Ne faites pas comme moi : n’achetez pas L’Express de cette semaine pour son supplément « Styles,
spécial Homme ».Sur les 90 pages de la brochure, une petite trentaine est consacrée à l’homme.
Quelques mots sur les sapeurs de Bamako – sujet intéressant mais bâclé – (« plus de photos des rencontres de Bamako sur WWW.LEXPRESS.FR »… allez-y : c’est gratuit !)
:
une interview sans relief de Romain Duris (Question originale du journaliste au comédien : "Qu’est-ce que vous trouvez
sexy chez les femmes ?") ; un reportage photographique intitulé « Man in black » (pauvre chouan!) censé présenter « des coupes subtiles et une allure
urbaine arty » ; au résultat, douze pages représentant un même mannequin à gueule de cinéma, mais parfaitement monoexpressif, dans des tenues chères et moches
:
un article dont le texte - « Le poil n’a plus la cote » contredit le titre – « Pour qui sonne
le glabre ? »… mais le jeu de mots était trop tentant. Et puis, c’est tout. Ah non ! J’oubliais ! A la dernière page, un invité répond à un questionnaire
préfabriqué, énième avatar du questionnaire de Proust. Le nom de l’invité ? Vous le voulez vraiment ? Enrique Iglesias !...
Les guides chargés d’apprendre aux hommes à bien s’habiller se font rares.Depuis quelques années, ils se font même très rares. J’ai vu l’autre jour chez mon libraire préféré qu’un Petit précis de l’élégance masculine était récemment
sorti. J’ai surtout remarqué que, pour son achat, on vous « offrait » une cravate ! Cette astuce marketing m’a agacé et je suis ressorti sans avoir acheté l’ouvrage.
En 2003, Corinne Lechevalier a publié, chez Hachette, un guide intitulé Chic au masculin.L’intéressant site Les Nouveaux Dandys le recommande. On peut, certes, y dénicher des idées et y apprendre des bases, mais des réserves s’imposent. Que penser
d’un ouvrage qui se présente ainsi : « Ce guide aspire à vous donner les outils (… vive Leroy-Merlin !) pour vous construire le look (aïe !) qui vous
conviendra le mieux » ? On note la présence d’un Quiz, dans le genre de ceux dont raffolent les magazines féminins. Exemple de question qui, parmi d’autres, a pour fonction de
« déterminer le style qui vous correspond le mieux » : « Votre boisson favorite serait plutôt :
-Coca-Cola
-Coca-Cola light
-Bière
-Vin millésimé
-Jus de fruits frais
-Champagne à toute heure ! »
PPDA et Bernard Pivot sont cités comme exemples d’ « élégants classiques ». La garde-robe de ce dernier
« type de personnalité » doit comprendre, je cite : « deux paires de chaussures : des mocassins en cuir noir et des Monk en cuir noir. » Les
fidèles lecteurs du Chouan des villes apprécieront ! On y recommande les chaussettes montant à mi-mollets et on y trouve un étrange chapitre censé déterminer si vous êtes plutôt
« argent ou or » - entendez, « couleurs froides ou couleurs chaudes ». Une telle question (« êtes-vous argent ou or ? ») posée par
un(e) auteur(e) qui fait systématiquement l’éloge des « conseillers en image sérieux » peut prêter à confusion. J’ai déjà dit ce qu'il fallait penser de ces faux
professionnels âpres au gain. Les conseillers en image ont ceci de commun avec les agents immobiliers, les syndics de copropriétés, les astrologues… c’est qu’ils jugent habile, pour faire
croire à leur sérieux, de dézinguer leurs confrères : eux sont honnêtes - mais les autres…
Quelques mots encore sur l’auteur(e) : Corinne Lechevalier se présente sur la quatrième de couverture comme la
« fondatrice d’un des plus importants cabinets de conseil en image. » Je me souviens qu’elle fut l’agent d’une ancienne miss France, Laëtitia Bléger, à qui elle
conseilla, pour casser une image jugée trop sage, de poser nue dans un magazine de charme. Ca tempêta rude sous le chapeau de Madame de Fontenay. Mais, bonne fille, celle-ci finit par pardonner à
sa miss qui, dit-elle, avait agi sous l’influence d’une femme dangereuse. Laëtitia rompit avec son mauvais génie, renoua avec son chaperon et plus personne ne parla d’elle.
A ma connaissance, le dernier bon guide pour hommes, lisible en français, reste L’Eternel masculin de Bernard
Roetzel. Il date tout de même de 1999.
Quelles couleurs ? Comment les assortir ?Vaste sujet !
Rappelons d’abord les règles en vigueur. Nous verrons ensuite comment nous pouvons, dans une certaine mesure, nous en écarter.
- La couleur des chaussettes doit s’accorder avec un élément du haut de la tenue(veste, chemise, cravate, pochette, pull-over).
