lequel j’essaie à peine de dissimuler mon impatience sous un peu d’humour : « Vous m’aviez promis une réponse " d’ici vendredi "… mais, prudemment, vous ne m’aviez précisé ni la semaine ni le mois ! »

La réponse, cette fois, ne se fait pas attendre. Il faudrait que j’allonge et que j’élargisse. Bien !

Quelques jours plus tard, je lui envoie une nouvelle version de mon texte dûment « élargie et allongée ».

Depuis – c’était il y a sept mois -, silence radio...

... Vous auriez raison de condamner mon attitude accommodante. Je confesse, dans cette histoire, m’être laissé aveugler par la vanité : la perspective de collaborer épisodiquement à Schnock n’était  pas faite pour me déplaire. Pour cela, j’ai trop rapidement chassé de mon esprit une première indélicatesse. Me voilà doublement puni : le nom de mon blog n’a jamais été ajouté aux remerciements de la revue ; par ses négligences et son silence final, la rédactrice en chef m’a joliment humilié !

Mon article ne méritait peut-être pas d’être publié. Mais, au moins, j'aurais aimé qu’on me le dise.

Cette leçon valait bien que j’en fasse tout un fromage, non ?

Dans ses Mémoires, le chef chouan Jean Rohu raconte comment les nobles regardaient de haut les Chouans qui, comme lui, étaient d’extraction roturière. Un jour, Georges Cadoudal l’envoya porter une lettre au général d’Hervilly. « Je fus bien accueilli par ce général, écrit Rohu, qui me fit passer au salon, où l’on me servit à boire et à manger. (…) Deux messieurs entrèrent dans le salon et (…) l’un d’eux dit à l’autre : " - Qu’est-ce que cela ? – Un Chouan sans doute, répondit l’autre ; on ne voit que cela ici. " »

Les grands d’aujourd’hui ont changé d’état et de figure. Il en est qui hantent les salles de rédaction et les salons de mode... Ceux-là sont cool, mal rasés, mal coiffés, vous tutoient, vous appellent tout de suite par votre prénom… Mais leur mépris est sans mélange.

Par Le Chouan - Publié dans : Billets d'humeur
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