- Les chaussettes sont à choisir aussi foncées que les chaussures, sans contraster violemment avec le pantalon et les autres
vêtements. Vous portez, par exemple, un blazer bleu, une chemise bleu clair, un pantalon de flanelle gris moyen, des chaussures marron foncé. Des
chaussettes bleues alors s’imposent, qui rappelleront le blazer et la chemise. Leur ton sera foncé pour s’assortir à vos chaussures. Si vous aviez opté pour une chemise rose, vous auriez pu
choisir des chaussettes bordeaux. Compliquons un peu. Vous portez, car c’est le printemps, une simple chemise bleu ciel, un chino et des chaussures marron foncé. Quelle nuance de bleu allez-vous
choisir pour vos chaussettes ? « Une nuance claire », répondront les uns, qui privilégieront l’accord avec la chemise et le chino… au détriment de celui avec les
chaussures. « Une nuance foncée », diront les autres, songeant au marron sombre des chaussures… mais passant outre le ton du pantalon et de la chemise. Le choix d’un bleu moyen
constituerait la meilleure – car la plus harmonieuse – solution.
Dans les cas litigieux(… et nous savons tous qu’ils existent !), on
peut généralement s’en sortir en accordant les chaussettes avec le pantalon ou avec la chaussure. Pantalon gris → chaussettes d’un gris
équivalent ; chaussures marron clair → chaussettes d’une couleur et d’une nuance voisines.
Voilà pour les règles. Elles laissent, on le voit, peu de place à la fantaisie.Brun, bleu ou vert foncé, gris, bordeaux… Tant mieux pour ceux que ces couleurs tristounettes contentent. Mais si, comme moi, vous n’avez pas renoncé à porter des
chaussettes aux coloris vifs, des accommodements sont à chercher. L’important est moins d’appliquer scrupuleusement une règle que d’être fidèle à son esprit. Voici comment je
procède : j’accorde mes chaussettes avec un élément haut de ma tenue, mais je ne me soucie pas du respect des nuances ; je m’autorise aussi des contrastes assez osés avec mes
chaussures, au moins quand je porte un pantalon clair. Ainsi je fais aller des chaussettes fuchsia avec un blazer bleu, une cravate tricotée bleue à pois brodés, un pantalon gris clair et des
chaussures en veau-velours brun pourvu que la chemise soit rose, ou bien des chaussettes bleu clair avec un chino beige clair et des chaussures marron foncé si la chemise est bleu foncé. On
pourrait aussi imaginer que la couleur des chaussettes soit complémentaire de celle d’un élément du haut – osé mais cohérent ! Par exemple : chaussettes vertes et chemise
rose.
Dans tous les cas, les couleurs vives seront réservées à la journée.
A droite, la solution attendue : costume gris, derbys noirs (!), chaussettes noires. A gauche, "proposition chouanne" :
costume gris, richelieus bruns en veau-velours, chaussettes parme. En haut, par exemple, chemise rose à rayures pyjama et cravate tricotée bleu foncé.
Deux couleurs ont, concernant notre sujet, un statut particulier : le jaune et le rouge.Le jaune est passé de mode même chez les élégants, et c’est bien dommage. Maurice Chevalier accompagnait ses costumes pied-de-poule blanc et noir de chaussettes de cette
couleur. C’était, dit-on, très heureux. Je le crois volontiers. Une de mes premières émotions esthétiques en matière d’élégance fut la vision d’un ami de mon grand-père qui avait choisi la même
combinaison.
Les chaussettes rouges sont connotées de préciosité, peut-être par assimilation aux talons rouges que portaient les nobles
élégants du XVII° siècle. L’International Herald tribune rapportait en 1930 à propos d’Edouard VII : « Il porte invariablement une cravate rouge et des chaussettes
rouges. » Edouard Balladur fut moqué pour avoir osé quelquefois en porter. Les lecteurs du Monde se rappellent sûrement les deux petites taches pourpres dont le caricaturiste
du journal, Plantu, colorait les chaussettes de celui qui était notre Premier ministre. C’était sanglant ! La chaussette rouge joue sur certains esprits un rôle comparable à celui de la
muleta sur le taureau. Je me souviens d’une passe d’armes médiatique entre Frédéric Mitterrand et le réalisateur Jean-Jacques Beneix, celui-ci reprochant à l’autre ses chaussettes rouges qui,
disait-il, le discréditait pour parler des grands problèmes qui agitent notre pauvre monde !...
Publicité Hackett
« Kindy, les chaussettes ne se cachent plus ! »,disait une publicité dans les années 80. La marque existe-t-elle encore ? Le slogan, en tout cas, n’a pas fait florès. C’est noires que
les chaussettes se vendent aujourd’hui le mieux. Vivant cachées, nos chaussettes vivent-elles au moins heureuses ? On les néglige, on les méprise, on les maltraite… Il est grand temps de
changer le regard que nous portons sur elles. Aimons-les ! Faisons-les rougir ! Qu’elles recouvrent – et vite – de belles couleurs !